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 Ces mots que le silence nous a appris ; Soliste

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Yûki
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random: ici petit poney

MessageSujet: Ces mots que le silence nous a appris ; Soliste   Dim 30 Juil - 3:32

Nous sommes à Unys. Sans doute pas pour longtemps, ce sera un passage bref, rapide. Aucun de nous, sans doute, n'a envie d'être ici. Les relations que l'on a avec l'organisation qui a élu cette région comme son royaume ne sont sans doute pas les plus importantes à entretenir. Quitte à choisir, je crois qu'il vaut mieux se faire oublier d'eux. Je me demande si c'est véritablement possible, lorsqu'ils ont une dent contre nous, pour une telle, ou une telle autre raison. Qu'importe, je n'ai pas envie de m'attarder dans cette région de malheur, si près de Janusia, cette ville que je voudrais voir brûler, et ces types avec. Je n'aurais sans doute aucun remord à être celui qui jette l'allumette le premier, si l'on m'en donne l'occasion. Je soupire, je m'étire. Je sens mes muscles qui se dénouent, endoloris par l'inactivité. Je n'ai pas dormi de la nuit, et dans ma tête il y a comme les heures dépourvues de sommeil qui défilent, pour mieux me narguer, me rappeler que je m'effondrerai sans doute bientôt d'épuisement. Peu importe.

Je m'extirpe de la tente, après un regard en direction de mes camarades de route. Nithral, Daeren. Un léger sourire s'invite sur mes lèvres, alors que je m'offre à la légère brise de l'extérieur. Le jour se lève à peine, là-bas à l'horizon, et teinte le bord des yeux d'une faible lueur que l'on devine orangée. Au dessus de ma tête, il y a la lune qui poursuit sa route. Je suis loin de chez moi, et c'est inquiétant en un sens. Mais Nithral a raison, quand il dit que c'est quelque chose de bon, aussi ; quelque chose qui fait se sentir libre. Jamais enchaîné, malgré le pacte. Mentir serait de dire que je suis certain d'avoir fait le bon choix. J'y ai perdu un peu plus que je ne l'aurais voulu, à me lier à cet humain... Mais je crois que ça me plaît, quelque part, quoiqu'il en soit. 

C'est quand je vois le premier rayon du soleil que je me lève et m'éloigne, sans rien dire, sans rien laisser. Sans savoir, non plus, ce qui m'anime à partir, ce qui me guide, me dirige. C'est mon instinct, un sixième sens peut-être, juste une sensation, une impulsion contre laquelle je ne peux lutter. Il y a le monde qui s'éveille lentement tout autour, et moi je m'approche dangereusement du quartier général de Chronos. je reconnais ces hauts bâtiments qui se dressent par delà les arbres, et que j'ai lâchement fui, il y a un an de cela. En la laissant derrière moi. Je devrais faire demi-tour, je le sais. Mais je ne le fais pas, j'avance encore vers ce terrain miné, cet endroit trop risqué pour moi, pour un quelconque hybride. C'est de la folie.

Les grilles s'étendent tout autour, comme à perte de vue. Neuves, ni rouillées, ni entamées. Aucune issue pour qui est enfermé dans cette affreuse prison aux murs trop gris. Je me demande si c'est aussi sobre, aussi triste là-dedans. Face au béton qui monte bien trop haut, je regrette un instant le bois de notre maison, là-bas à Cimetronelle. Pendant une seconde, ça me manque comme jamais. Je prends une profonde inspiration, essaie de ne pas songer à ce que j'ai laissé derrière moi. C'est difficile. Quitter la famille de mon sang, pour vivre avec celle de mon cœur. Ma pire erreur ? Mon meilleur choix ? Je ne saurais dire.

Je marche, je marche, je divague, et puis je me fige. Là, entre deux mailles de fer, j'ai aperçu une silhouette, qui fait lentement remonter le goût de la bile dans ma bouche. Elle ressemble un peu trop à cet ange dont j'ai laissé les ailes se fracasser sous mes yeux, par peur, par idiotie, par lâcheté pure et simple. Elle lui ressemble un peu trop, et c'est douloureux. Mon cœur bat fort, le sang cogne jusque dans mes tempes, et j'ai l'impression de respirer un peu moins bien qu'avant. Non... Non. Non ? Je me mets à courir, pour m'approcher de cette silhouette, qui n'est qu'à quelques dizaines de mètres, cette petite forme un peu trop familière que mes parents ont essayé d'effacer de notre existence. Je crois être rendu muet par la stupeur, par le mal qui me serre la gorge, et par ma course, mais ma voix éclate dans le silence matinal. « So-Victoria ! » Je n'ose pas crier, je n'ose pas dire son véritable nom. L'a-t-elle seulement déjà confié à ces sales types ? Je ne sais pas. J'espère qu'elle a su se protéger... nous protéger ? 

Je sens mes jambes qui vacillent, alors je me retiens au grillage. Je halète, alors que je me sens trembler, comme prêt à m'effondrer à tout instant. Mais je ne cède pas. « Vi... Vic... Victoria ! Victoria... » Ma voix s'est cassée. Je déglutis, j'essaie de défaire ce nœud dans ma gorge, en vain. C'est même pire encore. Mes doigts se resserrent sur les grilles, à m'en faire mal. 

Soliste. Soliste.
Ô, Arceus, réponds...
Pourquoi me paraît-elle si loin, alors qu'elle n'est plus qu'à quelques pas de moi ?
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Yûki
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MessageSujet: Re: Ces mots que le silence nous a appris ; Soliste   Dim 30 Juil - 3:32

"SOLISTE !"

   J'ouvre brusquement les yeux, le coeur battant la chamade et me relève dans mon petit "lit". Ma gorge est nouée au point de m'en faire mal et de me couper la respiration, les larmes montent et me brûlent les yeux alors que je me recroqueville un peu sur moi. Un rêve, ce n'était qu'un rêve, le même depuis un an. C'est marrant, je ne le fais plus depuis quelques mois. Toujours pareil. Je cours, encore et encore, pour échapper à une force menaçante mais elle finit par me rattraper. Alors je supplie, je scande SON nom comme une litanie pendant qu'on m'emporte, qu'on me tire loin de LUI. Il hurle mon nom et la, je me réveille, et là est le plus dur. J'ai encore ce réflexe de penser que je suis à la maison, et que tout va aller, que Rhapsodie est dans la pièce d'a coté, ou bien même à coté de moi en train de dormir. C'est là que j'ai ces mêmes quelques secondes de blanc que tous les matins, c'est là que je regarde autour de moi et que la réalité me rattrape. Non, je ne suis pas à la maison, Non, maman et papa ne sont plus là. Oui Rhapsodie m'a laissée. Un an après ma capture, je ne me suis toujours pas habituée à ma condition, j'ai toujours cette impression étrange que ce n'est pas ma place, que je ne suis pas réellement là. 
   Je remonte mes jambes vers ma poitrine et les entoure de mes bras, mes oreilles tombant autour de ma tête posée sur mes genoux. Je déteste ce rêve. Le rêve de ma capture. Le cri de mon frère me reste en tête, toujours et encore. C'est étrange, je ne me rappelle plus de sa voix exacte, mais je l'entends presque toutes les nuits. C'est une torture. Pourtant, ce jour là ne s'est pas passé comme ça, IL ne s'est jamais retourné vers moi, n'a jamais hurlé mon nom, rien. C'était juste noir, moi et mes hurlements, moi et mes pleurs. Je secoue vivement la tête, non, je ne veux pas repenser à tout ça, ça fait trop mal. Je me lève donc et m'étire un peu, j'ai mal partout. Faut dire que je dors mal dans mon espèce de panier, et que mes journées n'arrangent rien. Je sors de la chambre silencieusement pour ne pas réveiller les autres hybrides qui dorment dans la même pièce et vais pour me préparer.
Après une douche, toute propre et changée, je m'arrête dans un des couloirs du QG. Ici, tout est gris/blanc, tout est fade, tout est triste et manque terriblement de vie. Ici, c'est chez moi, maintenant, c'est ma maison et ma vie. C'est ma prison. Notre prison. A tous les hybrides qui sont enfermés ici. 

Je passe mes doigts sur le mur tout en avançant; il est encore tôt donc je ne croiserai normalement personne. J'aime bien sortir le matin pour aller m'installer dehors et regarder le lever du soleil. C'est un de mes petits plaisirs quotidiens. J'atteins enfin l'extérieur. Sans les grilles de métal qui encerclaient le quartier général, la vue aurait pu être belle, magnifique même, surtout avec les premiers rayons du soleil qui se levaient et éclairaient les murs grisâtres. Ce soleil levant et si doux pouvait tout rendre plus beau, plus doux, plus tendre peut être. J'ai toujours aimé les rayons faibles et rosés du soleil qui se lève ou qui se couche, le balayage doux des couleurs pastels et brillantes sur l'horizon et l'ombre violacée qui l'accompagne. La nature était si belle. Je m'appuie contre le mur froid et gris, les yeux rivés sur le soleil qui salue le monde de ses rayons. Il me réchauffe pauvrement, et caresse ma peau blême. Je baisse les yeux sur mes bras, et observe mon derme. J'ai eu beaucoup de chance de ne pas être autant marquée que les autres, de ne pas être recouverte de cicatrices, de brûlures, de marques diverses. Je tend la main devant moi pour regarder mon bras, et mes doigts fins. Je suis encore chanceuse et privilégiée, sûrement dû à mon jeune âge. On a souvent du mal à blesser les plus petits, à moins d'être vraiment une infâme raclure. 
Urk, j'étire un peu mes jambes, je les sens s'engourdir; je suis restée immobile trop longtemps. Je soupire un tout petit peu et je me met à marcher, à déambuler parce que je n'ai pas la force ni l'envie de retourner à l'intérieur. Je me dirige alors lentement vers l'autre coté du bâtiment, marchant lentement. La ville commence à s'éveiller, j'entends de plus en plus de bruit, à commencer juste par les pas des gens. Je me crispe un petit peu lorsque j'entend quelqu'un venir loin derrière moi, mais vu le bruit, je n'ai pas à m'inquiéter, la personne n'est pas dans le QG lui même. Je fronce les sourcils au moment où j'entends l'inconnu(e) courir et vais pour me retourner. Et c'est la que je l'entends. 

« So-Victoria ! » 

C'est lui. C'est LUI. C'est cette putain de voix que j'entends la nuit, cette voix qui m'a hantée. C'est Rhapsodie, c'est MON Rhapsodie. Mon frère, enfin.

Un sursaut de joie se fait ressentir dans mon coeur alors qu'il scande mon nom d'emprunt, mon nom d'humain, le nom par lequel on m'appelle depuis un an. Il est revenu. Il est là, il est là pour moi, mon frère est revenu pour moi ! Tout n'est pas perdu ! Il est revenu me chercher ! Je vais pouvoir rentrer à la maison, voir maman et papa. Revoir Hoenn, respirer de nouveau l'air de Cimetronelle. Les larmes montent dans mes yeux alors que je me jette vers la grille, mais plus je me rapproche et plus je sens quelque chose de gênant. Au moment de toucher le métal et de tomber à genoux sur le sol, une boule glacée s'est formée dans mon ventre. Ma gorge est nouée, je suis muette, alors que les paroles de Sky me reviennent en tête. Rhapsodie est seul, pourquoi est-il seul ? Il ne vient pas me sauver. Il ne serait pas seul sinon. Je n'arrive plus à respirer. Pourquoi est-il là ? 

Les larmes embrouillent ma vue, mes doigts se crispent sur le métal, non loin de ceux de mon frère. Je lève mon visage vers lui et observe le sien. Il a grandi, il s'est embelli. Un an à peine est passé ? Je hoquette difficilement et murmure.

"Rha.... Non. Flynn."

Je sens la détresse extrême s'afficher dans mes yeux et sur mon visage. J'ai tenu bon jusqu'ici, mais là, c'est bien trop cruel pour que je puisse le supporter. 

Pourquoi ? 
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Yûki
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MessageSujet: Re: Ces mots que le silence nous a appris ; Soliste   Dim 30 Juil - 3:32

Elle se tourne dans ma direction, et apercevoir d’ici les traits de son visage provoque en moi une réaction plus vive que je ne l’aurais cru : je sens une larme qui roule sur ma joue, s’en va se loger dans mon cou. Je hoquette en venant la chasser, d’un revers de la main. Ma vue est tellement trouble tout à coup que je ne la distingue que vaguement courir dans ma direction. Je ne parviens pas à me détacher du grillage, c’est comme si en le lâchant j’allais tomber, la perdre à nouveau, la voir disparaître encore, trop loin pour que je puisse jamais la rattraper. Il y a des tremblements dans tout mon être, jusqu’à mes mains, jusqu’à mes doigts agressés par le froid de la matinée et celui du grillage qu’ils enserrent violemment. Ça fait mal, mais c’est ce qui me rappelle que je suis encore vivant, et que tout est réel. Tout est réel.

Elle se jette contre le grillage, je le sens s’agiter ; elle s’effondre et moi je frémis. Mes jambes paraissent hésiter, vacillent comme si elles ne voulaient pas que j’avance. Mais je lâche tout, et je n’effleure plus que le grillage en m’agenouillant face à Soliste. C’était comme tomber ; j’ai senti mes genoux s'érafler, mais je n’en tiens pas compte. Mes doigts courent sur les grilles, à la recherche de ceux de ma soeur. Ils sont peut-être froids eux aussi, mais ils paraissent tièdes entre les miens. La toucher à nouveau réveille en moi les souvenirs de toutes nos heures passées ensemble, de jour comme de nuit, ces soirées près de l’étang, les nuits où elle me rejoignait dans mon lit. Ça paraît tellement loin désormais.

J’appuie mon front contre cette barrière infranchissable qui nous sépare, alors qu’elle prononce ce nom que j’aime si peu, mais qui me protège… Qui était censé nous protéger. Ça n’a réussi à rien, sinon à nous séparer. Et c’est ma faute, ma faute. Rien que ma faute. Parce que j’ai été incapable de la protéger, moi, parce que j’ai été trop lâche pour me retourner, pour affronter ceux qui la voulaient, ceux qui me voulaient. Ils l’ont prise à ma place ; par dépit ou comme appât ? Il y a une nouvelle goutte salée qui vient tracer sa route sur ma peau. J’essaie de retenir les suivantes, je ferme les yeux et respire profondément, ça n’arrête rien. Une seconde perle rejoint sa jumelle, et je déglutis difficilement. Du bout des doigts, j’effleure les mains de Soliste, parce que les croisillons de fer ne me permettent rien d’autre. « Soliste... » Ça n’est qu’un murmure, mais ça me fait un bien fou de l’appeler par son véritable nom, sans mensonge, sans faux semblant. « Je… Je devrais pas être là mais… tu… tu... » Un sanglot que je peine à réprimer m’interrompt. « Tu me manquais… tu… me manques, Soli... »

Il y a aussi des larmes dans son regard, de la détresse dans ses prunelles noisettes. Je voudrais pouvoir faire fis de cet obstacle qui ne veut pas nous voir nous retrouver, passer outre et la serrer contre moi, lui dire que tout va bien, que je suis là maintenant, qu’on va rentrer… Qu’on va rentrer, retrouver notre vie d’avant. Tous ensemble, tous les quatre. Mais ça n’est pas possible. Ça le sera, un jour ; pas celui-ci. « Pleure pas, Soli, pleure pas… s’teuplait pleure pas... » Et pourtant, et pourtant… Mes larmes n’ont pas cessées, je sens mes yeux qui piquent et mes joues se tremper, mon cou avec elles. « Je suis désolé de pas être venu avant, je… j’aurais dû… je... » Mes doigts se serrent sur les siens, s’y entremêlent du mieux qu’ils le peuvent. « Si tu savais combien je m’en veux de… de pas être venu avant, de pas… d’avoir agi comme ça ce jour-là, je… C’est de ma faute. C’est ma faute, Soli… Ma faute si t’es là... » Me pardonneras-tu jamais, petite soeur ?

Me pardonnera-t-elle jamais mon erreur, ma faiblesse, ma faille ? Me pardonnera-t-elle jamais d’être enfermée, prisonnière à cause de moi ? Me pardonnera-t-elle jamais d’être loin de nous, loin de tout parce que je l’ai trahie, parce que j’ai trahi sa confiance ? Je n’ose pas affronter son regard, j’ai trop peur d’y voir le poids de mes actes de l’an passé, j’ai trop peur d’y voir les reproches et tout ce que je ne pourrai jamais réparer. J’ai trop peur que le temps et la douleur aient causé des dommages à jamais irréparables dans nos deux coeurs qui, fut un temps, battaient à l’unissons parce que nous nous aimions tant. M’aime-t-elle toujours, de la même façon qu’elle savait le faire, avant ? Me voit-elle toujours comme ce grand frère qu’elle venait réconforter dans son sommeil et dont elle jalousait les connaissances trop proches ? Soliste et Rhapsodie. Rhapsodie et Soliste. C’allait de paire avant ; désormais on ne dit plus que Rhapsodie, on a étouffé Soliste dans un coin sombre des esprits et l’on ne veut plus y songer. Ils pensent qu’elle ne reviendra pas. Et aujourd’hui, c’est Rhapsodie et Victoria, peut-être même Flynn et Victoria. Ça n’est plus comme avant, et c’est d’autant plus douloureux. Oh Arceus, mais qu’ai-je fait ?

Tout doucement, mes mains se défont des siennes ; j’essaie de les y garder, mais c’est comme si mon corps craignait quelque chose qui m’échappe. Ils l’ont oubliée, ils l’ont oubliée. C’est qu’elle n’existe plus, peut-être ? Deviens-je fou ? Non. Non. Elle est là, face à moi, petite chose fragile à la place de laquelle je devrais me trouver. Ou du moins, aux côtés de laquelle je devrais être. S'il ne me faut rien d’autre que m’offrir en pâture à Chronos pour la revoir, alors je le ferai ; mais je ne veux plus qu’elle soit si seule dans sa prison de tout verre et d’acier. « Soliste… Victoria... » Je serre les dents : comment l’appeler désormais ? « Soliste, est-ce que tu m’en veux ? » Ma voix est partie dans les aigus sur les derniers mots. Pardon, pardon petite soeur, pardon. « Je te jure que… que j’suis désolé... » Mais plus rien ne sera suffisant désormais.
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MessageSujet: Re: Ces mots que le silence nous a appris ; Soliste   Dim 30 Juil - 3:33

IMPOSSIBLE

Son contact m'électrise alors que ses doigts frôlent les miens, je sursaute, comme brûlée par sa peau. Je prend une inspiration haletante pour me rendre rapidement compte que je n'aurais pas dû. Son odeur emplit l'air ambiant et s'infiltre sinueusement dans mes narines, alors que mon cerveau tente aussi bien que mal d'empêcher les souvenirs douloureux de rejaillir. Seulement, tout ce que j'ai pu refouler à l'encontre de cet homme, de mon frère bien aimé, de celui qui a été ma moitié, tout ce que je me suis efforcée d'oublier pour moins souffrir, tout cela n'était que tapis à l'orée de ma mémoire, n'attendant que le plus petit des déclics pour resurgir. J'étouffe un gémissement alors que ma nuque se courbe et que je regarde le sol, une larme coulant lentement le long de ma joue pour venir s'écraser sur le sol si froid et mort sur lequel je me suis laissée tomber.
Il ne peut être réel, pas vrai ? Ca ne peut être lui, ça ne peut être Rhapsodie. Où alors n'est-il là que pour me faire souffrir ? 
Mon cerveau se met à mettre en place des théories de plus en plus folles, pour ne pas se confronter à la réalité, au fait qu'IL est là, et que je ne sais pas pourquoi. Puis tout cesse au moment ou j'entends sa voix.

« Soliste... »

Tout d'abord, le choc, puis mes yeux se relèvent vers les siens pour y trouver une peine immense, une douleur infinie et du regret. Ô combien de regret ses yeux peuvent éprouver en cet instant précis. Et ce sont ces yeux, ces yeux si familiers et si distants qui me font réaliser que tout ce qui se passe n'est que réalité et que je ne flotte pas dans un fantasme vicieux sorti des brumes de mon esprit malade. La personne la plus importante à mes yeux qui n'ait jamais foulé cette terre est bien là, devant moi, son beau visage strié de larmes, son regard empreint d'une blessure sans fin. 
Ses paroles me font frissonner. Comme j'aimerais lui répondre, trouver le courage d'ouvrir la bouche et de lui dire à quel point il m'a manqué, de lui dire que je n'ai pas cessé de penser à lui, et que d'entendre son nom murmuré par les membres de Chronos me faisait frémir d'horreur à l'idée même qu'il ait pu être capturé. Mais mes lèvres restent scellées, ma gorge nouée devant le regard de cet être qui m'est si cher. Il m'implore de retenir mes larmes, mais comment le pourrais-je alors que lui même affiche une telle détresse sur son visage, alors que ses joues sont détrempées. Comment pourrais-je sourire alors que lui souffre ? 
Le contact de nos mains se prolonge, ses doigts tièdes et familiers se collant aux miens, tandis que ses lèvres m'assènent un dernier coup. Sa faute. Sa faute. Les paroles de Sky reviennent durement à mes oreilles, torturant un peu plus mon coeur qui déjà ne peut pas prendre beaucoup plus que ce qu'il subit à l'instant présent. Je... Je ne sais pas comment réagir, comment prendre ce qui se passe devant mes yeux et à l'intérieur de moi même. Plus je vois Rhapsodie, plus je me dis que Sky ne peut avoir raison. Comment aurait il pu me laisser sciemment. Notre enfance n'aurait-elle pas eu d'importance ? Ou alors, a-t-il laissé l'enfance derrière lui, et abandonné ce qui pouvait le rattacher à sa terre et à sa famille pour partir avec les délinquants dont il fait partie ? Sky. Rhapsodie. Lequel des deux a raison ? 

Je sens mon coeur battre plus fort dans ma poitrine alors que j'inspire difficilement une goulée d'air, essayant de réguler mes sanglots silencieux. J'ai tant espéré ce moment, alors pourquoi tout est aussi difficile ? Pourquoi est-ce que tout n'est pas simplement joie, bonheur et soulagement des retrouvailles ? Son regard fuit le mien, il s'éloigne de moi, évite mes yeux, mon visage. Il détache ses mains des miens. Pourquoi ? Pourquoi me fuis tu encore, grand frère ? M'abandonneras-tu encore une fois ? Mon ventre se serre douloureusement à cette pensée cruelle, pensée qui ne me ressemble pas. Ne ressemble pas à la Soliste qui est arrivée à Chronos il y a de ça un an. A la Victoria actuelle, ça lui ressemble peut être un peu plus. Il hésite avec mon nom, il ne sait comment m'appeler. Je ne sais non plus, après tout, je ne peux le blâmer. 

« Je te jure que… que j’suis désolé... »

Un souffle reste coincé dans ma gorge. Me demande-t-il pardon ? Sa voix tremble tellement, la douleur est trop présente sur ses traits, dans sa posture, dans sa façon d'être et de bouger. C'en est trop pour moi. Je vais pour bouger mes doigts, me rendant compte ensuite de mes jointures blanchies d'avoir trop serré le grillage. J'ai toujours pensé qu'être petite et menue ne servait à rien, je n'aurais jamais imaginé que ma finesse m'aurait servi ici. Je retire la main des croisillons de fer, pliant et dépliant mes doigts pour les faire retrouver leur afflux sanguin, puis passe ma main au travers un de ces minces espaces qui composent le grillage. C'est serré, le métal froid me mord la peau mais j'arrive à faufiler ma main menue par la et aller toucher la peau humide du jeune homme en face de moi. 
Ma gorge se délie un tout petit peu alors que mon mutisme s'efface petit à petit. Au début, un seul mot sort de mes lèvres. [couleur=#FEC3AC]"Imbécile"[/color]

Je caresse sa joue douce, me réhabituant au contact de sa peau. Le voir ainsi est une déchirure. Tout en cette attitude me rappelle ses nuits d'horreurs, ses cauchemars et terreurs nocturnes. Je ne peux rester de glace face à lui, face à sa peine que j'ai tant essayé d’atténuer au fil du temps, face à ce Rhapsodie si doux que j'ai connu. 

"Comment est-ce que je pourrais t'en vouloir, alors que je te vois comme ça, hein? "

Je tire au maximum sur ma main pour essayer de venir caresser une mèche de cheveux. Son contact me rassure, le rend tangible, réel, vrai sous mes doigts. Et j'ai besoin de savoir qu'il est là, que je ne rêve pas et surtout qu'il est venu pour moi, qu'il est venu, tout simplement. Pourquoi ? Comment ? Pour qui ? Avec qui ? Ces questions ne m'importent plus sur le moment. Je sais que plus tard, elles resurgiront, comme de gentils petits monstres qui attendent le soir pour sortir, mais pour l'instant, je me baigne en pleine lumière. 
Il faut que je parle, que je verbalise, que je lui dise, que je lui dise qu'après tout, ça va, que quelque part ce n'est pas aussi pire que ce qu'il a pu imaginer. Il faut que je lui parle, il faut que je le rassure, il faut que je fasse disparaître cette souffrance de ses yeux, qu'importe le coût. 
Je ne peux pas sourire, donc je fais la moue. Comme j'avais l'habitude de le faire avant, comme à chaque fois que je faisais semblant de lui en vouloir, comme à chaque fois que je voulais le faire sourire parce qu'il était grognon. Ce n'est qu'une ombre de ce que j'ai pu être, mais c'est déjà ça.

"T'as idée de combien t'as pu me manquer, Rhap' ? Plus jamais tu me fais un truc comme ça, non mais."

On sait. On sait tout les deux que c'est faux, que ce n'est qu'imitation, que dès qu'il sera reparti la vie reprendra son cours et que nous ne nous reverrons pas. Mais si c'est la dernière fois qu'on doit se voir, autant que je le voie sourire pour une dernière fois.
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MessageSujet: Re: Ces mots que le silence nous a appris ; Soliste   Dim 30 Juil - 3:33

Ses larmes me font mal, me serrent le coeur plus qu’il ne l’est déjà. J’étouffe, et pourtant je respire mieux que je ne l’ai jamais fait, depuis cette nuit-là. Parce qu’elle est là, parce qu’elle est face à moi, vivante. Parce que je réalise, à quel point je m’accrochais à un espoir fou : elle était loin, elle pouvait être dans tous les états, perdue, blessée, ou même pire. Je savais au fond de moi qu’elle vivait encore, que son sang pulsait toujours dans ses veines, je le sentais ou, du moins, je me bernais d’une illusion qui m’aurait crevé, si je m’étais trompé. Mais non, elle est là, elle est là, elle est là. Et c’est tout ce que j’ai toujours espéré, tout ce à quoi je me suis raccroché pour ne pas tomber, rattrapé quand je trébuchais. C’était ça, mon espoir, ma dernière chance : l’espérer vivante, là, quelque part, derrière les murs tout de gris qui me répugnent tant. Et elle y est. Elle y est, et c’est tout ce dont j’ai besoin. Je ne tomberai plus, parce que je sais qu’elle est là. Parce que je la sauverai.

J’ai envie de franchir la barrière qui nous sépare, envie de la prendre dans mes bras, de la serrer contre moi, plus fort que jamais, plus fort que lorsque nous riions en choeur, plus fort encore que lorsqu’elle me rejoignait dans mon lit, la nuit, pour calmer mes angoisses. Plus fort que lorsque je me raccrochais à elle, comme à mon plus précieux trésor. Elle est mon ange, mon rayon de soleil, mon tout de toujours. Elle est là, tout près, et pourtant la clôture tout de fer glacial paraît l’éloigner, l’emporter à des années lumières de moi. Laissez-la moi, rendez-la moi. J’ai envie de hurler contre le monde, de la retrouver, de saisir ses mains, d’inspirer son odeur légère qui, toujours, m’inspire la cannelle de nos biscuits d’enfance. Elle me manque, alors même que je peux presque sentir son souffle m’effleurer tant elle est proche.

Tout à coup, un contact, qui me fait frissonner tout entier. Je lève les yeux vers elle, les écarquille sous la surprise. Sa main. C’est sa main sur ma joue inondée de larmes, c’est la douceur de ses doigts glacés qui répand la plus tendre des chaleurs dans tout mon être. Les miens viennent caresser son poignet fin, agripper sa main avec une délicatesse infinie. Comme si je craignais de la briser, de la voir se dissiper tout d’un coup, comme la Soliste de mes songes éveillés.

« Imbécile »

J’étouffe un hoquet, tant c’est douloureux d’entendre sa voix. Et pourtant, j’en ai tant rêvé. J’ai tant rêvé saisir à nouveau son timbre clair et cristallin, j’ai cru oublier à quoi ressemble son ton, alors même qu’il me tourmentait, jour après jour et dans mes nuits les plus obscures. Seulement, j’oubliais, j’oubliais au profit de son hurlement qui déchirait mon sommeil, avec une violence inouïe. C’était ça qui me hantait, ça qui me hante, à chaque heure fiévreuse, à chaque tentative désespérée de m’abandonner à fermer les yeux, rien qu’un instant. C’est toujours peine perdue, je l’entends aussi distinctement que lorsque je l’ai perdue.

« Comment est-ce que je pourrais t'en vouloir, alors que je te vois comme ça, hein ? » Je voudrais sourire, la rassurer, mais je n’y parviens pas. Je n’y parviens pas, et mes larmes coulent sans discontinuer. J’ai mal, alors même que je devrais être heureux de la revoir. Et je le suis, ô combien je le suis, mais ô combien c’est lancinant d’être comme prisonnier de cette cage dans laquelle je ne suis pas. Ô combien c’est insupportable de la voir, elle, petit oiseau privé de ses ailes et condamné à demeurer au sol. Par ma faute, ma faute, ma faute. Ma gorge se noue un peu plus, et je peine à déglutir, secoué d’un sanglot que je réprime difficilement.

Elle veut toucher mes cheveux, et je baisse la tête pour qu’elle n’ait pas à se faire mal. Mes mèches d’ébène effleurent ses doigts fragiles, ses doigts de poupée si précieuse que je ne cesse de toucher, de frôler, de saisir. Je ne veux pas qu’elle m’échappe à nouveau, j’ai trop peur que si le contact se rompt, elle ne disparaisse à tout jamais. « T'as idée de combien t'as pu me manquer, Rhap' ? Plus jamais tu me fais un truc comme ça, non mais. » Mes yeux se lèvent pour rencontrer les siens, deux iris caramélisés desquels je voudrais n’avoir à jamais me détacher. je veux m’y perdre, m’y noyer tout entier si ça peut nous réunir.

Un sourire flotte sur mes lèvres, mais je sais qu’il ne se reflète pas jusque dans mes prunelles ; il est faux, simulé, simple mascarade, maquillage de pantin aux airs de clown par dessus la douleur, par dessus les sillons salés qui rendent si laids les visages de porcelaine. T’es belle même quand tu pleures, mais plus encore quand tu souris. Je veux qu’elle rie, comme si demain n’était rien, n’était plus. Je veux qu’elle rie et qu’on oublie, qu’on fasse semblant. Juste un peu. « Plus jamais… Plus jamais. » Ça sonne comme une promesse, que je ne tiendrai pas tout à fait : je repartirai. Mais, surtout, je reviendrai, et ce sera pour la libérer, pour la sauver quelle que soit la contrepartie à donner, quelles que soient les dettes à payer.

« Soliste… Soliste si tu savais… à quel point… à quel point je… j’suis plus rien, sans toi. » C’est juste un murmure, mais criant de vérité, criant de tout ce que je ne sais pas dire, de ce que je n’avoue à personne, surtout pas à moi-même. « J’te sortirai de là. Je te le promets, je te le jure, tu resteras pas là, tu reviendras, tu… Je… J’te le promets… J’te le promets, Soliste... » Crois en moi, crois en moi, rien qu’une seconde. Je pose ma main libre à plat contre la grille, m’en rapproche pour que celle qu’elle a passé au travers lui fasse moins de mal. J’en viens à appuyer mon front contre les croisillons de métal, sans jamais la lâcher du regard. Je lèche mes lèvres, aux gerçures rendues douloureuses par le sel de mes larmes. « Est-ce qu’ils t’ont fait du mal ? Est-ce que ces sales types t’ont touchée, blessée, fait quoique ce soit ? Dis-moi… dis-moi ce qu’ils t’ont fait... » Je n’y vois rien sur ses bras, ou sur son visage, qui puisse être traître de trop de mauvais coups, encore moins de blessures plus importantes. Mais je veux savoir, j’ai besoin de savoir. 

Qu’importe le poids de la vérité, je le supporterai.
Si tu peux croire en moi, rien qu’une dernière fois.
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MessageSujet: Re: Ces mots que le silence nous a appris ; Soliste   Dim 30 Juil - 3:33

Comme cruelle peut-être la vie, pour des êtres aimants. 

J'ai envie de crier, de hurler ma peine au ciel telle une Grahyena un soir de pleine lune. J'ai mal, tout me fait mal, son sourire, ses larmes, son contact. J'ai envie de le serrer dans mes bras, de partir loin d'ici, de retrouver notre ancienne vie. Jamais elle ne m'a parue aussi réelle que maintenant. Sa présence me rappelle que ma place n'est pas ici, elle est auprès des miens, auprès de ma famille, auprès de lui. Ma place est dehors, dans les champs, entourée de nature, d'air frais et de vie, pas dans ce lieu de mort et de douleur. Jusqu'ici, je ne l'avais pas senti aussi violemment, jusqu'ici, j'essayai de faire tête basse en  me disant que ce n'est qu'un mauvais moment à passer. Mais voir son visage, sentir sa peau vivante et douce sous la mienne, pouvoir à nouveau contempler ses yeux profonds me fait comprendre. Comprendre que non, ce n'est pas une passade, ce n'est pas quelques mois enfermée dans un bâtiment bizarre. C'est un endroit où je ne suis pas sensée être. Prendre conscience de ça est étrange, enfin, comment n'avais-je pas réalisé avant ? J'ai l'impression de m'éveiller d'un rêve étrange et brumeux. Il murmure quelques mots, pareils à une litanie, autant pour se rassurer lui que moi. C'est ce dont nous avons tous deux besoin, d'être rassurés, qu'on nous dise que tout ira bien, même si c'est un mensonge.

« Soliste… Soliste » Entendre mon nom, mon vrai nom est comme un courant d'air frais sur mon âme, et achève peu à peu de me réveiller. Comme il est étrange d'être là, comme il est étrange que je sois restée autant de temps dans cet endroit.
« Si tu savais… à quel point… à quel point je… j’suis plus rien, sans toi. »Mon coeur se serre encore un peu plus. J'aurais tant voulu que tu ailles bien, j'aurais presque préféré que tu m'oublies plutôt que tu souffres de la sorte, grand frère. 

« J’te sortirai de là. Je te le promets, je te le jure, tu resteras pas là, tu reviendras, tu… Je… J’te le promets… J’te le promets, Soliste... »

Je souris faiblement, un sourire triste, désabusé. C'est un mensonge, grand frère, et tu le sais. Tu le sais aussi bien que moi, personne ne pourra me sauver, et surtout pas toi, pas toi qui est recherché par eux, toi qui es fiché. Tu ne pourras pas me sauver, revenir me chercher, à moins d'être suicidaire, et je ne veux pas que tu le sois. Protège-toi, fuis. C'est mieux pour toi. Il pose sa main sur cette malédiction d'acier qui nous sépare, je vais nouer mes doigts aux siens de ma main libre et vais poser mon front contre le sien, triste à en mourir. Mon coeur est lourd, ma gorgé nouée et mes joues trempées de mes larmes amères. J'inspire difficilement.

« Est-ce qu’ils t’ont fait du mal ? Est-ce que ces sales types t’ont touchée, blessée, fait quoique ce soit ? Dis-moi… dis-moi ce qu’ils t’ont fait... »

Je secoue la tête faiblement, remuant plus mon front sur la grille qu'autre chose. Je me sens faible, je me sens petite et menacée par tout. J'ai l'impression d'être un bébé Évoli perdue dans la neige, engourdie par le froid et la douleur. Je murmure.

" Non... Ils ne m'ont rien fait. Rien de permanent en tout cas.... Après... Je ne suis pas traitée comme une reine, mais je me débrouille.... " J'essaie de lui offrir un petit sourire " D'autres sont bien moins traités que moi. Je pense que mon âge m'avantage, ainsi que ma taille. Peut être Sky fait en sorte qu'il ne m'arrive rien... Je n'sais pas....."

Je lève les yeux pour regarder Rhapsodie en face, et tend le petit doigt vers mon frère bien aimé, très sérieuse. 

"Jure le moi, Rhapsodie. Jure moi que tu me reviendras, jure moi que je te reverrais. Je n'attends pas que tu me sauves d'ici, car c'est impossible. Mais je veux pouvoir te voir à nouveau. Je t'attendrai, peu importe les jours, les semaines, les ans, Rhap. Je t'attendrai." Je sens ma voix se briser, sous les larmes, je sens cette sensation bizarre et désagréable dans ma gorge, un peu comme si ça me gratte de l'intérieur. J'entends mes propres larmes dans ma voix alors que je l'implore "Mais jure le moi. S'il te plait. "
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MessageSujet: Re: Ces mots que le silence nous a appris ; Soliste   Dim 30 Juil - 3:33

Ses doigts viennent se lier aux miens, entre les croisillons d’un grillage qui n’attend que de nous écorcher vifs, la peau, la main, le coeur aussi. Sans même m’agiter, je pose le regard sur nos mains liées, sur ses doigts, les siens, si vrais, tangibles, et dont j’ai tant rêvé. Dans d’autres circonstances, j’aurais préféré.Mais elles sont là, ses mains, froides dans l’air frais de la matinée, tièdes contre moi, douces à l’infini. Oh, Soliste, si tu savais comme ça m’a manqué. C’est une accalmie, de quelques minutes, de quelques heures tout au plus, qui laissera son parfum flotter tout autour de moi, jusqu’au soir je l’espère, plus longtemps encore si le ciel le veut bien. Dormirai-je un peu mieux désormais ? Sans elle à mes côtés. Il y a ces deux prunelles en face de moi, ce regard caramel qui n’a cessé de me poursuivre, de me hanter. Si près, si vrais eux aussi. C’est comme revivre, tout à coup, c’est comme reprendre son souffle, respirer un peu mieux, s’ôter d’un poids trop lourd pour être porté qui pesait sur la poitrine. Elle est là, vivante, ma raison d’être. Mon ange, mon si bel ange.

Elle va bien, à sa façon.
Elle vit, elle se bat, elle a le regard fier.
Est-ce que c’est moi qui la fait tenir—
comme c’est elle qui me tient en vie ?


Ils ne lui ont pas fait de mal, ils ne l’ont pas brisée. Ils n’ont pas eu son corps, et je me refuse à l’idée qu’ils aient son esprit. Pas tant que je serai là, pas tant que je serai vivant. Pas tant qu’il y aura ce même sang dans nos veines, ce même amour dans nos coeurs, ces mêmes souvenirs dans notre esprit ; pas tant qu’elle sera ce que j’ai de plus cher au monde

Le nom de Sky franchit ses lèvres, et c’est comme recevoir un coup en plein estomac. Sky, Sky, Sky. Tout à coup, ça tourne dans mon esprit, ma fautemon erreurnotre douleur. Il y a une vague brûlante qui m’ébranle tout entier ; de la colère, de la rage, de la haine pure, sans doute, qui me traverse, me transperce, transcende tout. Je ne suis pas un assassin, mais faire couler son sang, j’en ai déjà rêvé, dans mes nuits les plus obscures. Quand les ombres plongent leurs crocs dans ma gorge, c’est la fureur, c’est la répugnance, c’est la terreur aussi ; et c’est toujours le sang. Quelque fois celui de Sky, celui de Belt, de Soliste, et c’est le pire. Tout ce fiel, qui se déverse en hémoglobine et m’arrache au sommeil en pleurs et le souffle court, la nausée jamais bien loin. 

Je le tuerai. L’idée s’immisce en moi, suit son cours dans mon esprit, s’y fait une place de reine où elle tourne et retourne. Je le tuerai. C’est plaisant d’y songer, et pourtant une part de moi est soulevée d’un immonde haut-le-coeur, que je peine à réprimer. Si mes mains font couler le sang, alors comment pourrai-je à nouveau caresser ton visage avec ces doigts mêmes qui auront tué ? Ce serait la souiller, et ça, ça, je m’y refuse. Il te faudra peut-être me fuir, petite soeur, t’assurer que je ne te salisse jamais. 

Je retiens une plainte, douloureuse, déchirante, pour ne pas l’inquiéter, et elle m’arrache à mon trouble —comme elle a toujours su le faire. Elle lève le petit doigt, comme le font les enfants, et l’air pourtant si sérieux que j’en frémis. « Jure le moi, Rhapsodie. Jure moi que tu me reviendras, jure moi que je te reverrais. Je n'attends pas que tu me sauves d'ici, car c'est impossible. Mais je veux pouvoir te voir à nouveau. Je t'attendrai, peu importe les jours, les semaines, les ans, Rhap. Je t'attendrai. » Tes mots me blessent, le sais-tu ? Ils déchirent mon coeur comme le ferait une flèche, dont le poison se répandrait à présent dans mes veines, à chaque pulsation, et me frigorifiait de l’intérieur. Tu ne crois donc plus en moi, petite soeur ? Mes doigts se fraient un passage entre les mailles d’acier, effleurent sa joue baignée de larmes, ces larmes qui ne devraient pas être, ces larmes que je voudrais faire cesser d’un simple mot, d’une simple caresse, d’une simple étreinte. Peut-être que si je ferme les yeux, cette barrière infranchissable ne sera plus, peut-être que je te retrouverai enfin, peut-être que nous serons libres ?

« Mais jure le moi. S'il te plait. »

Le silence plane, quelques secondes qui paraissent durer une éternité. Et puis, difficilement, comme si ça me coûtait un peu trop cher, je plonge mon regard au plus profond de celui de ma soeur. « Soliste. Je te sortirai de là. Qu’importe combien de temps ça me prendra, qu’importe aussi combien ça me coûtera. Je n’vis que pour ça, pour toi, pour te sauver. » Je serre les dents, je déglutis. Ma voix a tremblé, sur les derniers mots. Lui parti et nos souvenirs en cendres, que me reste-t-il sinon elle ? « Ne m’enlève pas ça, ce qu’il me reste. Ne me l’enlève pas, s’il te plaît. » Tant pis si je mens, je veux au moins que l’on y croit un peu, toi et moi, une heure ou rien qu’une seconde. Même si ça signifie faire semblant, simuler, rire pour de faux. Ne m’ôte pas ma raison d’être, de vivre, ne me prends pas mon combat, ma rédemptionLaisse-moi encore m’illusionner, si ça n’est plus que ça.

Alors, seulement, je viens enfin crocheter son petit doigt, avec le mien, et mon regard s’attarde sur ce pacte qui ne sera pas rompu. Ce pacte, ces mots, cette promesse, qui vaut bien plus que tout le reste, que toutes les autres, que j’ai faites avant, que je ferai plus tard. Parce qu’elle est mon essentiel, mon évidence.« Je reviendrai. Et un jour, tu repartiras à Cimetronelle avec moi. Je te le promets, je le jure sur ma vie. » Qu’importe si mes mots sonnent cruels à ses oreilles, s’ils paraissent mensonges, balivernes, utopie depuis longtemps disparue ; ils sont ceux auxquels je crois, ceux auxquels je m’accroche pour ne pas tomber. Ils sont le poids sur mes épaules, celui dont je ne peux ni ne veux me débarrasser. Ils sont ma guerre, dont tout le monde se fout.

Je baisse la main, lentement, sans être capable d’esquisser un autre mouvement que celui-là seul. Je ferme les yeux, mais la soustraire à ma vue est trop insupportable, comme si elle pouvait se dissiper, disparaître d’un instant à l’autre, comme dans mes songes. Alors, mes paupières se rouvrent presque aussitôt, et je grave en ma mémoire les traits de son visage, pour les dessiner à l’encre des souvenirs dés que je devrai m’en aller. « Tu es seule ? Enfin, je veux dire… Les autres hybrides, les autres... » Quoi ? Esclaves ? C’est ça, le mot ? C’est ça, ce que l’on dit pour parler de ceux à qui l’on a brisé les ailes et enchaîné le coeur ? « Ils t’aident, ils te soutiennent ? » Je ne veux pas l’imaginer seule, livrée en pâture à ce monde de brutes qui ne mérite pas de veiller sur un ange tel qu’elle l’est. 

Dis, Soliste, est-ce que quelqu’un te protège mieux aujourd’hui que je n’ai su le faire moi-même ?
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MessageSujet: Re: Ces mots que le silence nous a appris ; Soliste   Dim 30 Juil - 3:34

Mon doigt tendu tremble silencieusement un peu comme tout le reste de mon corps. Ma gorge me serre, les larmes coulent sans ma permission. Je sens la douleur qui me tord l'estomac et m'abîme la trachée, la pression du métal sur ma peau tendre, sur mes membres qui se tendent un peu plus vers mon frère, mais elle est secondaire. Elle me semble loin, assez loin pour qu'elle ne m'importune pas beaucoup, assez loin pour ne pas me rendre compte qu'il faut que je desserre la grille que je tiens fermement entre mes doigts. J'ai froid. J'ai mal. Je ne sais pas si je vais réussir à parler, si je vais réussir à faire autre chose que m'écrouler tristement sur le sol, telle Icare qui s'approche trop du soleil. La métaphore me plait, ça fait de Rhapsodie mon soleil, ça fait de lui l'astre qui illumine ma vie et mes jours. C'est juste. Il est ma raison de vivre, ma raison de sortir d'ici, il est ce qui me pousse à survivre. Et tel le soleil, être trop proche de lui me fait mal, le regarder directement me fait pleurer. Mais sa présence me réchauffe, elle réchauffe mon petit cœur. En comparaison, les journées loin de lui sont froides, mornes et solitaires. 

Quelques secondes passent, secondes pendant lesquelles le seul bruit que j'entends est celui de ma respiration qui se fait trop rapide et mon sang qui bat presque douloureusement dans mes veines. La nature, pourtant habituellement si bruyante, se fait silencieuse, comme si elle assistait avec peine elle aussi à nos retrouvailles, attentive comme une mère surveillant ses enfants. La Vie elle même retient sa respiration, en attente de la réponse. Si c'était un film, y'aurait eu une musique triste, montant en crescendo jusqu'à la réponse de Rhapsodie, peut être même quelques plans bien sentis, gros plans sur les yeux, ma main tendue et désespérée. Mais non. C'est bien réel, et c'est terriblement vide. Seule la peine est présente, aucun joli filtre n'est la pour égayer la réalité.

« Soliste. 

Enfin, il répond. Mon souffle se bloque dans ma gorge, dans ma poitrine. Mon nom, ce nom que je n'entends plus depuis un an, si doux sur ses lèvres. 

Je te sortirai de là. Qu’importe combien de temps ça me prendra, qu’importe aussi combien ça me coûtera. Je n’vis que pour ça, pour toi, pour te sauver. » 

Il marque une pause, une pause involontaire, alors que sa voix tremblote. Il sent le désespoir, tout comme moi. Il me ment peut être, mais ses mots me rassurent et je sais immédiatement que ce sont les exact mêmes mots que je me répéterai le soir en m'endormant. Que je me bercerai avec le son de sa voix, avec les souvenirs de cette rencontre, et l'assurance qu'il ne m'a pas oublié, et qu'il m'aime encore. 

« Ne m’enlève pas ça, ce qu’il me reste. Ne me l’enlève pas, s’il te plaît. »

Alors, il approche sa main de la mienne, et nos doigts se joignent. Son ton se fait plus solennel, mes larmes ont arrêté de couler. Je sens que quelque chose a changé en moi, une détermination que je n'avais pas avant, un espoir peut-être. Une certitude alors qu'il prononce ses mots. 

« Je reviendrai. Et un jour, tu repartiras à Cimetronelle avec moi. Je te le promets, je le jure sur ma vie. »

Je pourrais jurer sentir une brise se lever. Alors que la terre respire de nouveau, je fais de même. Notre promesse, notre pacte est ainsi scellé, et je sais que rien au monde ne pourra le briser. Un accord sacré, plus pour moi que n'importe quelle image pieuse. Comment ai-je pu douter de lui ? Comment ai-je pu douter de mon frère ? Du sang de mon sang. Comment ai-je pu douter que l'enfant avec qui je jouais, je lisais, je passais tant de soirées assis au bord du lac avait disparu ? Comment avais-je pu croire qu'il n'était plus là, et qu'il m'avait abandonnée ? 

Son doigt quitte le mien alors qu'il baisse la main et que je récupère mon bras, accrochant ma main aux croisillons de métal toujours aussi froid. Jamais ça se réchauffe ce genre de trucs ? Il cligne des yeux plus qu'il ne les ferme, et son regard se repose sur moi. 

« Tu es seule ? Enfin, je veux dire… Les autres hybrides, les autres... » 

Il a l'air d'hésiter, il semble mal à l'aise. Peut-être sur le mot à utiliser. Esclave, déchet, objet, possession. Tant de choses que j'entends à longueur de temps, j'en oublie même le sens. Je sais juste que ça nous désigne, je sais juste que c'est nous. Peut-être dur à utiliser pour qualifier sa petite soeur. 

« Ils t’aident, ils te soutiennent ? » 

L'inquiétude dans sa voix me touche, le malaise et la rage contenue dans ses yeux m'apaisent un peu, étrangement. Il tient à moi. Il m'aime, et je peux le lire sur son visage. Je hausse un petit peu les épaules, et essaie de prendre la parole. Mes mots restent coincés dans ma gorge, mais je parviens, non sans difficulté, à balbutier quelques paroles.

"L'ambiance n'est pas vraiment très propice à se faire des amis.... Mais.... Il y a ce Pokémon, Matthieu, qui est gentil avec moi, depuis le jour de mon arrivée... Donc je suis pas toute seule. Même si il a les mains liées comme moi, me protège de la cruauté de cet endroit autant qu'il le peut...."

Je me sens plus calme qu'avant, la promesse de Rhapsodie ayant alors crée en moi une force et un espoir que je pensais disparus.
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MessageSujet: Re: Ces mots que le silence nous a appris ; Soliste   Dim 30 Juil - 3:34

Lentement, je m’agite, je m’installe plus confortablement —et c’est un bien grand mot— sur le sol de terre sèche et herbe roussie par la saison hivernale. Les infimes petits cailloux tranchants cherchent à érafler mes mains, et j’étouffe un grondement en me laissant aller contre le grillage. Mes doigts s’aventurent à nouveau à la recherche des siens entre les mailles, suffisamment pour les effleurer, juste assez pour ne pas nous blesser sur le métal qui m’empêche de l’enlacer, de la serrer contre moi pour ne plus jamais la lâcher. Ô, Arceus, mais que fais-tu donc à tes enfants ? Mes yeux courent sur sa peau claire, comme s’ils ne se lassaient jamais de n’y voir aucune plaie ; se perdent parfois dans ses prunelles, soulagés de ne pas y voir ce même trouble que cet hybride aux yeux de sang et aux crins d’argent, ce même vide que ce sauveur, à qui je dois ma liberté et dont je ne sais rien, pas même le nom. Soliste n’a jamais su, et peut-être qu’elle ne saura jamais ; peut-être qu’elle s’en doute ? Ces types, qui nous ont trouvés, ces types, qui nous ont enfermés. Ils ont parlé, ils en ont trop dit : un an après la première altercation, ils me cherchaient encore. Est-ce toujours le cas, aujourd’hui ? Ils l’ont elle. Est-ce une garantie suffisante de m’avoir aussi ? Ce type aux yeux violets… Il sait que je viendrai, un jour, n’est-ce pas ? 

Je réprime un rictus amer, en serrant un peu plus fort les doigts de ma soeur entre les miens. Il la protège. Je ne sais pas qui il est ; un nom, quelques lettres que je tâcherai de ne pas oublier, pour savoir le remercier un jour, s’il m’en est donné l'occasion. Il la protège et, si je peux croire au moins un peu qu’il la préserve des horreurs dont je n’imagine même pas la portée, dans l’enceinte de ces murs, alors ça me suffit. Presque, puisque ça ne sera jamais une sûreté aussi certaine que lorsqu’elle sera entre mes bras, et loin d’ici ; mais ça me suffit, en attendant que l’heure vienne de la libérer. Quand, comment, je ne sais pas ; mais l’heure viendra. Ça, je le sais, et j’en suis plus certain encore à présent que je la vois. Elle est là, elle m’attend. Alors j’y crois. Attends-moi encore un peu, petite sœur ; je ne t’abandonnerai plus jamais. « Ce devrait être le grand frère qui protège sa sœur... » Les mots m’ont échappés, et je les regrette presque aussitôt. Je déglutis, difficilement, en lui jetant un regard penaud, désolé. « Pardon, oublie.»

Au dessus de nous, le soleil s’élève doucement, et sa chaleur vient couvrir nos mains liées. Pourtant, même lui ne parvient pas à réchauffer les mailles métalliques qui demeurent glaciales. Comme une prison, comme le froid qui s’engouffre dans les écorchures d’un cœur délaissé pour ne plus jamais s’en déloger. Ma tête bascule contre le grillage, et j’observe toujours Soliste, comme pour graver en moins chacun des traits de son visage dans ma mémoire, pour pouvoir les retracer plus tard dans l’ombre de la nuit, au milieu des étoiles. Ses yeux, j’en fais ma constellation ; à ces astres je donne son nom et le souffle au milieu des secrets que la lune jamais ne trahit
Je ne réalise que maintenant : même là, au sol, je la devine plus grande qu’avant, qu’il y a un an. Au fil des mois qu’elle a passé loin de moi, elle a changé, et peu à peu elle quitte ses airs d’enfants, devient adolescente, deviendra femme un jour. Elle venait tout juste d’avoir treize ans, aujourd’hui elle approche des quatorze alors que j’ai passé la quinzaine depuis quelques mois déjà. Elle a grandi loin de moi, et m’en rendre si sûrement compte me fait mal. J’ai fêté mon dernier anniversaire sans elle, et je ne suis pas certain qu’elle fêtera son prochain avec moi, avec nous, nos parents, sa famille. Je l’espère, je le souhaite ; ô combien je voudrais qu’elle soit loin d’ici, lorsque son année s’achèvera. Je ferai tout pour qu’elle quitte enfin cet édifice au gris immonde avant que les mois de sa treizième année n’aient fini de défiler.

Je décide de ne plus penser. D’oublier, un peu, la réalité. Je décide de faire semblant, rien qu’un instant, faire semblant que tout va bien, qu’elle n’est pas à Chronos, que je ne suis pas prisonnier d’une infinité qui s’apparente à une geôle, lorsqu’elle n’est pas là ; je décide de faire semblant, et de raconter une vie à laquelle elle reprendra part un jour. Un jour, forcément. « A cause de maman, j'apprends le piano maintenant. Elle dit que j’joue encore mieux qu’elle, c’est n’importe quoi. Mais elle aime bien, donc bon. Puis quand tu rentreras, il faudra que j’te joue un truc, tu me diras c’que t’en dis, hein ? » Je ne sais pas quoi, je ne sais pas pourquoi je lui propose alors même que je ne vois le piano comme rien d’autre qu’une vague contrainte, une punition, une façon d’assurer à mes parents que les heures que je passe assis sur un tabouret à effleurer les touches d’ivoire en sont autant que je ne gaspille pas à me détruire, ou à errer là où ils ne peuvent pas me protéger. Qu’importe, je veux qu’elle sache, tout ce qui fait notre vie d’aujourd’hui sans parvenir à combler son absence. « J’avais enfin de nouveaux amis, tu sais ? J’avais réussi à... » A faire mon deuil ? Ce doit être ça. Belt me manque, mais j’avance. Soliste me manque, aussi, et je n’avance plus vraiment. « plus trop avoir peur d’en avoir. »

Et puis j’ai fait le con.
Comment souvent.
Comme toujours.
Pas vrai ?

« Et maintenant… Ça va peut-être te surprendre, mais j’traîne avec un humain. Je veux dire… J’ai pactisé. J’ai un dresseur, et... » Et quoi ? Et c’est con, mais j’ai renoncé à ma liberté pour toi ? Et c’est con, mais je n’ai pas attendu que la véritable confiance s’installe avant de plonger dans l’inconnu ? Et c’est con, mais je regrette tout, mis à part que ce lien m’ait donné la chance de te revoir, et qu’il me permettra peut-être de te libérer ? Oh, petite sœur, si tu savais toutes mes erreurs. « Il s’appelle Nithral. » J’ai réussi à le prononcer, sans trop de mal. « Un jour, faudra que j’te le présente. Tu devrais bien l’aimer. » Peut-être bien qu’elle est là, finalement, cette confiance dont je ne suis pas certain : dans l’assurance avec laquelle je lui confierais ma sœur s’il le fallait, pour aller seul au devant du danger.
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MessageSujet: Re: Ces mots que le silence nous a appris ; Soliste   Dim 30 Juil - 3:34

Une douleur sourde se fait sentir dans mes genoux, lancinante dans mes jambes et je me rends compte que je me tiens genoux contre le sol nu depuis le début de notre entretien. A l'instar de mon frère tant aimé, j'essaie alors de me trouver une position plus agréable, assise sur le sol froid. Notre rencontre va surement me valoir quelques bleus bien sentis sur les jambes et les poignets, tant pis. Ça vaut le coup. 
Ses doigts cherchent à nouveau les miens, comme si l'on ne pouvait rester séparés plus de quelques minutes; quelque part nous n'avons jamais pu nous éloigner l'un de l'autre pendant de longues périodes. Relation fusionnelle ? Très clairement. Je lève les yeux vers lui, pouvant alors le détailler plus longuement sans les larmes qui embrouillent ma vue. Il a maigri depuis la dernière fois, il a grandi aussi. Son visage commence à se débarrasser de ses rondeurs enfantines pour se rapprocher de sa tête "d'adulte". Son visage est marqué, marqué par les larmes, par la tristesse; c'est frappant de le voir comme ça. Mon pauvre Rhapsodie... Par quoi es-tu passé cette dernière année ? 

Un rictus amer se dessine sur ses lèvres, alors que ses doigts se crispent sur les miens. Je ne comprends pas immédiatement pourquoi, il devrait être soulagé que sa sœur soit protégée, protégée par un inconnu certes mais protégée quand même. Surtout que Matthew se conduit bien avec moi, mais bon, ça Rhapsodie ne peut pas le savoir. Je fronce un petit peu les sourcils de confusion suite à sa réaction, quand la raison s'échappe de ses lèvres.
Le grand frère, hein ? C'est ça qui te tracasse ? Ne pas pouvoir me protéger toi même ...? Je lui adresse un sourire triste, car je sais qu'il s'en veut, car je sais que dans sa tête c'est à cause de lui que je suis ici. Je caresse ses jointures blanchies a force de serrer de mon pouce, pour le rassurer. Même malgré ses excuses, je sais qu'il n'arrivera jamais à se sortir ça de la tête, cette culpabilité, cette haine envers Chronos et envers lui-même. 

Sa tête vient rencontrer le grillage avec une douceur plus ou moins maîtrisée, alors que ma main libre vient effleurer ses cheveux noirs. J'ai toujours adoré ses cheveux fins et tellement doux, aussi soyeux qu'un duvet de bébé chat, j'ai toujours adoré y perdre mes doigts, lui gratter la tête et le voir sourire bêtement. C'est étrange comme les anciennes habitudes de contact reviennent rapidement une fois qu'on leur en laisse l'occasion. 
C'est alors qu'il me parle, il me raconte les choses, sa vie, son environnement. Trois fois rien, mais il comble le silence, un peu à la manière d'une lettre que l'on écrirait à un parent proche qu'on perd de vue. On résume sa vie, on garde les banalités. 

« A cause de maman, j'apprends le piano maintenant. Elle dit que j’joue encore mieux qu’elle, c’est n’importe quoi. Mais elle aime bien, donc bon. Puis quand tu rentreras, il faudra que j’te joue un truc, tu me diras c’que t’en dis, hein ? »

J'esquisse un sourire, le piano hein ? Toi, le piano ? Je hoche la tête, doucement. Je chante, depuis que je suis enfermée ici, c'est drôle qu'on se réfugie dans les arts, comme ça, même à distance on se suit, grand frère. J'aimais tant que Maman joue du piano, elle était tellement douée. Ça emplissait toujours la maison de bonne humeur. Je me demande si elle joue autant qu'avant. 

. « J’avais enfin de nouveaux amis, tu sais ? J’avais réussi à...  plus trop avoir peur d’en avoir. »

Tes silences te trahissent grand frère, tes hésitations. Je sais pertinemment que tu n'as pas peur d'avoir d'amis, que ton coeur saigne encore des pertes que tu as subi, mais je hoche la tête, je t'écoute mais ne relèverai pas ce que tu as dit. C'est bizarre, comme situation. Chacun fait comme si tout allait bien, on fait table rase des peines, comme si elles n'existaient pas. Je te regarde, la tristesse dans le regard, comme toujours quand je devine que tu souffres. La vie n'a pas été juste avec toi, grand frère. Mais je suis ravie que tu te fasses des amis. 

« Et maintenant… Ça va peut-être te surprendre, mais j’traîne avec un humain. Je veux dire… J’ai pactisé. J’ai un dresseur, et... »

Humain. Mon cerveau s'arrête à ce mot.
Dresseur. Pactisé. J'ai. 
J'ai un dresseur. Un dresseur. 

Mon ventre se noue, alors que mes sourcils se froncent. Comment ? Toi ? Rhap? Un dresseur ? Tu te laisses apprivoiser et posséder par un humain ? 

 «Il s’appelle Nithral. Un jour, faudra que j’te le présente. Tu devrais bien l’aimer.» 

Je suis perplexe. Je fronce un petit peu plus les sourcils, me mordant l'intérieur de la joue, puis penche la tête. 

"Pourquoi ? Pourquoi un dresseur ? "

Le Rhapsodie que j'ai connu n'aurais jamais laissé sa liberté, à n'importe quel prix. Il n'aurait jamais accepté qu'un dresseur lui passe une laisse. 

"Je ne comprends pas, Rh- Flynn... Pourquoi tu t'allies à un dresseur ? Notre liberté n'est elle pas plus importante que de pactiser avec un humain qui fera de toi son jouet ? "

La vérité est que ça m'énerve, que je ne peux pas supporter l'idée que mon frère se voie devenir l'arme d'un dresseur. Je suis devenue esclave de force, alors pourquoi lui choisit-il de le devenir de plein gré? Les questions se bousculent, pourquoi ? Comment ? Comment le traite-t-il ? Est-il avec lui en ce moment? C'est pour ça qu'il peut venir me voir ? Je secoue un petit peu la tête, encore choquée de la révélation. Comment peut-il ? 

".... Il te traite bien au moins ?"

Si il a donné sa liberté à un humain, j'espère au moins que ce n'est pas du niveau de Chronos. 
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