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 Ces mots que le silence nous a appris ; Soliste

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Yûki
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MessageSujet: Re: Ces mots que le silence nous a appris ; Soliste   Dim 30 Juil - 3:34

« Pourquoi ? Pourquoi un dresseur ? » Je me fige en l’entendant, son ton méfiant, perplexe, soucieux, surpris, peut-être, aussi. J’accroche ses prunelles, je cherche dans ses yeux quelque chose à quoi me retenir ; j’ai peur tout à coup, sans trop comprendre d’où l’émotion me vient. Ne m’en veux pas petite soeur, je t’en supplie ne m’en veux pas. Je m’attendais à une réaction différente, et je ne sais même pas pourquoi. Papa nous a toujours dit de nous méfier de l’espèce humaine, et notre seul contact avec eux en dehors des quelques voyageurs qui faisaient un détour par Hoenn fut Chronos. Le pire qui soit. Tout à coup, il y a comme un goût amer sur ma langue — cette impression de n’avoir pas été à la hauteur, d’avoir manqué à faire de mon mieux, d’avoir trahi tous mes enseignements, mes parents et ma propre soeur. Comme si, tout à coup, tout ce que j’avais perdu au profit de ce pacte me revenait en pleine face, en plein coeur. Cimetronelle, Lavandia, Noa, la forêt, mon chez-moi, le piano et tout ce qui rythmait ma vie et la rendait un peu plus supportable, même sans Soliste. Ironiquement, c’est ce faux pas, ces sacrifices qui, aujourd’hui, me permettent de la revoir, de la retrouver, de la savoir en vie. Piqûre d’espoir, en l’échange de mille de douleur auparavant. 

Je frissonne, mes doigts se détachent légèrement des siens, sans que je ne parvienne tout à fait à me reculer. Comme si, rester, m’écarter, tout ne serait plus qu’une erreur supplémentaire, dans le fond. « Je ne comprends pas, Rh- Flynn... » Non. « Rhapsodie » je corrige, aussi sec. Ne m’appelle pas de ce nom qui n’est pas le mien, ne me nomme pas de cet apparat de mensonge, de cet artifice qui ne nous a jamais sauvés, pas toi, je t’en supplie, pas toi. « Pourquoi tu t'allies à un dresseur ? Notre liberté n'est elle pas plus importante que de pactiser avec un humain qui fera de toi son jouet ? » Un frisson, le long de ma colonne vertébrale. « Je ne suis pas son jouet ! » J’ai haussé le ton, sans le vouloir. Pardon, petite soeur.

« .... Il te traite bien au moins ? » J’esquisse un rictus, maladroit, tordu par un mélange de doute, d’appréhension, d’un peu de colère, je crois ? S’il me traite bien ? C’est le silence qui lui répond, et pourtant ça n’est pas de ceux qui ont quoique ce soit à cacher. C’est l’un de ces silences emplis d’une telle évidence qu’il devrait n’y avoir jamais besoin de la prononcer, jamais besoin de l’expliquer. Pourtant, c’est en mots que je dois la formuler, cette évidence qu’elle ne comprend pas. « Il est… plus ami que dresseur, en fait, j’dirais. Il… me rappelle un peu Belt, j’crois. » Tant et si bien que j’ai cru le voir lui, la première fois. « Il m’enchaîne pas, il m’a jamais forcé à rien, jamais incité non plus, je… Si quelqu’un est à blâmer, c’est moi plutôt, parce que j’ai pactisé par intérêt au début, pour… pour… te… revoir ? » Ma voix s’est brisé. T’es immonde, Rhap ; t’es égoïste, t’es faux, t’es menteur, abruti. « Puis j’ai appris à l’connaître, et… t’sais, y’a un... » Je baisse la voix, la réduit à l’état de murmure pour être certain que personne d’autre qu’elle ne puisse m’entendre, et je pose mon index contre mes lèvres pour l’inciter au silence elle aussi. « Il a un Lugia, avec lui. S’il nous traitait mal, il ne serait pas resté, alors qu’il a le pouvoir de s’en aller comme il veut, tu crois pas ?»

J’essaie de la rassurer, à coup de sourires fugaces ; je suis incapable de décrire précisément ce qui nous lie, Nithral et moi, incapable de mettre des mots sur la place qu’il occupe dans ma vie, dans mon coeur aujourd’hui, Daeren à ses côtés. Comme une famille, pas celle du sang, non, mais celle de l’âme. Ces amis qui sont si chers qu’ils sont devenus cette famille que l’on choisit d’avoir, celle qui est différente et presque aussi importante que celle d’où vient le sang qui coule dans nos veines. « J’ai pas renoncé à ma liberté, tu sais. Au contraire, c’est… j’vois du pays, j’découvre le monde et... » Je ris, doucement. « il est grand, c’est fou. » Je soupire, je ferme les yeux en me laissant de nouveau aller contre le grillage entre nous deux. Lorsque je les rouvre, je l’observe un long moment, puis je viens m’écorcher les doigts contre le grillage pour effleurer les mèches brunes de ses cheveux, toujours douces entre mes doigts. Et cette odeur de cannelle, qui ne cesse de flotter autour d’elle, sans que je n’ai jamais compris d’où elle venait. « J’pense pas forcément continuer mes escapades une fois que j’t’aurai libérée, j’crois que j’aurai juste envie de rentrer à Cimetronelle avec toi et plus jamais te quitter des yeux. » Je ris, doucement, et c’est douloureux

Je la regarde un peu plus franchement, les yeux plongés dans ses ambres doucereuses, toujours belles même lorsqu’elle est en colère, inquiète, triste aussi. Tu deviens sublime en grandissant, petite soeur. « Soliste… Tu m’en veux ? D’avoir pactisé, de… de m’être lié, même si c’est par choix, même si c’est pour te revoir, même si… je suis… heureux ? » C’est faux. Je ne suis pas heureux. Il n’y a plus Noa, et il manque comme une part de moi depuis que je… qu’il ? depuis qu’on a fait n’importe quoi, qu’on a tout foutu en l’air, notre amitié, nos bons moments. Il n’y avait rien, pas de mots doux, pas de promesses, pas d’attaches en apparence, et pourtant c’était les gages sous silence, les provocations, les insolences qui me rendaient un peu plus vivant en l’absence de Soliste. Il ne l’a jamais remplacée mais, lui absent, elle à mes côtés, je suis toujours incomplet.
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Yûki
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MessageSujet: Re: Ces mots que le silence nous a appris ; Soliste   Dim 30 Juil - 3:35

« Je ne suis pas son jouet ! » 
Je sursaute, surprise par son agressivité, un peu apeurée il faut l'avouer. Même si je sais au fond de moi qu'il est mon frère et qu'il m'aime, je ne peux m'empêcher d'avoir cette petite voix au fond de moi qui crie "DANGER" lorsque je l'entends hausser le ton. Les mauvaises habitudes ne meurent jamais. Je lève des petits yeux vers lui, c'est sûr je l'ai mis en colère. Tu m'en veux grand-frère ? 

"Il te traite bien au moins ...?"

Il a un petit rictus. Il m'en veut, j'en suis sûre. Il se tait pendant quelques instants. Je sais reconnaître la colère sur ses traits. Au fond de moi, j'ai peur. Peur qu'il se dise que ça ne valait pas la peine de me chercher, que je ne suis qu'une nuisance qui se permet en plus de juger sa vie. Et si notre entrevue lui faisait réaliser qu'il n'avait pas besoin de moi et que mon départ était une bonne chose ? Plus de petite sœur casse pieds dont il faut prendre soin, plus de boulet, libre de vivre sa vie. 

« Il est… plus ami que dresseur, en fait, j’dirais. Il… me rappelle un peu Belt, j’crois. »

Ah. Maintenant, il réussit à prononcer son nom sans mal, sans pause, sans rictus juste après. La simple évocation de son nom me glace le cœur, me fait redouter les paroles à venir, la douleur dans les yeux de mon frère, les pleurs, les cris ou pire, le vide, la morosité, l'attitude neurasthénique, le regard perdu. Mais là, rien de tout ça. Un peu de mélancolie, peut être. Il a fait son deuil. Il a grandi. Il a grandi et n'a sûrement plus besoin de moi, c'est pour ça qu'il n'est pas revenu avant alors.... 

« Il m’enchaîne pas, il m’a jamais forcé à rien, jamais incité non plus, je… Si quelqu’un est à blâmer, c’est moi plutôt, parce que j’ai pactisé par intérêt au début, pour… pour… te… revoir ? »

Une pause. Comment ça, pour me revoir ? Comment le fait de pactiser avec un dresseur lui permettrait de me revoir ? Ne me mens pas Rhapsodie.... Au fond de toi, m'as tu oubliée ? Rêves-tu de moi toutes les nuits comme je rêve de toi ? Hante-je ton esprit comme toi, maman, papa, Cimetronelle hantez le mien ? 
Je me bats contre mes voix intérieures, contre mes pensées intrusives, me répétant encore et encore qu'il ne m'aime pas, qu'il m'a oublié. 

« Puis j’ai appris à l’connaître, et… t’sais, y’a un... » Il baisse la voix, instinctivement je regarde aux alentours avant de me pencher vers lui pour pouvoir écouter ce qu'il a à me dire de si secret « Il a un Lugia, avec lui. S’il nous traitait mal, il ne serait pas resté, alors qu’il a le pouvoir de s’en aller comme il veut, tu crois pas ? »

Mes yeux s'écarquillent. Lugia ? Le Lugia ? Les Pokémons Légendaires, supposés indomptables et mythiques ?! Je reste muette de stupéfaction, mon frère fréquente un Lugia ! 
Passée ma surprise, ses propos commencent à faire sens. Peut être qu'il fréquente l'un des rares "gentils" dresseurs, un humain correct. 


« J’ai pas renoncé à ma liberté, tu sais. Au contraire, c’est… j’vois du pays, j’découvre le monde et...  il est grand, c’est fou. » 

Un faux sourire monte à mes lèvres. Le monde est grand, mon frère ? Je n'en ai aucune idée. Tu sais pourquoi ? Parce que je suis enfermée ici, grand-frère. Je suis derrière ces grilles froides, mornes et grises, seule parmi ces inconnus que je vois pourtant tous les jours depuis un an. C'est bien que tu vives ta liberté avec ton nouvel ami si merveilleux, ton dresseur bien aimé, que tu fasses le tour du monde, c'est bien pour toi grand frère. Je caresse ses doigts de mon pouce, tout doucement, légèrement, gardant mes pensées sombres pour moi, "Pauvre petite Soliste" semblent elles me dire, "il n'est là qu'en voyage, parce qu'il a atterri à coté avec son dresseur, tu sais, cet humain qui est la pour lui maintenant, comme tu l'étais. Cet humain qui te remplace dans le cœur de Rhapsodie". Je me force à respirer calmement, essayant de ne pas me laisser empoisonner par ce que Sky essaie tant bien que mal de faire rentrer dans mon esprit. Si Rhapsodie est-là, c'est parce qu'il m'aime, hein ....? 
Oh j'espère. Comme mon coeur espère que notre séparation ne sera que temporaire et qu'il viendra pour moi. Rapidement. 

« J’pense pas forcément continuer mes escapades une fois que j’t’aurai libérée, j’crois que j’aurai juste envie de rentrer à Cimetronelle avec toi et plus jamais te quitter des yeux. Soliste… Tu m’en veux ? D’avoir pactisé, de… de m’être lié, même si c’est par choix, même si c’est pour te revoir, même si… je suis… heureux ? »

Un sourire amer se dessine sur mes lèvres. Il est temps de prendre des responsabilités et de se conduire comme une personne mature, encore. Loin est le temps de l'inconscience, de la joie innocente et de l'espoir débordant. Malheureusement ce monde nous aura fait grandir bien trop rapidement, autant Rhapsodie que moi. J'essaie d'aller caresser son visage si beau et malgré tout si enfantin, si tendre. Je secoue la tête doucement.

"Si tu est heureux, grand frère, alors ça me va. Si tu es heureux, je suis heureuse." Je le regarde avec tendresse "Si ça te rend heureux, voyage, rencontre le plus de gens que tu pourras, lie toi autant que possible avec ce dresseur. Tu es encore jeune, après tout et tu dois collecter des souvenirs pour deux. Si tu le peux, reviens me voir dans quelques temps, pour me raconter tes aventures avec ... avec lui." Je réussis à esquisser un sourire plutôt vrai "Vis pour moi, grand-frère, visite le monde pour moi"

J'hésite quelques instants, c'est dur à dire, c'est dur à formuler comme phrase. Je sais qu'au fond ça veut dire "vis pour moi qui ne le pourrai pas", j'ai l'impression de lui faire mes adieux, j'ai l'impression e lui sortir le même mensonge qu'on sort a tous les enterrements, le "elle sera toujours la, avec nous". Je fronce un peu les sourcils, et vais détacher un ruban de mes cheveux, séparant avec regret mes doigts de ceux de Rhapsodie. C'est un ruban tout simple, rose pâle. Étrangement, j'ai toujours des rubans dans les cheveux, j'en trouve toujours, où bien on me les offre, avec les tenues que Chronos nous fournit parfois. Ça doit être le look "petite fille" qui plaît. Je regarde le long bout de satin rose délavé entre mes doigts et repasse mes mains à travers la grille, allant m'emparer du poignet de mon frère, mes cheveux à présent relachés. 

Je passe la pièce de tissu autour de bras de Rhapsodie, mon ventre noué par la fausse promesse que je m'apprête à faire. 

"Tiens, Rhap'..." Je lève les yeux vers lui en finissant mon noeud et lui adresse un sourire triste, mon nez commençant dangereusement à me piquer. "Comme ça, comme ça je serai toujours avec toi. Comme ça je pourrai voyager avec toi et voir le monde ...."

Je baisse la tête, mordant ma lèvre pour ne pas pleurer, les larmes me montent dangereusement aux yeux, ma poitrine se serre. Je réprime un sanglot et me force à respirer lentement pour ne pas éclater en sanglots. Au bout d'une dizaine de secondes, je relève le visage vers lui. 
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Yûki
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MessageSujet: Re: Ces mots que le silence nous a appris ; Soliste   Dim 30 Juil - 3:35

Elle caresse mon visage, et ça ressemble à un adieu. Un dernier frôlement pour ne pas oublier la chaleur de la peau de l’autre sous ses doigts, pour imprimer les traits du visage de l’être cher en mémoire pour le million d’années à venir ; un peu comme ces déchirements silencieux entre deux amants lorsqu’ils se quittent à tout jamais, dans les bouquins à l’eau de rose dont raffole maman — et la plupart des filles ; j’ai souvenir que la soeur de Belt m’en parlais parfois, du peu que j’ai su l’écouter. Ça passe pour de la simple tendresse, au pire pour un au revoir, et on essaie de dissimuler ce que les gestes signifient vraiment. Pour ne pas rendre les choses plus difficiles, pour ne pas céder aux larmes lorsque la fierté est un peu trop forte — pour ne pas entraîner l’autre dans un tourbillon de tourments, aussi, sans doute.
Je déteste sentir sa main sur ma peau si pour elle c’est la dernière fois.

« Si tu est heureux, grand frère, alors ça me va. Si tu es heureux, je suis heureuse.» Cesse de mentir, Soliste ; comment peux-tu être heureuse enfermée, comment peux-tu être heureuse loin de chez nous, comment peux-tu être heureux loin de moi ? J’ai la gorge nouée, l’envie de pleurer que j’étouffe dans ma dignité, et mes doigts se referment sur les siens, peut-être un peu trop fort, un peu trop fermes ; je ne veux pas que tu m’échappes encore, petite soeur. « Si ça te rend heureux, voyage, rencontre le plus de gens que tu pourras, lie toi autant que possible avec ce dresseur. Tu es encore jeune, après tout et tu dois collecter des souvenirs pour deux. Si tu le peux, reviens me voir dans quelques temps, pour me raconter tes aventures avec ... avec lui. » Je cille, je frémis ; cesse de sourire comme si c’était la dernière fois, putain. « Vis pour moi, grand-frère, visite le monde pour moi. » J’écarquille le yeux, et je sens le froid qui m’envahit ; ça me prend aux tripes, ça se propage dans mes veines, ça m’enserre le coeur. Comment peux-tu dire ça, comment peux-tu être aussi résignée ? Hein, Soliste, dis-moi : quand as-tu perdu le goût de la liberté, la force de te battre, le courage d’espérer ? Alors, quoi ? Soliste, dis-moi : quand as-tu cessé de croire que demain pouvait être différent, comme toi tu m’en as persuadé ?

« S… Soli, je… »
Les mots s’étranglent, se terrent au fond de ma gorge comme le sanglot qui ne vient pas, que j’assassine avant qu’il ne me trahisse. Comment peux-tu dire ça quand j’essaie de te prouver que l’espoir n’est jamais mort, puisque je suis là, que je te jure de revenir, encore, toujours, de ne plus jamais reproduire mon erreur ?Pourquoi, comment, alors que je suis là, à te jurer que viendrai forcément te sauver ?
Tu n’as pas le droit, tu n’as pas le droit de me faire ça, de balayer aussi simplement tous mes espoirs, tous mes efforts, tous les risques, tout ce que je serais capable de faire en ton nom, pour ton honneur, pour toi, pour nous. Tu n’as pas le droit, pas alors que c’est tout ce qui me fait tenir, pas alors que je suis capable de croire pour deux, si toi tu en as assez. Pourquoi ne veux-tu plus me faire confiance alors que je tuerais si seulement c’était ce qu’il fallait pour que tu reviennes dans mes bras ?

Un instant plus tard, ses cheveux retombent en une cascade aussi brune que soyeuse sur ses épaules, et un énième souvenir me serre le coeur : je me souviens de ces matins où je démêlais soigneusement ses cheveux pour les coiffer, en palmier, couettes ou tresse presque parfaite. Question d’habitude ; je dois être l’un des rares adolescents de mon âge capable de dompter les cheveux d’une fille. C’était un de nos moments de complicité, un parmi tant d’autres, qui me ravissaient et m’empêchaient de songer à tout ce qui n’allait pas lorsque quelque chose déraillait. Aujourd’hui, même ça déraille ; alors que reste-t-il maintenant ? 
Je manque sursauter lorsqu’elle se saisit de mon poignet, et je l’observe qui noue le fin ruban couleur pastel autour de mon poignet. Ça aussi, ç’a comme un air d’adieu, et putain, ce que ça me donne envie de chialer. J’ai la vue qui se brouille, et j’entends mon souffle un peu plus fort, un peu plus sourd. Soliste, pourquoi tu fais tout ça ? Bordel, mais Soliste, quand as-tu arrêté de rêver un lendemain rien qu’un peu plus beau ? « Tiens, Rhap’... Comme ça, comme ça je serai toujours avec toi. Comme ça je pourrai voyager avec toi et voir le monde .... »

Vertige.
Je ne touche plus terre, mon coeur a cessé de battre ; plutôt, non : le sang pulse un millier de fois plus fort à mes oreilles, et couvre tous les autres sons. Le vent, l’herbe battue, ma respiration, le bruissement des arbres alentours et tout ce qui pourrait se faire entendre : rien, plus rien que le bourdonnement. J’ai l’impression d’être au dessus du vide, et je m’accroche d’une poigne désespérée à une pierre bancale pour ne pas chavirer, pour ne pas lâcher, pour ne pas crever. Sous moins, l’infini, les abysses sans fond, le néant ; sombre, froid : reflet plutôt fidèle du sentiment qui s’immisce en moi, que je sens se déverser par tous mes pores et empoisonner les mots qui ne veulent pas sortir, que je retiens encore. Plus très longtemps.
Une seconde de trouble encore, à me répéter en boucle ces paroles qui peinent à faire sens tant elles sont insensées, et j’explose.

« ARRÊTE ! » J’ai hurlé, un peu trop fort, d’une voix montée un peu trop haut dans les octaves de la douleur — pourquoi tu me fais ça ? « Arrête, putain, arrête Soliste, arrête d’être aussi… aussi défaitiste, arrête de croire qu’c’est fini, arrête de croire que… Merde quoi ! » Arrête de croire que t’es foutue, Soliste. « T’as pas le droit… T’as pas le droit d’me faire ça ! T’as pas le droit d’me regarder comme ça, d’te forcer à sourire et me dire d’vivre à ta place, t’as pas le droit de m’dire adieu alors que j’suis là pour t’dire que j’viendrai t’sauver ! T’as pas… t’as pas l’droit… » Le sanglot m’a secoué, a brisé ma voix, mes mots, et la façade que je tentais de préserver, de protéger des coups et des accrocs. 

Je crois qu’à cet instant précis, je m’effondre : mes larmes coulent de nouveau, et je baisse la tête pour les lui cacher. Mon front vient reposer sur nos mains liées, puisque je tiens la sienne prisonnière des miennes, mes larmes sur nos peaux pressées l’une contre l’autre, à genoux dans la terre qui s’abreuve du sel humide de ma douleur. Je me donne l’impression d’un pécheur venu se repentir et prier pour son pardon — ce n’est pas tant éloigné de la réalité, je me dis. Je suis un pécheur, et je supplie mon salut de croire encore que ce qui était peut revenir, que demain existe, que le bonheur est possible — qu’être heureux existe encore conjugué au nous.

« Comment t’as pu arrêter d’croire qu’on allait s’en sortir… Comment t’as pu, comment t’as pu Soliste… Comment tu peux, t’as pas l’droit d’m’enlever ce qu’il me reste, j’t’en supplie Soliste… J’t’en supplie… »


Dernière édition par Yûki le Dim 30 Juil - 3:36, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Ces mots que le silence nous a appris ; Soliste   Dim 30 Juil - 3:35

Ses mots me blessent, ils torturent mon coeur déjà abîmé. Tu ne sais pas, Rhapsodie, tu ne sais pas ce que c’est que d’être ici, que d’être enfermé à la merci de on ne sait qui. Je reste de marbre, du moins je l’essaie, j’endure son sermon, sa colère, son désespoir, mais sa douleur est trop.  Ses larmes appellent les miennes, le voir ainsi recroquevillé de douleur, le front sur nos mains jointes me tue à petit feu. J’essaie d’étouffer un sanglot bruyant mais n’y parviens pas, je sens ma gorge se déchirer sous l’afflux des larmes et de la peine, j’entends plus que je ne sens un gémissement s’échapper de mes lèvres closes et pincées. Ma tête s’en va chercher un appui contre le grillage, contre le métal froid qui mordille ma joue, qui la marque petit à petit. Si seulement j’étais un pokémon feu, un pokémon puissant, j’aurais pu le faire fondre, ce métal maudit et m’enfuir avec mon frère. Si seulement. Si j’étais plus forte, je ne serais plus là, je ne serais pas là, j’aurais pu m’enfuir, j’aurais pu les fuir dès le début et ne jamais me faire capturer. 
Mais sous la peine pointe la colère, l’indignation, les paroles de Sky, entrecoupées des mots de mon propre frère. Ajoutez à ça l’impression de n’être qu’une poupée à sauver, le personnage féminin désigné à faire avancer le héros principal, et me voilà qui explose, en pleurant, la voix tremblante, qui déverse ma rancoeur au visage de mon frère tant aimé. 

« Comment oses-tu ? »

Ma première phrase résonne dans le silence entrecoupé de nos sanglots. Amère, dure, ce que je deviens à force d’emprisonnement.

« Comment oses-tu me reprocher de ne plus y croire ? .. Tu…. » Je marque une pause, essayant de retenir les mots qui me brûlent les lèvres, mais le monstre qui me dévore le coeur et me tord les entrailles l’emporte malgré tout.

« Tu n’es pas celui qui est enfermé, Rhap’. Tu n’est pas celui qui ne peut même pas se battre pour sa survie. J’en ai vu des pokémons venir ici et essayer de se battre pour leur liberté, crois-tu qu’ils ont encore là pour en parler ? »

J’ai un petit rictus en repensant aux tentatives d’évasion que j’ai pu voir et à la violence qui a déferlé par la suite, aux pauvres ères qui ont essayé de résister et se sont fait briser par la suite. Et l’espoir, ah, l’espoir. Ici il ne sert à rien, mis à part à faire souffrir son porteur. Dis moi cher frère, à quoi crois tu que je ressemblerais après 5 ans à espérer que tu viendras me chercher ? Me vois tu, assise dans un coin de ma cellule avec uniquement ton nom sur les lèvres et la déception un peu plus grande chaque jour quand je me rend compte que tu n’es pas la ? Ne te fais-je pas penser à ces vieux hybrides qui perdent la tête et pensent que leur premier amour est encore en vie et qu’il va leur rendre visite ? L’espoir me rendrait folle, Rhapsodie. Folle de douleur, au point ou je disparaitrais englobée dans cette souffrance. Me vois tu comme je m’imagine, assise dans un coin d’une pièce aux murs nus, recroquevillée sur moi même, l’esprit vide de tout sauf de ton visage ? 
« Tu ne sais pas ce que c’est que d’être ici….. Si … Si je te dis de vivre pour moi, grand frère…. C’est que je n’aurais pas l’occasion de le faire. »

Je me mords la lèvre et me crispe, un énième sanglot venant me tordre le ventre. J’ai envie de vomir, j’ai la tête qui tourne, les mains accrochées à celle de mon frère si bien qu’on les croirait collées et j’ai mal. J’ai le coeur qui semble littéralement brisé, lacéré par des griffes cruelles, mes joues sont détrempées, mes larmes coulent sur ma peau, dans mon cou, mes clavicules pour venir imbiber le tissu de ma robe. Je continue, en hoquetant, parlant pour la première fois à voix hautes des peurs qui me tiennent le coeur et m’empêchent de dormir la nuit, de ces peurs sombres qui me dévorent dès qu’elles le peuvent. Les mots s’échappent de mes lèvres alors que je fixe le sol, honteuse sans bien savoir pourquoi.

« Je….. J’ai …. J’ai entendu qu’un dresseur allait venir pour moi….. Il va m’emporter, Rhapsodie….. Loin d’ici…. Loin de tout…. J’ai eu de la chance qu’il veuille de moi….. Je…. Je serais probablement morte sinon…… »

Je m’effondre, sans plus arriver à parler, à le regarder, je me recroqueville sur moi même, dans la poussière du sol, gardant mes mains dans les siennes. J’ai mal. J’ai peur. A l’aide. 
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