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 An empty space without a place ; Eve

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Yûki
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random: ici petit poney

MessageSujet: An empty space without a place ; Eve   Dim 30 Juil - 3:38

Le train magnet n'avait jamais été aussi rempli. Peut-être parce qu'il pleuvait ou parce que je m'étais levée plus tard que d'habitude, mais je ne m'étais jamais retrouvée aussi compressée entre deux aisselles. Si l'odeur jusqu'ici avait été tenable, elle devenait chaque seconde un peu plus désagréable. En sortant de la station, tout le monde avait à peu près le même réflexe de sortir son parapluie ou de se presser sous un abri. Un soupire m'échappait avant que je ne pose le pied dehors, déjà fatiguée par la journée qui s'annonçait. Lorsqu'il pleuvait, il y avait nettement plus de monde au casino. Ils utilisaient sûrement la pluie comme un prétexte pour assouvir leurs assuétudes ; comme si nous étions en position de les juger alors qu'ils nous remplissaient les poches. Je n'avais jamais véritablement compris pourquoi certains considéraient que de finir accro au jeu était un tabou. Qu'ils dépensent leur argent et boivent comme des trous, ça ne regardait qu'eux, après tout. En revanche, les clients qui tapaient sur les machines, ça me concernait moi. Comme si taper cette pauvre bête allait les rendre riches ; on ne pouvait pas en demander plus de la part de militants contre la liberté des Pokémon, au fond.
──J'avais fini par arriver trempée au casino. La pluie avait transpercé ce qu'il me restait d'os et aurait fini de me congeler si le bâtiment n'avait pas été si bien chauffé. Comme prévu, l'endroit était désert ; à cette heure-ci, la porte principale n'était même pas ouverte. Cherchant mes clés dans l'une de mes poches, j'ouvre l'entrée de service pour rejoindre mon atelier. Je changeai de tenue et récupéra la liste sur le bureau. Elle indiquait l'étage, la rangée et le numéro de série des machines signalées comme défectueuses. Il y avait sans doute plus d'une trentaine de machines recensées chaque jour et la moitié d'entre elles étaient parfaitement en état. Les clients avaient tendances à signaler une machine lorsqu'ils étaient contrariés d'avoir perdu, mais par précaution, j'étais bien obligée de toutes les vérifier. 

──Quatre des trente machines étaient effectivement en plus ou moins mauvais état ; rien de quoi s'affoler. En moins d'une heure, le problème avait été réglé et je pouvais alors récolter l'argent de la veille. Je n'avais été engagée que comme mécanicienne et je faisais le travail de trois personnes en même temps ; entre la réparation des machines, de l'éclairage, de la plomberie et la récolte des sous, j'avais à peine quelques heures de mon après-midi de libres avant que les clients n'arrivent. Mais cette après-midi-là, j'aimais autant la passer à l'intérieur. Lorsqu'il pleuvait autant, je passais toute mon après-midi à travailler, comblant l'ennui par des tâches insignifiantes comme changer les ampoules ou stabiliser les pieds des chaises. Bien qu'il faille le faire seulement de temps en temps, j'avais fini par remplir toutes mes après-midi pluvieuses à vérifier toutes les chaises et lumières du casino.  

──Les employés avaient commencé à arriver un par un et j'étais retournée me changer. Enfonçant mes habits de travail dans mon sac, j'enfilai la robe noire que le patron avait décidé de me donner. Puisque je devais rester le soir au cas où une machine lâcherait malgré mes efforts du matin, il avait demandé à ce que je sois présentable pour son établissement spectaculaire, raffiné et élégant, comme il disait. Je n'avais que très peu de contact avec mes collègues. Les rares fois où nous discutions, nos conversations n'allaient pas plus loin que la météo. Lorsque Thomas allait ouvrir la porte, on regardait la foule de pigeons prendre place devant les tables, le bar et les jeux. On essayait d'avoir l'air accueillants et on aurait presque dit qu'ils faisaient tout pour qu'on ne le soit pas. Certains avaient ce dédain ridicule perché sur leur visage, leurs lèvres pincées et leurs paupières mi-closes. D'autres ne nous voyaient même pas, trop préoccupés par leurs dettes et leur irrésistible envie de lancer les dés. 
──Et parmi tous les clients qui frôlaient notre trottoir, il y avait un gamin. On se demandait même ce qu'il faisait là, puisqu'il ne semblait pas vouloir entrer. Thomas était allé à sa rencontre ; il était toujours assez surprenant de croiser un adolescent devant notre casino. Un souffle siffla entre ses lèvres avant qu'il ne m'appelle. Oh pitié. J'allais faire garderie, maintenant ? En m'approchant, je dévisagea Thomas qui me demandait de m'en occuper, au moins jusqu'à ce que la pluie cesse. Mais elle était tombée toute la journée, cette maudite pluie ! Je lançai un regard noir à Thomas qui retint un rire avant de s'éloigner. Je reposai mon attention sur le garçon avant de me diriger vers l'intérieur, lui indiquant d'un vague mouvement de tête de me suivre. J'avançais vite. J'étais énervée.
──De toutes les tâches ingrates auxquelles on pouvait m'assigner, la garderie n'en faisait pas partie. Mais quitte à devoir me le coltiner..

« T'as un nom ? »

──Je m'arrêtai après quelques secondes de marche, me retournant vers lui. Assez loin des jeux pour qu'il ne s'attarde pas sur une machine et assez proche malgré tout pour pouvoir intervenir si un client rencontre un souci. Chose plutôt rare en réalité, ils avaient tendance à préférer appeler le patron que de m'appeler moi. En fait je crois qu'ils ne remarquaient même pas que j'étais là. Je devais être maudite, voilà tout.
──En observant le garçon, je remarquais qu'à côté de lui, j'avais presque l'air aussi jeune. Merde. Un soupire m'échappe et je me mords l'intérieur de la joue. Je n'aimais pas converser et je n'étais d'ailleurs pas bien bavarde. Mais j'aimais encore moins l'ennui. Et là, je m'ennuyais ferme. 

« Sinon y avait le fleuriste à trois maisons devant lequel tu pouvais t'arrêter.. »

──Mon regard se posa sur lui. Pourquoi s'était-il arrêté devant le casino, d'ailleurs ? Peut-être qu'à courir sous la pluie, il n'y avait pas vraiment réfléchi. Ou était-il intrigué ? Bah. Je hausse les sourcils lorsque je vois un client frapper sur l'écran de sa machine. Les yeux plissés et un goût amer dans la bouche, je ravalai ma salive. Vas-y, donne-moi encore plus de boulot, c'est vrai que comme j'ai rien à faire de mes journées ce serait bien que tu les casses toutes. Enfoiré. Il y en avait des comme ça, qui pensaient que tout leur était du et ne pouvaient accepter d'être un peu malchanceux.
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Yûki
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random: ici petit poney

MessageSujet: Re: An empty space without a place ; Eve   Dim 30 Juil - 3:38

Je ne me souvenais pas que de la pluie avait été prévue, pour aujourd’hui. Quand nous nous sommes arrêtés au Centre Pokémon, hier, avec Nithral, j’ai comblé mes quelques instants d’ennuis à observer la télévision, où défilaient programmes météorologiques, informations, et prestations de quelques hybrides en compagnie de leurs dresseurs, études de professeurs ou de coordinateurs, et d’autres choses dont aucune ne me passionnait vraiment. C’est toujours comme ça, en vérité. J’ai beau paraître fasciné par les images qui défilent, c’est une façon comme une autre de me vider l’esprit, de ne pas penser à ce que j’ai laissé, à ce que j’ai perdu. Souvent, je regrette ; avoir pris cette décision, être parti. Avoir laissé derrière moi cette lumière à peine trouvée. Depuis notre passage à Unys, depuis cette fuite à Janusia, depuis que j’ai revu Soliste, c’est pire encore : puisqu’il paraît que la télévision abrutit au possible, je me perds dans la contemplation des scènes creuses qui ne captent pas vraiment mon intérêt, dés que l’occasion se présente. Sinon, je ne pense qu’à lui, je ne pense qu’à elle. Et j’en crève ; je crève d’avoir quitté Cimetronelle, j’en crève et je voudrais revenir en arrière. Que tout redevienne comme avant, comme s’il suffisait de prier

Quand bien même je n’ai qu’à moitié regardé, je suis persuadé qu’il n’y avait pas de pluie annoncée. Des nuages, un peu de froid tout au plus, mais surtout pas de la pluie. Pourtant, depuis ce matin, elle nous tombe dessus sans discontinuer. Et si ça n’étaient auparavant que quelques gouttes qui ne me dérangeaient pas vraiment, lorsqu’elles ont commencé à se resserrer et à frapper plus fort contre le sol, je me suis rendu à l’évidence : j’ai rabattu ma capuche sur mon crâne, j’ai enfoncé mes mains dans mes poches, et j’ai continué mon escapade à Doublonville. J’ai tenté une entrée dans le centre commercial, mais je me suis vite senti étouffé, au milieu des gens, entre les murs trop blancs et les étagères immenses, plus grandes que moi et que certains adultes. Même en tendant les bras, pour sûr, je n’aurais pas atteint les articles les plus hauts placés dans les rayons —et je n’ai pas eu besoin d’essayer pour confirmer la véracité de ma pensée. J’ai pris la fuite, parce que ce monde n’est pas pour moi, c’est une chose étrange qui convient aux gens civilisés, et qui détonne un peu trop avec les petits commerces de Cimetronelle, ou même de Lavandia. C’est différent, tout ça. Tout du moins, ça l’est trop pour moi.

J’erre sous la pluie, depuis une bonne demi-heure, me pressant entre deux abris pour tâcher de ne pas être si trempé que je crains de l’être. Sans doute l’équipe est-elle au Centre Pokémon, et c’est si près d’ici, mais je n’ai pas envie d’y retourner, pas envie de les rejoindre tout de suite. Je m’en veux, en vérité. Je m’en veux de regretter ce choix qui rend pourtant Nithral si heureux —je le sais, je le sens et c’est encore plus difficile d’admettre que j’ai envie d’y renoncer pour retrouver ma vie d’avant. Alors, plutôt que de l’affronter, j’erre, je m’enrhume sans doute à traîner dans le froid, avec la pluie qui finit par s’infiltrer au travers de ma veste pourtant épaisse, se faufile jusque sous mon haut pour me frigorifier. 

Alors, quand je commence à claquer des dents, je lève les yeux. Entre les mèches sombres de mes cheveux, je vois l’enseigne d’un casino, vive et colorée, luisante même en plein jour. Un attroupement se presse tout à coup à l’intérieur ; heure d’ouverture je devine. Je m’avance sous la devanture, juste assez pour être à peu près protégé du gros de la pluie, pas assez pour vraiment me mêler à la foule de gens trop bien fringués, trop bien peignés, qui n’ont rien à voir avec moi. A côté d’eux, je parais bien sauvage, et la constatation m’arrache un sourire narquois. Non, vraiment, je ne suis pas du monde des civilisés. 

Pour autant, je ne peux m’empêcher de jeter des coups d’oeil à l’intérieur, lorsque les portes s’ouvrent et me laissent suffisamment de temps pour attraper un coin de mur, un bout de lumière tamisé, un accroc rougeoyant, quelquefois doré. Je m’en tiens à ce petit jeu, l’espace de quelques minutes, jusqu’à ce qu’on vienne vers moi. Un homme, que je ne connais pas, et dont je ne devine pas les intentions. Je recule, instinctivement, prêt à fuir, à me mettre à l’abri, à lancer une Onde Folie à la moindre hostilité. Mais il me hèle d’un air plus curieux et soucieux que menaçant, aussi je me détends légèrement ; ce que je fais là, si je suis perdu, les questions banales que l’on peut poser à un adolescent égaré devant un casino, alors qu’il n’a rien à y faire. Les questions qu’il me pose, comme toute personne sensée. Je cherche à m’abriter de la pluie, je sais où sont mes amis mais c’est à l’autre bout de la ville —mensonge—, je les rejoindrai plus tard. 

Il soupire, il acquiesce, et il appelle une fille, plus loin. Je cligne des yeux, j’ai un mouvement de recul et mon dos heurte l’un des piliers qui tiennent la devanture du casino. Oh. Un instant, j’aurais pu voir Hel, en plus grande, en plus âgée. Et c’est perturbant, pourtant pas dérangeant. Une seconde, mes pensées s’en vont voguer en direction de la Polarhume, aux mains si froides mais si douces que j’ai, rien qu’à l’imaginer, l’impression de les sentir encore entre mes doigts. Mon coeur se serre, très légèrement, mais je secoue la tête, et lui emboîte le pas quand elle me l’indique. A l’intérieur, il fait chaud, alors je rabats ma capuche en arrière, je retire ma veste, et ne reste plus qu’un simple haut noir, près du corps, bel et bien humide, et ça me fait grimacer. 

« T'as un nom ? » Je lève les yeux vers elle, plus parce que son ton ennuyé m’interpelle que parce que je lui porte un intérêt véritable. A vrai dire, je suis plus occupé à chercher comment fuir et m’isoler, loin de cette salle pleine de monde, de machines étranges et de bruits qui couvrent même le son des voix. Discrètement, j’essaie de trouver la direction des toilettes, pour pouvoir m’y enfermer et n’en sortir que lorsque je serai décidé à affronter Nithral à nouveau, mais il y a tellement de choses lumineuses et affriolantes que j’en suis perturbé dans ma tâche.

Alors, au lieu de ça, je toise la jeune adulte en face de moi, à l’air finalement pas si âgée. Et je lève le menton, presque comme un défi. Je tarde à répondre, mais ça finit par venir, au bout d’un moment. Et c’est encore un mensonge, de crainte que quelque mauvaise oreille ne traîne par ici. « Flynn. Miller, si tu veux tout savoir. Et toi ? » Non, je ne la vouvoierai pas. Elle doit être dans les mêmes eaux qu’Heiji, ce serait trop bizarre à mon sens de l’appeler madame ou quelque chose comme ça. Non, vraiment : l’étiquette, ça n’est pas pour moi. « Sinon y avait le fleuriste à trois maisons devant lequel tu pouvais t'arrêter.. » Je renifle, pas vraiment vexé mais plutôt méprisant. Ça ne me plaît pas plus qu’elle, sans doute, d’être sous sa garde pour… je ne sais trop combien de temps, en vérité. Et, si j’aurais peut-être pu tenter de rendre les choses un peu moins pénibles pour nous deux, elle ne me donne pas l’envie du moindre effort. Aussi, ma veste sur l’épaule, j’esquisse un sourire en coin en suivant son regard sur l’un des clients, mauvais perdant à n’en pas douter. « Tu crois qu’faut qu’il donne combien d'coups dedans pour qu’elle déglingue et qu’il remporte le gros lot ? »

Je regarde le type, qui s’énerve et se plaint dans sa barbe. Bientôt, peut-être, il ira se plaindre, à quelqu’un plutôt qu’à la machine ? Je ne sais pas si ça se fait, ici. Sinon, il ira peut-être boire, ou il sortira, il ira dépenser son argent ailleurs. Je ne sais pas ; sont-ils suffisamment intelligents pour songer qu’ils finiront par tout perdre à trop jouer ? En plus, je suis certain que les dés sont pipés, ici. Rien ne peut être honnête, dans un domaine où l’argent n’est que trop de mise. Je déteste le monde des adultes, c’est certain. Un éclat de mépris soudain dans le coeur, je lève les yeux vers ma gardienne improvisée. « J’ai la dalle. Y’a bien autre chose que de l’alcool ici, hein, un truc à s’mettre sous la dent ? J’ai des tunes, si jamais. » J’ai à peine fini ma phrase que je me glisse déjà entre les allées, à la recherche d’un bar, ou d’un distributeur, que sais-je. N’importe quoi pour grignoter ; et aussi pour trouver ces foutues toilettes et disparaître.
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Yûki
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MessageSujet: Re: An empty space without a place ; Eve   Dim 30 Juil - 3:39

Un regard sur le pauvre homme qui s'acharnait sur la machine avait suffit pour me nouer la gorge. Je serrais les dents et le regard fixe, je tapais d'un doigt contre ma jambe, nerveusement. Il n'y avait jamais rien eu de plus. Je n'avais jamais été assez entreprenante que pour aller en parler au patron ou ne serait-ce que glisser un mot au client. Je n'avais pas envie de les faire fuir et encore moins de perdre mon travail ; aussi peu gratifiant soit-il. Alors je me taisais, je restais là, ma rage gardées entre mes mâchoires grinçantes et les joues mordues. J'avais envie de les prendre par la peau du cou et les envoyer à la porte. Au lieu de quoi je restais là, debout, comme une abrutie, à parler à un gamin. Et il l'avait remarqué.

──Flynn qu'il s'appelait. Quoi que Miller ne m'intéressait pas vraiment, je le notais dans un coin de ma tête -sait-on jamais. Au fond, qu'importe qu'il s'appelle Flynn Miller ou John Smith, mais je n'avais rien à dire et quitte à devoir me le coltiner, j'aurais préféré ne pas l'appeler Monsieur. Ou alors c'était le soucis de l'appeler tout court. Je me mords la joue. Sa remarque me sort de mes grognements intérieurs. Je me fige un moment, le regard plissé en direction de l'individu. Il en était à son dix-huitième coup de point et ça n'avait rien changé. J'avais passé le temps, une fois, à compter combien de coups il fallait à une machine pour qu'elle arrête de fonctionner. Un sourire se dessine sur mes lèvres et je soupire, d'un bref souffle presque inaudible.

« Quarante-neuf. Avant que la machine ne soit complètement fichue et qu'il faille remplacer quelques pièces. Mais elle ne recrache jamais l'argent. »

──C'était un puits à pièces et le patron était décidé à ne pas en laisser passer une seule. Juste quelques unes, histoire de leur donner l'espoir d'un jackpot hypothétique programmé pour n'être qu'une fantaisie. Ces gens s'imaginaient peut-être qu'ils pourraient rembourser toutes leurs dettes, si le destin leur souriait. Mais le destin avait le malheur de s'appeler calcul et le calcul avait été imaginé par un riche homme avare ; cupide. Il avait poussé le vice si loin qu'il avait installé un dispositif au cas où, par malheur, le Jackpot devait s'annoncer. La troisième roue descendrait d'un cran et annulerait le peu de chance qu'un pauvre bougre s'était tué à imaginer.
──Au fond je n'avais pas la moindre pitié pour ces gens. Ils perdaient à longueur de journée et revenait le lendemain ; s'ils avaient décidé d'être idiots, ils pouvaient bien le rester. Je pouvais encore comprendre les jeux de cartes où l'argent misé était non seulement le sien mais également celui des autres. Le jeu était déjà plus intelligent que d'abaisser une manette en espérant que le miracle se produise. 

──Le gamin avait soif. Je hausse les sourcils. Il s'installe dans le casino et fait ses caprices ? Même moi qui travaillais ici, je n'osais pas dire un mot ; peut-être du fait de la susceptibilité du patron ou de mon cruel besoin de cet emploi, mais je ne me plaignais que très peu auprès de lui. Je me mordais la langue. Il profitait déjà de la chaleur à l'intérieur ; je ne savais même pas si j'étais en droit de lui donner quoi que ce soit. J'avais bien une bouteille d'eau dans mon atelier et il devait rester quelques canettes de soda. Je papillonne des yeux. 

« T'as du culot, dis-moi. »

──Un maigre sourire se dessine sur mes lèvres. Au fond, ça me plaisait bien, cette manière un peu nonchalante qu'il avait. Il se comportait comme l'adolescent typique en rogne contre ses parents. A cette idée je tourne la tête vers l'homme qui s'acharnait ; vingt-quatre coups. Et je rattrapais ma pensée bien vite ; l'âge n'avait que trop peu d'importance quant à la maturité d'un homme. 
──Je lui lance un regard alors, l'incitant à me suivre jusqu'à l'atelier, je lui tends une canette que je sors du petit frigo que j'avais installé là. Je ne supportais pas l'eau tiède, encore moins chaude les jours où le soleil était haut. 

« T'as pas besoin de sortir tes pièces, celles-ci sont à moi, pas à l'établissement. »

──Je colle mon dos contre le mur, le regard figé sur une machine qui trônait au milieu de la pièce. Qu'est-ce qu'elle faisait là ? Je n'avais rien déposé ici. On l'aurait placée pour que je la répare ? Ce serait bien la première fois qu'on me mâche le travail. 

──Je lance un regard au garçon, un peu sceptique. Oh non, lui il n'avait rien fait, il venait d'arriver. Mais il avait l'air tellement heureux d'être là que c'en était presque désolant. Je regarde par la petite fenêtre au-dessus de l'armoire et je soupire. De la pluie. De la pluie et du vent. Encore et toujours. Il devait faire glacial là-dehors.

« Je t'avoue qu'il y a pas grand chose à faire ici à part se souler et jouer à des jeux de cartes. Je dirai rien si t'as envie de partir et j'en dirai encore moins si tu fous le bazar, mais t'as pas intérêt à te faire prendre dans ce cas. »

──J'avais pas envie de jouer la nounou et si je ne jouais pas à ce jeu-là, il finirait bien par s'éloigner et donc nécessairement ne pas être à la place où il devrait être ; à côté de moi. Je regarde dans l'autre direction, les paupières lourdes. Si Thomas mettait la main dessus, j'allais avoir une sérieuse engueulade et s'il y avait quelque chose de pire que le patron en colère, c'était bien mon collègue. Un sourire naît sur mon visage à cette pensée. 
──Ça n'était arrivé qu'une fois et il avait fallut que deux clients se battent, tellement souls qu'ils avaient même fini par le violenter, lui. On avait pas ri, ce jour-là, ça non. Ce que c'était drôle, pourtant.
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MessageSujet: Re: An empty space without a place ; Eve   Dim 30 Juil - 3:39

Quarante-neuf. Elle a vraiment compté ? L’idée m’arrache un léger sourire, avant que je ne tente de m’éclipser, à la recherche de quelque chose à boire ou grignoter. Je ressasse un instant son dernier commentaire, perplexe ; elle ne recrache jamais l’argent ? Une arnaque, alors, et ça se tient. Je m’attarde sur quelques types installés devant leur machine, et je les observe de biais qui tirent la manivelle et croisent les doigts. Je vois leurs yeux qui s’ouvrent plus grands lorsque deux symboles identiques s’alignent, leur bouche qui s’entrouvre, comme prête à laisser échapper un cri de victoire, et puis leurs épaules qui s’affaissent lorsque la suite est brisée par un symbole aléatoire. Comment peut-on décemment miser sur quelque chose d’aussi stupide ? Ce qui est humain est souvent faux, fondé sur rien d’autre que les profits. Ces étranges machines, aussi rutilantes et lumineuses puissent-elles être, ne sont nées de rien d’autre que de la corruption humaine, de l’argent, si précieux ici et même pour nous les hybrides d’aujourd’hui, alors que nos aïeuls n’avaient pas ce souci du matériel. Au fond, Noa a la réponse à bien des maux de ce monde qui n’est pas nôtre. Je vacille, mon cœur se serre. Pense pas, Rhap, pense pas.

C’est la voix de ma gardienne qui m’arrête, et je me tourne presque instantanément vers elle. « T'as du culot, dis-moi. » Je cligne des yeux, comme pris au dépourvu : c’est peut-être bien la première fois que l’on me le fait remarquer sur un ton autre que celui du reproche ou de la condescendance —encore un mot venu des livres de maman. J’esquisse un léger sourire, peut-être qu’elle n’est pas si désagréable qu’elle en a l’air, finalement. Aussi, je renonce à ma fuite et, lorsqu’elle m’indique de la suivre, je lui emboîte le pas sans discuter, ravi en un sens de ne pas avoir à rester là, au milieu du bruit infernal, de la musique, des scores, des manivelles que l’on tourne ; dans l’atmosphère ambiante qui, peu à peu, se fait étouffante autour de moi, tant et si bien que bientôt, je ne lâche plus le dos de la jeune femme du regard, le moindre toussotement ou raclement de carte contre une table m’arrache des frissons que je ne retiens pas. Je hais être ici. Mes yeux accrochent une fenêtre, suspendue en hauteur et pas suffisante pour retirer au casino sa chaleur tamisée qui tend à mettre mes nerfs à fleur de peau, et je me surprends à rêver de cette forêt que j’ai laissée derrière moi. Cimetronelle, mon chez-moi, notre chez-nous. Mais, puisque tout a brûlé, quelle importance finalement ?
Même si je sais que ça n’est pas tout à fait exact. Une partie des bois est demeurée intacte, comme celle qui borde de très près notre clairière, les arbres, la végétation qui s’étendent sur quelques mètres à peine, la limite à ne pas dépasser lorsque j’y ai fait mes premiers pas. Mais tout le reste, ces bois profonds dans lesquels on pouvait s’égarer, dans lesquels les touristes venaient se perdre et qu’il fallait guider jusqu’à la sortie, ces bois où je l’ai perdue, ces bois où je l’ai rencontré. Tout ça, tout a brûlé. Alors, ça n’est plus pareil ; alors, ça n’est plus à désirer.

Je m’enfonce dans ce qui paraît être un atelier, tout du moins quelque chose équipé en matos pour… Je ne sais pas. Tout ce que je sais se limite à quelques suppositions : il y a une machine éteinte, là, au milieu de la pièce ; finie les couleurs et les sons agaçants, elle a l’air d’avoir bien vécu et de s’être endormie paisiblement. Une victime des quarante-neuf coups ? Si elle est là, seule et laissée pour compte, c’est que l’on attend de la réduire en pièce, ou de la réparer. Et, à voir ledit matos tout autour, j’opterais plutôt pour la seconde option. « T'as pas besoin de sortir tes pièces, celles-ci sont à moi, pas à l'établissement. » Je lève les yeux vers elle, et je reste une seconde —une de trop, sans doute— interdit, avant de me saisir de la canette qu'elle me tend, et que j’ouvre précautionneusement —parce que ce serait bien mon genre de provoquer une catastrophe sans même que la boisson n'ai été agitée. « Je--Merci. » Je ne suis pas un fanatique du soda, mais en vérité je n’en ai pas bu depuis si longtemps que le goût sucré et piquant est plutôt agréable sur ma langue.

Canette en main, je me mets en tête de faire le tour de l’atelier, l’air de rien, juste l’histoire de bouger, de m’occuper les jambes et les yeux, l’esprit un peu, même si mes pensées s’égarent chaque fois si je n’y prends pas garde. « Je t'avoue qu'il y a pas grand chose à faire ici à part se souler et jouer à des jeux de cartes. Je dirai rien si t'as envie de partir et j'en dirai encore moins si tu fous le bazar, mais t'as pas intérêt à te faire prendre dans ce cas. » J’esquisse un sourire, dans l’ombre de ma canette dont je bois une nouvelle gorgée. Je me lèche les lèvres, et puis je lui lance un regard par dessus mon épaule. « T’as pas peur d’avoir des ennuis en m’incitant à foutre le bordel comme ça, madame qui n'm'a pas encore dit son nom ? » Je minaude, un peu, en revenant vers elle, et je viens m’asseoir à même le sol et contre le mur.

Les doigts dans mes cheveux humides, je soupire, avant de lever les yeux et de me prendre de fascination pour le plafond. « Tu trouves pas ça genre, j’sais pas, grave bizarre ? J’veux dire, les gens assez… quoi… bornés ? idiots ? J’sais pas trop, mais tous ceux qui viennent là, qui dépensent de l’argent et ne gagnent jamais apparemment- » Suffit de les voir donner des coups aux machines innocentes, pour le comprendre. « et qui reviennent quand même ? Il doit y en avoir des gens qui se ruinent, non ? Pourquoi tu bosses ici ? Puis tu fais quoi au juste ? T’avais l’air sur le point de bouffer le type qui prenait la machine pour un punching-ball, là-bas. » Je ricane doucement, bois une autre gorgée. « C’était plutôt drôle, d’ailleurs. »
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MessageSujet: Re: An empty space without a place ; Eve   Dim 30 Juil - 3:39

Je ne parvenais pas à me décider quant à savoir ce qui était le plus agaçant. Qu'il se paie ma tronche ou que, de toutes évidences, tous les clients de cet établissement devait se payer ma tronche, puisqu'ils s'acharnaient à détruire tout mon travail -et à m'en donner, par la même occasion, mais même sans eux, il y avait de quoi faire au fond. Finalement, je décidai que c'était mon inactivité qui était la plus agaçante, puisque ne rien faire et regarder les clients arracher les machines était certainement l'activité la moins agréable qu'il m'ait été donné d'essayer. En revanche, le gamin commençait à me plaire et peut-être que son attitude de crevard n'était pas un malus, comme j'avais eu tendance à l'imaginer. Je hausse les sourcils lorsqu'il me répond et lui souris. 

──Son attitude de crevard avait, en fait, quelque chose de plus ou moins attachant. Les gentils enfants, j'avais toujours trouvé ça ennuyant, de toutes façons. 

« Eve. »

──Je l'écoute parler et hausse les épaules. Je n'étais pas particulièrement blasée de la situation, il était vrai. Je n'essayais pas non plus d'avoir l'air détachée. Si les gens n'étaient pas de si gros pigeons, je n'aurais peut-être pas de travail, et si je n'avais pas de travail, je n'aurais peut-être pas à manger tous les jours. J'avais alors acquis qu'il était important de ne pas égorger les abrutis qui pointaient leur nez ici tous les jours. De toutes façons, il était assez rare que je doive leur faire face. J'étais plus souvent collée le dos au mur et le regard lointain. Et lorsqu'ils venaient me voir, ils comprenaient très vite qu'il valait mieux être poli pour ne pas se faire jeter. 

──En fait ils ne gagnent pas jamais. Ils gagnent. Mais seulement les gens que le patron a décidé de flatter. Alors il me demande d'arranger la machine pour qu'elle crache plus d'argent que d'habitude et cela fait une bonne publicité au casino. Après quoi, la machine est dite comme défaillante et il faut l'envoyer en réparation pour que plus jamais elle n'offre au-delà des cinq pièces. Je tique une seconde lorsqu'il ricane et souris à mon tour. 

« Je suis mécanicienne. C'est moi qui répare ces pauvres machines malmenées.. »

──Je croise les bras sur ma poitrine et le regarde, le détaille, quelques secondes. Il n'y avait pas grand chose à faire dans l'atelier, mais encore moins de choses à dire de l'autre côté de la porte. Et puisqu'il n'avait pas l'air d'avoir envie de réparer des machines, j'inspectais les lieux pour vérifier s'il n'y avait pas une activité plus attrayante que de boire une canette de soda. Mais rien. Il n'y avait que des outils et des énergisants, pour les matinées un peu trop dures ou lorsqu'il y avait trop de travail. Je me mords la joue. 

« Le temps ne fait rien à l'affaire, quand on est con, on est con. Et puisque ces cons-là me font gagner ma vie, je ne vais pas médire d'eux. »

──Je laisse ma tête tomber contre le mur. L'ennui finirait par me tuer, j'en étais certaine. Le pire, c'est que je n'allais pas être payée plus ou moins pour avoir jouer la baby-sitter. Il était évident qu'en tant que mécanicienne, c'était mon job de garder les adolescents en manque de chaleur qui se faisaient rincer par la pluie. Je n'étais pas spécialement fâchée contre lui, à vrai dire. Ça aurait pu être n'importe qui que la tâche ne m'aurait pas ravie. Alors je soupire et fixe la fenêtre d'au-dessus.

« A la limite, si ça n'arrête pas de pleuvoir, on peut toujours emprunter un parapluie à un client. »

──J'avais insisté sur le mot emprunter comme s'il était une blague en soi. Il l'était. Mais je ne rigolais pas. Le vol des employés sur les clients ne valait pas grand chose ; le patron lui-même avouait qu'on y était autorisé si on arrivait à faire croire au dit-client que c'en est un autre qui s'est enfui avec et que cela ne se reproduira plus. Il fallait juste être minutieux. Si l'on volait chaque fois à la même personne, on perdait un client. Si on volait trop de fois dans la même semaine, on perdait une clientèle. Et cela faisait un mois que je n'avais rien chipé à ces pauvres gens trop friqués de la table du fond.
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MessageSujet: Re: An empty space without a place ; Eve   Dim 30 Juil - 3:40

Eve, mécanicienne. On croirait presque entendre le début d’une blague macho, sur l’incompétence des femmes dans les milieux professionnels traditionnellement attribués aux hommes. Mes épaules s’agitent en un rire silencieux, que je tais au goulot de ma canette, sans vraiment lâcher ma gardienne du regard. Je me dis qu’elle aurait sa place ailleurs, hôtesse, ou vendeuse d’un petit commerce sans prétention. Clichés, clichés, quand vous nous tenez. J’ai presque du mal à l’imaginer se démêler dans les câbles et circuits électriques défectueux de ces machines maltraitées sous les mains peu soucieuses de quelque mauvais perdant. Pourtant, l’image me plaît, peut-être parce qu’elle m’amuse : ça casse les codes, que même mes parents entretiennent. Maman fleuriste, lorsqu’elle passe le pas de la porte tous les soirs, c’est l’odeur sucré des fleurs épanouies qui embaume la maison. Parfois, elle a un ou deux bouquets dans les mains, qu’elle dispose soigneusement sur la table du salon et dans la chambre conjugale. Papa transporteur, convoyeur à ses heures perdues, souvent absent parce qu’il conduit jusque dans les régions reculées que je n’ai pas encore visitées —et que je ne visiterai peut-être jamais. Lui, c’est une odeur plus étouffée qu’il ramène chez nous ; un mélange d’essence, de sueur, d’inconnu et d’aventure. 
Ils sont comme beaucoup de parents, ils entrent dans les normes, dans l’image que l’on se fait d’une femme et d’un homme, de leur métier, de leur façon d’être ; maman coquette et papa aux épaules carrées, maman sévère et papa rieur. Ils sont comme la plupart des parents des gamins que je côtoyais, dans la cour d’école, avant de céder à l’école buissonnière. Eve, elle, serait une maman mécanicienne, et c’est plus sympathique, comme originalité.

« Le temps ne fait rien à l'affaire, quand on est con, on est con. Et puisque ces cons-là me font gagner ma vie, je ne vais pas médire d'eux. » Je cligne des yeux, réprime un reniflement. Alors, travailler, c’est être hypocrite ? Rarement, on me demande ce que je voudrais faire, plus tard ; ça cause projets d’avenir, et les regards se portent sur moi, comme si je détenais une réponse qui changerait beaucoup de choses. Peut-être que c’est le cas ? Je ne réponds jamais vraiment. L’école m’a lassé, dégoûté, les regards des autres plus encore ; la pitié dans leurs yeux m’a révulsé. J’y ai préféré la forêt, et je n’ai rien appris à aimer d’autre ; surtout pas la ville, encore moins les espaces clos. Travailler ? J’ignore jusqu’à ce qu’il faut pour y prétendre —avoir un emploi, gagner sa vie. Si l’on me demande, j’use du ton de l’humour pour rétorquer que je bâtirai une cabane au plus profond des bois pour y vivre, sans loyer à payer ni pressions sociales. Au fond, je ne plaisante pas vraiment, mais ce serait certainement mieux si j’en étais capable. Comme lui le fait déjà

Elle soupire, et ce souffle attire mon attention. Je suis son regard, jusqu’à la fenêtre au travers de laquelle on aperçoit la pluie qui tombe, tombe et tombe encore, sans discontinuer. Comme si ça l’amusait, de me voir prisonnier d’un endroit que je n’aime pas, et dans lequel je n’aurais jamais pensé mettre les pieds. Un foutu casino. « A la limite, si ça n'arrête pas de pleuvoir, on peut toujours emprunter un parapluie à un client. » Je fronce les sourcils, j’essaie de comprendre le sens de sa phrase, l’insistance de son ton. Emprunter ? Je manque m’étouffer avec mon soda, lorsque je réalise, mais je parviens à avaler sans commettre le moindre des désastres vestimentaires. « Attends, attends… T’es en train de m’inciter au vol, là ? » J’ai peur de faire fausse route, mais je ne vois pas d’autre interprétation possible à sa proposition. « J’veux bien qu’ce soit grave chiant d’rester ici, j’en suis l’premier à me plaindre là, mais… Sérieux, c’est monnaie courante chez vous ? » Je suis à nouveau sur la défensive, sans trop savoir pourquoi. Il y a vraiment des pratiques capables de me choquer ? Il faut croire que oui. 

Je me relève pour lui faire à demi face, ma canette à moitié vide dans la main. Je ne la regarde pas vraiment ; en vérité mon attention est portée en direction de la porte, derrière laquelle tout ce beau petit monde s’amuse, sur des jeux dont l’intérêt m’échappe. Si c’est leur définition du bonheur, qu’ils fassent comme bon leur semble. La mienne, c’est la liberté. Et, là, à l’arrière d’un casino, dans l’espace clos d’un atelier, je ne le suis pas —libre. « J’te dirais bien qu’on peut aussi en acheter un, mais j’suppose qu’un casino ça fait pas option centre commercial ? » Je bois une longue gorgée de soda, suffisamment pour réfléchir —et suffisamment aussi pour qu’il n’en reste plus qu’un quart— avant de soupirer, d’un de ces soupirs emplis d’une lassitude qui me vient un peu trop souvent. « Faudra qu’tu m’expliques comment tu peux être mécanicienne et voleuse à tes heures perdues et être venue te paumer dans un endroit minable comme un putain d’casino, quand même. J’espère qu’t’es bien payée au moins, sinon ça vaut clairement pas l’coup. » Je ricane, doucement, railleur à son égard.
Et puis, en approchant de la porte, je plonge mon regard dans le sien, prêt à relever le moindre des défis. Si c’est au nom de ma liberté, rien à foutre d’être à blâmer. « J’te suis, mais j’te préviens, j’me décharge de toute responsabilité. » Et c’est uniquement pour moi que je le fais. Qu’elle ait des ennuis ; me concernant, je suis presque certain de ne jamais repasser par ici. J’irai chez le fleuriste, à deux ou trois maisons d’ici, comme elle me l’a si bien dit.
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MessageSujet: Re: An empty space without a place ; Eve   Dim 30 Juil - 3:40

Elle rit lorsqu'il s'indigne, d'un rire bref et silencieux, imperceptible. Un souffle au bout des lèvres à peine audible et le regard brillant. Le vol était la base du casino, le seul fait de faire croire à tous les abrutis du monde que la chance pouvait leur sourire était déjà du vol en soi. Un vol en plus, un vol au moins, ça n'avait plus d'importance, ni pour le patron ni pour ses employés qui s'étaient faits une joie de fermer les yeux sur qui étaient leurs victimes. Mais d'autres étaient encore naïfs alors qu'Eve, elle, était confrontée à la misère chaque jour. Elle savait qu'il n'y avait pas d'autres moyens que de marcher sur la richesse des autres pour s'en sortir. Le vol était une façon de le faire. Elle n'avait rien ajouté de plus, estimant qu'il avait compris que ce n'était pas un problème de voler un parapluie à dix pokédollars à une femme qui devait en posséder encore huit à la maison. Elle serait trempée pour ce soir, et puis quoi ? 

──Lorsqu'il s'exprime sur son métier, elle ne fait que hausser les épaules, préférant ne pas parler du montant qu'elle recevait chaque mois qui était -sans mentir- des plus misérables. C'était d'ailleurs la seule raison qui l'avait fait réfléchir au sujet de la proposition de Prayer. Elle estimait simplement qu'elle avait d'autres choses à penser qu'à son salaire et, puisqu'elle faisait ce qu'elle aimait -c'est à dire être mécanicienne-, elle s'en contentait. Ou espérait pouvoir s'en persuader, en tous cas. Mais elle n'avait pas pris la mouche cette fois, acceptant son ironie comme celle qu'elle se portait à elle-même pour son manque d'ambition. 

──Elle plante ses yeux dans les siens et esquisse un bref sourire, presque aussi moqueur qu'il avait pu l'être, quand il fait mine de ne pouvoir assumer ses décisions. Mais elle ne relève pas, sortant simplement de la salle en lançant un regard vers son patron, visiblement plus calme qu'au début de la soirée. Elle détailla vaguement le porte-manteaux et s'en approcha sans même se cacher ; elle était employée, après tout, les clients avaient toujours confiance en les employés d'un bâtiment qu'ils fréquentaient aussi souvent. Elle attrape un parapluie au hasard, un noir parmi d'autres et retourne près de son hybride. Elle lui tend le parapluie. 

« Si tu éprouves des remords tu n'auras qu'à le ramener, je le rendrai à sa propriétaire. » 

──C'était sans compter que ce parapluie était le sien, et pas celui d'une cliente du bâtiment. C'était qu'à force de vouloir avoir l'air dure, elle en oubliait qu'elle avait un cœur. Et lorsqu'il se manifestait, elle ne pouvait s'empêcher de faire des choses qu'elle considérait comme étant stupides. Comme donner son parapluie à un garçon qu'elle ne connaissait que de nom -ou presque- alors qu'il faisait un temps de chien dehors.
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