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 To play make-believe ; Cerise

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Yûki
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random: ici petit poney

MessageSujet: Re: To play make-believe ; Cerise   Dim 30 Juil - 4:22

Le noeud qui la serrait au niveau de la gorge avait presque finit de se défaire, et Cerise commençait enfin à respirer convenablement. Engager pour de bon la discussion avec Akainu lui permettait à la fois de faire redescendre la tension que la mission avait considérablement fait monter, mais cela lui évitait également de ressasser encore et encore les mauvais souvenirs et les idées noires qui -même si elle n’y pensait pas- étaient toujours là quelque part, planqués sous le tapis dans un coin de son esprit, et menaçaient de jaillir au moindre silence.

▬ Je serais sans doute mal placé pour te juger. – Cerise haussa un sourcil en tournant le regard vers lui, un peu dans l’attente d’une explication qui ne vint pas ; elle le laissa enchaîner. Je te demande pas d’être parfaite et de toujours agir selon de nobles vertus. Mais, je sais pas. Juste… fais gaffe. J’ai pas envie qu’il t’arrive un sale truc.

Deux secondes s’écoulèrent avant qu’un soupir amusé ne s’échappe d’entre ses lèvres qui s’étirèrent en un sourire à la fois un peu moqueur, mais aussi un peu touché. Il ne pouvait pas s’en empêcher, pas vrai ?

▬ T’inquiète pas Maman, je ferais attention, lâcha-t-elle dans un ricanement en lâchant le volant d’une main pour aller donner un petit coup de poing affectif sur l’épaule du rouquin. Mais t’as intérêt à ce que ce soit réciproque, elle ajouta avec un de ces petits sourires suffisants qu’elle arborait quand elle se voulait moqueuse sans être méchante.

À l’ouest, le soleil était déjà presque couché, ses rayons baignant le ciel d’une lueur orangée, tandis que l’autre côté du ciel arborait déjà l’indigo de la nuit. D’un bref coup d’oeil à la montre discrète qui trônait à son poignet, Cerise réalisa qu’il était pourtant encore assez tôt – pas encore dix-neuf heures. S’ils roulaient aussi bien jusqu’au port où les attendaient les passeurs d’Avalon qui transportaient les membres d’une région à l’autre par la voie des mers, peut-être bien qu’ils arriveraient plus tôt que prévu au QG. Elle n’était pas déçue de voir la fin de la mission pointer le bout de son nez, au contraire. Son estomac commençait à crier famine, son mal de tête -quoique qu’un peu atténué par l’air frais et la cigarette- continuait de la lancer, et elle n’avait qu’une envie : prendre un bain –brûlant si possible– et s’enterrer sous une montagne de couverture jusqu’au matin. Heureusement, elle avait réservé une chambre au QG –elle y avait d’ailleurs laissé Mika en arrivant tôt le matin– et elle n’aurait pas à se taper en plus la route jusqu’à Floraville pour pouvoir se reposer ; elle faisait ça régulièrement quand ses missions l’emmenaient trop loin de chez elle.

La voix d’Akainu résonna dans l’habitacle, et machinalement elle tourna la tête vers la boulangerie qu’il lui désignait. Devant son air qui lui rappelait terriblement Mika quand celui-ci avait repéré un beau jouet au magasin et qu’il lui faisait les yeux doux pour qu’elle cède à sa demande, elle échappa un petit ricanement accompagné d’un petit hochement de tête, avant de tourner le volant pour sortir de la route et garer la voiture devant le commerce dont s’échappait une odeur -atrocement- délicieuse. Elle serra le frein à main tandis qu’Akainu sortait déjà de la voiture, et elle défit sa ceinture pour se mettre un peu plus à l’aise le temps qu’il achète ce qu’il voulait. Mais en relevant la tête, son regard croisa celui de son ami, penché vers elle à travers la portière ouverte, et qui affichait une expression presque…charmeuse ? Cerise haussa un sourcil, un air blasé sur le visage –qui se changea néanmoins bien vite en amusement alors qu’Akainu se proposait à lui payer à manger, tel le plus généreux de tous les gentlemen. Ahem.

▬ Tu rigoles ? Si je lui dis ça il aura vite fait m’enfermer dans ma chambre, ironisa-t-elle – Mika pouvait se montrer très possessif avec elle, notamment vis à vis d’autres membres de la gente masculineSi tu peux me prendre un truc salé ça serait super, merci. Et n’importe quoi pour Mika tant qu’il y a du chocolat et pas trop de risque qu’il s’en foute partout.

La tête penchée, elle l’observa se diriger vers la boulangerie.
Et dès qu’il fut hors de son champ de vision, elle sentit un frisson le long de ses bras qui lui fit serrer les dents et crisper les muscles. Un instant de silence, seule avec elle-même, et son rire retentissait déjà au fond de sa tête. Ça n’allait pas partir en un claquement de doigt hein ?
Rapidement, elle sortit à son tour du véhicule et le verrouilla après avoir claqué la portière, son sac dans un bras et sa veste en cuir sur le dos, et entra à son tour dans la boutique. La chaleur douce qui régnait à l’intérieur vint lui picoter le visage et les mains, et elle s’approcha discrètement du comptoir, les mains dans le dos, pour regarder ce qu’avait choisit Akainu par dessus son épaule.

▬ Oh nickel, c’est pile ce que je préfère, remarqua-t-elle. T’as bon goût, c’est bien !

Leurs achats faits, ils quittèrent la boutique en saluant la vendeuse, et Cerise mordit avidement dans la ficelle aux olives qu’Akainu venait de lui tendre.

▬ Rappelle-moi de t’inviter la prochaine fois, j’ai l’impression d’avoir fait que de manger à tes frais aujourd’hui ! Elle lança alors qu’ils regagnaient la voiture. 
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Yûki
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random: ici petit poney

MessageSujet: Re: To play make-believe ; Cerise   Dim 30 Juil - 4:22

Maman. Il avait grimacé, bien que ses yeux pétillaient de malice. Touché ; il savait bien qu’il en faisait trop, mais c’était parce que ça la concernait, elle. Il protégeait toujours ses collègues, ses amis, il avait un sens du sacrifice sans doute un peu trop marqué de temps à autres, mais finalement, il n’était plus très certain que sa tendance exagérée à la sur-protection lorsqu’il s’agissait de Cerise ne soit pas depuis longtemps démasquée par la principale intéressée, qui se tenait à côté de lui et se permettait le loisir d’un petit coup dans l’épaule. Détail qui fit que l’hilarité l’emporta sur les doutes du Pyroli, et il rétorqua à ses mots par un simple froncement de nez, qui n’eut pour effet que d’accentuer les ombres de ses quelques infimes tâches de rousseur —lui donnant du même coup l’air d’un gamin espiègle, ce qu’il n’était au fond pas très loin d’être, lorsqu’on le connaissait bien. 

Au moins, ses petits airs d’enfant avaient eu raison de Cerise, qui s’était garée sur le parking de la boulangerie, d’où s’échappaient de délicieuses odeurs de pain encore chaud, et elle était maintenant occupée à passer sa commande auprès d’Akainu. Il prenait soigneusement note, dans un coin de son esprit, sans se défaire de son sourire malicieux et de l’envie de glisser une énième remarque, dont il s’abstint pourtant. En un sens, peut-être qu’il pouvait comprendre le jeune frangin de Cerise… Celui qui désirerait faire de sa soeur une femme aurait tout intérêt à être préparé ; elle était entourée de trois frères, certainement pas décidés à la céder au premier venu. Les ruses des hommes, leurs regards, leurs victoires, ils les connaissaient par coeur. C’était leur devoir d’en protéger Atsue, qu’aucun de ces types ne fasse jamais ployer la douce Nymphali sous les larmes. Alors, oui, il comprenait que le petit fut déjà bien peu décidé à laisser la Feuforêve lui filer entre les doigts —il était un bon frère, en somme, malgré son si jeune âge.

« Si tu peux me prendre un truc salé ça serait super, merci. Et n’importe quoi pour Mika tant qu’il y a du chocolat et pas trop de risque qu’il s’en foute partout. 
— Vos désirs sont des ordres, demoiselle Martell, lâcha-t-il en s’inclinant, les épaules secouées d’un rire qu’il ne retenait pas —c’était tellement bon d’oublier les risques qu’ils avaient pris, la tension qui été montée entre eux un peu plus tôt. »

Il s’éclipsa à l’intérieur sans rien ajouter, et la chaleur ambiante de l’espace réchauffé par les fours à l’arrière eut tôt fait de l’embrasser, se mêlant aux effluves mi-sucrées, mi-salées et définitivement horriblement alléchantes qui flottaient dans l’air. Son regard coula lentement sur les viennoiseries alors qu’il approchait du comptoir sans trop se presser, puisqu’il y avait devant lui une femme occupée à compter sa monnaie. Elle ne mit cependant qu’un instant, et il s’avança alors qu’elle sortait dans l’air frais de la soirée. Les portes automatiques qui s’ouvrirent une seconde du côté de l’entrée suffirent à ce que le froid vienne lui chatouiller la nuque, mais il n’en tint pas compte, tout entier à sa commande —une ficelle aux olives, un pain aux baies Resin, le trio terminé par une chocolatine. 

« Oh nickel, c’est pile ce que je préfère, retentit tout à coup une voix dans son dos, qui le fit sursauter —non, il ne s’y était pas attendu. T’as bon goût, c’est bien !
— On a qu’à dire que c’est l’instinct. J’aime pas vraiment les olives, de mon côté. Mais une femme raffinée telle que toi... »

Il s’était fendu un énième sourire en baissant le ton, quand bien même la vendeuse, si elle entendait leur échange, n’en montra rien —à travailler ici, elle devait en avoir entendus, et des pires que celui-ci. Il confia la monnaie à la caissière, récupéra le sachet de papier, et ils s’en retournèrent tous les deux dans la nuit qui tombait peu à peu, après un remerciement et une salutation. Akainu jeta un regard au ciel, dont les premières étoiles étaient camouflées par les milles réverbères un peu trop lumineux à son goût, et puis il s’en détacha pour tendre à Cerise son bien, tandis que lui même arrachait un bout de son pain aux baies pour y mordre —avec pas peu de satisfaction, il devait l’admettre.

« Rappelle-moi de t’inviter la prochaine fois, j’ai l’impression d’avoir fait que de manger à tes frais aujourd’hui !
— Tu te rattraperas en m'offrant des pourboires, quand je serai serveur, rétorqua-t-il aussitôt, sans trop que l’on puisse deviner s’il était sérieux ou s’il se moquait encore. »

Cerise déverrouilla la voiture et, plutôt que de la contourner pour rejoindre son propre siège, Akainu resta là, du côté de la portière de sa collègue, positionné de telle sorte qu’elle ne puisse la refermer sans lui avoir d’abord fait face. Son sourire avait fini par s’effacer, et c’était à présent un air sérieux, inquiet qu’il affichait. La question qui lui brûlait les lèvres depuis qu’ils étaient passés par l’étape des excuses ne désirait plus demeurer silencieuse ; il cédait. Il voulaitsavoir, même s’il devinait sans peine que ce devait être l’une de ces choses douloureuses, que l’on refuse de dire parce qu’elles font déjà si mal à l’état de secret flou que les énoncer à voix haute les rendrait trop réelles, trop tangibles pour être supportables. Lui-même taisait tant cette chose douloureuse qui dormait au fond de lui, et s’éveillait dans les pires situations —lorsqu’il était armé, face à deux désarmés de Chronos, par exemple— qu’il ne pouvait juger les silences d’autrui. Un frisson remonta le long de sa colonne vertébrale et, un instant, il songea à se taire. Il ne le fit pas.

«  Tout à l’heure, tu as dit que… t’avais peut-être pas été aussi objective que t’aurais dû l’être, avec ces types, dans le café. Pourquoi ? Qu’est-ce qui t'en a empêchée ? »

Sa voix était basse, c’était presque un souffle, comme une confession, un aveu qui n’appartenait à personne d’autre qu’à eux d’eux. Il n’était pas certain d’être en droit de demander, encore moins d’être en droit de savoir —qu’était-il après tout, sinon un gamin un peu trop impulsif et passionné ?— et pourtant il avait osé. Demander, outrepasser les barrières des douleurs qui ne demandaient qu’à être tues. Et il s’en voulait, un peu. Non, il n’avait pas le droit, et il le savait. Pourtant, il venait quand même de le faire.
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Yûki
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MessageSujet: Re: To play make-believe ; Cerise   Dim 30 Juil - 4:22

▬ Tu te rattraperas en m'offrant des pourboires, quand je serai serveur !

▬ Haha, vendu !

Il y avait l’odeur réconfortante du pain à peine sortit du four et la chaleur qui se diffusait à travers le sac en papier et rendait à ses doigts engourdis par le froid un peu plus de mobilité. Il y avait le sourire au bout de ses lèvres et le poids de la tension de tout à l’heure qui s’envolait petit à petit et soulageait ses épaules. 
Cerise ouvrit la portière côté conducteur pour s’y installer, prête à reprendre la route, mais en se tournant pour s’asseoir et fermer la portière, son regard attrapa au vol celui d’Akainu et son coeur loupa un battement à la vue de sa mine devenue si sérieuse subitement. 
Elle fronça les sourcils, soucieuse. 
Que lui arrivait-il ?

Et il posa sa question, qui de toute évidence lui avait brûlé la langue depuis tout à l’heure. Et cette fois, Cerise sentit son coeur s’emballer douloureusement alors que son visage déconfit perdait des couleurs à vue d’oeil. Sa main toujours posée sur la portière se crispa sans qu’elle prenne la peine de le dissimuler, et elle planta son regard dans celui d’Akainu. Qu’elle y décerne la moindre once de curiosité banale et malsaine et il pouvait faire une croix sur les révélations. Mais force était de constater qu’à part de l’inquiétude, de la douleur et de la détermination, il n’y avait rien dans les yeux d’ambres du jeune homme qui la dissuadait catégoriquement à parler à coeur ouvert.
Cerise échappa un soupir tremblant qui secoua ses épaules, et elle sentit le besoin urgent de s’asseoir au plus vite, sinon quoi elle ne garantissait pas que ses jambes allaient la supporter sans défaillir encore longtemps.

▬ Monte, lui ordonna-t-elle presque dans un souffle avant de s’asseoir sur son siège.

Elle attendit qu’il s’installe à son tour, puis elle fit remonter les verrous des portières. C’était futile au fond, mais elle avait l’impression que rien de ce qu’elle s’apprêtait à dire n’allait fuiter de l’habitacle si elle en verrouillait l’accès.
Elle avait la tête renversée en arrière contre l’appuie-tête et les yeux fixés sur un point imaginaire au niveau du toit de la voiture. Eviter le regard du pyroli lui permettait de se concentrer sur chacune de ses réactions, pour ne pas laisser les émotions prendre le dessus, pour garder son self-control intact.
Mais les tremblements dans son souffle ne trompaient personne, et encore moins Akainu.

▬ J’avais un frère jumeau avant, Saul. –c’était toujours aussi douloureux de prononcer son nom à voix haute malgré tout ce temps–  On habitait Unionpolis quand j’avais quinze ans parce que j’étudiais dans une école de médecine à l’époque.

Elle eut un ricanement amer ; elle en avait presque oublié sa toute première vocation de médecin. Elle y serait sûrement parvenue si les choses s’étaient déroulées autrement pourtant. Elle fronça les sourcils et secoua imperceptiblement la tête pour se sortir cette idée du crâne. C’était malsain de penser avec des « si ». C’était vain également.

▬ Un soir en rentrant de l’école, une bande de mecs nous est tombée dessus. Je sais pas, nos têtes devaient pas leur revenir, ils étaient peut-être frustrés que j’ai pu entrer dans cette école avant tout le monde, j’en sais rien du tout. Mais ils lui ont si bien tapé dessus qu’il est mort après une semaine de coma.

Cerise n’aimait pas tourner autour du pot. Elle considérait que les choses difficiles à avouer, c’était comme retirer un pansement. Valait mieux y aller vite et d’un coup sec plutôt que de prendre des pincettes. 
Sa main se crispa un peu plus sur l’accoudoir, et elle sentait ses yeux la piquer à force de fixer le plafond sans jamais ciller.

▬ Il faisait noir, et tout était allé trop vite pour que je puisse en reconnaitre un seul quand c’est arrivé. Mais si y’a une chose, une seule, dont je me rappelle clairement, c’est la voix du fils de pute qui m’avait coincée contre le mur pour m’empêcher de faire quoique ce soit.

Chaque mot, chaque syllabe qu’il lui avait murmuré à l’oreille ; elle se rappelait de tout. De ce qu’il pensait de leur condition d’hybride, de ce qu’il était bien content qu’il leur soit tombé dessus ce soir là, et surtout de ce qu’il avait juré de lui faireune fois qu’ils en aurait fini avec Saul. Ce n’était plus seulement la peine ou la tristesse qui vibrait dans la gorge de Cerise ; c’était aussi la rage, la haine, la confusion, le chagrin, et tout se mélangeait dans un maelström qui lui écorchait la voix à chaque fois qu’elle ouvrait la bouche.

▬ C’est sa voix que j’ai entendu au café tout à l’heure.

Elle avait toujours cru qu’en quittant le reste de la famille pour traquer les agresseurs, son père était parvenu à tous les faire payer pour ce qu’ils avait fait à sa progéniture. Réaliser qu’au moins un d’entre eux y avait réchappé lui donnait la nausée. Et s’il n’y en avait pas qu’un ? Ses souvenirs confus d’adolescente ne lui donnait aucun indice sur leur nombre ; ils aurait pu être cinq, dix, vingt. Commentsavoir combien avaient véritablement payé ?
Ça la déchirait de ne pas pouvoir répondre à ces questions.

▬ J’ai pas juste perdu Saul cette nuit-là, reprit-elle d’une voix qui ressemblait plus à un murmure. C’est tout ma famille qui a volé en éclat quand mon frère est mort.

Le divorce de ses parents. Le départ de l’un et la dépression de l’autre. Le remariage de sa mère. La naissance de Mika.
Mika. Dans tout ce bordel sans nom, s’il y avait bien une seule bonne chose qui en était ressortie, c’était lui. Si Mika n’avait pas été là pour lui servir de point d’ancrage, elle se serait laissée couler depuis longtemps déjà.

Cerise ferma les paupières sur ses yeux rougis et prit une grande inspiration pour calmer un tant soit peu son rythme cardiaque qui résonnait trop fort dans sa poitrine. Pas de larme, pas de sanglot. Elle avait réussit à se maîtriser, à tout garder à l’intérieur. Et comme à chaque fois, elle évacuerait tout quand elle se retrouvera seule –pas par gêne ou manque de confiance, mais parce qu’elle avait toujours procédé ainsi. 

Lentement, elle tourna la tête vers son ami, les traits fatigués. Confier son passé à quelqu’un aussi sincèrement, elle ne avait encore jamais fait, et putain, ça lui avait demandé bien plus d’énergie qu’elle ne l’aurait songé.
Elle laissa quelques secondes s’écouler dans le silence avant de planter son regard dans les yeux d’Akainu.

▬ À ton tour.
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Yûki
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MessageSujet: Re: To play make-believe ; Cerise   Dim 30 Juil - 4:23

Un instant, il avait cru qu’elle le remballerait. Qu’elle lui rirait au nez, et l’enverrait sur les roses, lui cracherait que ça ne le concernait pas. Oh, oui, il était même certain du déroulement de ce scénario, plus encore lorsque, même dans l’obscurité tombante, il la vit pâlir et crisper ses doigts sur la portière. Il n’aurait pas dû demander, il le savait, il n’aurait pas dû. Pourtant, il n’arrivait pas tout à fait à regretter de l’avoir fait. Aussi, il soutint le regard que Cerise posa sur lui, ses deux prunelles qui paissaient le sonder, avec un mélange d’émotions qu’il ne parvenait pas à décrypter. Souvent, la Feuforêve était une énigme pour Akainu, et c’était d’autant plus vrai qu’à l’instant précis, lui-même avait l’impression d’être un livre ouvert alors qu’il ne saisissait rien des éclats dans les iris de la mannequin. Il aurait pu revenir sur ses paroles, lui dire qu’elle n’était pas obligée de répondre ; mais il savait que, si elle n’en avait pas envie, elle ne le ferait de toute façon pas. C’était, surtout, la manière dont elle lui jetterait son refus à la figure qui l’inquiétait —et Arceus sait qu’au fond, quand ça le concernait lui et seulement lui, il ne s’inquiétait que de bien peu de choses, un peu trop confiant certainement qu'il était.

« Monte. »

Il frissonna, bien malgré lui. Il ne savait pas tout à fait ce que cela signifiait, si elle comptait lui parler, ou si c’était là sa façon de lui claquer la porte des confidences au nez. Pourtant, il n’insista pas ; il n’esquissa qu’un geste de recul afin de libérer la portière, et puis s’en retourna de son propre côté, où il s’installa sans prononcer le moindre des mots. Le sachet qui embaumait la douce odeur de viennoiseries, il le posa sur la boîte à gants, renonçant pour le moment à son pain aux baies qu’il n’était de toute façon pas certain d’être capable d’avaler à l’heure actuelle. Il y avait un silence à la limite du pesant, et l’atmosphère lourde qui régnait à l’intérieur de l’habitacle lui nouait un noeud dans la gorge, sans qu’il ne soit trop capable d’en deviner l’origine. L’angoisse, l’appréhension, tout du moins quelque chose qui y était semblable ; il n’aimait pas ça, cette impression que les choses lui échappaient, ne dépendaient pas de lui, que c’était inéluctableet que même lui n’y pouvait rien. 
Il réalisa, à l’instant précis où il comprit ; le silence s’éternisait de trop, son regard ambré était soigneusement évité, elle ne s’était pas rattachée. Au fond de lui, il le su, comme on sait que le jour se lèvera demain, ou que les dernières neiges fondront sous les premiers rayons de soleil : elle allait parler. Et, finalement, c’était peut-être au moins tout aussi oppressant que l’ignorance qu’il côtoyait jusqu’alors.

« J’avais un frère jumeau avant, Saul. (il eut, une seconde, comme la sensation que son souffle se coupait ; il n’osa plus un seul mouvement, comme si tout pouvait la couper dans son récit et faire qu’elle n’en reprenne jamais le fil) On habitait Unionpolis quand j’avais quinze ans parce que j’étudiais dans une école de médecine à l’époque. »

Il haussa un sourcil, stupéfait ; quinze ans, études de médecine ? Dans d’autres circonstances, sans doute aurait-il laissé échapper un sifflement admiratif. Mais la gravité de la situation l’empêcha d’avoir une réaction si frivole, si désinvolte. Pour autant, une part de lui prenait conscience qu’il ne savait véritablement riend’elle, du moins rien d’autre que les banalités du quotidien, mais pas ce qu’elle était, ce qu’elle aimait. Il cilla ; médecine, hein ? L’idée était venu le frapper, aussi sûrement que les coups qu’il avait pris en plein visage, lors de sa dernière mission : elle n’était pas Lorelei. A vrai dire, il était incapable de savoir si ça le rassurait, ou si ça l’inquiétait de voir tout à coup le fantôme s’effriter entre Cerise et lui. Qu’importe.

« Un soir en rentrant de l’école, une bande de mecs nous est tombée dessus. Je sais pas, nos têtes devaient pas leur revenir, ils étaient peut-être frustrés que j’ai pu entrer dans cette école avant tout le monde, j’en sais rien du tout. Mais ils lui ont si bien tapé dessus qu’il est mort après une semaine de coma. »

Cette fois-ci, il fut secoué d’un long frisson, qu’il tâcha de réprimer du mieux qu’il pu, mais sans grande réussite. Son frère était mort. Apprendre ça, à brûle-pourpoint, alors qu’il ignorait encore ne serait-ce que l'endroit où qu’elle avait vécu jusqu’à ce qu’elle ne le lui dise, quelques secondes auparavant, ça lui laissait un mauvais goût dans la bouche, brûlant et amer, semblable à la bile et tout aussi douloureuse dans sa gorge. 
Il éprouvait tout à coup une haine profonde envers ces types, qui s’en étaient pris à deux gosses qui n’avaient rien demandé, qui ne leur avaient rien fait ; ces types qui avaient réduit à néant des années de bonheur, d’habitudes et de promesses d’avenir, en une soirée, en quelques jours, quelques heures. Il le savait, pourtant : ça se jouait à peu, ça se jouait à rien, mais ce que l’on misait sur le tapis velouté de ce jeu malsain coûtait toujours bien trop cher à perdre. Pire encore était le prix à payer lorsque l’on n’avait pas signé d’accord, lorsque l’on n’avait même pas connaissance de ce que l’on risquait. Il les maudissait, ces fils de putes qui ne paieraient jamais suffisamment cher pour laver leurs mains du sang qui avait coulé —la mort même était encore un châtiment bien trop doux pour qui ôtait la vie, pour qui se croyait permis de la réduire en cendres entre ses doigts, aussi simplement que l’on écrase une cigarette contre un mur lorsque vient l’heure de l’éteindre. 

« Il faisait noir, et tout était allé trop vite pour que je puisse en reconnaitre un seul quand c’est arrivé. Mais si y’a une chose, une seule, dont je me rappelle clairement, c’est la voix du fils de pute qui m’avait coincée contre le mur pour m’empêcher de faire quoique ce soit. C’est sa voix que j’ai entendu au café tout à l’heure. »

Il comprenait, tout à coup ; il comprenait même un peu trop bien. Lui savait qu’il ne verrait ni n’entendrait plus jamais celui qui l’avait privé du meilleur de lui-même, puisque le Pyroli, ce jour-là, n’avait renoncé ni à la haine, ni à la vengeance, et s’était fait justice soi-même, à l’encontre des ordres et de la sécurité de ceux qui l’entouraient. Il l’avait vengée, celle qu’on lui avait arrachée, alors qu’elle était la personne avec la volonté de vivre la plus prononcée qu’il eut jamais connue, celle qui croyait en demain, celle qui, aussi, croyait aux secondes chances. Lui n’en avait pas laissée une, de seconde chance, à celui qui l’avait privé de s’endormir et s’éveiller encore en tenant la Ponyta bien vivante entre ses bras, comme il le faisait depuis longtemps déjà, lorsque tout s’était écroulé. Cet enfoiré non plus, n’avait plus jamais vu le soleil éclairer le monde.

« J’ai pas juste perdu Saul cette nuit-là. C’est tout ma famille qui a volé en éclat quand mon frère est mort. »

Il ferma les yeux, un instant, rien que le temps d’inspirer profondément, d’assimiler tout ce qu’elle venait de lui dire. C’était si douloureux, d’entendre les tremblements de sa voix, sa douleur, sa détresse, et la colère sourde qui grondait en elle —qui gronderait certainement toujours, même lorsque le temps se serait chargé de la transformer en simple habitude. Lentement, après une brève hésitation qu’il choisit de ne pas écouter, il vint saisir la main de la Feuforêve dans la sienne, avec tant de douceur que s’en était touchant, tant de force en même temps que c’en était poignant. Peut-être que, quelque part, il espérait que la chaleur qui émanait de lui suffirait à calmer les tremblements de sa camarade, à l’apaiser quelque peu ? Il n’en savait trop rien ; il serrait tout de même les doigts de la jeune femme entre les siens, comme si c’était naturel. Pourtant, la dernière main qu’il avait tenue avec tant de tendresse et de rage mêlées, c’était celle de Lorelei.

Le regard qu’il posa sur Cerise n’était certainement pas celui auquel on aurait pu s’attendre ; on avait l’habitude des âmes prises de pitié pour ceux qui avaient perdu un bout d’eux-mêmes dans des circonstances plus ou moins tragiques —se voir retirer ce que l’on avait de plus cher l’était, tragique—, on avait l’habitude des phrases toutes faites, des excuses, des condoléances. Rien de tout ça, venant d’Akainu ; il avait méprisé les visages tristes à en mourir sur son passage, les yeux emplis d’un trop-plein d’une compassion trop débordante pour être totalement sincère, les mots que tout le monde disait sans être certains de les penser, si bien et si fort qu’il ne se risquerait jamais à se plier à ces réactions qu’il détestait. Dans ses ambres, rien qu’un éclat qui signifiait qu’il savait, qu’il pouvait comprendre, avec toute l’empathie dont il était capable ; un éclat qui signifiait qu’il était là, aussi, même si elle l’oublierait peut-être —il ne savait pas. Il était là, et il savait ce que c’était que d’avoir le coeur déchiré, que de tenter de le recoudre et de le réparer, à coups de rires et de bons moments, qui pourtant ne changeaient jamais la donne.
Il avait voulu croire que l’amour suffisait à guérir de tout, même de la mort. Il s’était illusionné si fort qu’il s’était fait bien plus de mal encore, et pour quoi au bout du compte ? Comprendre que de l’autre côté, on n’en revenait pas. Sortir de la phase de déni avait sans doute été le plus difficile dans son deuil, qu’il n’était pas certain d’avoir véritablement achevé —acceptait-on jamais vraiment d’avoir perdu ce qui comptait tant ?

« À ton tour. »

A nouveau, il sourcilla. Il ne s’y était pas attendu, au retour de balle. Il s’était si peu imaginé qu’elle puisse lui poser la question qu’il lui fallut de bien longues secondes pour comprendre, pour réaliser. Elle le lui demandait, vraiment. Ce fut comme un coup en plein estomac, qui le laissa à bout de souffle alors même qu’il n’avait pas bougé. Et, pourtant, même là, mis face à ce qu’il avait soigneusement évité, soigneusement tu pendant toute une année, il trouva la force de sourire —c’était plus qu’un rictus déformé par la douleur qu’un véritable sourire, mais n’importe quoi qui, à l’heure actuelle, pouvait s’en rapprocher, avait quelque chose de rassurant. C’était sa façon d’être : toujours, il saisissait l’occasion de rire, même lorsque pourtant, la vie lui intimait l’ordre de pleurer. Il effaçait les maux sous une tonne de plaisanteries, de sarcasmes et de dérisions —c’est toujours plus facile de dire que l’on est heureux que d’expliquer pourquoi on a mal. Mais Cerise venait de faire tomber les barrières qu’il avait érigées tout autour de son cœur, à force de détermination, de volonté, et de douleur —de beaucoup de douleur. Sa faute, son erreur ; cette fois-ci, il ne pouvait pas y échapper.

« C’est si facilement grillé, que j’ai un truc à cacher ? lança-t-il à voix basse, tentant de ricaner, alors même que ça sonnait si faux qu’il cessa aussitôt. »

Il n’était pas certain d’en être capable, pas sans s’écrouler, pas sans faillir ; il n’en avait jamais vraiment parlé, pas même à sa propre famille. Le secret était lourd à porter, mais tant qu’il ne le prononçait pas à voir haute, il pouvait encore se dire que tout n’était qu’un rêve, qu’une supercherie. Qui s’éternisait un peu trop, certes, mais qui n’était pas si vrai. Pourtant, il refusait de se défiler ; elle avait mis son cœur à nu alors que rien ne l’y forçait, et lui savait qu’il pouvait lui faire confiance. Rien de ce qu’ils diraient ne sortirait d’ici.

« Quand j’ai débarqué à Avalon y’a trois ans, j'étais jeune, alors on m’a refilé à une ancienne, une sorte de tutrice. Lorelei. (sa voix manqua déjà s’étrangler ; ça faisait si mal de prononcer son nom à voix haute, alors qu’il ne l’avait plus fait depuis ses funérailles.) L’histoire veut que l’on ait fini par vivre une petite idylle, j’avais seize piges et j’étais heureux, en somme. Juste une amourette, peut-être. Je sais pas, je m’en foutais. Ça durait. Je l’aimais. »

Cette fois, sa voix se brisa, se fit plus rauque. Il l’aimait. Tout le monde le savait, à l’époque : ils ne s’étaient jamais cachés, ça n’était un secret pour personne, et l’on savait qu’il valait mieux ne pas approcher sa compagne de trop près. On savait la tendance possessive d’Akainu, et elle était plus vraie encore lorsqu’il s’agissait de la Ponyta. Il l’aimait, de l’amour fou qu’ont les adolescents pour leurs premières histoires, avec tous les promesses, tous les chahuts, toutes les futiles disputes qu’elles engendrent. Une part de lui n’avait jamais pu s’empêcher de la mépriser, cette hybride aux yeux d’acier et aux paroles tranchantes, mais il l’aimait, et rien n’aurait jamais su changer cette version-là de l’histoire.

« Y’a un an… Je sais pas si t’étais déjà là. Tu venais peut-être tout juste d’arriver, ou alors juste après. J’étais en mission avec elle et d’autres. Pas trop loin d’Unys, on savait qu’on aurait affaire à des types de Chronos. On était préparés —aussi bien qu’on peut l’être quand on file droit à l’abattoir, ajouta-t-il, d’un ton plus acerbe qu’il ne l’aurait voulu. On s’était engueulés, quelques semaines avant, sur des histoires de savoir qui des hybrides ou des humains avaient la plus grande populace en bourreaux et criminels. J’étais con et utopiste, à l’époque. »

Il siffla entre ses dents, et ses doigts serrèrent un peu plus fort ceux de Cerise entre les siens, sans trop qu’il n’y prenne garde. Il réalisa, baissa les yeux sur leurs mains liées —puisqu’il évitait méticuleusement son regard, comme elle un peu plus tôt—, et défit presque aussitôt sa prise, sans pour autant la libérer totalement —tenir sa main, la toucher, c’était comme se garantir un pilier, un soutient, de quoi ne pas s’effondrer ; pas tout de suite, en tout cas.

« On a dû se battre. Et ils l’ont tuée, lâcha-t-il enfin, après un long silence, la voix réduite à l’état de souffle pour qu’elle ne tremble ni ne se brise plus encore qu’elle ne l’était déjà ; c’était si douloureux de l’admettre enfin. J'ai rien pu faire pour la sauver. Mais j’ai pas non plus laissé à cette enflure l’occasion d’ôter la vie à qui que ce soit d’autre. Maintenant il pourrit six pieds sous terre, et c’est encore trop peu cher payé. »

Il grondait, le ton tout à la fois haineux, hargneux et déchirant ; il l’avait tué une fois, mais s’il avait été capable de le ramener à la vie pour recommencer, il l’aurait fait, encore et encore, un millier de fois au moins, de mille façons différentes, toujours plus lentes, plus douloureuses les unes que les autres, et jusqu’à être lassé de lire la souffrance dans les yeux de ce type. Faire couler le sang le répugnait ; pas quand il s’agissait d’une justice qui ne serait pas rendue s’il ne s’en chargeait pas lui-même.

« Y’a rien qui a volé en éclats, après ça. Juste… moi, et moi seul. J’étais le seul capable de la supporter plus d’une demi-journée, il paraît, glissa-t-il en un rire douloureux et empli d’une nostalgie bouleversante. Et tu… lui ressembles. Dans ta façon d’être. (il releva les yeux vers Cerise, l’air tout à coup mal à l’aise, pourtant un peu rêveur, plongé dans les souvenirs qu'il avait d'elle) Elle était… piquante, sarcastique et railleuse. Déterminée, un peu téméraire. Et surtout indomptable et indomptée. Même moi, je n’ai jamais eu la prétention d’affirmer que j’avais réussi à emprisonner son cœur d’oiseau. »

Son cœur d’oiseau, fragile et pourtant si fort, dont il s’était saisi d’une poigne aussi délicate qu’hésitante, et dont il avait pris le plus grand des soins. Il était certain de l’avoir écorché, quelquefois, mais il était plus sûr encore de l’avoir soigné à coups de mots brûlants et de nuits d’amour passionnées. 
Il inspira, profondément. Il lui restait une dernière chose à dire, mais cette fois-ci il n’était pas certain des conséquences que l’aveu aurait. Il s’était évertué à le camoufler, tant qu’il pouvait, et pourtant en ces circonstances, il décidait d’abattre cartes sur table. Peu importe, au point où ils en étaient maintenant.

« Parfois, je me dis que… s’il t’arrivait quelque chose, ce serait comme… la laisser mourir, une deuxième fois. (il déglutit, avec toute la difficulté du monde.) Je suis désolé. »

De quoi s’excusait-il ? Etait-il désolé qu’elle ait souffert, qu’elle ait perdu son frère ? Désolé de s’épancher ainsi, alors qu’il n’était pas certain de pouvoir, alors même que c’était elle qui l’y avait incité ? Désolé de n’avoir pas été capable de l’approcher autrement qu’en voyant en elle le reflet de celle qui n’était plus ? Lui-même était incapable de le dire avec la moindre des certitudes.
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MessageSujet: Re: To play make-believe ; Cerise   Dim 30 Juil - 4:23

On avait souvent tendance à croire -parfois à raison d’ailleurs- que le dialogue était la clé qui résolvait tous les problèmes. Que pour se purger d’une peine quelconque, il fallait mettre des mots dessus et les faire sortir par la parole. C’était bien pour ça qu’il y avait les confessions à l’Eglise, les psychologues ou encore les services d’écoute téléphonique.
Pourtant, Cerise ne se sentait pas mieux, même après avoir dévoilé à Akainu ce qu’elle n’avait jamais dit à personne -ou presque, car à part à Antigone, Cerise n’avait jamais rien dit, à personne. Ça n’avait fait que rendre la tragédie plus réelle, plus tranchante ; ça lui avait écorché la gorge comme le coeur, et surtout et ça n’allait rien y changer. Saul était mort, Son père était mort, sa mère était partie. En parler n’allait pas les faire revenir.
Alors pourquoi ? Pourquoi ouvrir son coeur ainsi devant lui ? Qu’avait-il de plus que les autres pour qu’elle ait choisit d’en parler, alors qu’au fond encore une fois, ils ne se connaissaient pas si bien que ça ?

Peut-être que c’était à cause de cette colère qui leur était commune, et qu’elle discernait de temps à autre dans son regard, malgré les efforts qu’il fournissait pour la dissimuler. C’était peut-être parce qu’au fond, quand elle avait sondé son regard plus tôt, elle avait réalisé sans trop savoir pourquoi qu’il serait apte à comprendre, qu’il ne lui servirait pas ces phrases de condoléances toutes construites et ces mines qui dégoulinaient d’une compassion écoeurante dont elle n’avait jamais voulu. 
Alors oui, ça faisait un mal de chien. Mais quand la main d’Akainu était venue se poser sur la sienne avec une telle douceur qu’elle en avait eu la gorge encore plus nouée, elle s’était sentie, quelque part, un peu soulagée malgré tout.

D’un battement de cils, elle avait chassé les larmes qui étaient montées à ce simple contact. Il suffisait qu’une seule d’entre elle ne roule sur sa joue pour qu’elle craque, et il en était hors de question. Alors elle avait détourné le sujet de la discussion. Par besoin de se focaliser sur autre chose qu’elle-même, mais aussi -et probablement surtout- par désir d’en savoir plus sur celui qu’elle n’avait encore jamais pu déchiffrer autant qu’elle ne l’aurait voulu. C’était un peu égoïste au fond de retourner la question de la sorte, sans préavis. Mais là, tout de suite, elle se foutait royalement d’être égoïste ou non.
Elle voulait savoir, elle voulait comprendre.

▬ C’est si facilement grillé, que j’ai un truc à cacher ?

Un maigre sourire qui n’atteignait pas ses yeux étira ses lèvres, en écho au ricanement dénué de joie qu’il venait de pousser. Elle ne répondit rien, mais ses yeux parlait à sa place. Tout le monde a ses morts après tout. Et quand on sait ce que ça fait, quand on sait que le seul moyen de garder la tête hors de l’eau après ça, c’est de profiter du mieux qu’on pouvait des petites joies du quotidien dans l’espoir qu’à force, ça comblera un peu le trou béant laissé dans la poitrine, quitte à rire quand l’envie n’y est pas tout à fait, alors oui, c’est plus facile de griller quand le même chaos s’agite derrière les paupières des autres.

▬ Quand j’ai débarqué à Avalon y’a trois ans, j'étais jeune, alors on m’a refilé à une ancienne, une sorte de tutrice. Lorelei –à sa voix qui dérailla légèrement en prononçant ce prénom, Cerise sentit la suite venir grosse comme un camion. L’histoire veut que l’on ait fini par vivre une petite idylle, j’avais seize piges et j’étais heureux, en somme. Juste une amourette, peut-être. Je sais pas, je m’en foutais. Ça durait. Je l’aimais. 

Cerise se sentait trembler rien qu’à imaginer ce qui allait suivre. Les premiers amours adolescents, elle était passée par là aussi, et elle pouvait très bien se rappeler de ce que ça faisait. L’absence de maturité et de recul qui font de la personne aimée le trésor le plus inestimé sur Terre, l’état de désespoir dans lequel on se trouve lorsque tout est fini. Oh, certes on s’en remet vite, ça n’est jamais qu’une première histoire sur milles futures idylles potentielles. Mais ça, cela dépend de comment, ça c’est terminé. Et rien qu’à la voix brisée d’Akainu, Cerise pouvait aisément deviner l’issue de cette histoire là.

▬ Y’a un an… Je sais pas si t’étais déjà là. Tu venais peut-être tout juste d’arriver, ou alors juste après. J’étais en mission avec elle et d’autres. Pas trop loin d’Unys, on savait qu’on aurait affaire à des types de Chronos. On était préparés —aussi bien qu’on peut l’être quand on file droit à l’abattoir, On s’était engueulés, quelques semaines avant, sur des histoires de savoir qui des hybrides ou des humains avaient la plus grande populace en bourreaux et criminels. J’étais con et utopiste, à l’époque.

Cerise tressauta quand elle sentit la main d’Akainu se desserrer autour de la sienne, et instinctivement, sans y réfléchir, elle vint enrouler ses doigts avec ceux du Pyroli pour affirmer sa prise, pour lui signifier que -comme il l’avait fait plus tôt pour elle- elle était là, il n’était pas seul.

▬ On a dû se battre. Et ils l’ont tuée –Cerise retint son souffle, le silence se fit total pendant une demi-seconde dans la voiture. J’ai rien pu faire pour la sauver. Mais j’ai pas non plus laissé à cette enflure l’occasion d’ôter la vie à qui que ce soit d’autre. Maintenant il pourrit six pieds sous terre, et c’est encore trop peu cher payé. 

Elle sourcilla à cette révélation. Jamais encore elle n’avait vu le rouquin comme un tueur. Et cela lui colla des sueurs froides, parce qu'elle le comprenait entièrement. Car si lui s’était fait justice seul, comment affirmer avec certitude qu’elle ne serait pas capable d’en faire autant ? Qu’est-ce qui lui garantissait qu’une fois que Mika serait suffisamment grand pour se prendre en main tout seul, elle n’irait pas traquer les enfoirés encore vivants et assouvirait enfin le désir de vengeance qui s’agitait dans son coeur ? Quelque part, l’idée lui plaisait presque, mais elle l’effrayait surtout. Que vous reste-t-il une fois la sentence tombée ? Le deuil ? La dépression ? L’espoir de pouvoir enfin reprendre goût à la vie maintenant que justice est faite ? –elle y croyait moyennement à ce dernier point.

▬ Y’a rien qui a volé en éclats, après ça. Juste… moi, et moi seul. J’étais le seul capable de la supporter plus d’une demi-journée, il paraît. Et tu… lui ressembles. Dans ta façon d’être. Elle était… piquante, sarcastique et railleuse. Déterminée, un peu téméraire. Et surtout indomptable et indomptée. Même moi, je n’ai jamais eu la prétention d’affirmer que j’avais réussi à emprisonner son cœur d’oiseau.

C’était comme si le voile d’incompréhension venait d’être levé. Cerise comprenait tout désormais ; de ses attitudes surprotectrices à ses emportements en passant par cette lueur fantôme qui passait parfois dans son regard quand il posait les yeux sur elle. Et si elle était suffisamment lucide pour ne pas s’en vouloir –elle ne pouvait pas s’en vouloir d’être elle-même après tout– elle était néanmoins profondément désolée. Désolée qu’à cause d’elle, indirectement, il ne pouvait peut-être pas tout à fait faire son deuil, désolée que sans que personne puisse y faire quoique ce soit, elle lui rappelait ce qu’il voulait peut-être oublier, juste un moment, le temps de souffler.

▬ Parfois, je me dis que… s’il t’arrivait quelque chose, ce serait comme… la laisser mourir, une deuxième fois. Je suis désolé.

Cerise serra un peu plus fort la main d’Akainu dans la sienne ; assez doucement pour ne pas le blesser avec les quelques bagues qui ornaient régulièrement ses doigts, mais elle était aussi assez crispée pour que les jointures de ses phalanges ne blanchissent à vue d’oeil. Sans le lâcher, elle se tourna sur son siège pour se positionner face à lui, les genoux repliés sur le cuir, et de sa main libre, elle vint effleurer la joue de son ami pour relever son visage face au sien.

▬ Je veux pas que tu t’excuses Akainu, elle souffla, son regard aux yeux cernés planté dans le sien. T’as rien à te reprocher, et encore moins vis-à-vis de moi.

Elle ne se sentait même plus la force de trembler et son rythme cardiaque s’était apaisé, mais il y avait cette émotion qui la submergeait et qui se faisait entendre au fond de sa gorge.
Elle aussi au fond, se comportait d’une façon particulière avec certains parce qu’ils lui rappelaient Saul. Elle pensait notamment à Zephiriel, qu’elle ne pouvait s’empêcher d’aider malgré le danger, parce qu’il avait les mêmes yeux carmins et la même tignasse brune et emmêlée, parce qu’il aurait pu être comme lui s’il n’était pas passé par tant d’emmerdes avant. Elle ne savait pas si c’était normal, de revoir ceux qui partaient trop tôt chez les autres, elle ne savait pas si c’était vraiment sain non plus, mais parce qu’elle y passait aussi, elle ne pouvait pas demander à Akainu d’en faire autrement ; c’était impensable.
Elle eut un sourire triste et baissa légèrement regard tandis que du bout du pouce, elle effleurait la joue du Pyroli dans une attitude presque maternelle.

▬ Je suis pas Lorelei, et je ne le serais jamais, je pense que c’est pas la peine de te le dire plusieurs fois. Mais ça veut pas dire que je ne serais pas là si t’en as besoin.

Après ce qu’ils venaient de se dire, Akainu était définitivement passé de la catégorie « ami » à la catégorie « spécial ». Il était évident de dire qu’entre eux, rien n’allait être comme avant dorénavant, il était inimaginable qu’ils fassent comme si de rien était une fois sortis de cette foutue voiture.

▬ Je suis pas devin et je suis sûre de rien mais…– elle hésita, une seconde, le temps de chercher ses mots, d’organiser un peu le bordel monstre qui s’agitait sous son crâne. ...Mais je pense que si on apprend à se connaître –à se connaître vraiment– alors on pourra s’aider tous les deux.

Doucement, elle retira sa main de la joue d’Akainu pour la poser sur les doigts qu’elle tenait déjà fermement, comme pour s’assurer qu’il était toujours là et qu’il n’allait pas partir.

▬ C’est pas bien de vivre avec rien d’autre qu’un fantôme, elle ajouta les yeux dans le vague avant d’avoir un petit ricanement désabusé, c’est une hybride spectre qui te dis ça, tu noteras l’ironie.

Elle laissa encore quelques secondes s’écouler avant de prendre une grande inspiration, et elle releva le regard vers Akainu.

▬ T’en as pas marre de lutter seul, toi ?

Parce qu’elle oui, elle venait enfin de le réaliser. 
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MessageSujet: Re: To play make-believe ; Cerise   Dim 30 Juil - 4:24

« Je veux pas que t’excuse Akainu. T’as rien à te reprocher, et encore moins vis-à-vis de moi. »

Le ton de sa voix, ses mots qui se voulaient rassurants, cette main au creux de la sienne, cette autre sur sa joue ; ces doigts qu’il sentait tièdes contre sa peau, alors même que sa propre température corporelle était, de par sa nature, bien plus élevée, ça l’apaisait. Il se sentait respirer un peu mieux et, même si le noeud dans sa gorge ne se desserrait pas —il devinait que, s’il avait été seul, il aurait craqué, il aurait flanché, il aurait pleuré alors qu’il ne l’avait plus fait depuis un long moment. Très tôt, il avait renoncé aux larmes, et c’était la colère qui l’avait tenu debout, la tête levée et le regard fier. Aujourd’hui, c’était à la fausse fierté qu’il renonçait, c’était à ce courage trop longtemps simulé ; ce soir, c’était sa douleur qu’il avouait, ses regrets, ses failles qu’il acceptait. Il avait le coeur brisé, Akainu, mais il n’avait jamais osé le dire avant. Il avait préféré se taire que parler au passé de celle avec qui il aurait pu envisager son avenir, parce que c’était plus facile, parce que ça rongeait moins les chairs. Tout du moins l’avait-il cru, alors même que la plaie suintante gangrenait son corps tout entier. 
Il s’était senti crever, peu à peu, son coeur réduit en cendres par ces mêmes flammes qui l’avaient fait vivre lorsqu’elle était encore là ; ces flammes d’un amour passionné, destructeur, déchirant. Il s’était senti crever, dans le silence et les secrets, mais ce soir, le ton de sa voix, ses mots qui se voulaient rassurant, cette main au creux de la sienne, cette autre sur sa joue, le faisaient se sentir vivant.

Alors, et parce qu’il y avait cette étincelle qui était revenue se loger dans son regard, cette lueur qui signifiait qu’il était prêt à reprendre les armes, à reprendre sa marche, prêt à avancer encore et sans tomber, quand bien même la route serait longue, le chemin abrupt et semé d’embûches ; parce qu’il y avait la force d’espérer un lendemain un peu moins difficile que tous les jours d’avant, il osa relever les yeux, relever ces deux prunelles ambrées qui vinrent se plonger au plus profond des obsidiennes que Cerise posait sur lui. 

« Je suis pas Lorelei, et je ne le serais jamais, je pense que c’est pas la peine de te le dire plusieurs fois. Mais ça veut pas dire que je ne serais pas là si t’en as besoin. »

Elle était là. Il le savait ; la chaleur réconfortante qui ne quittait ni sa joue ni sa main en étaient des preuves suffisantes. Elle aurait tout aussi bien pu ne pas parler, il aurait su. Il y a de ces choses qui n’ont pas besoin de mots pour être dites, pas besoin d’explications pour être comprises, il y a de ces choses qui sont comme une certitude qui s’ancre au plus profond d’un être et que plus rien ne peut déloger. Elle était là, et elle aurait tout aussi bien pu se taire qu’il n’en aurait pas douté ; lui aussi, il était là, mais il laissait à l’éclat de son regard le soin d’être aussi explicite —et peut-être plus encore— que pourraient jamais l’être tous les discours. Elle n’était pas Lorelei, et il le savait. Elle n’était pas Lorelei, pas celle qu’il avait aimé, de cet amour adolescent qui transcende tout, jusqu’à la foi, jusqu’aux lois ; elle n’était pas Lorelei et pourtant, parfois, lorsqu’il se perdait dans ses iris insondables —si différents des prunelles d’acier tranchant qui le hantaient—, il se demandait s’il n’y avait pas qu’une part d’elle, de Cerise, qu’il aimait, tout du moins qu’il avait aimée, comme aiment les enfants, d’un amour innocent qui n’attend rien en retour de ce coeur qui bat et de ces yeux qui papillonnent.
Il la connaissait si peu au fond, que c’était sans doute ridicule, d’y songer, de croire en quelque chose d’aussi stupide que d’avoir su éprouver une telle affection pour quelqu’un dont on ignorait presque tout. Mais il y avait cette part d’elle, cette part qui, chaque fois, lui soufflait qu’elle n’était pas Lorelei, cette part qui faisait d’elle celle qu’elle était, unique et sans pareille, et qui l’avait touché, sans qu’il ne se le soit jamais expliqué. C’était toujours là, en quelque sorte, mais différemment.

« Je suis pas devin et je suis sûre de rien mais… (il ne la lâcha pas un instant du regard, l’incitant à continuer sans jamais vraiment la pousser, quand bien même la curiosité le titillait de savoir ce qu’elle avait à l’esprit.) ...Mais je pense que si on apprend à se connaître –à se connaître vraiment– alors on pourra s’aider tous les deux. »

Un sourire. Rien que l’ombre d’un sourire, sur les lèvres d’un rouquin aux traits tirés par la fatigue, aux yeux encore brillants d’émotion, brillants d’avoir manqué pleurer. Une main, aussi, qui vint soigneusement replacer une mèche de cheveux sombre derrière l’oreille de la Feuforêve, s’attardant un instant à la faire couler entre ses doigts, jusqu’aux extrémités qu’il savait violacées mais qu’il ne savait plus distinguer dans l’obscurité. Apprendre à la connaître. C’était une idée qui lui plaisait, sans même qu’il n’ait besoin d’y réfléchir plus que ça. Il ne voulait plus qu’elle ne soit que le reflet d’un fantôme, une pâle copie dont il ne savait rien ; il voulait qu’à ses yeux elle devienne Cerise et plus personne d’autre, pour de bon et sans retour en arrière. Il voulait, aussi, être autre chose qu’un homme qui se prétend ami alors qu’il n’en a que le nom, le titre vague que l’on affiche sur tous les visages qui nous apparaissent sympathiques. Il voulait être un peu plus, la connaître vraiment, et il ne pouvait nier que l’idée que d’avoir quelqu’un pour le connaître lui aussi, pour le comprendre, lui plaisait. Si c’était le pire qu’il avait partagé avec elle, ce soir, alors il pourrait tout aussi bien partager le meilleur.

« C’est pas bien de vivre avec rien d’autre qu’un fantôme. C’est une hybride spectre qui te dis ça, tu noteras l’ironie.
— Mais t’es plutôt charmante, dans le genre spectral, souffla-t-il, en osant un rire, qui sonnait bien moins faux qu’auparavant. »

Et puis, il y eut ce silence, qu’il n’osa pas rompre. Ça n’était pas vraiment lourd, pas si pesant, mais c’était étrange ; moins difficile à supporter qu’il n’avait pu l’être pour Akainu, depuis que sa belle s’était envolée. Le silence, il l’avait fui, tant qu’il le pouvait, il avait cherché à l’emplir, à le combler, à le rendre si bruyant que c’en devenait assourdissant —suffisamment pour ne plus s’entendre, pour ne plus penser. Ce soir, pourtant, à l’abri au couvert de la voiture de son amie, il n’était plus effrayé par ce silence à peine brisé par le son ténu de leur souffle. Elle était là, et c’était comme une veilleuse auprès d’un gamin terrorisé à l’idée de s’endormir la lumière éteinte ; il était ce gosse apeuré qu’elle venait rassurer, apaiser, consoler, ce môme qui, tout à coup, n’avait plus peur des monstres sous son lit, des ombres sous sa porte. Elle était là, et il devenait cet enfant que le monde ne terrifiait plus jamais.

« T’en as pas marre de lutter seul, toi ? »

Le silence fut rompu, et il le sentit enfin, le dénouement dans sa gorge. Il respirait mieux, et le poids qui pesait sur sa poitrine, sur ses épaules s’était dissipé, sans trop qu’il ne comprenne de quel charme il venait tout à coup d’être victime. Perdu dans les prunelles d’encre de Cerise, il ne trouva pas ses mots, tout du moins pas la force, pas le courage de les dire. Si, si, j’en ai assez de lutter seul, j’en ai assez de n’avoir que ma seule volonté pour tenir debout, j’en ai assez de n’avoir personne à qui dire les doutes, les peurs et les regrets ; si, j’en ai assez, mais qui jusque là s’en souciait ? Il avala lentement sa salive et puis, dans un geste auquel il ne songea même pas, il se pencha vers elle ; sa main quitta celles qui la retenaient en un étau de tendresse et de chaleur, et s’en alla dans le dos de la belle. Il l’enlaçait, simplement, de l’une de ces étreintes qui signifiaient tellement plus encore que tout ce qu’il aurait pu lui répondre ; il l’enlaçait, le visage enfoui au milieu des cheveux de la Feuforêve —et son parfum sucré, discret, lui chatouillait le nez. Il inspirait, profondément, et il avait comme l’impression que, s’il lâchait prise, s’il flanchait, elle ne lui en voudrait pas, qu’elle ne lui en voudrait pas s’il s’effondrait, s’il pleurait ; qu’elle ne le mépriserait jamais s’il venait un jour à voler en éclats devant elle.

« Mais on n’a plus besoin d’être seuls, n’est-ce pas ? souffla-t-il, la voix étouffée dans le creux de l’épaule de la jeune femme. »

On n’a plus besoin d’être seuls, songeait-il, on peut être deux âmes écorchées occupées à s’épauler, si ça suffit à panser un peu ces blessures que l’on n’a jamais pris le temps de soigner avant. Il se mettait tout à coup à espérer à nouveau, à croire que demain pouvait être un jour un peu plus lumineux, un jour où il vivrait un peu moins dans le passé, un jour où le souffle glacé de son fantôme ne viendrait pas lui arracher quelque frisson douloureux. Il se disait, peut-être, grand fou qu’il était, qu’à force de patience, de volonté, qu’à force de savoir toujours se rattraper au pilier qu’ils venaient de trouver, peut-être, oui, peut-être qu’ils trouvaient le moyen de guérir.

« On n’a plus besoin d’être seuls, si ça devient trop difficile de n’avoir personne, pas de refuge. Et ça l’est, parfois, hein ? Trop difficile. »

Il l’admettait. Il l’admettait, qu’être seul lui avait fait mal, que n’avoir personne sur qui s’appuyer —parce qu’il se refusait à baisser les armes— avait rendu plus difficile encore son deuil —qu’il ne parvenait pas à faire complètement, parce qu’elle était omniprésente, dans tout ce qu’il faisait, partout où il était, y compris à Avalon ; surtout à Avalon—, que n’avoir pas de refuge l’avait effrayé du monde, du bonheur, des choses simples auquel il s’était pourtant adonné sans trop y mettre de coeur. C’était difficile, parfois, de faire semblant, si l’on n’avait pas quelqu’un avec qui être un peu honnête sur une toile de mensonges et de paraître.

Lentement, il s’écarta d’elle, et ses mains glissèrent le long des bras de la Feuforêve, comme peu désireuses de rompre ce contact qui l’emplissait de courage, d’une force qu’il avait oubliée depuis longtemps. Cependant, il fut bien forcé de se positionner plus confortablement sur son siège, puisque la position adoptée jusque là devenait douloureuse —mais il y tenait, à cette étreinte lourde de sens, de promesses peut-être aussi. Ses yeux se fermèrent, alors même qu’il n’avait toujours pas retiré l’une de ses mains de celle de Cerise —un dernier contact, rien qu’encore un peu, même si ça n’était qu’une seconde de plus.

« Merci, demoiselle Martell, lâcha-t-il en un murmure, le ton amusé, alors qu’il y avait dans ce merci tant de choses plus vraies, plus touchantes qu’un simple de ses énièmes sarcasmes. »

Merci, d’être là, songeait-il. Merci, d’être cette amie que j’attendais.
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MessageSujet: Re: To play make-believe ; Cerise   Dim 30 Juil - 4:24

La chaleur reprenait peu à peu ses droits le long de son épiderme et dans son ventre, chassant progressivement la désagréable sensation qu’avaient laissé les sueurs froides de tout à l’heure. Et loin d’être de ces chaleurs étouffantes qui font suffoquer, c’était doux, c’était réconfortant, et ça faisait remonter en elle les bons souvenirs sans qu’ils ne soient gâchés par le goût amer du regret et de la rage. Oh, c’était certes encore teinté de tristesse et de mélancolie –ça le sera probablement toujours– mais c’était infiniment plus supportable. Pour la première fois depuis des lustres, Cerise n’avait pas l’impression d’être rongée de l’intérieur par une colère infatigable qu’elle étouffait sous son rôle de grande soeur responsable qui ne s’accordait pas le moindre répit. Pour la première fois, elle sentit qu’elle pouvait souffler, qu’elle pouvait se laisser aller à sa tristesse sans avoir peur de ne pas pouvoir s’en relever, parce que dans les bras d’Akainu qui l’enlaçait comme on ne l’avait que trop rarement fait depuis longtemps, elle n’était ni la grande soeur dévouée, ni la fière membre d’Avalon, ni même la femme forte qu’elle s’était toujours forcée à être pour ne plus jamais se faire marcher dessus. Elle était juste elle, Cerise, la Feuforêve au coeur brisé qui en cinq ans ne s’était jamais vraiment donné le temps d’en recoller les morceaux proprement, et qui commençait à peine à le faire.
L’une de ses mains glissa contre le dos du Pyroli pour s’agripper au tissu de la veste qu’il n’avait pas encore enlevée, tandis que l’autre remonta le long de son bras, de son épaule et de son cou pour s’arrêter en haut de sa nuque, là où ses doigts se perdirent dans quelques mèches flamboyantes. 
Là tout de suite, elle aurait pu en chialer de soulagement.

▬ Mais on n’a plus besoin d’être seuls, n’est-ce pas ?

▬ Non, souffla-t-elle dans un murmure tremblotant alors qu’elle ferma les yeux et laissa sa tête pencher sur le côté et se reposer contre celle d’Akainu.

▬ On n’a plus besoin d’être seuls, si ça devient trop difficile de n’avoir personne, pas de refuge. Et ça l’est, parfois, hein ? Trop difficile.

Elle déglutit, difficilement, et se contenta d’hocher la tête pour toute affirmation, parce que c’était aussi parlant –si ce n’est plus– que n’importe qu’elle autre réponse. Bien sûr que c’était difficile, bien sûr que c’était trop lourd à supporter pour une seule paire d’épaules voûtées par le poids de la peine. Et si elle avait eu la chance d’avoir eu Antigone à ses côtés pendant un temps, jamais elle n’avait été tout à fait sincère à ce sujet, jamais elle ne lui avait complètement ouvert son coeur, parce qu’elle n’avait pas voulu que son joli sourire ne se torde en une moue triste si jamais elle était venue à le lui dire ; parce qu’à l’époque, son joli sourire était tout ce dont elle avait eu besoin pour illuminer ses journées et concentrer son esprit sur autre chose que son chagrin. 
C’était peut-être aussi pour ça au fond, que ça n’avait pas tenu entre elles : parce qu’elle avait voulu tout jouer la forte et tout supporter toute seule.
Elle avait été stupide de s’en croire capable éternellement.

Au bout d’un moment qu’elle n’aurait su estimer avec précision tant sa notion du temps se voyait chamboulée à l’heure actuelle, Akainu finit par se détacher de cette étreinte qu’il avait amorcé, étreinte certes un peu maladroite car leurs positions n’étaient pas des plus confortables, mais qui avait eu le don de mettre une première couche de baume sur leurs coeurs meurtris. Ça avait piqué au début, mais dieu comme ça soulageait sur la fin.
Cerise imita le rouquin quand celui-ci se réinstalla droit sur son siège, et elle étendit ses jambes devant elle pour les raviver un peu, alors que celles-ci s’étaient engourdies sous son poids. Elle laissa sa tête basculer contre le dossier en échappant un soupir soulagé, les yeux clos et les doigts toujours entremêlés avec ceux d’Akainu, comme dans une dernière promesse tacite.

▬ Merci, demoiselle Martell.

Cerise esquissa un sourire doux et un ricanement subtil siffla entre ses lèvres suite au doux sarcasme du Pyroli –sur les nombreuses choses qu’ils avaient en commun, l’ironie était probablement en tête de liste. Doucement, ses doigts se refermèrent encore un peu plus autour de la main d’Akainu.

▬ Merci à toi, elle murmura sur le même ton qu’il venait d’emprunter.

Elle laissa quelques secondes s’écouler ainsi dans un silence réconfortant. Puis elle ouvrit les yeux et les posa sur l’horloge numérique de son tableau de bord, et elle constata avec surprise qu’il était étonnamment tard subitement. La discussion semblait n’avoir duré pas si longtemps pourtant !
Sans mouvement brusque, mais avec tout de même plus de peps que tout à l’heure, elle se redressa sur son siège et lâcha –un peu à contrecoeur– la main d’Akainu pour la passer machinalement dans ses cheveux avant de la poser sur le volant de la voiture.

▬ Bon, si t’es d’accord on va arrêter la séance pleurnicherie, elle ironisa avec un sourire en coin. Si on arrive trop tard ça va être un vrai cauchemar pour endormir Mika. Et en plus j’ai pas envie de louper les derniers services au self !

Elle démarra le moteur et attendit de s’engager sur la dernière route qui conduisait au port pour attraper le sac de viennoiserie qui gisait sur le tableau de bord et qui n’était plus chaud du tout, afin d’en sortir l’encas à peine grignoté qu’Akainu lui avait acheté à la boulangerie, et qu’elle dégusta le temps d’arriver à destination.

—X—

▬ Putain, vous tirez une de ces gueules tous les deux, on dirait que ça fait deux nuit que vous avez pas pioncé !

▬ Le tact Maël, on t’as jamais appris ce que c’est ? Rétorqua Cerise alors que l’Avalonien lui tendit galamment la main pour l’aider à monter sur le pont de l’embarcation qui allait les ramener au QG, à Hoenn, en sécurité loin de cette région de malheur qu’était Unys.

▬ Le quoi ? Jamais entendu parlé !

Cerise roula des yeux quand elle l’entendit ricaner alors qu’elle s’avançait sur le pont, laissant au passeur le soin de faire monter Akainu à son tour. Maël était de ces membres de l’organisation qu’elle côtoyait régulièrement –chaque fois qu’elle devait passer d’une région à l’autre par la voie marine en fait–  et qu’elle appréciait pour sa bonne humeur qui savait détendre l’atmosphère après une mission un peu rude pour les nerfs.
La Feuforêve s’installa sur un des bancs qui longeaient la rambarde de sécurité, non sans s’être longuement étirée avant, un peu rouillée d’avoir passé la journée assise, puis engagea la conversation avec les quelques membres présents. Le premier sujet abordé fut bien évidemment les diverses informations qu’ils avaient pu glaner sur le terrain, mais rapidement le sujet dévia vers des discours plus légers. Heureusement, il ne fut plus mention de l’état de fatigue évidente dans laquelle Cerise se trouvait –elle avait sûrement été mise sur le compte du caractère stressant de la mission du jour– et elle en était bien contente car il aurait fallut inventer un bobard en vitesse pour ne pas avoir à leur expliquer le fond du problème, et elle ne s’en sentait ni la force ni l’envie sur le moment.
Parce qu’ils n’étaient plus tous les deux tout seuls dans cette petite voiture, ils allaient renfiler leurs masques quotidiens et continuer à vivre comme ils l’avaient toujours fait –devant les autres tout du moins. 
Ce qui n’empêcha pas la Feuforêve de montrer un peu plus explicitement son attachement nouveau au Pyroli par le biais de regards entendus et de sourires à la volée ceci dit. 
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MessageSujet: Re: To play make-believe ; Cerise   Dim 30 Juil - 4:24

La main de Cerise se détacha finalement de la sienne mais, pourtant, le froid ne vint pas mordre les doigts tout à coup laissés pour compte d’Akainu. Il savait, avec cette foi qu’ont habituellement les enfants, que ça n’était pas parce qu’elle le lâchait qu’elle le laissait tomber. Elle serait là, le lendemain, le surlendemain et même les jours d’après. Elle serait là, il le savait, et alors c’était comme s’il n’aurait plus jamais froid, plus jamais peur. Il inspira profondément, comme en réponse à son invitation quant à cesser ici et maintenant la séance pleurnicherie, avant de lui adresser l’un de ces fameux sourires en coin, un peu charmeur mais pas tout à fait, un peu mystérieux mais pas vraiment ; un entre-deux qu’il était difficile de départager, surtout qu’il était toujours empreint d’une taquinerie qu’il ne prenait pas la peine de camoufler, ni même d’adoucir. Il savait qu’avec elle, ça n’était jamais mal interprété ; même ses mots les plus crus pouvaient être reçus avec le sourire, parce qu’elle le comprenait, et que ça lui plaisait. C’était sa façon d’aimer en quelques sortes, l’humour, la dérision, quand bien même ça n’était certainement pas au goût de tout le monde.

« Si on arrive trop tard ça va être un vrai cauchemar pour endormir Mika. Et en plus j’ai pas envie de louper les derniers services au self !
— Au pire, je te paierai une virée au restau’, fit-il en plissant les yeux, rieur. Ça donnera une bonne raison à Mika de vouloir t’enfermer, je suis un si mauvais parti après tout. »

Et, alors que la voiture s’engageait à nouveau sur les routes en direction d’Hoenn, Akainu se pencha en direction de l’autoradio. Il ne fit que mettre l’une de ces fréquences qui diffusent les derniers tubes en vogue de la saison, suffisamment bas pour n’être qu’un vague bruit de fond. C’était, en vérité, plus une question d’habitude qu’un véritable désir de combler le silence, puisque celui-ci avait, entre eux, perdu tout ce qu’il avait de pesant et de dérangeant. En rythme avec les basses, il agitait imperceptiblement la tête, observant le paysage qui défilait de l’autre côté de la vitre, alors qu’ils s’en retournaient d’où ils venaient. Droit vers chez eux.

— and it was just enough —

« Putain, vous tirez une de ces gueules tous les deux, on dirait que ça fait deux nuit que vous avez pas pioncé !
— Le tact Maël, on t’as jamais appris ce que c’est ?
— Le quoi ? Jamais entendu parlé !
— Un bon ami à nous, lâcha Akainu, alors qu’il embarquait à son tour, tâchant de ne pas imaginer ce que serait une chute à l’eau —parce qu’il restait un Pyroli, après tout. On te le présentera, il est sympa et toujours dispo ! »

Dans sa main, il tenait le pain aux baies Resin qu’il n’avait pas pris le temps de terminer plus tôt, lorsqu’il en aurait pourtant eu l’occasion, dans la voiture. Depuis, puisqu’il ne sortait plus tout juste des fours, il était devenu un peu plus sec, mais c’était toujours de quoi se remplir l’estomac, aussi il ne fit pas de manières lorsqu’il en mordit un bout. Accoudé à la rambarde, il prêtait une oreille distraite aux conversations qui allaient bon train à propos des missions du jour, sans vraiment intervenir, tant il s’imaginait déjà se remplir l’estomac d’un repas un peu plus consistant que la viennoiserie qu’il grignotait actuellement à petites bouchées, puis s’en aller dormir au moins deux jours d’affilée. C’était le revers des montagnes russes que ses émotions avaient emprunté, toute la journée, qui lui retombait tout à coup sur les épaules, si lourdement qu’il ne pouvait s’empêcher de fermer les yeux, comme bercé par les légers remouds du bateau. Il n’y avait que de temps à autre qu’il rouvrait les paupières, pour croiser le regard de Cerise non loin, et lui lancer quelques sourires discrets, avant de s’en retourner à l’obscurité d’un sommeil auquel il se serait volontiers abandonné.

« Alors, pas blessé ce coup-ci ? retentit tout à coup une voix si le fit sursauter —Sélène, évidemment.
— Tiens, t’étais en mission aussi ?
— Ouais. Alors ?
— Entier, lâcha-t-il, lui laissant le soin de l’examiner sous toutes ses coutures. Rassurée, maman ?
— Ne sois pas si mauvaise langue…
— C’est sûr, t’en sais quelque chose de celle-là.
— Qu’est-ce que… (elle s’interrompit tout à coup, avant de lui lancer un regard consterné.) T’es irrécupérable, Akainu.
— A ton service, Sélène.
— Je demande rétribution, pour te supporter tous les jours ! »

Sans même laisser au Pyroli l’occasion de protester, elle vint arracher un bout de sa chère viennoiserie, et s’en alla plus loin sans demander son reste. Il leva les yeux, sourire aux lèvres. Au moins avait-elle pour l’instant lâché l’affaire, à propos de Réfia
Il terminait enfin le pain aux baies, lorsque le port d’Hoenn fut en vue, si proche que le rouquin sembla tout à coup reprendre vie. Enfin, ils étaient de retour chez eux, en sûreté, loin d’Unys, loin de Chronos, loin de ces types qui unissaient tant d’hybrides dans la colère et la douleur. Il leva les yeux, en direction du ciel, et il y eut cette étoile qui brilla un peu plus fort que toutes les autres, comme un signe, un message silencieux qui lui serra le coeur. On lui avait dit, quelques fois, qu’une étoile s’allumait pour chaque ange qui prenait son envol. La science disait, prouvait le contraire, mais il y avait toujours une part de lui qui s’attachait à cette croyance enfantine. Peut-être que c’était Lorelei, tout là-haut, qui lui laissait un dernier au revoir avant de disparaître. Un jour, il espérait, il y croyait, son fantôme s’en irait, les laissant en paix tous les deux. Lui, ici ; elle, là-bas, dans un ailleurs où il la retrouverait quand l’heure viendrait. Et l’heure venait toujours.

Il inspira l’air frais de la nuit, alors que le bateau accostait, et puis se rapprocha de Cerise lorsque les passagers commencèrent à descendre peu à peu. Il lui tendit son bras, l’ombre de son éternel sourire accroché aux lèvres, et puis s’avança en direction de Maël qui les aida tous deux à rejoindre la terre ferme sans encombre.

« Oubliez pas les enfants, le café c’est cool pour taffer la nuit, mais ça n’efface pas les cernes !
— T’as du culot, pour faire remarquer à une femme qu’elle n’a pas le teint parfait, rétorqua le Pyroli, en couvant Cerise d’un regard railleur.
— Rassure-toi, je ne parlais pas que d’elle !
— Merci du conseil, l’ami.
— Pas d’quoi ! »

Akainu s’étira quelque peu, les muscles engourdis de n’avoir plus vraiment bougé depuis un moment, et puis récupéra le bras de Cerise pour l’entraîner à sa suite. Il se pencha dans sa direction, toujours si amusé, quand bien même la fatigue perçait jusque dans sa voix.

« Si je te dis que le programme à partir de maintenant, c’est aller chercher ta voiture, rentrer, puis dormir soixante-douze heures d’affilée, tu dis top ou flop ? »

Sans lâcher sa camarade, il la guida jusqu’en direction des cales, que l’on venait d’ouvrir et de rallier à la terre ferme par de solides pontons, capables de supporter jusqu’aux plus lourdes automobiles de ses collègues, de l’organisation même. On commençait déjà à décharger les voitures, à s’organiser en petits groupes pour savoir qui raccompagnait qui, qui rentrait au quartier général ou directement chez soi, qui pouvait déposer un tel autre non loin. Akainu, lui, n’avait pas à s’en soucier ; lui rentrait toujours à Avalon, ne retournant que trop rarement à Johto pour saluer sa famille. Un jour, peut-être, il aurait un appartement, un chez lui qui ne serait ni celui de ses parents, ni celui de ses collègues. Mais ce soir, c’était encore parmi ces derniers qu’il retournait, cette fois-ci en compagnie de Cerise. Parce que c’était plus proche, plus facile, moins épuisant que d’avoir encore de la route à faire.

Dans les cales, éclairées d’une lumière proche du chaleureux qui ne lui agressait pas les yeux, il ne tarda pas à repérer le bien de Cerise, et le lui indiqua d’un geste de la tête une seconde avant d’en emprunter la direction. Il ne daigna la libérer enfin de l’emprise de son bras que lorsqu’il fallu à sa Feuforêve l’usage de ses mains pour déverrouiller le véhicule, et le contourna pour s’en retourner du côté passager. Lorsqu’il grimpa à nouveau et referma la portière, ce fut presque à contre-coeur —il avait véritablement accumulé bien trop d’heures assis à regarder défiler le paysage pour n’en avoir pas assez. Cependant, il renonça bien vite à la frustration, pour s’oser à une nouvelle remarque qui, si elle parut peut-être un peu railleuse, ne l’était pas vraiment.

« Rappelle-moi qu'il faut que je t’invite à sortir, un jour. C’est quand même plus sympa d’apprendre à se connaître sur la terrasse d'un bar qu'au retour d’une mission crevante, tu ne crois pas ? »
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MessageSujet: Re: To play make-believe ; Cerise   Dim 30 Juil - 4:25

Le roulis des vagues et le bruit des remous à peine masqué par les conversations achevait de bercer la Feuforêve qui papillonnait des yeux et luttait pour ne pas sombrer dans le sommeil. À deux reprises au moins elle s’était sentie piquer du nez pour se redresser soudainement quelques secondes plus tard. Pendant un instant, elle regretta presque de ne pas s’être installée juste à côté d’Akainu –quelque chose lui disait que si elle s’était endormie sur son épaule le temps du trajet, il ne l’aurait pas envoyé bouler, bien au contraire. Il ne l’aurait probablement pas fait avant, mais maintenant, c’était comme une certitude un peu bizarre qui s’était ancrée dans l’esprit de Cerise ; que dorénavant, les contacts physiques un peu plus intimes ne seraient jamais plus gênants et malvenus entre eux. Et au fond, il y avait si peu de personnes avec qui elle se sentait aussi à l’aise que cela lui arrachait un sourire mince qu’elle aurait qualifié de niais si elle s’était vue dans un miroir, alors que du coin de l’oeil elle observait, les yeux un peu dans le vague, le Pyroli converser avec une avalonienne qu’elle ne connaissait que de vue pour sa part.

Trop fatiguée pour tenir un semblant de conversation avec tous ses autres collègues, elle s’éclipsa poliment en ramenant ses jambes contre sa poitrine avant de les entourer de ses bras et de poser le menton sur ses genoux. Enfin, elle fouilla dans les poches de sa veste pour en extirper une paire d’écouteurs qu’elle brancha à son portable pour écouter un peu de musique, et se garantir de se reposer un minimum sans pour autant sombrer dans les bras de Cresselia. Elle n’aurait su dire avec certitude combien de temps elle resta ainsi les yeux fermés recroquevillée sur son bout de banc, mais elle s’était probablement endormie durant la traversée, ne serait-ce qu’une quinzaine de minutes.
Quand Akainu vint la retrouver elle sursauta et un sourire fatigué s’imprima sur ses lèvres alors qu’elle se frottait les yeux pour se réveiller un peu plus. La jeune femme se laissa ensuite guider par son ami qui l’emmenait vers les cales où sa voiture l’attendait –et Arceus savait qu’elle n’était pas pressée de reprendre le volant.

▬ Oubliez pas les enfants, le café c’est cool pour taffer la nuit, mais ça n’efface pas les cernes ! Résonna la voix de Maël quand celui-ci les aida à descendre de l’embarcation pour rejoindre le plancher des vaches.

▬ T’as du culot, pour faire remarquer à une femme qu’elle n’a pas le teint parfait.

Toujours aussi exténuée, Cerise lâcha néanmoins un petit soupir amusé et roula des yeux dans une mimique faussement exaspérée.

▬ Mes cernes vous emmerdent, les gars.

▬ Oooh, ‘tention Miss Martell est pas d’humeur ce soir, t’as intérêt à faire attention à ce que tu dis Akainu, renchérit-il avant de s’esclaffer devant la réaction de Cerise : un sourire cynique accompagné d’un élégant doigt d’honneur qui en disait suffisamment long.

Elle aimait bien ce genre d’ambiance. Quand tout le monde se retrouvait après une mission et que pour une fois tout semblait s’être passé comme prévu, qu’on n’avait appris aucune nouvelle trop terrifiante, qu’il n’y avait pas eu de blessé, et que même si la fatigue pouvait être lue sur le visage de tout un chacun, il y avait cette cette légèreté dans l’air qui lui faisait presque penser à une simple sortie entre potes, et il y avait chaleur que tous ressentaient et partageaient à l’idée de rentrer à la maison sains et saufs.

▬ Si je te dis que le programme à partir de maintenant, c’est aller chercher ta voiture, rentrer, puis dormir soixante-douze heures d’affilée, tu dis top ou flop ?

▬ Parle pour toi, elle ricana, moi demain matin j’ai un petit monstre de trois ans qui va me tirer du lit à sept heure trente pour que je lui fasse à manger, on se repose jamais avec Mika faut pas croire !

Cerise suivit Akainu jusqu’au véhicule qu’elle déverrouilla après avoir cherché les clés dans son sac, et elle laissa échapper un bâillement une fois installée devant le volant.

▬ Rappelle-moi qu'il faut que je t’invite à sortir, un jour. C’est quand même plus sympa d’apprendre à se connaître sur la terrasse d'un bar qu'au retour d’une mission crevante, tu ne crois pas ?

Un sourire étira les commissures de ses lèvres alors qu’elle avait fermé les yeux une énième fois, les paupières alourdies par la fatigue. Tu m’étonnes que ce serait plus sympa.

▬ T’es en train de me filer un rencard ou quoi, Nishimura ? fit-elle avec une de ses oeillades en coin qui faisaient écho au ton ambigu de jeune homme. 

Elle attacha sa ceinture, démarra le moteur et s’engagea sur la route qui allait les mener tout droit à Lavandia, à la suite de ceux qui avaient été plus rapides à retrouver leurs véhicules respectifs. La fatigue était toujours présente évidemment, mais elle parvenait tout de même à se maintenir éveillée en se concentrant sur la route et en conversant avec Akainu.

▬ Alors du coup t’es plutôt pique-nique romantique au bord d’un lac ou pizza et laser tag ? enchaîna-t-elle, toujours sur avec ce même trait d’humour un peu sarcastique qui semblait devenir un langage à part entière entre eux deux. 

Au fond, elle-même se fichait bien du genre d’endroit qu’ils pourraient choisir, la certitude d’y passer un bon moment était là dans tous les cas.

—X—

▬ CERIIIIIISE !

▬ Salut p’tite tête ! T’es toujours pas au lit à cette heure ? Fit Cerise en se baissant pour se mettre à la hauteur du petit blondinet qui venait de lui attraper la jambe alors qu’elle avait à peine passé l’entrée d’une des grandes salles de repos du QG.

▬ Maya elle m’a dit je pouvais t’attendre ! Rétorqua Mika sans lâcher le tissu de son pantalon. Tu veux voir mon cahier j’ai fais du coloriage regarde !

Et aussi rapidement que s’il venait de faire une sieste et qu’il débordait d’énergie, le petit garçon brandit sous le nez de la Feuforêve un petit carnet plutôt malmené qui débordait de taches colorées –issues de feutres et de crayons en grande partie mais aussi probablement de chocolat et autre aliments salissants et pas toujours identités.

▬ Et là c’est toi t’as vu ! Enchaîna-t-il en pointant un bonhomme bâton habillé d’une robe et dessiné au feutre violet.

▬ Quoi ? C’est moi ce truc ? T’as fait n’importe quoi, recommence tout !

Le blondinet baissa son cahier et planta son regard brun dans les yeux de sa soeur alors qu’un air profondément blessé passa dans ses iris. Sa petite bouche se tordit en une moue déçue, mais avant que la lèvre inférieure ne se mette à trembloter –signe que le torrent de larmes arrivait– Cerise approcha sa main du front de l’enfant et colla une gentille pichenette entre ses sourcils.

▬ Tu m’as encore crue banane, elle fit avec un sourire attendrit.

Mika eut d’abord l’air surpris, puis revanchard, avant d’éclater de rire et de coller sa petite main sur la joue de Cerise.

▬ Tu fais toujours ça en plus !

Le jeune femme ricana et prit l’enfant dans ses bras avant de se redresser ; c’était une façon comme une autre de clore la discussion et de dire qu’il était grand temps d’aller dormir –plus pour elle-même que pour lui d’ailleurs. Elle se tourna vers Akainu avec un air aussi désespéré qu’amusé, et lui lança un regard qui disait « tu vois ce que je voulais dire maintenant ? ».
Mika était de ces gosses attachants mais infatigables et qui semblait toujours d’attaque pour jouer et épuiser ses parents de toutes les manières possibles et imaginables. Il était adorable, mais bon sang, des fois Cerise se retenait vraiment de ne pas l’endormir à l’aide de son attaque hypnose plutôt que d’attendre qu’il tombe de fatigue tout seul –elle essayait néanmoins de s’en servir le moins possible de peur qu’il n’arrive plus à s’endormir de lui-même à force. !

▬ C’est qui lui ? Demanda Mika en pointant un doigt vers le Pyroli –ce môme était décidément mal élevé.

▬ C’est Akainu. Tu dois être gentil avec lui parce que c’est mon ami, d’accord ? En plus il t’as acheté ton goûter de demain alors tu devrais lui dire merci !

Pendant quelques secondes, l’enfant garda le regard fixe sur le rouquin, les yeux plissés et la bouche tordue comme s’il était en train de le scanner et de juger s’il était digne de confiance ou non, avant de détendre son petit visage rond et de lui offrir un grand sourire auquel il manquait une dent depuis quelques temps.

▬ Merci !

Cerise esquissa un sourire amusé et poussa un petit soupir avant de remonter Mika un peu plus dans ses bras. D’un hochement de tête, elle salua Maya au loin –la jeune fille qui s’occupait régulièrement des enfants des différents membres d’Avalon– et elle commença à se diriger vers la chambre qu’elle avait réservé pour la nuit. Probablement était-elle située non loin de celle d’Akainu –ou alors il était assez galant pour la raccompagner, avec lui tout était possible– car ils ne se séparèrent que devant l’entrée de sa chambre qu’elle déverrouilla vite pour que Mika puisse s’y précipiter. Elle resta cependant sur le pas de la porte un petit moment ; cet instant un peu flottant que sont les « au revoir » et les « bonne nuit » qui paraissaient bien simple et banals en comparaison à ce qu’ils avaient vécu plus tôt dans la journée.

▬ On dit qu’on s’appelle dès que l’un ou l’autre a l’idée du siècle pour notre prochaine sortie alors ? Elle lança sur un air sarcastique mais qui perçait à jour son étant de fatigue.

Cerise esquissa un sourire à la fois un peu tendre, un peu amusé. Et elle fit un pas en avant et posa sa main sur l’épaule du jeune homme, avant de se pencher vers lui pour déposer un baiser sur sa joue ; un de ces baisers loin d’être chargés d’émotion ni même de sens, mais qui faisaient juste du bien et en disaient largement assez. Elle se recula, posa la main sur la poignée de la porte.

▬ Bonne nuit, souffla-t-elle doucement.

Et elle ferma lentement la porte derrière elle après un énième sourire. 
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MessageSujet: Re: To play make-believe ; Cerise   Dim 30 Juil - 4:25

« T’es en train de me filer un rencard ou quoi, Nishimura ? (il n’avait pas pu s’empêcher d’éclater de rire, quand bien même sa voix était lasse d’une fatigue qui pesait lourd sur ses épaules.) Alors du coup t’es plutôt pique-nique romantique au bord d’un lac ou pizza et laser tag ?
— Fish and chips devant un bon film, ça compte ? souffla-t-il, toujours sur le ton de l’humour. »

Il était peut-être ne serait-ce qu’en partie l’archétype du gentleman, il n’en demeurait pas moins qu’il ne savait pas tout à fait ce que signifiait que sortir le grand jeu, même en situation concrète. Le romantisme, il connaissait, mais le ton mielleux et stéréotypé des restaurants chics ou des berges de lacs charmants sous les couchers de soleil ne lui seyaient sans doute pas tout à fait. Il leur préférait toujours la simplicité, la complicité et les rires plutôt que les grandes déclarations dégoulinantes. Il ne les détestait pas, mais ça n’était pas vraiment son truc. Pour sûr, plateau repas devant un film, et l’occasion d’enlacer la personne blottie contre soi sans un mot, c’était bien plus son genre que tout le reste.

Et, si ça n’était pas des regards amourachés ni même l’attention d’une amante qu’il attendait de Cerise —loin de lui cette idée, d’ailleurs ; quand bien même il y avait peut-être déjà songé quelquefois— il demeurait fidèle à lui-même. Resterait à trouver l’illumination pour se revoir, songea-t-il, en regardant les faisceaux des lampadaires qui défilaient sous ses yeux, par delà la fenêtre.

— and it was just enough —

« CERIIIIIISE ! 
— Salut p’tite tête ! T’es toujours pas au lit à cette heure ?
— Maya elle m’a dit je pouvais t’attendre ! Tu veux voir mon cahier j’ai fais du coloriage regarde ! »

D’un peu plus loin, bras croisés sur le buste, regard attendri, Akainu observait la scène. Sourire accroché aux lèvres, quelque peu amusé des échanges qui se faisaient sous ses yeux, il n’écoutait toutefois que d’une oreille distraite, peu désireux d’avoir l’air indiscret de ces curieux qui aiment tout savoir, toujours, tout le temps. C’était un moment qui n’appartenaient qu’à eux deux, un frère et une soeur qui se retrouvaient, et il ne se sentait pas le droit de s’immiscer dans ce duo touchant, dans ce tableau aux teintes parfaites qu’il ne désirait pas venir entacher. Ça n’était pas qu’il ne se sentait pas à la hauteur de la superbe toile, simplement qu’il se refusait le droit d’outrepasser les limites de ce qui diverge, d’une famille à un ami. 

« Et là c’est toi t’as vu ! »

Le Pyroli jeta un oeil au dessin, de loin et par dessus l’épaule de la Feuforêve, réprimant un léger rire. Ce gamin avait l’âme d’un artiste, pour sûr. Enfant, on se sentait toujours fiers de ces bonshommes en bâtonnets que l’on prenait soin de faire le plus droit possible. Et puis, plus tard, on riait des désastres qu’ils étaient en vérité, ces portraits dont on ne devinait l’identité que parce que l’on se sentait toujours forcé d’écrire le nom de la personne représentée en lettres capitales, et d’étirer une flèche entre ces quelques bavures maladroites et le personnage aux bras obstinément tendus, comme prêt à prendre son envol. Certains abandonnaient le dessin lorsque dépasser le stade des traits et des robes trop carrées s’avérait plus difficile que prévu, d’autres s’acharnaient et devenaient des artistes reconnus. Les derniers, enfin, comme Akainu, étaient aujourd’hui capables de griffonner quelques petites choses qui ne valaient pas les croquis d’artistes, mais qui, au moins, ressemblaient suffisamment à leur modèle pour que l’on ne s’y trompe pas sur ce qu’elles représentaient, ces images à la poudre grise, graphite pour les intimes.

« Quoi ? C’est moi ce truc ? T’as fait n’importe quoi, recommence tout ! »

Il fronça légèrement les sourcils, observant l’enfant dont le sourire, tout à coup, venait de s’effacer. Ses yeux ne pétillaient plus, et, pire encore, il paraissait à un cheveu de céder aux larmes. Il n’en eut pas le temps que Cerise intervint, reprenant le ton léger que l’on reconnaissait à la plaisanterie.

« Tu m’as encore crue banane
— Tu fais toujours ça en plus ! »

Ses traits, tirés par la fatigue, se détendirent en un sourire à peine discernable tant l’épuisement rendait difficile le moindre éclat de vie sur cette figure éreintée qui n’attendait plus que quelques heures de sommeil pour se remettre d’aplomb. Il leva les yeux au plafond sous le regard de Cerise, haussant les épaules en un geste qui signifiait comme un « ma pauvre » un peu railleur. Elle avait signé pour ça, après tout, pas vrai ? Il n’imaginait pas ce que c’était, que de se retrouver tout à coup mère alors que l’on était que soeur. Être à charge d’un enfant que l’on n’avait pas mis au monde, tenir un rôle qui ne devait pas être le nôtre. Quel était donc ce poids, qui pesait sur ses épaules et dont il n’avait même pas idée ? Il l’ignorait, c’était quelque chose qu’il ne pouvait pas saisir, puisque lui-même n’avait toujours été que frère ou fils, jamais rien d’autre. Même les enfants des orphelinats dans lesquels il était déjà intervenu ne le voyaient que comme un frère, un cousin lorsque les gamins en question étaient des Evoli, qui se prenaient tout à coup l’envie d’évoluer en Pyroli comme leur aîné. Jamais, ô grand jamais, il n’avait eu à tenir un rôle auquel il n’était pas préparer. Et il admirait Cerise, d’être capable de ce que lui-même ne saurait faire.

« C’est qui lui ? »

Il cligna des yeux, observant ce doigt qui le désignait, l’air un peu perdu, comme s’il avait décroché de la scène —et c’était à peu près le cas. Il avait comme l’impression de s’éveiller d’une nuit un peu trop courte qui avait paru une seconde et qui n’avait été qu’une petite heure.

« C’est Akainu. Tu dois être gentil avec lui parce que c’est mon ami, d’accord ? En plus il t’as acheté ton goûter de demain alors tu devrais lui dire merci !
— Merci !
— De rien, p’tit gars, lâcha le Pyroli en réprimant un rire sous l’examen dont il avait été l’objet, de la part du jeunot. »

Une salutation adressée à Maya, et il emboîtait le pas à Cerise. Le chemin le plus court jusqu’à sa chambre n’était pas tout à fait celui-ci mais, puisque de par la boucle que formait le couloir, il pouvait tout aussi bien la rejoindre d’ici —ça lui prendrait juste quelques minutes de plus, il n’aurait qu’à régler son réveil à neuf heures quinze plutôt qu’à pile, ça ne ferait pas bien grande différence dans le fil de son lendemain. Si c’était par galanterie qu’il la raccompagnait ? Il y avait sans doute un peu de ça, mais c’était peut-être aussi pour retarder un peu le moment des au revoir, du bonne nuit, de ces secondes en suspens où l’on ne sait jamais trop ce qu’il faut dire ou faire, ce qui peut être considéré comme acceptable ou déplacé. Parce qu’il y a une année de connaissance, quelques heures à peine de confidences, alors en ces conditions quelle est la limite ?

Ils en étaient là, maintenant : face à face sur un palier, l’enfant réfugié à l’intérieur, et eux deux dans ces instants étranges et silencieux qui sont difficiles à combler. Akainu ne trouvait rien pour meubler ce vide qui n’était pas tout à fait pesant, à peine dérangeant, presque normal dans le fond. Finalement, ce ne fut pas lui qui trouva les mots pour ne pas se taire ; ce fut Cerise, Cerise et sa voix aussi douce qu’éteinte, Cerise et ses yeux aussi pétillants qu’épuisés. Cerise, et sa présence qui s’était faite plus essentielle à ses côtés, en l’espace d’une mission.

« On dit qu’on s’appelle dès que l’un ou l’autre a l’idée du siècle pour notre prochaine sortie alors ?
— Deal, lâcha-t-il doucement, répondant d’un ton moins cynique que le sien ne l’avait été —la fatigue lui jouait de bien mauvais tours. »

Elle fit un pas en avant, posa sa main sur son épaule, et le parfum léger de la Feuforêve se mit à flotter tout autour de lui quand elle se pencha vers lui pour déposer ses lèvres sur sa joue. Si ce baiser était moins fort que n’avait vu l’être leur étreinte au couvert de la voiture, il n’en demeurait pas moins symbolique, parce qu’il marquait le franchissement d’un cap dans leur relation. Ils n’étaient plus que de vagues amis qui ne savent véritablement rien l’un de l’autre, ils étaient un peu plus que ça, complices et liés par ce que l’on ne dit pas au monde, par des fantômes un peu trop semblables, des démons qu’il fallait apprendre à dompter. Qu’ils apprendraient à dompter, peu à peu, tous les deux.

Alors qu’elle se reculait, il laissa couler entre ses doigts une mèche de ses cheveux, dont il adorait la couleur qui se délavait, d’un noir d’encre au violet colombin qui lui seyait si bien. Et puis, lentement, il laissa retomber sa main, replongeant son regard dans celui que son amie posait sur lui.

« Bonne nuit
— Bonne nuit, demoiselle Martell. »

La porte se referma, et il resta un instant là, comme plus trop certain d’où est-ce qu’il devait aller. Et puis, ça lui revint, et il adressa un dernier regard par dessus son épaule avant de sillonner les couloirs jusqu’à sa propre chambre qui l’attendait patiemment, plongée dans l’obscurité. Il y flottait un mélange d’odeurs piquantes, sucrées, celle de son déodorant et des effluves encore traînantes du savon de sa douche du matin, puisqu’il n’avait pas pris la précaution de fermer la porte. Il y avait aussi, si l’on y prêtait un peu d’attention, les traces fruitées de quelque paquet de friandises, ouvert là, sur son bureau. Il y piochait régulièrement, quand il passait à proximité et que l’envie l’en prenait, qu’il n’avait rien à faire et qu’il s’installait sur son lit ou à son bureau, avec un livre ou devant la télévision. C’était juste « histoire de », histoire d’avoir quelque chose à grignoter à portée de main, histoire de s’occuper dans la distraction, plus par « habitude » en vérité. 

Si sa chambre avait été témoin de son caractère, l’on aurait sans doute cru y trouver un certain désordre, ne serait-ce qu’un « désordre organisé » comme il aimait les appeler. Pourtant, rien de tout ça : peut-être même qu’elle était une parmi les moins encombrées de toutes celles des résidents permanents d’Avalon. Il y avait bien quelques piles de feuilles sur son bureau, qui n’étaient pas parfaitement alignées, un stylo séparé de son capuchon et des restes de gomme sur lesquels il n’avait pas soufflé, une veste nonchalamment abandonnée sur le dossier de sa chaise à roulettes, mais c’était minime. Presque comme l’un de ces tableaux du courant réaliste, une scène soigneusement créée de toute pièce, à l’air pourtant si naturelle qu’elle ne détonnait pas, ne détonnait jamais. Mais ça détonnait, par contre, avec l’image que l’on pouvait se faire du Pyroli.

Son téléphone pour seul éclairage, les paupières alourdies de sommeil et susceptible de sombrer dans les bras de Cresselia d’un instant à l’autre puisqu'il avait enfin trouvé refuge dans son lit, il puisa pourtant dans ses dernières forces de la journée pour pianoter sur son clavier tactile. En quelques instants à peine, le numéro de Cerise avait trouvé sa place dans les favoris, devenu accessible d’un seul coup, par le seul coulissement de l’écran. C’était comme ancrer plus encore la certitude qui s’était faufilée en lui sans même qu’il n’y prenne vraiment garde, et qui fut sa dernière pensée avant que son esprit ne se mêle à l’obscurité de la pièce close.

Demain était un autre jour dans sa poursuite de la vie, et il n’y serait plus jamais seul.
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To play make-believe ; Cerise
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