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 We used to feel alive ; Louve

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Yûki
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random: ici petit poney

MessageSujet: We used to feel alive ; Louve   Dim 30 Juil - 13:15

Elle l’avait revu. Elle l’avait revu, et c’était comme si, tout à coup, on lui ôtait un peu du poids qui pesait sur son coeur ; comme si la peur, l’angoisse, et cette solitude qui la rongeait alors même qu’on lui avait offert un toit, et l’assurance de survivre quelques semaines de plus s’étaient finalement envolées, dissipées. Louve n’était pas dupe, elle savait que ça n’était qu’une accalmie qui ne durerait pas, un temps de répit avant que ses terreurs ne reviennent la frapper de plein fouet, et qu’elle vacille à nouveau. Mais elle l’avait revu, et c’avait été comme si, soudainement, elle revivait, ne serait-ce qu’un peu. C’avait été un peu trop bref, mais ç’avait aussi était suffisant pour lui donner le courage, la force de tenir encore, au moins jusqu’à ce qu’elle puisses tenir la promesse qu’elle lui avait faite. Elle avait juré, comme ça, sur un coup de tête ; elle avait juré, venir le voir et le traîner dehors, dans les rues de Lavandia, et loin de sa chambre d’hôpital. Elle ne pouvait qu’à peine imaginer ce qu’était sa réalité à lui, mais elle se doutait que c’était toujours la même qui durait depuis un peu trop longtemps. Ça n’était peut-être pas le même hospice, pas les mêmes murs, pour autant elle n’avait jamais douté que le blanc était toujours le même, peu importe la façade qu’il déguisait. Et ce blanc, certainement que Pierter en avait bien trop vu en dix-sept ans. Alors, elle avait promis, comme ça, sur un coup de tête ; elle avait promis, tout à coup et sans réfléchir, le sourire aux lèvres. Ce sourire qui ne mentait plus vraiment, quand il était là. « Je viendrai te voir » a-t-elle simplement soufflé ; « je viendrai te voir, et on ira faire les cons en se foutant de la gueule de ceux qui nous regardent de travers, t’en dis quoi ? » Elle souriait quand elle lançait l’idée, quand elle imaginait la folie des jeunes qui échappait à ces adultes qui oubliaient toujours trop vite qu’eux aussi, ils avaient été des abrutis d’adolescents. Elle riait, même, quand il avait accepté. Louve avait promis, alors Louve viendrait. Elle viendrait le voir, ce petit Evoli à qui elle trouvait la force de ne plus jamais mentir.

Elle n’avait jamais dit quand est-ce qu’elle viendrait. Quand est-ce qu’elle passerait les portes automatiques de l’hôpital, quand est-ce qu’elle coulerait dans les couloirs inconnus jusqu’à sa chambre, quand est-ce qu’elle viendrait l’arracher aux allées imprégnées de l’odeur des produits désinfectants qui lui faisaient froncer le nez. Elle n’avait jamais dit quand est-ce qu’elle viendrait, et elle-même l’ignorait lorsqu’elle avait lancé l’idée, avec l’insouciance d’une enfant. Elle avait pris son temps, comme pour se persuader qu’ils en auraient toujours autant qu’ils ne voudrait ; mais pas trop non plus, parce qu’elle n’oubliait jamais que les heures étaient peut-être comptées, dans l’ombre de leurs rêveriesTrois jours. C’était le temps qu’elle avait mis, avant de s’évader des quartiers d’Avalon un beau matin ensoleillé ; trois jours, et elle se rendait compte qu’il lui manquait déjà de trop. Parce qu’il était cet ange déchu sur lequel elle avait choisi de veiller plutôt que de prendre soin d’elle-même, celui pour qui elle s’inquiétait, celui qui lui survivrait, aussi, elle l’espérait. Parce qu’il était Pieter, et qu’il l’avait effrayée, fascinée, par la peur mêlée de hargne qui se faisaient la guerre dans ses prunelles, parce qu’il avait le corps d’un écorché mais le regard d’un combattant, parce qu’il était le condamné qui voulait y croire encore, celui qui lui ressemblait un peu trop et qu’elle aurait voulu fuir, si elle ne l’avait pas tout à coup aimé, plus que de raison, de cet amour un peu fou et déraisonné qui n’est pas celui que l’on offre à un amant, ni à un ami ; quelque chose de plus passionné, de plus amer et de plus blessant, qui blesse et guérit, détruit et répare, déchire et recoud. C'était semblable à ce qui l'avait ébranlée, chez cet autre aux yeux de sang d'Illumis ; cette chose qui lui retournait les tripes, lui filait la nausée, la maintenait pourtant debout, sans qu'elle n'y trouve aucune raison digne d'être énoncée.
Elle aurait pu le fuir, tant de fois ; au lieu de quoi elle le cherchait, derrière ces portes aux chiffres sans identité, qui s’ouvraient et se fermaient sans cesse sur les infirmes qui y entraient, les rétablis qui s’en allaient, ceux qui parfois ne partaient jamais. Elle déglutit, difficilement, tâchant de ne pas penser, de ne plus penser à ce qui lui serrait le coeur chaque fois qu’elle l’imaginait sous les appareils et les médicaments, incapable de vivre vraiment. Car après tout, qu’était une vie où l’on n’avait pas le droit de partir sans un regard en arrière pour ce que l’on quittait ?

Louve se figea, tout à coup. Ils étaient là, les trois chiffres parfaitement alignés sur leur écriteau trop sobre pour avoir l’air un tant soi peu chaleureux. C’était la chambre d’un gamin, pourtant, mais c’était toujours trop impersonnel pour qu’elle se sente à l’aise dans un endroit pareil. Des noms qu’on oubliait, des visages qui s’effaçaient ; pas d’empreinte, toujours pas d’identité. Elle inspira, profondément, le temps de chasser les idées noires qui lui tournaient à l’esprit, et puis poussa la porte sans même s’annoncer —elle était comme ça, jamais soigneuse, jamais dans les normes ; toujours dans la surprise et l’imprévu, parce que c’était son quotidien. Son sourire à présent dessiné sur ses lèvres —parce que c’était toujours ainsi, quand elle le voyait—, elle se glissa dans l’embrasure de la porte, un rire dans la voix lorsqu’elle daigna parler. « Je n’me suis pas trop faite désirer, j’espère, mon petit Evoli ? » Parce qu’elle adorait ça ; l’ennuyer, comme s’ils n’avaient été que des enfants qui se foutaient de tout, y compris de leur avenir trop incertain pour être jamais dit.


Dernière édition par Yûki le Dim 30 Juil - 13:20, édité 1 fois
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Yûki
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MessageSujet: Re: We used to feel alive ; Louve   Dim 30 Juil - 13:16

T’as son visage sur la rétine et son nom du bout des lèvres. Allongé sur le lit d’hôpital, tu sais pas quoi penser. Tu sais plus quoi penser. A commencer par le fait d’être revenu, encore et encore, au même endroit; dans ces chambres que tu détestes, là où le blanc balaie ta personne, ton identité, ton âme. Tu t’étais juré d’éviter d’y retourner, pourtant t’as pas pu faire le contraire. Parce que t’as plus de maison? Conneries. t’as bien vécu à la rue pendant des mois avant d’atteindre Hoenn. T’essaies de te persuader, tu le dis, tu le clames, que c’est parce qu’au moins t’as un endroit pour pieuter sans flipper que la pluie te réveille en pleine nuit. Mais tu sais, toi. Tu sais que c’est faux, parce que tu crèves de désir, tu crèves de trouilles. Tu veux pas crever. T’as trop peur de la mort. Et t’as promis, t’as promis de vivre. Alors tu fermes les yeux et, silencieux, tu pries pour voir la lumière d’un lendemain un peu mieux que la veille.

Et quand le soleil vient te réveiller, tu peux qu’inspirer profondément. Et remercie Dieu sait quoi -parce que tu crois plus en rien, parce que s’il y a un Dieu que part il voit bien que t’existes pas- d’avoir pu les ouvrir, ces yeux ternes et rougis de colère. Mais tu te redresses l’air de rien et rives les yeux par la fenêtres, et tu te demandes, encore, encore, encore. Quand est-ce que je pourrais sortir. Mais cette fois-ci, c’est différent. Parce qu’hier t’étais dehors, et le jour d’avant aussi. Parce que tu l’as gagné ta liberté -à quel prix, tu ne préfères pas t’en rappeler- et tu comptes la garder jusqu’à ce que ta fatalité morbide t’arrache le coeur du bout des griffes et que tu t’écroules dans ton tombeau. Alors tu revêtes ce masque de connard pour cacher ta frayeur et tu te lèves. T’as envie de sortir. Loin. Tu veux partir voir le monde, celui qui t’es inconnu, ce monde dangereux et mortel dont on t’as protégé toute ta vie. Est-ce que t’en as besoin? Ouais. Ouais, t’as besoin d’aller hors de ce cocon pour avoir l’impression de vivre. D’avoir une vrai vie, de faire quelque part, hors de cet hôpital où tu ne passes que tes nuits parce que t’es pas encore quelqu’un, et t’as pas de chez toi. Et ça te saoul d’être dépendant.

Alors tu fais ta toilette et tu t’habilles, alors tu retournes sur ton lit en attendant que quelqu’un vienne, alors tu tournes la tête quand la porte coulisse. « Je n’me suis pas trop faite désirer, j’espère, mon petit Evoli ? » Et t’as ce sourire mécanique qui se dessine sur tes lèvres.

Louve. Elle était là, à la porte, avec cet air charmant sur le visage, comme si elle était pas pêtée, comme si elle était pas aussi détruite que tu l’étais. Avec ce sourire aux lèvres et le visage relaxés, le regard amusé planté dans le tien. Et tu ris, doucement, et tu te lèves, plus brusquement. Parce qu’avec elle t’avais l’impression que rien ne pouvait vous arrêter, pas même vos avenirs foirés ni vos vies défoncées. parce que vous refaisiez vos enfance comme si vous aviez pas grandis dans la merde, comme si on vous avait pas volé un futur qui aurait seulement pu être mieux. parce que vous viviez autant que vous pouviez, comme si vous devriez crever le lendemain. Et toi t’espères. T’espères crever, parce que tu sais qu’elle aussi elle en a envie que tout s’arrête. Mais toi, tu pries le monde pour crever dans cinquante ans, avec elle, pour que vous puissiez vivre encore longtemps et partir encore plus loin, même séparés, même déchirés. Parce que tu sais que si tu crèves, y a plus rien à faire. Charlotte elle a finit entre six bouts de bois bon marché au fond d’un trou. Et c’était fini.

Mais Louve tu la prends dans tes bras, un court instant, tu fermes les yeux quand ton visage se calle dans ses cheveux et tu humes -l’odeur sucré de son parfum que t’avais fini par reconnaître- doucement avant de la relâcher. T’avais ce sourire un peu con, celui que t’abordes quand t’as rien à cacher -parce qu’avec elle c’était le cas- , celui un peu bancal parce qu’au fond, tu souris tellement rarement que tes muscles ont tendance à oublier. Et dans tes yeux c’est la liberté qui a remplacé la colère, c’est le soulagement et, un peu, le bonheur. T’es heureux, Pieter? T’es heureux, un peu.

« T’as traîné, miss! Ça se fait vieille à ce que je vois. » Et tu ponctues ta remarque avec un clin d’oeil. Au fond elle était pas vieille -rien que deux ans de plus que toi- et elle devait encore vieillir. T’ignores son coude dans tes côtes et la fais entrer dans la chambre -parce qu’elle était pas à toi, elle était à personne; t’attendais encore le moment où tu pourrais dire ça, c’est chez moi- avant de te rasseoir sur le lit avec la grâce d’un sac de farine. « J’espère que t’es venue me sortir de cette chambre parce que ça commence vraiment à me faire chier, tout ce blanc. » Et t’espères que l'imploration se lit pas trop dans ta voix, t’espères ne pas avoir l’air d’être au bout de ta vie. Même si c’est peut-être un peu vrai.

Tu sais bien que tu fais pitié, mais elle, au moins, elle te jugera jamais.
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Yûki
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MessageSujet: Re: We used to feel alive ; Louve   Dim 30 Juil - 13:16

Comme s’ils se foutaient de tout, y compris de leur avenir trop incertain pour être jamais dit. Elle avait à peine passé la tête par l’embrasure de la porte qu’elle avait croisé son regard, aperçu son sourire. Il souriait, quand elle était là, et c’était comme elle. Ce sourire à l’air un peu plus vrai mais toujours si bancal qu’il paraissait vacillant, façonné de façon étrange et maladroite. Elle était maladroite, Louve, maladroite dans sa façon d’être et d’agir, maladroite avec les autres parce qu’elle n’avait jamais vraiment eu l’occasion de les connaître. Les seules foules qu’elle avait déjà vues, c’était les spectateurs qui retenaient leur souffle quand elle dansait, et dont les applaudissements venaient déchirer le silence des dernières notes lorsqu’elles achevaient de résonner dans l’air. Et c’était tellement loin, tout ça, qu’elle aurait presque oublié, si elle ne tremblait pas encore comme au premier jour, chaque fois qu’elle y songeait. Les sourires de Pieter, c’était comme un souvenir doux amer, de ce qu’elle était, fut un temps ; de ce qu’elle aurait pu être, si la vie n’en avait pas décidé autrement. Les sourires de Pieter, c’était comme apercevoir un éclat de vie soudain là où l’espoir n’avait plus sa place, c’était croire à nouveau au champ des possibles, et à demain peut-être. Les sourires de Pieter, c’était comme se dire qu’elle pouvait souffler un au revoir plutôt qu’un adieu, c’était vivre un peu même si c’était compté, c’était se dire que ça n’était pas tout à fait terminé

Il s’approcha d’elle, et elle ne cilla même pas lorsqu’il l’enlaça —elle avait sursauté, les premières fois, tant elle avait oublié la douceur des étreintes qui n’étaient pas celles de Tao ; puis elle s’était habituée, les avait acceptées puis rendues, même si ça restait étrange à ses yeux. Ça aussi, ça la rendait un peu plus vivante : la chaleur de bras qui l’embrassaient, la protégeaient un peu de cette vie qui n’en était pas vraiment une. Distraitement, elle jouait avec une mèche de ses cheveux entre ses doigts, répondant à l’étreinte avec une tendresse qu’elle ne se connaissait plus que trop peu. Comme si la peur, le sang et la fuite l’avaient privée de ce qu’elle était —et ça n’était pas si faux, en vérité ; elle avait abandonné son nom, sa mère, ses valeurs et celui qu’elle aimait ; c’était ce qu’elle était, ce qui la faisait, et elle avait tout laissé : c’est qu’elle s’était perdue et privée d’elle-même, n’est-ce pas ? 

Elle déglutit, oublia ; il était là, alors tout ça ne comptait plus. Les douleurs, les remords, c’était bon pour le placard, bon pour le bûcher. Aujourd’hui, elle voudrait vivre un peu, comme une enfant. « T’as traîné, miss! Ça se fait vieille à ce que je vois. » Elle grogna, se vengeant de sa remarque d’un léger coup de coude dans les côtes. « Hey ! Surveille tes mots, gamin ! » Elle avait geint, comme une gosse que l’on venait de vexer. Ça n’était pas tout à fait vrai : elle s’en moquait en vérité, ne prenait jamais ses railleries au pied de la lettre, mais se sentait toujours comme forcée d’y répondre. Par jeu, par habitude, parce que c’est ce que font ceux qui n’ont peur de rien. 
Elle laissa son poids peser contre la porte derrière elle pour la fermer, avant d’emboîter le pas à Pieter pour le rejoindre jusqu’au lit, sur lequel elle n’attendit pas d’être invitée pour s’y asseoir, poussant même le vice jusqu’à s’y allonger. « J’espère que t’es venue me sortir de cette chambre parce que ça commence vraiment à me faire chier, tout ce blanc. » Elle ne pu réprimer un léger rire, quand bien même elle en revenait toujours à songer que le blanc aussi, elle commençait à détester. Peut-être autant que le rouge. Parce que le blanc, c’était ce qui faisait si mal à son petit Evoli, à ce petit oisillon aux ailes brisées, à ce garçon si cher à son coeur qu’elle ne savait pas protéger de l’invisible. Elle était une princesse, pas capable de combattre le dragon d’un chevalier, alors même qu’elle en crevait d’envie. Le sauver, le libérer, s’assurer qu’il y arriverait, qu’il lui survivrait quoiqu’il advienne. Mais elle était impuissante, et elle se maudissait de n’avoir pas le pouvoir de changer les choses. « J’te propose d’aller recruter une armée de voyous pour qu’ils viennent repeindre les murs de l’hospice plutôt que ceux du centre-ville, t’en dis quoi ? »

Elle se redressa sur les coudes pour l’observer, yeux plissés, sourire malicieux aux lèvres. « Plus sérieusement, je te l’ai dit, non ? Qu’on irait faire les cons en ville. Donc si mon petit Evoli est tellement lassé de tout ce blanc, je suppose qu’il ne dira pas non ? » D’un seul geste, elle fut debout, la main de Pieter dans la sienne. Penchée dans sa direction, Louve fronça le nez, s’approchant d’un peu plus près, pour s’adresser à lui comme sur le ton de la confidence, comme si c'était de l'interdit qu'elle conversait, comme si c'était une stupide utopie qu'elle dessinait. Mais c'était plutôt comme un pari d'enfants, un défi niais pour braver ce qu'ils ne vaincraient jamais. Ils pouvaient toujours se dire que ça n'existait pas, le temps d'un moment ; que tout était faux, et qu'ils étaient heureux. « Alors ? Je t’offre quelques heures loin des murs qui empestent leurs produits, t’achètes ? »
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MessageSujet: Re: We used to feel alive ; Louve   Dim 30 Juil - 13:17

Tu sais bien que tu fais pitié, mais elle, au moins, elle te jugera jamais. Et elle te rejoint sur le lit dans un accord complice, un accord silencieux. Parce qu’elle faisait ce qu’elle voulait -du moins quand vous étiez ensemble, c’était pour ça que vous vous aimiez- et que tu n’étais rien pour le lui refuser; et ça marchait en sens inverse, tout le temps et pour toujours. Tu la tiens du bout des doigts, tu la maintiens au dessus du vide, mais jamais ne la possède. parce que vous êtes indomptable, vous êtes sauvage et votre liberté a plus de valeur que vos esprits. Et puis Louve s’allonge derrière toi et tu te retournes pour t’installer en tailleur, et prend sa tête sur tes genoux. Tes doigts passent doucement dans ses courts cheveux et tu fredonnes un air que ta mère te chantait quand t’étais petit. « J’te propose d’aller recruter une armée de voyous pour qu’ils viennent repeindre les murs de l’hospice plutôt que ceux du centre-ville, t’en dis quoi ? » L’air se mue en rire et tu tournes la tête par la fenêtre, là où les couleurs se mêlaient pour trancher avec la sobriété de ton habitat.

Et tu réfléchis, et tu vois. T’imagines un monde où ça serait possible, une vraie chambre dans une vraie maison, quelque chose de personnel. Est-ce que tu aurais encore la tête de Louve posée sur tes genoux? Est-ce que tu aurais encore ce démon qui te dévores le coeur? Et dans un monde meilleur, si tout allait bien et si vous n’aviez à vous soucier de rien, tu te demandes de quelle couleur serait ta chambre. Tu te demandes si tu pourrais encore tenir la main de Louve dans la tienne en jouant silencieusement à Et si. Parce que c’était sans doute ce dont vous étiez le plus doué en présence de l’autre. Faire semblant et s’ouvrir, ignorer la douleur et retrouver son âme d’enfant, celle perdue, tout au fond de vos esprits, celle que vous aviez caché pour ne pas qu’on vous l’arrache. Et, lorsque le flots de question et la vague de mélancolie inondent ton cerveau, la riolu se redresse sur ses coudes et te regarde.

« Plus sérieusement, je te l’ai dit, non ? Qu’on irait faire les cons en ville. Donc si mon petit Evoli est tellement lassé de tout ce blanc, je suppose qu’il ne dira pas non ? » Ah. Ta gorge se desserre et ton sourire revient se peindre sur tes lèvres. Ah, ce qu’elle était parfaite. Ce qu’elle savait lire dans tes pensées et proposer tes idées, t’emmener au bout du monde les yeux bandés.Et t’avais pas besoin de lui répondre pour qu’elle sâche que tu confirmais. Il n’y avait rien à confirmer, parce que c’était évident. Elle te connaissait trop bien pour savoir que jamais tu préférerais rester enfermé à contempler le ciel par la fenêtre. Et elle bondit du lit ta main dans la sienne et se penche vers toi; tu louches presque mais plante tes yeux clairs dans les siens, et tu sens ton visage se détendre. « Alors ? Je t’offre quelques heures loin des murs qui empestent leurs produits, t’achètes ? » Ton rire qui dévoile ta dentition parfaite et tu t’avances -et elle recule- pour te lever du lit, sans la quitter les deux. « Evidement. Laisse-moi juste deux secondes.»

T’enfiles tes vans et t’attrapes ta veste avant de filer par la porte à la suite de Louve. Tu la clos derrière toi la porte, pas Louve et vous vous engagez dans le long couloir qui t’avait si souvent donné le tournis -pas celui-ci, mais celui de Carmin-sur-mer-, que t’avais si souvent emprunté, que tu sois seul ou avec Hana, avec Magdala, avec Charlotte. Ton sourire vacille à la pensé de cette dernière mais tu tiens bon, tu tiens bon et t’avances jusqu’à l’ascenseur. Alors vous descendez et vous sortez -tu prends soin de prévenir l’accueil que tu rentrais cette nuit normalement mais la femme le savait déjà, un peu- juste devant l’hôpital.

Tu respires. De grandes bouffées d’airs comme à chaque fois que tu sortais, même si cette fois c’était moins necessaire qu’il y a cent quatre-vingt-dix-sept jours. Parce que c’était la première fois. La première fois depuis l’enterrement de Charlotte. Et puis il y avait Louve. Et avec elle, tu te sentais revivre. T’oubliais ton passé, t’oubliais tes souffrance parce qu’avec elle ça servait à rien; tu voulais, tu crevais d’envie de lui prendre la main et d’oublier tout, de pouvoir tout recommencer à zéro parce que t’estimais qu’au moins elle, elle le méritait. Mais tu gardes les mains dans tes poches et tu marches sur les pavés devant l’hôpital, avec le soleil qui frappait l’herbe et les muret les plus clairs. « Tu voulais aller quelque part en particulier ma belle? » Parce que tant que t’étais avec elle, tu pourrais l’accompagner jusqu’au bout du monde, jusqu’au bout de la terre; rien ne pouvait pour atteindre, rien ne pouvait vous blesser.

C’était juste elle, toi et vos sourires d’enfants.
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MessageSujet: Re: We used to feel alive ; Louve   Dim 30 Juil - 13:17

Ils pouvaient toujours se dire que ça n'existait pas, le temps d'un moment ; que tout était faux, et qu'ils étaient heureux. C’était certainement ce qu’elle savait faire de mieux, lorsque Pieter était là. Se dire que ça n’existait pas. Parce qu’il souriait, parce qu’elle n’était pas armée, parce qu’il n’était pas cloué au lit, parce qu’elle n’était pas occupée à fuir ; parce qu’ils respiraient. Alors, elle y arrivait, parfois. Se dire que l’espoir était peut-être encore là, au détour d’un chemin, même bien planqué dans un coin d’ombre. Il était forcément là, à leur tourner autour sans se laisser saisir au vol, mais un jour ; un jour, peut-être, ils y parviendraient. Il leur suffirait de tendre la main, d’attraper l’espoir et la vie aussi délicatement qu’ils se saisiraient d’un papillon aux ailes fragiles, et tout rentrerait dans l’ordre. Tout est toujours bien qui finit bien, dans les contes pour enfants. Elle s’illusionnait, elle priait en silence —en vérité, elle avait arrêté de prier depuis des années ; depuis au moins aussi longtemps qu’elle avait cessé de croire en Arceus— que les choses changent, que le monde leur offre une seconde chance. A lui, au moins, si elle ne le méritait pas
Mais jamais, ô grand jamais les cieux ne daignaient répondre à ses requêtes lancées au vent, jetées au vide. C’était le rien toujours qui lui répondait, ce rien qui la persuadait que ce Dieu n’existait pas, pas plus que sa propre rédemption n’existerait jamais. Car s’il existait, Louve était persuadé qu’il ne laisserait jamais ses enfants pleurer de douleurs trop lourdes à porter, mourir de maux qu’ils n’ont pas mérité. Mais les enfants pleuraient, les enfants mouraient, et elle s’effondrait à mesure que son courage s’ébranlait.

Elle inspira, profondément, s’accrochant au son des pas de Pieter qu’elle entendait dans son dos, alors qu’elle avançait dans le couloir, l’ascenseur, le couloir encore, et jusqu’à la sortie. Le soleil, l’air frais, le soleil sur sa peau. Elle surprit son propre reflet dans une vitre, et ne pu réprimer le léger sourire qui s’invita sur ses lèvres, alors même que son coeur se serrait. Les cheveux propres et lisses, un peu plus que de la peau sur les os, le teint un peu moins pâle, les yeux moins hagards, leur éclat ravivé. Elle n’avait plus si mauvaise allure qu’elle l’avait eu, avant d’être trouvée par Roxane. Si elle ne lui devait la vie, elle lui devait au moins son espérance de vie rallongée. Lorsqu’elle partirait, elle aurait un peu plus de force, un peu plus de souffle pour courir encore. Ça la rendait malade d’y songer ; son départ. Elle avait trouvé un semblant de foyer, elle avait retrouvé Pieter. Faudra que j’y renonce, encore ? se demanda-t-elle, en croisant le regard de l’Evoli à deux pas d’elle. Faudra encore que j’laisse tomber la moindre idée de stabilité à peine retrouvée ? Elle ferma les yeux, inspira à nouveau, retrouva son sourire. Qu’importe, pour aujourd’hui, elle oubliait.

« Tu voulais aller quelque part en particulier ma belle ? » Elle haussa les épaules, en jetant un coup d’oeil au ciel. Il était suffisamment clair pour ne pas les menacer de la moindre goutte de pluie, et la chaleur était douce, comme pour les inviter à ne pas s’enfermer entre quatre murs à la teinte morose. « Je connais pas plus Lavandia que toi, tu sais ? Cela dit, hier soir à Avalon ça causait d’animations en ville, pour fêter le beau temps, tout ça. Tu sais, genre, spectacles, kermesse… barbes à papa et pommes d’amour ? » Elle venait de froncer le nez, comme une gamine prise en faute. A vrai dire, ça faisait si longtemps qu’elle n’avait pas eu l’occasion de passer un après-midi à s’amuser qu’elle était prête à oublier qu’une fois adulte, on n’est plus censé être si gamin ; si longtemps aussi qu’elle n’avait plus rien mangé de si sucré et si peu nourrissant que les gourmandises qu’elle venait de citer qu’elle était presque persuadée d’en avoir oublié le goût sur sa langue, et qu’elle donnerait cher pour le redécouvrir rien qu’une dernière fois. Avant que le dernier tic-tac de l’horloge ne résonne. 

Cédant à une impulsion, elle se rapprocha de son camarade pour s’accrocher à son bras et l’entraîner à sa suite. Sans vraiment presser le pas, elle s’éloignait de l’hôpital et s’avançait dans les rues animées de la capitale, là où les passants défilaient sans même leur jeter un seul regard —parce qu’ici, ils n’étaient que deux adolescents qui profitaient de la belle journée, amis ou amants selon les opinions ; qu’importe, ici ils étaient libres d’être ce qu’ils étaient, deux enfants qui se moquaient du monde tant que le monde se moquait d’eux.

Elle entendit la musique qui s’élevait des allées avant même de voir les orchestres, elle sentit les odeurs sucrées des friandises avant même d’apercevoir les baraques, elle entendit les sons un peu trop kitsch des jeux électronisés avant même de distinguer enfin les stands et les machines. Il y avait une scène, où se produisaient danseurs, chanteurs et humoristes amateurs, et un cracheur de feu dans un coin, un magicien dans un autre, qui faisait apparaître et disparaître pièces, cartes et mouchoirs sous les yeux ébahis des enfants, qui tapaient dans leurs mains en s’égosillant d’admiration. Louve, la tête presque renversée sur l’épaule de Pieter, leva les yeux dans sa direction, le visage illuminé de ce sourire malicieux dont elle ne se défaisait presque jamais, lorsqu’il était là. « Quelque chose qui te tente ? Sinon, j’ai un peu de monnaie à dépenser sur la terrasse d’un bar, si t’as envie d’un diabolo menthe pendant que je siroterai un petit monaco. » A nouveau, elle le charriait, parce qu’il était jeune, encore interdit de bien des choses au vu de la loi —comme acheter de l’alcool, notamment. 
Elle s’évertuait à ne pas penser, à ne pas se souvenir à toutes ces nuits foutues en l’air par l’éthanol qui remplissait son verre et dans lequel elle noyait tout le sang qu’elle avait fait coulé et qui ne quittait pas son esprit. Elle était jeune, un peu plus jeune que Pieter même, et ça l’avait pourrie, ça l’avait niquée de l’intérieur —comme elle se niquait encore avec la nicotine, maintenant. Depuis, elle essayait ; d’oublier l’alcool, de ne plus s’y abandonner. Elle manquait à sa parole, souvent. Mais c’était plus fort qu’elle, quand le dégoût était trop fort pour être encore enduré.

Mais aujourd’hui, il suffisait de s’amuser plus ne plus penser, pas vrai ? 
Alors, elle s’amuserait ; alors, elle oublierait de penser.
Parce qu’il était là. PieterSon ange aux ailes brûlées, son preux chevalier pris en otage par un dragon impudent.
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Yûki
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MessageSujet: Re: We used to feel alive ; Louve   Dim 30 Juil - 13:18

C’était juste elle, toi et vos sourires d’enfants. Elle regarde le ciel et tu la regardes elle, avec son visage trop pâle et son corps trop maigre, mais ses yeux qui éclatant et son sourire si joli. Vous étiez pareil, à mentir pour aller mieux, à ignorer la fatalité pour se dire que là, tout de suite, aujourd’hui, tout va bien. Et t’as ton coeur qui te serre et ton esprit qui te gifle quand tu te dis arrête, Pieter, elle sourit et c’est tout ce qui compte. Parce que vous vous étiez mis d’accord, toujours en silence, sans prononcer les mots, pour ne pas évoquer vos conditions de vie. Ta leucémie, sa fuite. Ton passé démolit par la maladie qui te ronge le coeur, son passé hanté par les vies qu’on l’a forcé à emprunter. T’aimais bien ce mot, emprunter. Parce que ça voulait dire qu’il y a un lendemain, il y a un plus tard, un futur où ça sera rendu; un futur où Louve expiera les crimes qu’elle n’a pas commis, pardonnera son coeur d’avoir été forcé, oubliera avoir été assouvie par une bête. La seule chose qui ne t’as et ne te traversera jamais l’esprit, c’est qu’elle l’a fait de sa propre volonté. C’est qu’elle est responsable.

« Je connais pas plus Lavandia que toi, tu sais ? Cela dit, hier soir à Avalon ça causait d’animations en ville, pour fêter le beau temps, tout ça. Tu sais, genre, spectacles, kermesse… barbes à papa et pommes d’amour ? » Ton sourire laisse entrevoir le bout des tes canines et tu passes une main sur ta nuque. Elle avait raison, vous n’étiez pas à Lavandia depuis très longtemps, et elle avait passé autant de temps à Avalon, que toi enfermé à l’hôpital. Mais c’était une occasion en or pour apprendre la ville, apprendre les rues, apprendre la vie, juste elle et toi, comme deux enfants. Alors tu considères à peine son offre, tu réfléchis à peine avant de lui répondre, les yeux plongés droit devant toi. « On y va. j’ai pas souvenir d’en avoir déjà mangé parce que les médecins disaient que c’était pas bien pour moi et j’suis jamais allé à une kermesse. Peut-être quand j’étais p’tit mais j’m’en souviens plus.» T’avais pas beaucoup de souvenirs avant que tu viennes vivre à l’hôpital. Tu te souviens vaguement de ta chambre -surtout parce qu’avant de partir voyager, t’y était retourné- et de quelques anniversaires avec tes parents et ta grande soeur, mais pas beaucoup d’autres choses. Le reste c’était surtout du blanc. Du blanc. Du blanc cassé, du blanc comme toi.

Elle attrape ton bras avec le sien et t’esquisses un sourire sans rien dire, malgré tes joues qui rosissent; parce que t’as rarement fait ça et t’as toujours été maladroit, t’as l’impression d’avoir plus tenu la main à Charlotte que porté le bras de Louve. Parce que Charlotte était trop basse, assise dans son fauteuil. Et son souvenir te crispe les lèvres, mais l’entrain de la Riolu te vide l’esprit. Alors vous marchez dans les rues, vous parlez, vous riez, vous vivez. Tu lui montres des trucs, elle rit de tes anecdotes, vous ignorez les passants qui regardent ces deux jeunes gamins trop maigre et trop pâles qui rient avec cette innocence qui ne leur va pas.


Et c’est là. La kermesse, le monde, la musique, l’ambiance festive. les rires des enfants et des adultes, les courses effrénées, les tours de magies et les spectacles tout les cinq mètres. Et ça te coupe le souffle, ça te fait briller les yeux et tu sens les larmes de joie grimper. Ta main qui se ferme dans ta poche, tes lèvres qui se serrent. Tu baisses les yeux vers Louve et la joie dans ses yeux te fais sourire. T’as toujours aimé ça, la voir heureuse. Avec sa tête posée sur ton épaule, tu souris et dépose un rapide baiser sur le haut de son crâne. « Quelque chose qui te tente ? Sinon, j’ai un peu de monnaie à dépenser sur la terrasse d’un bar, si t’as envie d’un diabolo menthe pendant que je siroterai un petit monaco.» Tu lui lances un coup d’oeil, aucourant qu’elle te taquinait sur le fait que tu sois encore majeur et que l’alcool t’était interdit. Par ta condition de santé et ton âge, de toutes manières. Tu passes ton autre main derrière ta nuque en jetant un coup d’oeil aux alentours. « Ce qui te fais plaisir? Va pour le diabolo menthe -tu commences à me connaitre un peu trop bien, toi- et faut absolument que j’prenne une pomme d’amour au moins une fois dans ma vie.» C’était Charlotte qui t’avais avoué en avoir mangé une avant son accident. Et t’avais toujours eu envie d’en partager une avec elle; mais maintenant elle n’était plus de ce monde.
Tu l’entraines à l’écart, un petit plus loin dans la foule, un petit peu à côté des animations, et tu t’assieds à une table pour deux dans un petit bar, sur la terrasse et sous un parasol aux couleurs resplendissantes. Tu croises les bras devant toi et jettes des regards émerveillés dans la rue. Quand le serveur passe pour prendre vos commandes, tu sait déjà ce que prend Louve et parle pour vous deux.

Des fois t’oubliais que t’avais que dix-sept ans. Avec ta maladie et ton voyage de six mois, avec ton indépendance forcée et ta vision pourrie du monde; avec ta crainte des autres et toutes les merdes qui t’étaient arrivés, avec tout ce que t’avais vécu, des fois t’oubliais que t’étais jeune. Que tu devrais être encore au lycée à étudier, que tu devrais avoir des rêves pleins la tête et une ambitions pour un métier. Une copine ou un copain, des amis qui t’entourent, une famille qui te soutiens. T’as dix-sept ans et des fois t’oublies que toi aussi, t’as le droit de vivre.
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MessageSujet: Re: We used to feel alive ; Louve   Dim 30 Juil - 13:18

Il était là. Pieter. Son ange aux ailes brûlées, son preux chevalier pris en otage par un dragon impudent. Et c’était tout ce qui importait à l’heure actuelle. Il était là et, avec lui, au creux de ces mains, une parcelle de bonheur que Louve entrevoyait, sans jamais oser la saisir vraiment. Comme si, entre ses doigts tremblants, mille fois tachés de sang, ce petit éclat précieux risquait de se briser. Plutôt que d’en prendre le risque, elle confiait ce trésor fragile à Pieter, le lui cédait sans demander la moindre contrepartie — un seul de ses sourires valait tous les sacrifices du monde. Elle avait craint, mille fois, le souiller dés qu’elle osait ne serait-ce que lui prendre la main mais, parce qu’il l’avait rassurée, couverte de regard paisibles et sourires confiants, elle avait oublié la peur, l’appréhension. Elle ne pouvait pas l’atteindre, et ses crimes n’existaient plus lorsqu’il était si près d’elle. Rempart au monde entier, rien que par ce qu’il représentait à ses yeux. La vie, ironiquement, l’espoir, l’avenir, les lendemains. Si du renoncement à sa vie elle avait pu s’assurer de prolonger celle de Pieter, elle n’aurait jamais hésité, pas une seule seconde. Parce qu’il les méritait, ces au revoirs qui n’étaient pas des adieux, cette certitude de s’éveiller chaque matin, la chance de pouvoir croire que tout n’est pas perdu. Elle lui aurait tout donné, si seulement tel marchandage à l’univers était possible. Elle était impuissante, alors elle priait. Pour lui, pour eux, elle essayait d’y croire.

Pour y croire, elle oubliait, pour oubliait, elle s’abandonnait à la musique qui s’élevait au beau milieu de la rue, cette fanfare reprise par tous les hauts-parleurs grésillant de la rue. C’avait quelque chose de magique, c’était beau dans la simplicité, ç’avait un goût d’enfance qui la rendait nostalgique — elle se souvenait les kermesses auxquelles ses parents l’emmenaient, cédant à ses caprices lorsqu’ils la voyaient tourner en rond pendant des heures, prête à perdre la tête si elle ne voyait pas enfin l’extérieur, le monde, la vie. C’étaient quelques heures de liberté, d’insouciance qui avaient contribué à rendre ses premières années supportables, même lorsque les sorties restaient en nombre limité, et qu’elle n’en comprenait pas la raison — on le lui cachait, parce que c’était plus facile que de lui expliquer la portée de la vérité, sûrement. « Ce qui te fais plaisir? Va pour le diabolo menthe -tu commences à me connaitre un peu trop bien, toi- et faut absolument que j’prenne une pomme d’amour au moins une fois dans ma vie. » Elle cligna des yeux, vrilla son regard sur Pieter, sourcil froncés, air sévère — quand bien même on ne pouvait ignorer la flamme malicieuse au fond de ses prunelles. « Jure, t’en as jamais mangé ? Faudra réparer ça, pas moyen, on rentre pas tant qu’t’en auras pas goûté une ! »

Elle se laissa entraîner au milieu des stands jusqu’à la terrasse d’un bar, croisant les jambes une fois installée, le regard porté sur le tissus du parasol, doucement agité par la brise légère qui remontait le long de l’allée. Lorsque le serveur revint avec leurs deux commandes, la Riolu prit son verre — glacial entre ses doigts — et le tendit en direction de l’Evoli. « A nos retrouvailles, et à la bonne après-midi qui s’annonce ! » Elle attendit que le tintement des verres retentissent, avant de boire une gorgée de sa boisson — le Monaco était bien l’une des rares dont elle ne s’était pas dégoûtée, à force de s’enivrer avec. Verre reposé sur la table, mèche de cheveux ramenée derrière son oreille percée — simple diamant bleu à son lobe —, elle laissa ses sanguines courir le long de la rue animée, dont elle ne devinait aucune des deux extrémités. Les rires d’enfants lui parvenaient, et elle était persuadée de n’en avoir jamais entendu plus qu’ici même. Hoenn, la terre promise, songea-t-elle un instant, en se souvenant de la promesse de Roxane lorsqu’elle l’avait trouvée, à peine arrivée dans la région. T’es chez toi, ici, Lou, se persuadait-elle, sans trop savoir si c’était fondé d’y croire.

« J’crois que j’me suis jamais sentie plus en sécurité qu’ici… jamais plus chez-moi qu’ici… c’est bizarre, hein ? M’enfin, tu m’diras, Unys c’est pas vraiment le coin préféré des hybrides, même des natifs. » Elle risqua un rire, léger, un peu ténu — elle n’avait pas été si malheureuse, dans le fond. Pas avant qu’une explosion réduise sa vie à néant, et que l’odeur de poudre consumée la hante pour le restant de ses jours. Elle retint un soupir, bu une nouvelle gorgée de sa boisson, suffisamment fraîche pour lui remettre les idées au clair. Et puis, sourire un peu plus franc retrouvé, elle se pencha en direction de Pieter. « Tu comptes faire quoi, après, toi ? J’veux dire, tu vas rester à Hoenn, tu vas partir à l’aventure ? » Elle lui parlait comme si la maladie n’était pas, comme si demain était une évidence, comme si les jours suivants leur étaient dûs, acquis, assurés. Elle lui parlait, comme si la vie n’avait comme limites que l’imagination d’un adolescent, et pas quelques cellules altérées comme chaînes aux poignets et poids aux chevilles. Elle lui parlait, comme si le monde entier était à portée de ses doigts, pourvu qu’il se risque à tendre la main.
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MessageSujet: Re: We used to feel alive ; Louve   Dim 30 Juil - 13:19

T’as dix-sept ans et des fois t’oublies que toi aussi, t’as le droit de vivre. Tu passes une main dans tes cheveux pour décoller les mèches de ta peau -il faisait plus chaud que tu ne le pensais et t’avais été habitué à la clim de l’hôpital- quand le serveur revient avec vos boissons. Tu lui lances un sourire poli et le remercie, avant d’amener ton verre à cogner doucement contre celui d’Louve. « A nos retrouvailles, et à la bonne après-midi qui s’annonce ! » Tu ris doucement en hochant la tête et portes tes lèvres contre le bord, laissant la menthe couler sur ta langue. Et tu profites. Tu profites de la vue, des bruits dans la rue, des rires aux alentours et d’te sentir à l’extérieur. Toutes les petites choses que t’avais loupé toute ta vie, ces p’tits trucs qu’t’as pas vécu dans l’lit d’l’hôpital à Carmin-sur-mer. Ces p’tits trucs qui t’serrais le coeur quand t’y pensais parce que le reste du monde les trouvait banales et ennuyeuses, et tu les voyais avec tes yeux d’gamin. Le genre de trucs qui t’faisais souhaiter d’rester encore en vie quelques années,pour pouvoir mourir le plus heureux possible -pas heureux, parce que t’arrives pas à l’être vraiment avec ta leucémie. T’avais abandonné cette idée y a déjà longtemps, trop longtemps. T’avais pigé qu’tu pouvais pas l’être, alors t’as juste décidé de faire tout c’que tu pouvais pour faire comme si. Et c’était plus facile.
« J’crois que j’me suis jamais sentie plus en sécurité qu’ici… jamais plus chez-moi qu’ici… c’est bizarre, hein ? M’enfin, tu m’diras, Unys c’est pas vraiment le coin préféré des hybrides, même des natifs.» Tu le sens un peu tendue quand tu poses ton menton dans l’creux de ta main, alors tu lui souris. « C’pas bizarre. C’la même chose pour moi..enfin je me souviens plus de quand j’étais petit, mais c’est difficile de s’sentir chez soit dans une chambre d’hôpital, j’imagine. » Et le sourire qui se dessine sur tes lèvres n’est pas triste. C’était vrai; tu t’étais jamais senti à ta place, mais ici, dans cette jolie ville, avec Louve, Hana, Lucy, tout te semblait plus facile. Tu ne pouvais pas oublier ta condition de santé. Mais tu pouvais faire comme si. Et c’était plus facile.
Puis quand Louve se penche vers toi, tu hausses les sourcils en t’avançant également un petit peu, curieux. « Tu comptes faire quoi, après, toi ? J’veux dire, tu vas rester à Hoenn, tu vas partir à l’aventure ?» T’inspires longuement en reculant sur ta chaise, le dos collé contre le dossier. Après. Tu pensais pas à ton futur. T’avais pas appris à l’faire, à t’organiser des plans pour plus tard parce que tu sais à quel point ça peut être décevant. Parce qu’il y a toujours un risque, toujours un et si, toujours quelque chose qui peut arriver qui t’fais regretter d’avoir désiré. Mais là, maintenant, p’têt que t’as le droit d'espérer quelque chose; p’têt que t’as l’droit d'espérer un avenir de plus de deux semaines, p’têt que t’as le droit, pour une fois, d’rêver un peu. « Je sais pas trop.. J’ai mes parents à Carmin-sur-mer mais j’me sens pas d’y retourner. Mal des transports, p’têt. Le trajet jusqu’ici était déjà compli-» La suite de ta phrase se fane sur ta langue quand tu remarques le serveur de tout à l’heure revenir et déposer un papier sur la table. T’hausses les sourcils, tu l’regardes partir et retournes le bout de papier blanc, t’attendant à voir l’addition. « Euh, Lou?» Les sourcils froncés, tu lui tends le papier en penchant doucement la tête, tes yeux fuyant vers le jeune serveur un peu plus loin qui t’observait du coin de l’oeil. « Pourquoi il m’a donné ça?» Une suite de chiffre qui était clairement un numéro, et t’avais aucune idée de la raison pour laquelle un parfait inconnu donnerait quelque chose d’aussi personnel à un autre parfait inconnu.
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