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 My strength for once ; Ange

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Yûki
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random: ici petit poney

MessageSujet: My strength for once ; Ange   Lun 7 Aoû - 10:13

Hôpital psychiatrique.

T’en entendais parler. De loin. Nirvana t’en parlait. Elle peignait un tableau sarcastique et cassant des murs blancs, et des êtres qu’elle y croisait. Des médecins, aussi ; toutes leurs belles années passées assis sur des bancs d’école, et ça t’refile des cachets qui peuvent te tuer. Elle riait en agitant la petite boîte, ça s’entrechoquait à l’intérieur, en un bruit presque apaisant, en même temps qui t’filait des frissons. T’avais l’air con, silencieux, à peine capable de la regarder, jamais foutu de t’marrer quand elle plaisantait. Tout l’temps, mais pas sur les sujets qu’il fallait.

Tu n’pensais pas finir ici, un jour. 
Tu n’te sens pas fou, faut dire. 
Juste un peu paumé
un peu dérangé
un peu au bout d’ta vie

mais surtout pas fou.

Pas comme eux semblent le croire. Dépression, folie, la nuance est peut-être plus faible que tu ne l’imagines ? La gorge nouée, tu poses sur le monde qui t’entoure un regard étrange, un regard de travers ; lourd de reproches. Tu n’devrais même pas être ici, pourquoi on te pousse aux portes d’un putain d’asile ? « Sante... » Le mot s’étrangle dans ta gorge ; t’inspires difficilement, et sa main qui se resserre sur ton épaule t’aide à ne pas flancher. Ancrage dans le monde réel, douloureux, un peu trop, mais t’assures, t’assumes. « T’en fais pas, Rom, ça va aller. » 

Ça va aller.
T’y crois plus, tu n’sais même pas si t’y as déjà cru, finalement.
Les mots pour rassurer

Tu lèves les yeux dans sa direction, il t’adresse un sourire mais c’est tout de faux, tout de toc ; tu devines la souffrance dans ses prunelles, l’incompréhension. La déception, peut-être, l’amertume de l’échec. T’as du mal à avaler ta salive, t’enfonces les mains dans tes poches pour étouffer leurs tremblements, traîtres de l’angoisse qui te ronge. Tu n’veux pas rester là. « P’pa j’suis obligé ? » Ses doigts serrent un peu plus fort encore, et tu trembles, tu trembles, t’as presque mal. « C’est pas pour longtemps. » Il esquive la question ; c’est plus facile de dévier que de chercher les paroles les plus justes. Celles qui préservent sans être trop malhonnêtes, celles qui ne feront pas couler les larmes mais n’allumeront pas l’espoir sans braise

Une femme s’approche, ses talons claquent contre le sol en un son qui te fait grincer des dents. Tu lances un regard dans sa direction, et c’est une colère viscérale qui y brûle. Elle sourit, elle cille quand elle t’observe, mais l’illusion est parfaite. Mascarade, rictus poli, presque forcé.

Un gosse difficile en pleine crise existentielle.
Un parmi tant d’autres — t’es rien d’plus que ça, ici.

Tu t’écartes, tu laisses ton père s’occuper des dernières formalités, la paperasse qui scelle ton destin pour les semaines à venir — enfermé, dans un putain d’asile de fous. Mais t’es pas fou, bordel, t’es pas fou, t’es juste cassé, t’as juste envie d’crever. C’est pas pareil, c’est pas pareil, alors pourquoi on t’enferme, putain ? Tu comprends pas, tu cherches, tu cherches une réponse au milieu des prospectus du panneau d’affichage — comme si les brochures et les petites annonces savaient mieux que toi comment tourne le monde, comme si elles allaient te dire les secrets, les pourquoi, les comment. T’es tellement paumé que maintenant, t’espères trouver ton salut sur un bout de papier coloré — à défaut des pilules.

Tu ne sais pas combien de temps tu restes là, tes mèches blondes devant les yeux, à lire et relire une bonne trentaine de fois la même ligne. « let us help you find your piece of paradise ». Ça te ferait presque marrer si t’avais pas comme un sanglot en travers de la gorge. C’est d’la torture, de la putain de torture ; on te parle de partir alors qu’t’es à peine arrivé, et qu’t’es même pas certain de quand est-ce qu’on te laissera sortir.

C’est quand, qu’tu n’seras plus considéré fou ?

« Romeo ? » Tu lèves les yeux, c’est Santiague qui te regarde, hésitant, maladroit, comme incertain de ce qu’il est censé dire, censé faire. T’as voulu te foutre en l’air, il ne voit plus rien d’autre en toi que l’fils qui a failli y passer. Il inspire, il se pince l’arrête du nez ; et puis, il cède, ses bras t’enlacent et son parfum piquant t’emplit les narines — t’as envie de pleurer, putain. Pourtant, tes ambres sont pleines de rancoeur, lorsqu’il se risque à s’y perdre — tu lui en veux, tu leur en veux de laisser faire ça. 
Ses pupilles s’en vont se perdre plus bas, sur ton poignet bandé qu’il tient soigneusement entre ses mains, le blanc hospice du pansement qu’il caresse du pouce — il tremble, lui aussi. « Tu rentreras vite. » Arrête de mentir. « Ouais. » Le ton était froid, comme sans appel — tu n’essaies même plus d’attendrir, tu veux faire payer. « Tiens » Il te tend de la monnaie, te la pose au creux de la paume. « T’appelles quand tu veux, ils ont des cartes à filer. » T’hésites, acquiesces lentement en enfonçant les pièces au fond de ta poche. « Ouais. »

Une grimace.
Tu le blesses.

Il se tait, il t'ébouriffe les cheveux, il t’adresse un dernier regard que tu connais bien — courage, tu peux l’faire — puis il disparaît. Tu l’observes qui s’éloigne, qui passe les portes et s’efface dans la lumière vive de l’après-midi. Quand il sort de ton champ de vision, ton monde entier s’ébranle, manque s’effondrer — tu serres les dents, tu serres les poings. « Monsieur Eastwood ? » Tu étouffes un sursaut, tu regardes par dessus ton épaule — furibond. « Quoi ? » tu craches, et ses doigts se resserrent sur les feuilles qu’elle tient à la main — l’autre se tend vers toi. « Vos clefs. » Tu t’en saisis — sans un merci. Sourire crispé aux lèvres, elle t’invite à la suivre, et elle t’assomme d’informations — numéro de chambre, heure des repas, des douches, des séances de thérapie individuelle, celles de groupe, le nom de tes médecins, t’écoutes à peine, tu ne retiens rien. 

T’es même pas certain qu’elle ait terminé, quand tu t’éclipses sans un mot.

Quand tu rejoins ta chambre, le dîner est déjà bien entamé — t’as même pas été au réfectoire, tu crèves la dalle mais t’as pas le courage de te mêler à la foule de dégénérés — et il fait nuit. T’as le feu aux veines, les crampes à l’estomac, les vertiges et les bouffées de chaleur — tu crèvesà petit feu du manque qui se fait sentir. Mais y’a rien ici, rien à faire, tu peux pas t’shooter, t’as pas ton matos, t’as pas tes produits, t’as pas de quoi assurer la sécurité d’un échange même si t’arrives à contacter Daemon. T’as même pas de tunes, pas assez pour une dose, à peine ce qu’il faut pour des restes coupés de camelote douteuse.

Tu souffres, tu t’étioles, t’as besoin d’ta dope pour pas t’sentir mourir.
T’étouffes, tu t’étrangles, tu t’asphyxies en silence pour ne pas qu’on te remarque.

Tu pousses la porte, tu la claques presque dans ton dos — second lit encore désert, quand bien même les affaires déballées témoignent d’un colocataire. Au réfectoire, tu songes ; tu ne t’y attardes pas plus longtemps, tu t’assois sur ton lit, tu vires tes chaussures et tu t’allonges, dos à la porte, face à la fenêtre contre laquelle des gouttes de pluie viennent éclater. La pièce est plongée dans la pénombre, les stores levés laissent la lumière des réverbères du parc glisser jusqu’à ton matelas. Tu tends la main, tu regardes les formes étranges qu’y dessine l’eau sur la vitre, t’es comme fasciné par l’étrange spectacle. Ça t’apaise, ça te calme, tu respires un peu mieux et tes haut-le-coeur se dissipent, mais tu crèves toujours de n’pas sentir l’héroïne au creux d’tes veines

Tu te sens partir, un peu, tu divagues, t’es dans cet entre-deux nébuleux — éveil, sommeil —, t’as le poids du monde sur tes épaules et ça t’épuise, t’as le brasier dans le sang et c’est trop lancinant pour que tu sombres vraiment.

Tu gémis, tu retiens un sanglot —
tu l’réprimes en mordant ton poignet, aussi fort qu’tu peux.

Visage au creux des draps froissés entre tes doigts crispés par le supplice, par la détresse, t’as l’air d’un animal blessé, estropié, bête sauvage captive à l’agonie. T’appelles Marvel, t’appelles Santiague ; tu donnerais tout pour être loin, avec eux à Haylen plutôt qu’ici, au royaume des fous, des aliénés. De nouveau, t’as du mal à respirer. 

Et t’es tellement loin, déjà parti, déjà à dix mille dans ta douleur, qu’t’entends même pas la porte qui s’ouvre derrière toi, sur c’gosse bousillé qui changera la donne d’tes mois à venir entre ces quatre putains de murs trop blancs.


Dernière édition par Yûki le Lun 7 Aoû - 10:32, édité 2 fois
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Yûki
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MessageSujet: Re: My strength for once ; Ange   Lun 7 Aoû - 10:14

Tu t’roules en boule contre le mur et t’essaies de te boucher les oreilles. C’était pas facile d’avoir le silence ici quand le monde semblait crier autour de toi. Tu grimaces, tu t’sers un peu plus contre toi-même. T’aimes pas le bruit, t’aimes pas leur cris, t’aimes pas cette pièce, t’aimes pas le sol glacé qui te gèle et les barreaux à la fenêtre. Tu renifles et enfouis ta tête sous tes bras, tu fermes les yeux et t’attends, t’attends, tu pris dans le silence une divinité en laquelle tu crois pas. Laissez-moi sortir. Laissez-moi sortir. T’as les larmes qui secouent tes épaules et les sanglots qui te font gémir.

Tu sais pas c’que tu fous ici, tu sais pas jusqu’à quand; tu sais à peine qui t’es, quel mois t’es, en quelle année tu t’situes. C’est difficile de savoir, ici. C’est affreusement injuste, tellement illogique, si absurde. T’as envie de partir, de t’évader, quitte à crever. Ouais, c’est ça. T’as envie de claquer.
T’as pas grand chose à perdre.
T’aurais déjà du crever avec Angelina y a neuf ans.
Si y a un Dieu la-haut il doit bien se foutre de ta gueule. Le p’tit gamin dans son coin qui gémis au milieu des fous, le p’tit gamin traumatisé et instable qui s’identifie à rien et tout en même temps. Tu sais qu’c’est pas bon pour toi de rester là, tu t’en es rendu compte trop tard, quand t’as commencé à répéter des phrases -comme Georgia-, quand t’as commencé à hurler sans prévenir -comme Lucrezio-, quand t’as enfoncé la tête d’une fille dans le mur par accès de rage -comme Yelena. Ça t’faisait mal de l’savoir, ça t’faisait mal de l’sentir, d’rien pouvoir y faire à part laisser les infirmiers te shooter aux calmants et à la morphines. A quel moment t’étais censé aller mieux?

Qui avait le droit de te condamner à pourrir ici? On t’avait dit que c’était pour ton bien, mais ton bien, il s’est évanouit sous les décombres. T’en venais même à manquer les intraveineuses plantées dans ton corps, le bruit incessant de ton coeur, les années à dormir et le manque de sourire de ta mère. Ta mère, t’avais aucune idée de si elle était encore en vie. De ce qu’elle avait pensé quand elle avait su que t’étais dans le coma, si seulement elle l’avait su. Ta mère, ton père, ton frère te manquaient, tout te manquait, parce que la solitude te brisait.

Quand on entre dans ta chambre pour te dire d’aller manger, on en a rien à foutre que tu pleures contre le mur. Y a plus important à s’occuper. Souvent c’était comme ça, ici, y avait toujours plus important. T’étais jamais assez pour avoir l’attention; sauf quand tu convulsais par terre parce que t’avais vu que ça marchait avec Sasha et ton cerveau l’enregistrait. Mais tu bouges pas et tu te sers un peu plus contre toi-même, tu renifles et fermes les yeux. Fort. Trop fort.
On finit par t'attraper et te tirer en dehors de ta chambre, tu te débats, tu gémis, tu pleures, t’as peur, t’as peur, t’as peur. La-bas t’sais qu’il y a Felix, tu sais qu’il va te cracher dessus, t’insulter, te menacer, te mépriser, te torturer l’esprit, tu sais tout ça parce que c’est comme ça tout les jours. T’as trop peur de lui parce qu’il te connaît trop bien, parce que t’as peur de son regard, t’as peur de son avis, t’as peur de ses mots, t’as peur de lui. Il était pas comme ça, y a dix ans. Il a jamais été comme ça. Mais toi t’étais pas là, t’es juste revenu en vie et ça lui a suffit.

Tu sens son regard brûlant de haine quand tu manges dans ton coin, tu sens l’humidité dans tes yeux et ta gorge se nouer. T’as pas faim, t’as rarement faim ici. C’est difficile de manger, ici. Dès que tu peux, tu t'éclipses, rapidement, t’esquives la foule, tu veux juste retourner dans ta chambre, te rouler en boule dans ton lit, te boucher les oreilles et oublier le reste. Mais t’as Georgia qui te barre le passage, avec son petit sourire innocent et ses gestes tendres. Elle tend la main vers toi, tu sais qu’elle est paumée, tu sais qu’elle cherche de l’aide, et t’es trop fatigué pour l’envoyer bouler. Georgia, elle a huit ans, elle est bipolaire, traumatisée et presque muette. Elle a rien à faire ici. Mais tu l’attrapes par la main et tu l’accompagnes, gentiment, vers sa chambre, près de la tienne. Et les seules choses qui accompagnent votre marche, c’est les cris hystériques au loin, et le « Elle est où maman? Elle est où maman? Elle est où maman? » continuellement murmuré par la gamine.

Putain, c’était injuste.

Quand t’arrives près de sa chambre, tu déposes un baiser sur son front et elle passe ses bras autour de ta taille. Tu sais pas trop quoi faire avec elle, parce que tu sais que le lendemain, elle serait capable de te grimper dessus et t’arracher les cheveux par accès de rage. C’est difficile de se contrôler, ici. Alors tu lui souris et tu repars vers ta chambre, t’ouvres la porte et la referme.
Y a quelqu’un. Dans le lit auparavant inoccupé, une forme humaine se découpe sur les draps. Une forme qui sanglote, qui halète, avec la respiration longue et laborieuse. Tu savais pas vraiment ce qui se passait, mais t’as jamais trop réfléchis. Tu franchis la distance, tu te penches par dessus ton, apparemment, nouveau colocataire et tu frisonnes. T’es un peu con d’y aller comme ça, parce que tu sais pas comment il peut réagir. Tu sais pas vraiment pourquoi il est là, mais t’as ton instinct qui prend le dessus, alors tu poses d’abord un genou sur le matelas, puis tu t'assois.
Et tu le prends dans tes bras.
Tu le sers contre toi, une main dans ses cheveux, l’air inquiet et les gestes maladroits. « Ça va aller. Ça va aller. Calme-toi. » Arrête de mentir, Eden. Tu sais bien que c’est faux, tu sais bien que tu lui mens délibérément. Mais tu peux pas le voir comme ça sans rien faire. T’essaies peut-être de te convaincre aussi. Que ça va aller. Qu’un jour tu sortiras, qu’un jour ça ira mieux. C’est difficile de survivre, ici.
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Yûki
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MessageSujet: Re: My strength for once ; Ange   Lun 7 Aoû - 10:15

T’entends rien, t’es loin, t’es tellement loin que le monde pourrait s’effondrer et tu ne verrais rien. T’as mal, mal à en crever, tu brûles d’une de ces fournaises acides à laquelle tu préférerais mille fois l’agonie à cœur ouvert. Au travers du tissu chiffonné, tes ongles entament la paume de ta main — et c’est l’envie de faire couler ton sang qui revient, tout à coup, et tu la réprimes, et tu l’étouffes. Si tu t’en fous de t’foutre en l’air à coup d’héroïne, t’as honte de la morsure de la lame sur ta peau, chaque fois que tu cèdes, chaque fois que tu craques, chaque fois que l’monde a raison d’toi et d’ta volonté de gosse éperdu d’effroi.

Tu supplies le ciel de t’laisser crever, là, maintenant, tout de suite.

T’entends rien, t’es loin, t’es tellement loin que le monde pourrait cesser de tourner, le soleil s’éteindre à tout jamais, l’apocalypse commencer qu’tu verrais rien, tu t’en foutrais. T’as mal, mal à crever, t’as la respiration entrecoupée de plaintes douloureuses, tu n’pleures pas mais c’est tout comme, tu n’pleures pas, pas de larmes, pas de perles salées, et pourtant t’as le vague à l’âme et le vide au coeur — y’a le plus rien et l’océan du néant qui balaient le tout de ce qui pouvait subsister.

T’entends rien, peut-être à peine la pluie contre les carreaux de la chambre, mais tu sens le poids sur le matelas, dans ton dos ; tu sens la présence tout à coup, tu sens les bras qui te retiennent, délivrance plutôt que pénitence. Tu sursautes, tu hoquettes — y’a cette part de toi qui est terrifiée, qui tente de se débattre, et l’autre qui s’abandonne à l’étreinte sans même chercher à savoir l’identité de l’être derrière toi. Y’a cette main dans tes cheveux — un instant, tu croirais presque sentir celle de Santiague, de Marvel peut-être, c’est tendre, c’est rassurant, comme ces nuits agitées qu’ils venaient apaiser lorsque tu hurlais le prénom de Nirvana sans même émerger tout à fait. 

« Ça va aller. Ça va aller. Calme-toi. »

T’aimes pas ces mots, t’aimes pas cette promesse
Santiague t’a dit la même chose —
t’aimes pas ce mensonge.

« Ta gueule » T’as presque gémis, c’était lâché d’une voix brisée, éraillée par l’angoisse, par la souffrance — t’as tellement mal, putain. T’as des vertiges, la tête qui tourne — pourtant, t’as même pas bougé, pas d’un iota, t’as juste parlé, tu lui as juste dit de la fermer, de ne pas mentir. T’as mal, partout — les bras, les jambes, tes muscles crient à l’agonie et la douleur te lance jusque dans la nuque, jusque dans le crâne —, t’as le coeur qui bat vite, beaucoup trop, il cogne si fort qu’t’as l’impression qu’il va te lâcher, en une minute, une seconde, le battement de trop.

Tu claques des dents, tu t’agites et ta main se referme sur le poignet qui t’enlace — tu serres, tu serres autant que t’as mal et tu claques des dents ; t’as la nausée, cette putain d’envie de gerber qui revient à l’assaut de tes tripes, la bile dans ta gorge et les pupilles dilatées. « J’ai froid putain » t’as sifflé entre tes mâchoires obstinément refermées sur ta langue.

T’as froid jusqu’aux os —
Pourtant t’es brûlant, tu transpires sous ton sweat épais.
Tu t’sens juste crever

Ta main libre accroche le bandage de ton poignet, tes ongles crochètent le pansement, avec l’empressement et la maladresse de ton épouvante, de la panique qui te saisit — tu crèves d’envie de l’arracher, de voir le sang couler, d’avoir mal par choix et pas parce que ton corps te hurle sa propre envie d’pourrir sous la drogue. « Un truc qui coupe j’veux un truc qui coupe n’importe n’importe quoi j’m’en fous j’veux juste que ça coupe» Tu te débats, tu sanglotes, tu trembles comme t’as jamais tremblé — t’as l’impression de vaciller, pourtant t’es toujours allongé. 

Tu n’y arrives pas — le bandage résiste à tes mains malhabiles — alors t’abandonnes, t’abandonnes la lutte et tu sombres dans la détresse, tu t’immobilises et ton souffle se coupe. De longues secondes, tu n’esquisses plus le moindre geste — puis tu tousses, tu hoquettes, tu peines à reprendre ta respiration. T’es bouleversé, affolé et, cette fois-ci, les larmes franchissent le barrage de tes paupières, closes entre temps. Tes épaules sont secouées par les sanglots, et toi, toi t’es secoué par l’monde entier.

« Désolé j’suis désolé putain j’suis désolé »

Tu craques, tu flanches, tu serres un peu plus fort cette main entre tes doigts, ce raccord à la réalité, ce qui te permet de ne pas te perdre, de ne pas t'égarer — t’es là, t’es vivant, il y a autre chose que la combustion de ton être accidenté. Il y a autre chose que ce putain de manque qui te bouffe jusqu’à la moelle et qui finira par t'faire claquer.
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MessageSujet: Re: My strength for once ; Ange   Lun 7 Aoû - 10:15

Tu t’sens coupable, un peu, de c’mensonge; mais ici on t’apprends pas à être sincère, ici les faibles et les coeur aimant sont morts pour de bon. ici c’est la survit, et la survit passe par le mensonge. Des fois tu t’crois en prison; la difference, c’est que le personnel fait comme si ils étaient les gentils. Y a pas de gentils, ici. Des survivants et c’est tout. « Ta gueule » Tu flanches pas, parce que ces mots tu les as trop entendus. Tu t’tais juste, tu continues de passer ta main dans ses cheveux, tu fais ton possible, tout ton possible, pour le calmer. Il tremble et gémit, tu fermes les yeux en le serrant. T’essayais de lui donner ce que tu crevais d’envie d’avoir à chaque fois qu’t’étais dans un état similaire. Un truc aucun te rattacher, une présence, une chaleur, juste un truc qui t’dis qu’t’es pas tout seul dans ton monde, qu’y a pas tout qui s’est écroulé, qu’il reste encore un bout d’humanité quelque part.

Il t’attrape le poignet et le sert, et même si ça fait mal, même si le sang circule mal, tu l’laisses faire. Tu sais pas vraiment pourquoi tu le laisse t’abimer alors que t’as tellement peur des autres, t’as tellement la trouille de ce qu’ils peuvent de faire quand la colère contrôle leurs gestes. T’as p’têt la trouille, là, t’es p’têt effrayé par ses paroles, par ses gestes, ses tremblement et sa poigne. Sans doute. T’es toujours effrayé par le monde. « J’ai froid putain » Tu fronces les sourcils, tu l’sers encore un peu en amenant ta main sur son front. C’est pas d’la fièvre, pas vraiment, mais t’as sa main moite sur ta peau et tu sens ses vêtements coller sur la sienne. t’oses pas ramener le draps sur lui, t’sais pas trop quoi faire à pars rester là sans rien dire. Mais tu l’vois essayer de retirer le bandage sur ton poignet et il t’en faut pas beaucoup plus pour piger pourquoi il est là. Il t’en faut pas beaucoup plus pour t’dire que vous êtes un peu pareil, sauf que lui il a sauté le pas. Toi t’attendais d’avoir un moment pour te pendre dans ta chambre. « Un truc qui coupe j’veux un truc qui coupe n’importe n’importe quoi j’m’en fous j’veux juste que ça coupe » T’as le coeur qui s'accélère et la panique qui t’inonde. « Arrête arrête arrête arrête arrête arrête arrête arrête arrête. » ça y est, c’est instinctif, ça sort tout seul, comme Georgia, t’sais pas trop c’que tu dis, t’sais juste que c’est ton cerveau qui marche et qu’il dit c’que tu penses, il dit la vérité qu’tu veux jamais dire. J’veux sortir. Laissez-moi. Arrêtez. J’veux crever. Toujours la même chose.

Il s’débat dans tes bras et tu résistes; t’as l’air d’être plus fort que lui, et tu peux que remercier ton enfance à la dure, le self-defense que t’as appris parce que t’avais pas le choix, les muscles naturels de ceux qui grandissent dans la rue et les ruines. Et le temps passe et tu résistes, tu t’balances doucement, tu l’berces un peu jusqu’à ce qu’il se calme. T’écoutes rien d’autre que sa respiration -pas les cris dehors, pas les rires hystériques, les bruits de pas, de course, de poings, de tentative de survie- et tu calcules pas le temps qui passe, mais tu sais que tu pourrais rester longtemps à l’aider, longtemps à le bercer jusqu’à ce qu’il s’endorme. Tu sais pas pourquoi, tu sais juste, pas pourquoi.

Puis il sanglote, il s’agite -de sanglots cette fois-ci- et tu t'aperçois que tes joues aussi sont mouillés. T’as souvent joué les dures, t’as souvent pleuré avec les autres. T’as toujours, toujours, toujours, été trop émotif. « Désolé j’suis désolé putain j’suis désolé » Tu continues, t’arrêtes pas, t’enfouis ton nez dans ses cheveux et tu fermes les yeux en laissant tes larmes rouler jusqu’à son crâne. « C’est rien, c’est rien, c’est rien. » C’était juste un murmure continues qu’tu glissais dans son oreille pendant que tu sers aussi sa main, pendant qu’t’envoyais le même message. T’es pas tout seul. T’es pas tout seul.
Vous étiez plus tout seuls.

Doucement tu l’retournes pour voir son visage, t’essuies ses joues avec ta manche, avec ton petit sourire et tes yeux inquiets, avec ton air de chien battu qu’tu quittais presque jamais. « EH ÇA A FINI DE CHIALER?! » T’ignores la plaine de la chambre d’à côté; en d’autres circonstance t’aurais grogné, tu te s’rais déplacé pour lui hurler dessus, quitte à te faire frapper. T’avais l’habitude, c’était pas grave. « L’écoute pas. » Tu savais que s’il avait besoin de pleurer il devait pleurer. C’était pas comme si on pouvait le contrôler. C’était les émotions, et les émotions étaient toujours plus fortes. Toujours.

« Ça va aller? Dans la mesure du possible. Ça va jamais bien ici, mais on survit. » T’avais cette voix douce que t’avais emprunté à Angelina, à l’époque où elle était encore vivante. Tu t’doutes que dorloter les autres pensionnaires c’est pas la meilleure idée. Mentir aux autres non plus sauf quand les autres, c’est soi-même. Se mentir ici, c’est un bon truc pour se sentir vivant. « Comment tu t’appelles? » 


Dernière édition par Yûki le Lun 7 Aoû - 10:16, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: My strength for once ; Ange   Lun 7 Aoû - 10:16

Arrête, arrête, arrête, ça tourne dans ta tête ; arrête, arrête, arrête, ça fait mal, ça lance, ça lancine, tu hoquettes de plus belle, t’as comme l’impression qu’le moindre bruit aura ta mort tant c’est douloureux. T’avais presque oublié à quel point le manque est déchirant, à quel point le manque bousille, démonte, à quel point t’es rien, à quel point t’es pitoyable sans ton poison dans les veines. Arrête, arrête, arrête, c’était ce que tu disais toi aussi, ce que tu répétais à la chaîne comme une litanie quand c’était Nirvana face à toi, quand c’était elle qui crevait sous tes yeux, elle qui voulait s’foutre en l’air. Arrête, arrête, arrête, t’as supplié, mais elle ne s’est jamais arrêtée. Elle ne s’est jamais arrêtée.

T’es désolé.
T’es désolé, mais dans l’fond c’est quoi, ça sert à quoi, t’excuser ; de c’que t’es, de c’que tu fais ? T’es même pas sûr, t’es plus sûr de rien à vrai dire — y’a tout qui s’effiloche sous tes yeux, ta vie, ton corps, t’as l’impression d’être bouffé de l’intérieur, rongé par de l’acide, addiction à l’héroïne pour les intimes. T’as tellement mal, putain. Et c’est rien, c’est rien qu’il te dit — t’es un raté, une enflure, une fêlure mais c’est rien, laisse tomber, t’es un connard, t’es pitoyable mais c’est rien, c’est un détail. C’est rien et ça ira.

Tes mains tremblent sur les siennes, t’arrives pas à te calmer, il est là, t’es pas seul mais c’est pas suffisant. Y’a tout, toutes tes peurs, toutes tes faiblesses — t’es faible, là, maintenant, t’es rien face au monde, t’es rien avec tes erreurs, tes actes manqués et tes mauvais choix, t’es rien, un électron comme un autre, t’as juste une orbite incertaine, un peu foireuse. Tu n’tournes pas comme tout le monde, mais c’est rien.

T’as envie de tout, de rien —
être partout, sauf ici 
chez toi, avec tes pères 
cuisiner avec Marvel
jouer aux jeux vidéos, peut-être
gratter les cordes de ta guitare, sans doute
crever, certainement

Tu retiens ton souffle, t’essaies d’inspirer mais c’est laborieux — t’as cet étau qui enserre tes poumons, qui t’empêche d’inspirer vraiment. La gorge en feu, tu tousses, tu tousses à n’en plus finir, même lorsque celui derrière toi te tourne doucement. T’es sur le dos, et tu tousses violemment, encore, et encore — t’as le visage au creux du coude, le tissu de ton sweat désespérément agrippé par ta main libre, comme si ça pouvait t’aider, t’apaiser. Rien n’y fait.

« EH ÇA A FINI DE CHIALER?! » Tu te figes, tu grognes, tu te fais violence pour rouler sur le côté et te redresser légèrement — t’as les yeux rouges, gonflés de larmes, la voix rauque, et tu trembles, tu trembles et l’on a l’impression que tu vas t’effondrer, d’une seconde à l’autre. « VA T’FAIRE FOUTRE CONNARD ! » T’as mal, t’as trop mal pour te taire, t’as trop mal pour être jugé — tu les détestes, tu les hais, ces fous, ces dégénérés, qu’ils crèvent putain, qu’ils crèvent. « L’écoute pas.» Tu tousses à t’en arracher les poumons, encore, mais au moins ça t’apaise — un peu. S’il gueule encore, de l’autre côté, tu ne l’entends pas, tu ne l’entends plus. Tu ne l’écoutes pas. Tu te laisses retomber sur le matelas, tu fixes le plafond sans vraiment le voir, tu cherches juste un peu de calme pour faire cesser le tumulte — dans ton crâne et dans tes chairs.

« Ça va aller? Dans la mesure du possible. Ça va jamais bien ici, mais on survit. » Tu ricanes — mais ça brûle tellement que t’arrêtes bien vite. Même respirer te demande un effort considérable pour ne pas laisser une grimace douloureuse s’imprimer sur tes traits — mais y’a la lueur de l’affliction jusque dans tes ambres brouillées de larmes. « Nan. » Tu n’mens pas — t’as pas appris à faire ça. Tu vas mal, tu n’diras pas l’contraire, même pour sauver les apparences — surtout pour sauver les apparences.

T’aurais l’air encore plus pitoyable, avec ta fierté usée jusqu’à la corde, ton ego mal assuré, disloqué comme une poupée mal agencée.
Tu n’mens pas, t’es même un peu trop franc — pourtant, tu retiens le pire ; ça n’ira jamais.

Ton nom. Ton nom ; il te demande ton nom. Tu cilles, t’as un moment d’absence — ton nom. C’est anodin, mais t’as c’t’impression de sortir d’un sommeil qui aurait duré des années, un long rêve si tangible que t’aurais du mal à reprendre pied, et qu’tu serais incapable de différencier le songe de la réalité. T’es dérangé — tu t’sens un peu fou, ce soir, à dire vrai. Au moins, cet entre-deux étrange, inconsistant te permet-il de reprendre contenance — un peu —, de retrouver une respiration régulière — presque —, de dissiper la douleur qui noue tes muscles — trêve éphémère dans cette guerre contre le manque.

« Romeo. »
C’était un souffle, rien qu’un souffle un peu ténu ; de peur d’entendre ta voix brisée, peut-être. 
Tu te redresses, lentement, avec mille précautions — le moindre geste t’arrache une douleur vive, et tu luttes pour ne pas replonger dans les larmes, dans ta crise ; la limite est faible entre l’accalmie et l’ouragan. « Et… Et toi ? » T’as les mots hésitants, le coeur au bord des lèvres — mais t’as tellement peur de la brûlure que tu le réprimes, ce malaise qui te ferait sans doute t’écrouler si tu te risquais à te lever. 

Tu baisses les yeux, tu joues sans vraiment y prêter la moindre attention avec les usures de ton jean sombre, le regard posé sur le pansement de ton poignet — et t’as honte, t’as tellement honte, de ce que t’as fait, de ce que t’as demandé, de ce que t’as essayé de faire, que l’envie est encore plus forte de recommencer. Tu serres les poings, tu reposes ta tête contre le mur derrière toi, et tu laisses tes pupilles courir sur le plafond — encore, toujours, et le blanc cassé, même plongé dans l’obscurité ambiante, te répugne. « J’suis pas fou... » Tu souffles, et c’est comme un gémissement désespéré. « J’te jure j’suis pas fou, j’veux pas rester là j’suis pas fou... »

Mais t’es certain de rien, t’essaies de te rassurer mais c’est infructueux — tu flippes, tu flippes tellement ; et si c’était ta place, et si t’étais fou, et si c’était normal que tu sois là ? Tu déglutis, tu réprimes cette envie de pleurer qui revient te secouer d’assauts virulents — t’as mal.

Tout à coup, c’est en direction du type à tes côtés que tu tournes la tête ; tu prends le temps de le détailler du regard — il doit avoir dans les alentours de ton âge, il a l’air triste, même avec ce sourire rassurant aux lèvres, comme si ça n’valait pas grand chose ici ; il a la peau plus sombre que la tienne, les traits un peu moins dessinés, comme s’ils n’avaient pas tout à fait quitté ceux de l’enfance. Tu ne sais pas si ce sont les ténèbres de la pièce qui assombrissent ses yeux, mais tu les discernes d’un noir d’encre, tant que tu serais capable de t’y perdre, de t’y noyer — tu ne t’en prives pas, tu t’y égares, tu t’y abandonnes complètement, comme si c’était tout ce qui te tenait encore le coeur battant, pour quelques minutes supplémentaires.

« J’suis pas fou. »
Qui essaies-tu de persuader, Romeo ?
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MessageSujet: Re: My strength for once ; Ange   Lun 7 Aoû - 10:17

« nan. » T’as pas besoin d’plus, tu sais qu’il t’aurais menti s’il avait dit qu’il allait bien. C’était souvent comme ça ici, parce que personne va bien et y a peu de gens qui daignent encore le nier. On s’rend à l'évidence au bout de quelques jours ici, on s’dit que l’espoir c’est pas ce qu’il y a de plus concret, que c’est pas ça qui va nous sauver d’ce merdier. Puis tu lui demandes son nom et il s’immobilise, t’hésite à lui redemander, tu sais pas s’il a entendu la première fois ou pas. Mais t’attend quelques secondes -tu peux bien attendre, c’est pas comme si t’étais pressé, pas comme si t’avais une vie derrière qui t’attendais- et dans l’silence y a son souffle qui fait écho. « Romeo. »

Romeo.

Romeo qui gigote dans tes bras pour se redresser alors tu l’relâches, tu t’remets droit en passant une main derrière ta nuque. Il s’appuit contre le mur, tu te tiens en tailleur comme un gamin avec ton sourire d’idiot -d’idiot un peu triste, faut pas s’mentir- collé sur visage. « Et… Et toi ? » Tu l’dévisages, le Romeo, pendant qu’il baisse la tête, tu t’mord doucement la lèvre avant de répondre « Ange. » C’est un peu faux au fond, cette voix hésitante, c’est un peu faux; t’es pas vraiment Ange, t’es pas vraiment Eden, tu sais pas vraiment t’es qui depuis ton réveil. T’aimais l’être, tu sais que t’aimerais l’être -Ange, ou Eden, qu’importe, t’aimerais être quelqu’un- mais t’es trop sûr de rien. Ici on t’appelle Van Juong -et on l’déforme le nom de ton père, c’courageux père parti pour la guerre- , on t’appelle le mioche, t’as pas trop de nom. Tu t’présentes sous Ange parce que tout c’que tu sais, c’est qu’Angelina est morte à ta place, parce qu’elle devrait être vivante et toi mort, et que pourtant, c’est d’la haine que t’as, pas d’la culpabilité.
Et c’que tu peux t’détester pour ça.

Il lève la tête au plafond quand tu baisses la tienne sur les draps, serrant un d’tes poignets dans ta main; tu la sens encore la sangle qui t’retenait au lit de l’hôpital, quand tu t’es réveillé et que t’as compris c’qui s’était passé. Ça fait quelques semaines déjà, p’têt plusieurs mois, mais tu les sens encore, ces douleurs fantômes. Tu respires un grand coup, tu retires tes pensées sinistres de ton esprit, même si t’as du mal parce que faut t’rendre à l'évidence: y a que ça, dans ta tête. « J’suis pas fou... J’te jure j’suis pas fou, j’veux pas rester là j’suis pas fou... » T’as ton coeur qui se ressert sous sa voix brisée, t’as ta main qui s’avance un peu vers lui mais qui s’immobilise. Vous êtes tous là pour une raison -une bonne ou une mauvaise, ils s’en foutent- et tu t’doutes bien qu’personne est innocent, pas même lui. Tu sais pas pourquoi, tu sais pas si c’est tant justifié, p’têt que vous êtes pareil; t’espère juste qu’il finira pas comme toi, au fond du trou, à absorber les conneries des autres, à empirer de jour en jour parce que t’as personne pour t’faire sortir. 

Puis il lève la tête vers toi et tu rencontres ses yeux -des yeux ambrés, des yeux clairs, tout ton contraire-, il t’quitte plus du regard et tu peines à le maintenir. T’aimes pas être vu, t’aimes pas qu’on t’fixes, t’aimes pas l’attention. Ca t’gênes, ça t’empêches de respirer, ça t’embrouilles l’estomac et t’descend le coeur. Que ce soit Romeo ou pas. Tu gigotes, tu rougis, tu t’mords la lèvre mais t’arrives pas à détacher ton regard, t’sais pas trop pourquoi. « J’suis pas fou. » Tu t’immobilises un instant, et tu t’penches en avant, t’as ta main qui franchis la distance et s’pose sur la sienne, et qui la serres, et tu l’fixes avec toute la détermination que t’as pu rassembler dans ta vie, tout l’courage que tu pensais avoir oublié. « J’te crois. C’est cet endroit qui rend fou. J’te crois. »

Tu souris mais t’as des pas qui s’approchent et qui s’immobilisent devant votre chambre, et t’as la porte qui s’ouvre. « Monsieur Van Juong, monsieur Eastwood, il est tard, vous devriez vous calmer. Mlle Greenhill s’est plainte du vacarme de votre chambre.» Tu tournes la tête et t’as le feu qui brûle au fond des yeux, t’as la mâchoire qui se sert, et quand t’ouvres la bouche c’est avec du poison au bout de la langue. « Riley entend des voix, c’est pour ça qu’elle est là. Il vient d’arriver, foutez-nous la paix. » Son sourire vacille et se crispe, mais l’interne ne fait qu’inspirer un coup avant de fermer la porte. Elle devait avoir l’habitude d’entendre des paroles amères depuis qu’elle t’avait forcé à prendre des médicaments qui n’avaient été, manifestement, pas les bons. Tu voulais partir; au moins de cette aile, entre Hulk junior d’un côté et Jeanne-d’Arc II de l’autre.
T’inspires profondement, tu cherches à t’calmer, t’ignores le rire de l’autre folle dans la pièce à côté et tu replies tes jambes contre ton torse, le menton sur les genoux. « On peut difficilement se considérer comme fou t’façon, y a toujours pire que nous. » Tu t’balances légèrement, les yeux las fixés sur le visage du blond. « Tu sais pourquoi t’es là? » C’était la tournure de phrase que tu préférais. Parce qu’on pouvait répondre non, parce que ça impliquait pas d’être taré. C’était juste, si on savait pourquoi, des personnes hors de ta tête ont décidé que ça s’passait pas correctement dedans, pourquoi des personnes qui t’connaissais manifestement pas assez avaient décidé de t’enfermer là.
Pourquoi on t’a forcé à finir ta vie avec les dérangés.
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MessageSujet: Re: My strength for once ; Ange   Lun 7 Aoû - 10:18

Ange. Ange. C’est beau, Ange, ça sonne doux à l’oreille, ça rassure. Ange c’est la sûreté, le rempart au monde, Ange c’est la lumière, le salut, la rédemption. Ange, ce sont deux billes corbeau et un sourire emprunté, maladroit, comme si c’était difficile ici d’esquisser la moindre ébauche de bonheur. Ange, Ange, Ange ; Ange c’est tellement beau en vérité qu’t’as un moment d’absence — ou peut-être que ce n’est que parce que c’est étrange, comme nom. Étrange, bizarre, décalé, mais t’aimes bien, dans le fond.

T’inspires, profondément, t’expires, en un hoquet. Ta poigne de se desserre pas de ton sweat — t’as toujours mal à en crever et, bien vite, l’idée de te shooter vient remplacer la moindre de tes réflexions à propos de son prénom. C’est insignifiant, négligeable quand il y a cette autre pensée, terrifiante et qui t’obsède. Le manque, tu l’as déjà effleuré, mais ça ne durait jamais. T’avais toujours une dose qui t’attendait, quelque part, ton aiguille et ton produit, ton Paradis Toxique à portée de main. Ici t’as rien, ici tu souffres, ici tu vas péter un plomb. 
En enfonçant l’aiguille dans ta veine la première fois, t’imaginais pas ça ; t’imaginais quelque chose de différent, une éclate ponctuelle pour oublier un peu, un plaisir, un loisir. En pressant le piston de la seringue la première fois, t’imaginais pas que tu t’condamnais à l’addiction, qu’une seule prise et t’étais foutu, qu’t’aurais mal à en crever.

T’avais pas prévu ça, et ça t’rend tellement fou.

Ça t’rend tellement fou de n’pas savoir pourquoi, de n’pas savoir comment — ta connerie, rien d’autre que ta connerie. T’as mille stratagèmes à l’esprit, t’as besoin d’argent, t’as besoin d’un fournisseur, t’as besoin d’un putain de téléphone. Mais t’es déjà même pas certain de savoir où t’es, Romeo. T’affirmes que t’es pas fou, tu te persuades qu’il y a encore un peu de raison dans ton esprit déjà trop entamé par la drogue — quelques mois ; trois, quatre à tout casser, et t’as déjà les neurones bousillés — et pourtant tu te perds, tu perds tes repères et on te dérobe tout ce que tu pensais savoir. T’es paumé, Romeo.

« J’te crois. C’est cet endroit qui rend fou. J’te crois. » Putain, mais putain ; t’es là depuis tout juste quelques heures, même pas un jour — c’est déjà de trop. Y’a sa main, tout à coup, sur la tienne — tu viens de réaliser qu’il l’a posée là quand il parlait. C’est une chaleur subtile, discrète, comme timide, comme si c’était interdit ici ; une douceur infinie — flanche pas, t’en fais pas, c’est pas la fin, c’est pas la fin qu’ça dit. C’est pas encore la fin, demain existe encore.

Tu n’as plus connu ça depuis longtemps — cet éclat étrange et vacillant au fond du coeur, un peu douloureux, comme un premier souffle à la suite d’une noyade manquée, une brûlure vive dans les poumons et dans la gorge, pourtant pas si pénible. Parce qu’elle est signe de vie, signe d’espoir. C’est la vie qu’il détient au creux des mains, ce garçon aux yeux de nuit, avec ses mèches sombres et ses écrins d’abysses qui ne se détournent pas, dans lesquelles tu t’égares, tu t’éparpilles ; c’est un autre monde un peu plus doux au fond de ses pupilles, et tu crèves d’envie de le découvrir, de t’y aventurer et de n’plus en revenir.
N’importe où, mais surtout pas ici.

La porte s’ouvre, tu réprimes un sursaut — il y a cette femme, dans l’encadrement, son visage maquillé d’une grimace qui se veut sourire, les yeux empreints d’un semblant de compassion qui n’est que pitié dégoûtée. Pourquoi, pourquoi, pourquoi ? « Monsieur Van Juong, monsieur Eastwood, il est tard, vous devriez vous calmer. Mlle Greenhill s’est plainte du vacarme de votre chambre. » Tu déglutis, difficilement ; pourquoi, pourquoi, pourquoi ? T’as un goût métallique dans la bouche, répugnant — tu t’es mordu l’intérieur des joues jusqu’à t’en faire saigner, t’étouffes la douleur comme tu peux, comme tu sais faire. C’est ta façon à toi d’encaisser : souffrir pour exister. « Riley entend des voix, c’est pour ça qu’elle est là. Il vient d’arriver, foutez-nous la paix. » Dans d’autres circonstances, t’aurais peut-être souri, t’aurais peut-être éclaté de rire — il a un tel mordant, t’adores ça. Mais t’as trop mal, t’es trop déphasé. Un jour, peut-être, t’en riras — avec lui, qui sait ? —, mais ce soir tu te contentes de lever les yeux dans sa direction, sans même prêter attention à la porte qui se referme. 
Ce soir, tu te contentes de l’observer, c’type de ton âge — à peu près, tu n’sais pas trop en vérité — qui t’sauve la mise, qui t’prive de la solitude dévorante qui te rongeait l’âme jusque là. Tu songes une seconde qu’avec lui dans ta chambre, t’auras p’t’être moins d’occasions pour t’foutre en l’air. A dire vrai, tu n’sais pas encore dire si c’est une bonne chose, ou rien qu’un fléau de plus.

Tu pourrais. Tu pourrais.
Mais t’as pas envie qu’ce soit lui qui tombe sur ta dépouille crevée. 
T’as pas envie d’l’écorcher vif, ton sauveur d’un instant, d’une heure, d’une nuit—
d’une vie.


Tu croises les bras contre ton buste, t’essaies de camoufler tes tremblements mais c’est si violent que même ton souffle tressaute encore. T’es incapable de prendre une inspiration complète, t’as les poumons qui brûlent de n’avoir jamais ce qu’il leur faut d’oxygène — t’as tellement froid à l’intérieur, tellement chaud sous ton sweat, t’as des vertiges et l’impression que ta vue se brouille de temps à autres. Mais t’oublies — t’essaies d’oublier — tu te raccroches à cette voix qui s’adresse à toi, à cet autre qui t’accorde un peu d’importance — plus que tu n’en mérites. T’es au bord du gouffre, mais il est cette main qui t’retient, ces mots qui t’soufflent de n’pas lâcher. Trouve la force de remonter, j’suis là, tient l’coup, j’te laisserai pas tomber.

Nouveau frisson — tu n’en cherches même plus l’origine, ton corps bousillé ou ton esprit qui suit la cadence infernale, quelle importance ?—, tu fermes les yeux et tu baisses la tête — l’écran noir de tes paupières closes rend tes haut-le-coeur moins difficile à supporter — comme s’ils étaient moins réels, sans le monde pour exister. « On peut difficilement se considérer comme fou t’façon, y a toujours pire que nous.» Tu renifles, et c’est méprisant — pas contre lui, surtout pas contre lui, mais contre ces types qui se sont senti le droit de décider pour vous, d’vous ranger dans la boîte des fous, celle des allumés, celle de ceux desquels il ne reste plus rien à sauver. Tu les détestes, tu les hais, d’autant que t’es capable de haïr quelque chose, quelqu’un.
« Tu sais pourquoi t’es là ? » Tu rouvres les yeux, tu tournes la tête dans sa direction — dans un geste brusque, au moins assez pour qu’un nouvel élan nauséeux te saisisse, que l’goût de la bile emplisse ta bouche après que son acide t’ait brûlé la gorge.

Tu serres les poings, tu te serais éraflé les bras s’il n’y avait pas la couche de tissu entre tes ongles et ta peau — c’est la colère qui fait trembler tes mains nouées, tes muscles tendus. « Non. » Non, non, tu ne sais pas, tu ne sais pas pourquoi t’es chez les fous, tu n’sais pas pourquoi t’es au milieu d’hystériques, de schizophrènes, de types aux esprits prisonniers, enlisés dans un souvenir qu’ils revivent à la chaîne sans plus voir le temps passer, de gonzesses qui entendent des voix qui les insultent, qui les rabaissent — t’es pas comme ça, t’es pas comme eux.
Toi, t’as juste voulu crever.

C’est pas d’la folie, putain —
c’est d’la détresse.

« P’t’être que j’suis trop fou pour m’en souvenir. » Tu ricanes — c’est amer, mauvais, t’as du poison sur le palais, du venin entre les dents chaque fois qu’tu siffles les mots assassins. T’as la haine, la haine d’être ici, la haine qu’on t’foute en l’air entre quatre murs. Ça t’aidera pas, putain, comment on peut aller mieux au milieu des décérébrés ? « J’ai merdé, j’ai juste merdé parce que… j’sais pas, je— » Tu ne sais pas, ça s’étrangle au fond de ta gorge. « Oh merde— » Tu te lèves, tout à coup — tu chancelles, tu chavires, t’as des tâches de couleurs qui dansent devant tes yeux et te brouillent la vue. Tu t’en fous, tu te jettes contre la porte de la petite salle de bains rudimentaire du coin de la chambre. Elle s’ouvre en un fracas déchirant — que l’on revienne vous le reprocher, tu leur cracheras à la gueule qu’t’es en manque, qu’tu les tueras s’ils te foutent pas la paix. Quitte à être enfermés chez les fous, tu préfères qu’ce soit pour une bonne raison ; psychopathie et tentative d’assassinat sous couvert d’la démence.

Tu t’effondres, tu tousses, ton estomac se tord et la poitrine te brûle — mais t’as rien dans l’ventre, rien d’autre que de la bile immonde qui t’rend plus malade encore. T’as mal, partout — tu veux ta dose —, tu crèves et t’as rien pour abréger tes souffrances — une pincée de poudre ou une lame, tu t’en fous, t’libérer et n’plus penser, quelle que soit la méthode employée
Tu restes là, assis à même le sol, le regard dans l’vide, par-delà la fenêtre, trop haute pour être atteinte, trop fine pour servir de sortie — de toute façon, t’es à l’étage, qu’est-ce que t’irais foutre à essayer d’t’évader par là, tu n’saurais rien faire d’autre que te rompre le cou six mètres plus bas. T’as les joues striées de larmes, les ambres encore luisantes d’un voile douloureux, la bouche crispée en un rictus forcé, les épaules agitées de soubresauts, encore, toujours. « J’sais même pas pour combien d’temps j’en ai à zoner dans c’putain d’asile. » tu lâches, tout à coup, la voix brisée, rauque de la toux acide — parce que t’as entendu des pas, parce que tu sais qu’il ne t’a pas laissé seul. Tu sens sa présence, sans même le voir — t’oses pas l’regarder en face, t’as pas envie qu’il lise dans tes yeux à quel point t’es au bout, à bout, pourri d’l’intérieur et complètement foutu.
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MessageSujet: Re: My strength for once ; Ange   Lun 7 Aoû - 10:19

T’as pas vraiment besoin de sa réponse pour la connaitre, suffit de voir la brutalité dans ses gestes et la détresse dans ses yeux. Ptêt qu’il essayait de la cacher mais tu la savais là, tu connaissais ce regard pour l’avoir vu tant de fois dans le miroir-c’était pour ça que tu les détestais et que tu les évitais, à vrai dire. « non. » T’hoches la tête et relâches les épaules, t’essaies d’lui montrer que c’est pas grave, que ça importe pas vraiment d’savoir ou pas. Qu’c’est pas toi qui va le juger, qu’c’est pas toi qui va mal le regarder et s’foutre de sa gueule, parce que faut pas s’mentir, t’en es pas capable, pas envers lui, pas comme ça, pas maintenant, pas avec ton sourire désolé peint à l’encre sur tes lèvres trop sèches depuis des mois. Tu sais même pas pourquoi tu l’as, tu sais pas d’quoi t’es désolé. P’têt de t’être réveillé un jour, p’têt de vivre à la place d’autres, p’têt de pas avoir crevé comme t’étais sensé faire. « P’t’être que j’suis trop fou pour m’en souvenir. » Tu secoues doucement la tête; t’sais pas trop pourquoi mais t’es sûr, au fond, qu’il devrait pas être là, qu’c’est pas légitime. P’têt parce que t’espères que t’es pas tout seul, t’espères avoir trouvé un mec comme toi, un espoir d’t’en sortir avec lui. C’était égoïste, tellement égoïste et pourtant tu peux pas empêcher ces pensées d’te traverser, en laissant l’amertume et la culpabilité t’imprimer le palais.
« J’ai merdé, j’ai juste merdé parce que… j’sais pas, je— Oh merde— » Tu sursautes quand il se lève brusquement, l'inquiétude revenant te tordre l’estomac « Romeo?! » Tu t’lèves à sa suite, tu veux pas le lâcher d’un pouce -de quoi t’as peur, qu’il se volatilise? C’est pas une hallucination comme t’en a si souvent vu, et y a pas de moyen de s’barrer, t’as déjà vérifié- alors tu l’quittes pas des yeux.

Tu sursautes quand il manque de défoncer la porte de la salle de bain, tournes la tête vers la porte en t’apprêtant à aboyer si un interne y passait la tête; tu t’avances jusqu’à la porte et t’y appuies d’une main, l’autre croisée contre ton torse, et tu l’regardes. Tu l’regardes penché au dessus de la cuvette, à tenter d’cracher du vide et tu sens ta gorge te serrer, mais tu restes immobile. Parce qu’il y a rien à faire, tu peux pas lui nettoyer les boyaux avec tes petites mains, tu peux pas l’endormir avec des mots, tu peux pas l’forcer à oublier, l’forcer à aller mieux -alors qu’il y a tellement à souhaiter. Et quand il arrête, le souffle court et l’visage tourné vers la fenêtre, tu suis son regard et déposes ta tête contre l’mur. « J’sais même pas pour combien d’temps j’en ai à zoner dans c’putain d’asile. » T’inspires longuement avant d’passer une main dans tes cheveux, d’la tendre vers une serviette propre et l’atrapper. Tu t’avances d’un pas, t’es déjà juste derrière lui et lui tend le tissu rugueux -il te regarde pas mais il peut le voir par dessus son épaule- avant de prendre appuies sur l'évier; tu t’appuies toujours sur tout c’que t’as sous la main, et tu sais pas si c’est parce que t’es fatigué, fatigué d’être en vie, fatigué d’devoir être fort, qu’tu cherches quelque chose pour t’reposer, pour t’alleger un peu. « Tu sortiras. On sortira. »

T’essaies d’être convainquant, t’essaies d’montrer que t’y croyais alors que moins de 24h plus tôt tu t’demandais si t’étais assez grand pour accrocher une corde au plafond. T’sais pas pourquoi tout à coup il avait fallu qu’il arrive que qu’tu t’remettes à esperer, à vouloir sortir, à vouloir vivre. Tu t’mettais à vouloir vivre, à vrai dire, parce que t’avais fait que désirer survivre. Survivre un peu plus longtemps. Pas mourir tout de suite, attendre encore un peu d’être tout au fond, tout au bout du gouffre. « C’est pas comme si- c’est pas comme si ils pouvaient nous garder là indéfiniment, hein. » T’espères qu’il sente pas l’incertitude dans ta voix parce que t’en savais rien. La plupart des chambres se liberaient parce que leurs occupants déménageaient au ciel, et t’étais pas là depuis suffisamment longtemps pour savoir si quelqu’un était déjà sorti.
Tu jettes un coup d’oeil vers le bas, vers les épaules du blond qui tremblaient, vers ses côtes que tu devinais trop maigre, et, tu sais pas pourquoi -tes gestes avaient dépassés ta conscience- tu  poses ta main dans ses cheveux et les lui caresse doucement -ils étaient doux, avec les points un peu sèches. « T’as pas mangé? Tu devrais pas dormir le ventre vide, peut-être que les internes seraient d’accord pour te servir à manger si tu veux. » Tu sais que c’est possible parce que c’est déjà arrivés, quand certains finissent enfermés le temps de se calmer et que ça dure pendant le repas. Quand ça devient trop gênant tu retires ta main de sa tête et te râcles la gorge en détournant ton regard.
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MessageSujet: Re: My strength for once ; Ange   Lun 7 Aoû - 10:20

Quelque chose s’agite aux limites de ton champ de vision, et tu tournes la tête, par réflexe, curiosité ; de longues secondes s’écoulent avant que tu ne comprennes ce dont il s’agit, plus encore pour que tu esquisses le moindre geste en direction de la serviette sèche qu’Ange te tend. Il y a un « merci » ténu qui t’échappe, avant que tu ne t’essuies la bouche sur le tissu, que tu plies ensuite soigneusement, pour t’occuper les mains, t’occuper l’esprit et ne plus songer à rien d’autre. Jusqu’à ce que la voix d’Ange s’élève à nouveau et ne rompe le silence, que tu trouves gênant, dérangeant — t’as honte et, si t’esquives si bien son regard, c’est parce que t’es rien d’autre qu’un putain d’livre ouvert, et qu’t’as pas envie qu’il lise en toi à quel point t’as merdé, à quel point tout c’que t’avais, tu l’as foutu en l’air ; à commencer par toi, ta famille, tes potes et la fille que t’aimais. « Tu sortiras. On sortira. » Tu frissonnes. Sortir. Est-ce que tu le mérites seulement ?
T’es d’ceux qui ont un peu trop d’chance dans la vie, ceux qui ont rarement manqué de quelque chose — d’amour, peut-être, pendant les huit premières années d’ta courte existence, mais tes pères ont su rattraper le temps perdu, tant et si bien que cette parenthèse de ta vie à l’orphelinat paraît n’plus vraiment être autre chose qu’un prologue dont t’as survolé les pages, que t’as vu comme un spectateur au fond de la salle plutôt qu’en tant qu’acteur principal. T’es d’ceux-là, de ceux qui avaient tout, des parents aimants, des tunes, une belle maison, un bon groupe de potes — suffisamment pour ne pas baisser la tête face au harcèlement des autres —, de bons résultats et un bel avenir, et t’as tout plaqué, pour l’alcool, la drogue, la défonce permanente. T’as quitté les cours, lâché tes potes, puis t’as essayé d’te foutre en l’air. T’es un peu con sur les bords, tu n’crois pas ?

« C’est pas comme si- c’est pas comme si ils pouvaient nous garder là indéfiniment, hein. » Ce serait presque trop risqué d’y mettre sa main au feu, mais l’on pourrait jurer que l’ombre d’un sourire fugace vient de se dessiner sur tes lèvres, l’espace d’une seconde, entre deux hoquets étouffés. « S’ils essaient d’me ret’nir ils en auront marre avant moi. » La preuve : même tes pères ne t’ont pas gardé avec eux. A cette pensée, toute trace de malice disparaît de ton visage, et tu te recroquevilles en te bouffant l’intérieur des joues pour retenir tes larmes — t’es un mec, alors porte tes couilles ; un homme, un vrai, ça chiale pas, ça chiale jamais, ou bien ça s’cache pour pleurer et personne le sait. Tu t’sens con, tu t’sens minable, et la dépression, et le manque de drogue — et celui d’alcool — te plongent plus sûrement encore dans tes idées noires. Cercle vicieux ; déchiré, t’es pitoyable à en crever, et les descentes te renvoient ton pathos à la gueule, avec suffisamment de clarté pour qu’tu repartes pour un tour à n’plus penser ou qu’t’essaies de t’ouvrir les chairs ; clean mais l’esprit rongé par l’absence des produits dans ton sang, tu t’sens crever, et ça t’rend pitoyable aussi. T’es plus jamais quelqu’un d’bien, quelqu’un d’clair, Romeo.

Tu sursautes tout à coup, lorsque tu sens quelque chose qui se glisse dans tes cheveux ; tu lèves les yeux, et tu comprends en un instant que c’est la main d’Ange qui s’est aventurée dans tes mèches blondes. Tu baisses le regard, tu n’dis rien, même quand il parle, c’est par le silence que tu lui réponds. Manger. Tu sais qu’tu n’en es pas capable, dans ton état ; le manque l’emporte sur tout, même sur un besoin aussi naturel que nécessaire qu’est celui de s’alimenter. Ton corps réclame la drogue, et rejette tout ce qui n’en est pas. En général, ça finit de la même façon que les cuites, quand tu vides un peu trop de verres de whiskey d’affilée : la nuit dans les chiottes, la gorge en feu, un goût immonde sur la langue, l’estomac en vrac et les muscles douloureux, fiévreux, frigorifié, les paupières lourdes de sommeil et l’incapacité de dormir, pourtant. « J’peux pas manger. Pas comme ça. » Tu l’as juste soufflé, à moitié comme un aveu, en te relevant lentement, hésitant, maladroit, après qu’il ait retiré sa main de tes cheveux. T’abandonnes la serviette repliée sur le bord de la baignoire, tu contournes ton camarade en lui intimant un « excuse-moi » pour qu’il se décale, et tu te penches en tremblant toujours en direction du robinet, pour boire au creux de tes mains et chasser le goût de la bile de ta bouche, puis tu t’asperge le visage d’une eau fraîche qui te remet les idées en place et atténue les rougeurs qui te sont montées aux joues par la faute aux larmes, dignement retenues sur la fin.

Ceci fait, et sans trop quitter le soutien du mur sous ton bras, tu retournes jusque dans la pièce d’à-côté, votre chambre, vos deux lits côte à côte et ta valise pas encore vraiment défaite posée à plat à côté du tien. Tu t’assois sur les draps froissés, tu tires ton bagage sur les couvertures, et tu l’ouvres pour en sortir ce qu’il contient — des fringues, des bouquins, une photo de tes pères et toi, avant qu’tu tournes mal — et t’étales tout en bordel sur ton lit, t’empiles sans trop faire gaffe. Puis, du creux des plis d’un énième jean — l’un des rares, le seul même, peut-être, à ne pas être déchiré selon tes bons goûts en matière de rock — tu tires un paquet de cigarettes, pas encore entamé, toujours emballé. A défaut d’avoir pu récupérer ton matos d’héroïnomane, t’as au moins ça — ça ne remplace rien, mais ça ferait presque placebo. Avec l’empressement de ces types nerveux qui te faisaient grimacer à l’entrée des métros, plus jeune, t’ôtes le plastique, tu tires une tueuse de sa boîte cartonnée et, le bâton nicotiné entre tes lèvres, un briquet sorti du fond de ta poche, t’as un instant d’hésitation. « Merde, si ça pue la clope j’vais être cramé direct. » 
Tu te mords la lèvre, tu joues avec la cigarette entre tes doigts, tu réfléchis à dix mille — t’as besoin de ta dose toxique, pour pas complètement péter un plomb. « M’en fous, pendant qu’ils sont tous encore en train d’bouffer ou d’aller dormir, j’vais essayer d’trouver un accès pour dehors. J’ai vu un patio en arrivant, j’suis sûr qu’on peut y aller en passant par la salle de repos des internes. » Tu réfléchis à voix haute, sans même songer à Ange dans la pièce, non loin de toi ; tu montes un plan pour fumer, pour recevoir tes doses plus tard, peut-être ?« Ou sinon en rejoignant une autre aile de l’hôpital, ils ferment p’t’être pas toutes les portes, une pote de mes pères a accouché elle arrivait à sortir en pleine nuit pour fumer... » 

Tout à coup, tu te figes, t’écarquilles les yeux ; tu lèves tes ambres fatiguées en direction de ton colocataire, sans vraiment le voir. « Méthadone. On est dans un hôpital, putain, ils en ont forcément. » T’enfonces clope et briquet au fond de ta poche, tu remets tout en vrac dans ta valise pour planquer le paquet, puis tu presses le pas jusqu’à la porte, que t’ouvres à la volée — le couloir est plongé dans le noir, maintenant, si ce ne sont les issues de secours indiquées par des néons verdoyants, et le raie de lumière qui filtre péniblement sous les lourds battants de porte du réfectoire, tout au fond du couloir, que l’on distingue seulement si l’on y prête attention. Tu te figes en prenant conscience de ton impolitesse relative et, un sourire crispé au coin des lèvres, tu lances un regard à Ange, par dessus ton épaule. « Expédition nocturne dans l’asile, tu m’suis, ou t’as vu trop d’films d’horreur et ça t’fout les chocottes ? » Provocation gratuite, quand bien même tu ne le connais pas suffisamment pour savoir s’il est de ceux qui y mordent instantanément, ou des autres, les flippés qui restent en retrait. Quoiqu’il en soit, toi, avec ou sans lui, t’iras affronter l’obscurité à la recherche du Saint Graal qui t’sauvera la mise.
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MessageSujet: Re: My strength for once ; Ange   Lun 7 Aoû - 10:20

Tu le regardes se lever refuser de manger et tu t’écartes quand il te le demandes. Tu t’prends pas la tête alors t’acceptes ce qu’il veut -t’as pas envie d’le forcer à se nourrir- et tu le suis du regard quand il retourne dans votre chambre. Votre chambre. T’étais seul depuis plusieurs semaines et t’avais eu personne depuis Saul, depuis l‘hôpital, depuis le coma le réveil les cauchemars et le début de l’enfer. C’était pas vraiment le début, entre Istanbul et Scitlali t’étais pas sûr d’avoir connu un peu d’Terre. Tu t’approches quand il commence à défaire ses valises et t’poses sur ton lit, la tête posée sur les genoux et tes doigts tirant le draps clair.

Tu l’observes étaler souvenirs et biens sur la couette et y a un  pincement au coeur parce que t’as rien, parce que la seule chose que t’avais quand t’es arrivé c’était ta frayeur et tes épaules trop frêles. Pas que t’avais rien lors de l’accident; t’avais rien chez toi, rien que les mots et le courage de survivre. T’étais pas matérialiste, par défaut.
T’ouvres grand les yeux quand il sort des clopes avec une sorte d’admiration et d’intimidation -parce que t’avais même pas dix ans Ange t’as pas assez grandis et c’est resté pour les adultes ce genre de choses- dans l’regard, tu l’écoutes à moitié parler à lui-même sans qu’tu comprennes grand chose. Mais tu sursautes brusquement quand il s’arrête pour te regarder.

« Méthadone. On est dans un hôpital, putain, ils en ont forcément.. » Tu penches la tête sans vraiment comprendre, perdu par ses mots trop compliqués pour toi. On t’avais pas encore habitué à cet environnement et t’absorbais les effets sans retenir les noms. Tu l’regardes remettre ses affaires sans la valise en fronçant les sourcils puis filer vers la porte, et tu t’dis que ton immobilité avait dû lui faire oublier ta présence puisqu’il tressaille et tourne la tête. « Expédition nocturne dans l’asile, tu m’suis, ou t’as vu trop d’films d’horreur et ça t’fout les chocottes ?» T’étires légèrement la lèvre et tu t’lèves sans dire un mot. Tu sais qu’t’avais l’air d’un gamin et tu sais qu’tu l’étais encore, mais t’avais vécu des trucs. Les genres de trucs bourrés d’adrénaline qui t’excitent de la peur. T’étais prêt à t’battre pour changer l’monde, tu peux briser les règles respirer l’air d’la liberté.

Tu le suis dans les couloirs, tu l’tires quand faut éviter le personnel et vous vous faufilez dans le dédale. T’avais fait le trajet de nombreuses fois vers l’infirmerie, bien assez pour connaître le chemin et t’y faufiler discretement Romeo sur les talons. Tu poses instinctivement un doigt sur ses lèvres pour l’empêcher de parler le temps d’vérifier que personne était là, et lui fait signe de se servir.
« Ils laissent jamais la salle vide longtemps, fait vite. »
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My strength for once ; Ange
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