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 Les jeux sont faits, rien ne va plus. Pour nous ! ; Setsuna

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Yûki
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MessageSujet: Les jeux sont faits, rien ne va plus. Pour nous ! ; Setsuna   Lun 7 Aoû - 10:51

Je réfléchissais encore à la soirée que j’allais passer alors que je fixais des yeux la tenue préparée un peu plus tôt dans la journée par mes soins. Ce n’était pas tant l’appréhension face à l’inconnu que la culpabilité qui le faisait ressasser mes pensées, mais plutôt l’excitation. Si chez certains l’excitation était une bonne chose, chez moi elle avait tendance à m’angoisser peu à peu. En dépit de la décision que j’avais prise, j’avais toujours peur de trop me laisser aller, de me laisser emporter par le mouvement, de faire le jeu de trop. J’avais à la fois envie de faire ce que je voulais et envie de me restreindre. Vivre sur un fil n’était pas une chose facile, j’en prenais conscience devant chaque chose que je désirais faire. L’hésitation, toujours, à me balancer entre l’excitation et l’envie, et l’angoisse et la peur. C’était épuisant. Je soupirais en passant une main dans mes cheveux. Mon regard se porta sur la petite boite de cachet qui reposait discrètement sur ma table de chevet. Je me rassurais en me disant que tant que je ne les oubliais pas, tout irait bien. Eux, et mon bipeur, bien que je ne croyais pas vraiment en l’arrivée d’un cœur compatible.

Je pris une profonde inspiration et retirais d’un coup sec le gilet et le débardeur que je portais. J’avais prévu cette soirée il y avait plusieurs jours, j’étais vraiment impatiente d’y aller et de m’amuser, je n’allais pas laisser mon angoisse me gâcher la vie ! Je pris la robe que je m’étais préparé entre les mains et l’enfilais avec délicatesse, n’ayant pas trop envie de l’abîmer. C’était une robe rouge assez élégante, qui faisait robe de soirée sans l’être vraiment, l’idéal en somme pour une soirée dans un casino. Ni strict ni négligé. J’enfilais ensuite un collant noir et un boléro de la même couleur, de petits escarpins bordeaux et sac à la taille ridicule, tout juste assez grand pour y glisser mes médicaments et mon portefeuille. Pas que j’eus besoin de plus de toute façon. Je m’improvisais un chignon lâche et arrangeais mon maquillage. Je vérifiais que mes lèvres n’étaient pas bleues, de même que mes ongles. L’heure qu’il était m’importait peu, je n’avais pas d’horaire précise à respecter si ce n’était celles d’ouverture et de fermeture du casino. Et elles étaient assez larges.

Lorsque je fus prête, je vérifiais une dernière fois la présence dans mon sac de mon assurance vie, et je sortais de ma chambre. Dans le salon, je croisais Tsubaki, Junko n’étant pas encore rentrée. Son travail chez Carvel&Son intervenait vraiment à n’importe quelle heure. Peut-être serais-je même rentré avant elle, ou peut-être pas. Je me rapprochais de mon aînée en souriant et attirais son attention.
« Tsubaki ? Je sors ce soir, tu te rappelles ? Je rentrerais très tard donc ce n’est pas la peine de m’attendre. A demain ! »
Je l’embrassais sur la joue et allais récupérer mon manteau dans l’entrée. Je l’enfilais avant de quitter l’appartement et de rejoindre la bouche de métro la plus proche. Le centre ville était assez éloigné de la maison, j’en avais pour plusieurs minutes de transports. Fort heureusement, comme il était déjà assez tard, même si le wagon n’était pas vide, il n’était pas non plus bondé. Je descendis quelques stations plus loin, en plein dans le centre d’Astrophel. La grande roue était visible au loin, entièrement illuminé dans la nuit, mais ce n’était pas elle qui m’intéressait aujourd’hui. En remontant l’une des rues principales, j’arrivais sur une place assez simple où se trouvait le Casino de la ville. C’était un grand bâtiment moderne qui, dans la façon dont il avait été construit, donnait l’impression d’être prit dans une cage de verre.

Je m’avançais vers l’une des files des guichets et patientais le temps de rentrer à l’intérieur. J’admirais, le nez tourné vers le ciel, la structure d’acier et de verre qui se dressait devant moi. Elle sera toujours là, elle, lorsque moi je serais morte. Elle demeurera, contrairement à moi. Tout le monde sera là, à la regarder, à l’admirer, alors que je m’effacerais dans le temps. Les années passeront, les édifices resteront dans les mémoires, le peuple oubliera. Même si les choses avaient toujours été ainsi, c’était assez effrayant d’y penser. A croire que ces pensées ne me quitteront plus désormais. Je chassais ces réflexions macabres alors que venait mon tour de payer mon droit d’entrée. Je passais la paroi de verre pour me retrouver sur une terrasse ornée de quelques tables et de chaises. Je ne m’y arrêtais pas. J’aurais bien le temps de prendre un verre, plus tard dans la soirée, j’allais bien rester ici quelques heures après tout. Je pris plutôt la direction des vestiaires pour y déposer mon manteau, je n’avais pas l’intention de le garder tout ce temps, contrairement à mon sac.

Alors que je glissais le vêtement dans le casier et que je refermais celui-ci, mon dos rentra brusquement en contact avec quelqu’un et la clé m’échappa des mains. Son tintement contre le carrelage résonna à mes oreilles alors que je la voyais glisser un peu plus loin. Intérieurement, j’étais soulagé qu’elle ne soit pas allée sous un meuble ou quelque chose comme ça. Je reprenais mon équilibre, que j’avais perdu momentanément sous la surprise, et me retournais pour faire face à la personne que j’avais bousculée sans le vouloir. Il s’agissait d’un jeune homme, sans doute à peine plus âgé que moi si ce n’était du même âge. Je m’inclinais légèrement devant lui en signe d’excuse.
« Je suis désolée, je ne vous avais pas vu. »
Je pouvais difficilement être plus sincère, de dos il m’aurait été difficile de devine sa présence. Me redressant, j'allais récupéré ma clé afin de refermer mon casier avant de la ranger dans mon sac, en compagnie de mon portefeuille et de mes comprimés.


Dernière édition par Yûki le Sam 9 Sep - 22:45, édité 2 fois
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Yûki
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MessageSujet: Re: Les jeux sont faits, rien ne va plus. Pour nous ! ; Setsuna   Lun 7 Aoû - 10:52

T'es allongé sur ton lit, la chambre de ton petit T1 quasiment plongée dans le noir. Il n'y a rien d'autre que la lumière des lampadaires, venue tout droit de la rue, qui te permet de distinguer la pilule que tu tiens dans la main. Une pilule censée te faire du bien, t'aider. Mais t'y crois pas, à leur médecine, qui te démonte au moins autant que tout ce que toi, tu prends pour oublier que ça ne fonctionne pas, que ça ne fonctionnera jamais. Tu ne l'as pas pris la veille, ni l'avant-veille, et t'es pas certain de l'avoir pris les jours d'avant non plus. Il y a trop de cachets sur la plaquette pour que tu n'en aies oubliés que deux. Un visage s'impose à ton esprit, surpasse la vision de ton anti-dépresseur que tu tournes et retourne devant tes yeux. Olympe. Y'avait tellement de dégoût et de colère dans son regard, quand elle a compris que tu ne te tenais pas à ton traitement. De rage, c'est sous tes yeux qu'elle a appelé le gérant du bar où vous deviez vous produire ce soir, pour lui dire que vous ne viendriez pas. Chômage technique des Fallen Devils, parce que t'es trop con pour prendre soin de toi, ne serait-ce qu'un peu, ne serait-ce que pour elle. Tu soupires ; t'en as rien à foutre au fond. Alors à quoi bon essayer ?

Tu te lèves, tu laisses tomber la gélule dans ton verre d'eau. Elle se dissoudra bien vite, tu l'oublieras, parce que de toute façon tu ne la prendras pas. Plutôt crever ; et c'est ce que t'attends. T'as déjà déçu tellement de monde, t'as déjà déçu mille fois Olympe, alors quoi ? Tu t'engouffres dans la salle de bains, et t'observes ton reflet dans le miroir. Y'a du vide dans tes yeux, et t'as l'air de ne pas avoir dormi depuis des semaines. La faute aux fêtes, la faute à l'alcool, la faute à toutes ces merdes que t'ingères, tous ces trucs sur lesquels tu forces pour atteindre ton Paradis Artificiel. Tu baisses la tête, et ton regard se pose sur tes bras. Tes mains tremblent tout à coup, et tu ouvres le robinet d'eau froide pour la faire couler sur les plaies les plus récentes. Une demi-heure à tout casser, avant que tu ne te perdes dans la contemplation de ton cachet bienfaiteur. L'eau se teinte de carmin en coulant jusque sur l'immaculé du lavabo. T'as envie de vomir, mais tu te contentes de respirer, lentement, profondément. T'as des bouffées de chaleur, t'es pas sûr de savoir si c'est le manque, si c'est le dégoût, si c'est autre chose encore. Mais c'est là, ça te prend à la gorge, et ça ne te lâche pas.

Tout à coup, ton téléphone t'arrache à ta contemplation, t'arrache à ton trouble. La sonnerie vient de se déclencher, et résonne dans tout l'appartement. Tu coupes l'eau et, le bras dégoulinant, tu sors de la pièce pour récupérer l'appareil abandonné sur ton bureau, vibrant et vrillant tes tympans. Tu jettes un coup d’œil au nom de ton correspondant, et puis tu décroches, d'un geste sur l'écran. « Hm, allô ? ... Ouais... Non, rien de prévu... Haylen... Le casino ? Pourquoi ? ...Hm. Ouais, d'ici... J'sais pas, une demi-heure, par là ? ... Trois quarts d'heure alors. » Tu réprimes un soupir. « Pas de souci... Ca marche. Merci. » Tu raccroches, et t'appuies contre ton bureau. Une mission... Certes, pas très contraignante, mais qui t'empêche de passer la soirée à vaquer, à planer.

Tu retournes dans la salle de bains, et t'essuies ton bras, avant d'improviser un bandage à la va-vite, avec une bande sortie du placard où trône le miroir. Et puis, c'est la recherche de fringues qui t'obnubile ; tu ne sais pas comment t'es censé te saper pour aller dans un Casino. C'est un truc de riches, ça, non ? T'optes finalement pour la praticité et le passe-partout : haut blanc, veste en jean, slim, et tes bottes habituelles, celles dont on ne te défait pas. T'as pas envie de faire d'efforts pour un monde qui n'est pas le tien.

Avant de sortir, tu vides ton verre dans l'évier, et l'abandonnes sur le rebord. Et puis, ton portable dans une poche, ton porte-feuilles dans l'autre, tu quittes ton appart, ton purgatoire, l'endroit où, limite, plus encore que toutes les after, que toutes les soirées de camés, tu te détruis. Parce que c'est là-bas qu'est tout ton attirail, celui qui n'est qu'à toi, qui te fait couler et fait couler ton sang. Tu fronces le nez, t'enfonces tes mains dans les poches de ta veste, et puis t'avances dans les rues assombries par la nuit. Tu passes d'une flaque de lumière à une autre, tu croises des gens, des plus jeunes que toi souvent, des qui rient, des qui chantent. Ils sont même pas majeurs qu'ils sortent déjà tard le soir. Remarque, toi t'avais que quinze piges quand t'es tombé. Mais eux n'ont pas l'air cassés ; ils ont le regard vif, la démarche assurée -autant qu'ils peuvent l'avoir avec quelques grammes dans le sang. Ils s'amusent parce qu'ils ne savent pas le faire autrement qu'en enchaînant les verres, et toi tu te démontes la gueule et les neurones parce que tu ne sais pas comment t'oublier. La pensée t'arrache un sourire sans joie, accompagné d'un sifflement méprisant. T'es pathétique, et tu le sais.

* * * * *


Le bus ouvre ses portes, et tu descends dans le froid qui t'accueille sans ménagement aucun. Tu réprimes un frisson, en adressant au bâtiment qui te fait face un regard à la limite du mépris et du dégoût. Deux prunelles aussi noires que celles que tu réserves habituellement à ton reflet quand tu le croises. Le Casino paraît tout récent, fait de verre et d'acier, dessiné en des courbes prononcées, recherchées ; l'architecture sophistiquée, loin de celle des bâtisses au milieu desquelles tu traînes habituellement, te file la gerbe. L'intérieur, quand tu y parviens, encore plus. C'est lumineux, agité, musical. Ca rit, ça boit, ça se pavane. Le tout, en dépensant de l'argent à n'en plus compter, en grinçant des dents face aux défaites, en s'acharnant jusqu'à la victoire qui n'arrive jamais vraiment, t'as l'impression. C'est pas pour toi, tout ça : toi tu joues pas dans la cour des friqués, des biens nés, des dépensiers. Toi, t'es juste dans celle des camés, des ratés, des cassés. Ca n'est pas le même monde, celui dans lequel tu viens de t'inviter n'est pas celui dans lequel tu évolues, jour après jour. T'étouffes, t'es pris d'une envie de sortir, plus vite encore que tu n'es entré. C'est songer à ta mission qui te maintient sur place.

Vérifier que rien ne cloche, que personne n'est louche. Tu ne sais même pas ce que c'est que d'être louche, dans les hautes sphères. Tu les trouves tous louches, toi, dans leurs fringues trop luxueuses, sous leurs cheveux trop bien peignés et derrière le fond de teint trop bien étalé, les lèvres trop rouges des femmes. T'es incapable de différencier un type d'un autre, une donzelle d'une autre, tous bien tenus dans leurs vêtements ravissants, cocktail à la main, montre ou bijoux resplendissants aux poignets. Tu fais tâche, Romeo. T'as un mouvement de recul en croisant le regard d'un type, la quarantaine, les cheveux grisonnants et l'air sévère. Ce qui brille dans ses yeux, t'aimes pas ça. Il te juge, il te méprise, t'es pas comme eux, pas comme lui. Tu serres les dents, et puis tu te faufiles au milieu de la foule pour rejoindre les vestiaires.

En refermant la porte derrière toi, tu respires un peu mieux. C'est pas trop ça, mais le poids dans ton bide s'est allégé. Tu inspires profondément, expires, rien que pour recouvrer un peu ton calme. Et puis, tu t'avances, non sans jeter des regards alentours, comme si quelqu'un allait surgir de nulle part et se jeter sur toi. T'es tellement à dix mille que tu ne remarques pas tout de suite la femme qui se tient là, pas avant que ça ne soit trop tard. T'as voulu l'esquiver, mais elle a très légèrement reculé pour fermer la porte de son casier. La collision était inévitable ; tu recules à nouveau, sonné comme si le tintement de la clé avait retenti dans ton crâne et t'avait laissé hagard. Tu te retrouves comme un con, main tendue vers l'inconnue dans l'espoir de l'empêcher de tomber -mais elle parvient seule à garder son équilibre. Le temps que tu piges que t'as sans doute l'air stupide, elle s'est déjà tournée vers toi, t'a déjà adressé la parole. « Je suis désolée, je ne vous avais pas vu. » T'aimes bien sa voix. Ca te calme, un peu. Tu baisses la main, secoues la tête, passes les doigts dans tes cheveux. Putain, ce que t'es con. « C'est rien. J'regardais pas non plus. » Tu lui lances un regard, la parcoures de la tête aux pieds. Bien habillée, pas trop maquillée, pas aussi artificielle que la plupart de celles que t'as pu voir dans le Casino. Est-ce qu'elle est de leur monde ? T'en sais trop rien. Quelle importance, au pire ?

Tu la contournes, tu retires ta veste et la fiches dans l'un des casiers, et puis tu te laisses tomber sur le banc derrière toi, tête appuyée contre l'un des montants en fer. T'as pas vraiment envie de retourner de l'autre côté, pas vraiment envie de revoir tous ces gens qui ne te ressemblent pas. T'as jamais mis les pieds dans un Casino, avant, et maintenant tu sais pourquoi ; tu sais aussi que tu n'y retourneras pas. La prochaine fois, tu refuseras. Pourtant, tu sais que sans les tunes qu'ils te filent, tu fais plus grand chose. T'as pas vraiment envie de retourner dormir dans la rue. Surtout pas quand l'hiver s'installe pour de bon, dehors. En retenant un énième soupir empli de lassitude, tu tournes la tête en direction de la femme. Elle est toujours là ? « Tu penses remporter le gros lot ? » Tu la tutoies, parce que tu n'es pas un familier des politesses, et qu'elle n'a pas l'air vraiment plus âgée que toi. Au contraire. Tu sais même pas pourquoi tu lui as adressé la parole, en vérité. Peut-être que ça te tue un peu, le silence, finalement. Ou peut-être que t'espères juste couvrir le son des voix, de la musique et des machines à sous, qui vous parviennent jusqu'ici, et que t'as pas vraiment envie d'entendre tellement ça te révulse.
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Yûki
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MessageSujet: Re: Les jeux sont faits, rien ne va plus. Pour nous ! ; Setsuna   Lun 7 Aoû - 10:55

Me redressant, j'allais récupéré ma clé afin de refermer mon casier avant de la ranger dans mon sac, en compagnie de mon portefeuille et de mes comprimés.

« C'est rien. J'regardais pas non plus.
Je me retournais vers le jeune homme que j’avais bousculé juste avant, et lui adressais un sourire. Nous étions visiblement tous les deux fautifs alors. Il me contournait et mes interactions avec lui auraient put s’arrêter là, mais pour je ne savais quelle raison, mon regard se mit à le suivre. Je devais avoir l’air plutôt stupide comme ça, à me tenir debout, immobile, à regarder une personne que je ne connaissais en aucun cas, que je venais tout juste de bousculer par inadvertance, mais j’étais intrigué. Sur le coup je ne sus pas par quoi, mais il avait quelque chose. Quelque chose que je ne connaissais pas, auquel je n’avais jamais été confronté et qui piquait ma curiosité, bien que je fusse incapable de dire quoi exactement. Je l’observais avec un peu plus d’attention, sa tenue qui me faisait penser qu’il devait être un peu comme moi, pas habitué à ce milieu, peut-être même moins que moi. Son visage me paraissait fatigué, dévoré par quelque chose que mon innocence d’alors ne pouvait identifier.

Lorsque je me rendis compte que j’étais en train de le dévisager ouvertement, je sentis mes joues me chauffer et je détournais les yeux. Ce que je faisais, ça ne se faisait pas justement. Je me repris rapidement et m’apprêtais à repartir, quitter les vestiaires pour retourner dans la salle principale du Casino et entrer enfin dans le vif du sujet de cette soirée, lorsque sa voix m’arrêta.
« Tu penses remporter le gros lot ?
Je ramenais mon regard sur lui, mes joues ayant perdues en grande partie la couleur qu’elles avaient prises juste avant. Si sa question me surprenait un peu, ne m’attendant pas à ce qu’il poursuive le dialogue, elle ne me dérangeait pas. A vrai dire, je ne me l’étais pas trop posé moi-même. Mais en y repensant, après coup, la réponse était plutôt négative. Ce n’était pas mon objectif, non.
« Non, pas vraiment. Je suis plutôt venue pour essayer, je me moque un peu de gagner ou de perdre.
Ça n’avait aucune importance à mes yeux. Je pouvais bien perdre tout le budget que je m’étais prévu, ou bien le tripler, je m’en moquais. Si je perdais, tant pis pour moi, sans doute. Si je gagnais…eh bien je pourrais toujours réinvestir l’argent dans un autre projet. Tout ce que je voulais, c’était m’amuser, découvrir ce monde dont je ne connaissais pas grand-chose. Même si mes parents devaient probablement tremper dans des affaires quelques peu illégales en ces lieux, je n’y avais jamais mis les pieds jusqu’à maintenant. L’envie m’avait manqué. Je me disais que j’irais bien un jour, plus tard. Puis mon compte à rebours s’était mis en marche, et j’avais ressentis l’urgence de faire des tonnes de choses. Une soirée au Casino m’était passée à l’esprit et s’était ajouté à ma longue liste. Tout ce que je désirais pour ce soir, ce n’était ni perdre, ni gagner, juste, simplement, découvrir.
« Et v- toi, alors ? Tu es venu répondre à l’appât du gain ?
Je l’imitais dans le tutoiement, bien que je butais un instant. Je n’aurais peut-être pas dû, nous avions des âges sensiblement rapprochés, je n’avais pas de raison propre de le vouvoyer. Si ce n’était le trop plein de politesse que l’on m’avait inculqué. Mais c’était surtout pour contrebalancer avec Junko. Ayant posé ma question, je me rendais compte qu’elle était plutôt stupide. Généralement, les personnes venaient au Casino pour gagner de l’argent, bien sûr. Je supposais. Moi, je me considérais comme une sorte d’exception, mais il fallait dire que ma condition était spéciale. Je triturais un instant la chaine de mon sac avant de la relâcher, et de me tourner à demi vers la porte de sortie. J’adressais un sourire au jeune homme dont je ne connaissais rien, j’hésitais un instant avant de me lancer.
« Non pas que discuter avec toi me dérange, au contraire ! Mais que dirais-tu que nous rejoignions les salles de jeux ?
Je ne savais pas trop pourquoi je lui proposais ça. Peut-être que j’avais envie de rester avec quelqu’un dans ce lieu que je ne connaissais pas. Peut-être que je pensais que je m’amuserais plus en compagnie de quelqu’un d’autre. Peut-être que je supposais que la présence d’un autre individu éloignerais mes pensées de l’épée de Damoclès suspendu au-dessus de ma tête. Cette même épée que je voulais oublier et qui m’obsédais, que j’entendais tinter dans mon sac sous la forme de cachets blancs enfermés dans une boite de plastique.
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MessageSujet: Re: Les jeux sont faits, rien ne va plus. Pour nous ! ; Setsuna   Lun 7 Aoû - 10:56

Pour essayer. Seule ? C’est étrange. Tu te dis que c’est un peu comme squatter un bar : il n’y a que les habitués pour y aller seuls. Les autres, ceux qui essaient juste, ceux qui n’ont pas suffisamment d’expérience pour se sentir à leur aise dans un endroit à la limite de l’hostile, préfèrent souvent venir en bande, sinon au moins en duo. Comme pour se rassurer, entre bêtes à l’instinct grégaire ; que l’un tombe, les autres tombent tous. Il y a l’ombre d’un sourire narquois sur tes lèvres, mais tu le ravales presque aussitôt. Toi-même, si tu n’avais pas été contrait à une mission de repérage, pistage, surveillance, quelque chose comme ça, sans doute aurais-tu appelé l’un ou l’autre de tes camarades. Pas les autres camés dans ton genre, plutôt les fils à leur père friqués, que t’aimes pas vraiment, mais qui s’y connaissent au moins, qui savent y faire dans les casinos. Espaces trop lumineux pour toi, où tu y vois plus obscur que jamais. C’est que tout ça est bien trop reluisant pour toi, Romeo. Tu ne brilles pas, tes fringues ne sont pas repassées, tes cheveux pas peignés, tes chaussures pas cirées -et sans doute qu’elles ne tiendraient même pas un cirage si tu t’y risquais. T’es pas comme eux, c’est ça qui dérange.

Des fois, de loin, tu songes que t’étais mieux chez tes pères. Sur la fin, ton regard rencontrait plus souvent les murs blancs de ta chambre d’hôpital plutôt que leurs prunelles, bleues pour l’un et noisettes pour l’autre, mais au moins tu te savais aimé d’un amour inconditionnel. Comme des parents aiment leur fils. Mais t’as craché dessus, et t’as claqué la porte. Tu n’as plus vraiment donné de nouvelles, sinon un message, par ci, par là, lorsque le courage te venait. Rien que des formalités : tu te portes bien -quand tu planes-, t’as rencontré des gens -des types avec qui tu te soûles jusqu’à t’oublier-, t’as de nouveaux projets d’avenir -toujours le même en fait, te foutre en l’air sans contrepartie. Tu leur mens, t’as un peu honte au fond, mais t’as pas le courage de les blesser à force de vérités déchirantes, ni le courage d’aller frapper chez eux alors qu’ils ne sont qu’à l’autre bout de la ville, dans des quartiers plus agréables que le tien, pas si loin du Casino quand t’y penses. Ils ne sont pas dupes, sans doute. Ils font au moins semblant, ils jouent ton jeu et ça te va. C’est plus simple pour tout le monde, de cette façon.

La voix de ta camarade de vestiaire te ramène à la réalité, et tu ne sais pas vraiment si elle est plus douloureuse ou non que tes rêveries passées. Un passé qui t’a bouffé, un présent qui continue de te ronger et qui finira par te tuer ; la nuance est faible finalement. « Et v- toi, alors ? Tu es venu répondre à l’appât du gain ? » Tu ne peux réprimer le sourire qui s’esquisse sur tes lèvres : l’appât du gain ? C’est bon pour les chanceux qui ont de l’argent à perdre à essayer d’en gagner plus qu’ils ne seront jamais capables de dépenser dans leur vie. « Va savoir. Les hommes aiment s’allonger dans leurs billets verts quand ils rentrent chez eux après une dure journée. » Tu ricanes ; toi t’en as tellement rien à foutre. T’as de quoi payer ton loyer, de quoi manger à ta faim, de quoi te fournir en illicites et payer un verre ou deux, une place de cinéma avec tes Fallen Devils quand vous avez du temps à perdre. T’as pas vraiment besoin de plus que ça. Les montagnes d’argent, c’est pas tellement loin de te dégoûter, au fond.

Tu t’es mis à fixer les portes des casiers face à toi, spectacle fascinant tout à coup que tu ne sais plus quoi ajouter. Mais la jeune femme ne te laisse pas le plaisir de replonger dans ta solitude, dans le silence qui consume autant qu’il rassure. Elle reprend la parole, te propose de venir avec elle, de l’autre côté, là où les gens parlent trop, rient trop, s’amusent trop. Ils se complaisent de choses qui ne t’arracheront jamais qu’un sourire amer, même pas envieux. Révulsé, peut-être, l’envie de vomir certaines fois. Tu grimaces, pas trop sûr de toi sur ce coup-là. « Quoi, tu veux dire dans la salle pleine de machines bruyantes, de coupes de champagnes tenues par des demoiselles aux robes plus brillantes qu’un néon en pleine nuit, elles-mêmes tenues à la taille par des types qui font plus vieux que leur âge avec leur style qui date du siècle dernier ? » Presque à contre-coeur, tu t’arraches à ton banc pour t’avancer vers elle, mi-figue mi-raisin. « Allez, pourquoi pas, emmène-moi dans ce monde si brillant qu’il m’en brûle les rétines. » Tu ris allègrement, et pourtant il y a comme de la rancoeur dans ta voix.

Tu lui tends ton bras, avec ce regard qui se veut malicieux. Flirter ? T’es pas assez déchiré -et même pas du tout- pour songer à lui faire du charme alors que tu la connais à peine. Et que tu ne sais même pas comment l’appeler. « Romeo, chevalier servant de Sa Dame, pour ce soir. Me feriez-vous l’honneur de me confier votre nom qui, je n’en doute point, doit vous sied à merveille ? » Il y a ces éclats de malice qui dansent dans tes yeux, te donnent l’air plus gamin qu’à l’accoutumée, plus heureux et moins cassé, aussi. T’as juste l’air d’un adolescent, à peine adulte, encore en plein la folie, en plein l’insouciance de cette jeunesse qui t’a comme filée entre les doigts.

Tu pousses la porte, et tout de suite les sons environnants te prennent d’assaut, t’enferment dans un brouhaha pesant qui te paraît insoutenable. T’as juste envie de sortir, de respirer l’air frais d’une nuit hivernale encore tolérable. Mais il y a cette fille à tes côtés, aussi seule que toi, un peu moins paumée, mais qui compte sur ta présence. Tu changes souvent d’avis, mais t’aimes pas dire oui pour rétorquer non à quelqu’un qui ne le mérite pas. Elle ne t’a pas recalé à ton coin solitaire. Alors, tu ne le feras pas non plus. « Par… quoi on commence ? » tu lâches, presque hésitant. A elle de prendre les commandes. Toi, t’as pas la force. C’est que t’as toujours été un peu flippé d’aller au devant des choses qui te dérangent, Romeo.
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MessageSujet: Re: Les jeux sont faits, rien ne va plus. Pour nous ! ; Setsuna   Lun 7 Aoû - 10:56

Peut-être que je supposais que la présence d’un autre individu éloignerais mes pensées de l’épée de Damoclès suspendu au-dessus de ma tête. Cette même épée que je voulais oublier et qui m’obsédais, que j’entendais tinter dans mon sac sous la forme de cachets blancs enfermés dans une boite de plastique.

Inconsciemment, je resserrais ma main sur la chaîne de mon sac. Est-ce que j’avais peur de les perdre ? Un peu. Car sans elles, je pouvais faire ce que j’appelais des « crises », et si je faisais une crise en public, ma famille serait avertit, et elle saurait que quelque chose n’allait pas. Ce que je voulais à tout prix éviter. Est-ce que j’avais peur que quelqu’un les voit ? Oui, aussi. Je me rendais compte que, depuis que j’avais reçu cette lettre, depuis que je m’étais rendu à l’hôpital, j’avais peur de beaucoup plus de choses qu’avant. Ou alors ces peurs avaient toujours été là et étaient devenues bien plus exacerbées. Je n’y connaissais pas grand-chose en psychologie, me lancer dans une introspection n’avait pas vraiment de sens. Sans compter que ce n’était ni l’endroit, ni le moment. Je voulais simplement profiter de cette soirée, m’amuser un peu, puis rentrer chez moi comme si je n’étais pas sur le point de mourir à tout moment. Qui savait à quel moment mon cœur allait me lâcher ? Je chassais ces pensées macabres de ma tête. Il fallait que j’arrête d’y penser. Bon sang, je voulais vivre ! Je ne voulais pas être obsédé par ma mort future. Je préférais me concentrer sur l’homme coincé avec moi, pour l’heure, dans les vestiaires du casino. Il était certainement un sujet de réflexion beaucoup plus sain que ce que je pouvais avoir en tête. J’étais resté un peu surprise du sarcasme dont il faisait preuve, mais je ne relevais pas. Le casino était un environnement à lui tout seul qui ne plaisait pas forcément à tout le monde, même si, dans ce cas, je me demandais ce qu’il pouvait faire ici. Je n’en n’ai pas demandé plus. Je n’avais pas vraiment à le faire.
« Quoi, tu veux dire dans la salle pleine de machines bruyantes, de coupes de champagnes tenues par des demoiselles aux robes plus brillantes qu’un néon en pleine nuit, elles-mêmes tenues à la taille par des types qui font plus vieux que leur âge avec leur style qui date du siècle dernier ?
Je restais muette un instant avant qu’un rire ne franchisse mes lèvres en l’entendant. Sa description était tout à la fois caricaturale et vraie. Si la plupart des personnes présente ne devaient pas correspondre, il était aussi certain que nous en trouverions tout de même une ou deux. Si ce n’était plus. Mon rire se calma vite, bien qu’un sourire flottait encore sur mon visage.
« Allez, pourquoi pas, emmène-moi dans ce monde si brillant qu’il m’en brûle les rétines.
C’est ce qu’il disait, mais il ne me semblait pourtant pas très enthousiaste, et je me suis soudain demandé si j’avais eut une bonne idée en l’invitant à venir avec moi. Et en même temps, je me demandais pourquoi il était là, s’il était si peu motivé. A moins que je ne me trompe totalement ? Il riait après tout. Je devais me tromper, je devais avoir mal compris ou mal interpréter quelque chose, et je laissais mon sourire revenir sur mon visage.
« Oh, il peut se révéler plus sombre qu’il n’y paraît !
Je disais cela en riant, mais j’en savais quelque chose, pourtant. Même si je n’avais jamais été impliqué dedans, par manque d’intérêt, parce que je n’avais pas été élevé dans ce but, parce que j’avais quitté la maison, pour autre chose aussi peut-être, je savais que ma famille comme d’autres personnes pouvaient traîner ici pour baigner dans des affaires que je qualifierais de pas forcément très légale. Quoi exactement je n’aurais su le dire. Je ne m’y intéressais pas. Je pris le bras qui m’était proposé avec amusement, prête à rejoindre la lumière, comme il l’appelait. Le bruit et la lumière.

« Romeo, chevalier servant de Sa Dame, pour ce soir. Me feriez-vous l’honneur de me confier votre nom qui, je n’en doute point, doit vous sied à merveille ?
J’étais certaine, en l’entendant, que mes joues s’étaient coloré d’une couleur qui n’avait rien à voir avec mon maquillage en dépit de mon sourire. Un fait contre lequel je ne pouvais pas grand-chose.  Je n’étais pas particulièrement habitué à ce genre de comportement, et cela avait tendance à me mettre mal à  l’aise. J’avais beau tenté de faire comme s’il n’en n’était rien, j’étais pratiquement certaine que ma gêne était visible. J’ai simplement fait de mon mieux pour l’ignorer, je m’en sortais mieux ainsi.
« Je me prénomme Setsuna, et je suis ravie à l’idée de passer la soirée en votre charmante compagnie, Romeo.
Sur ce, nous nous étions retrouvés dans la grande salle des jeux, pleine de son monde, pleine de ses bruits, de ses odeurs et de ses lumières. Un endroit aussi pailleté que redoutable. Je m’étais demandé ce que Junko penserait en sachant que j’étais là. Pour un peu, j’aurais presque put m’attendre à la voir débarquer, mais elle était prise dans son travail. J’étais l’aînée, de nous deux, mais parfois j’avais l’impression que c’était moi la plus jeune. C’était amusant. Je fis le tour de la salle du regard, observant les personnes, les tapis de jeux, le bar, le buffet, les machines à sous, sans me fixer sur quelque chose en particulier. Est-ce que je craignais de croiser ici quelqu’un que je connaissais ? Une connaissance lié à a famille ? C’était une possibilité que je ne redoutais pas particulièrement. Ce n’était pas comme si je devais avoir peur de quelque chose.
« Par… quoi on commence ?
Je levais les yeux vers Romeo, un peu étonné du manque de certitude que je percevais dans sa voix. Peut-être qu’il ne voulait en effet pas venir, finalement. L’y avais-je forcé d’une manière ou d’une autre ? Je l’avais pourtant croisé dans les vestiaires... Je ne savais plus trop quoi penser, et je me suis demandé si je devais faire comme si je n’avais rien remarqué ou non. Les choses devenaient un peu étranges, et par pur égoïsme, je ne voulais pas que cela m’affecte directement. J’allais simplement suivre le programme que je m’étais plus ou moins fixé, et aviserais ensuite si quelque chose n’allait pas.
« Commençons par le plus facile et allons aux machines à sous.
Je tirais légèrement sur son bras pour l’entrainer avec moi en lui souriant. Des machines à sous, il y en avait beaucoup et de différentes sortes, et pour tout dire, je ne savais pas par quoi exactement commencer. Alors je nous ai simplement fait avancer jusqu’à un endroit un peu plus calme, pour qu’il soit plus à l’aise peut-être, avant de m’installer devant une machine et de l’actionner, curieuse.
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MessageSujet: Re: Les jeux sont faits, rien ne va plus. Pour nous ! ; Setsuna   Lun 7 Aoû - 10:57

Ce monde si brillant… Plus sombre qu’il n’y paraît ? Tu n’en doutes pas un instant. T’en sais tellement, sur ces choses obscures camouflées dans le dos de lumières si vives que l’on ne peut pas les regarder en face. Elles éblouissent, et l’on se fie trop à l’image reluisante qu’elles renvoient. Pourtant, au fond, ça n’est jamais qu’une couche de vernis sur un trop-plein de moisissures. De la peinture, mille broderies, des couleurs vives, du cache-misère en somme. Et c’est peut-être bien ça qui te répugne le plus. Cacher l’ombre de ton regard et la fêlure de tes rires, toi, tu ne sais pas faire. On relève si peu pourtant que, parfois, tu crois y parvenir, mais tu sais que ce n’est qu’un jeu de faux semblants. Tu simules et tous les autres t’imitent. Tu mènes la danse, t’es le marionnettiste qui tient les fils d’une main fébrile et tremblante. Et, puisque ça convient à tous de fermer les yeux, tu ne cesses jamais, et ils préfèrent suivre ton impulsion que tenter de trancher leurs petits fils usés. Ça te va, tout aussi bien. Et puis, toi aussi, au fond, tu joues de masques et de fausses couleurs, terroriste, assassin ; t’as dévoré l’âme du gamin que t’étais autrefois, avant que l’amour et la mort ne te crèvent. Depuis tu ris, depuis tu joues de sourires incandescents et fugitifs. Depuis, tu vernis soigneusement chaque blessure, chaque brisure, chaque éclat pour qu’ils ne luisent pas dans les reflets de ton bonheur si parfait.

Setsuna. Si tu t’osais à le prononcer, ça sifflerait entre tes dents, tout doucement, comme un souffle, un serpent sinueux, un souvenir cynique. T’esquisses un sourire, parce qu’elle se prête à ton jeu, à ton égarement momentané, à tes tentatives d’oublier. Tu le sais : ne pas perdre de vue les objectifs, jamais, et ça n’est pas dans tes projets. Mais t’as pas envie d’être seul pour autant. C’est ça ou demeurer dans les vestiaires, et ça sera un échec, une défaite par abandon, par drapeau blanc, capitulation. T’es pas du genre à abandonner, pourtant, mais c’est pas chez toi, ici. Trop de lumière. Le vernis de toc appliqué en couches épaisses fondrait presque sous ton regard accusateur, mais tu ne le laisses jamais trop longtemps au même endroit. Comme si t’avais peur, au fond, peur de la vérité, peur de la pourriture. Pourtant, elle court jusque dans tes chairs, Romeo.

Tu te laisses entraîner dans rechigner, au milieu des gens et des machines, jusqu’à un endroit un peu moins bondé, un peu moins envahi de bavardages divers et plutôt de sons de roulettes qui tournent, de voix qui annoncent les gains, de leviers qui s’actionnent et de boutons que l’on presse. Ça t’intrigue, t’as jamais vu ça que dans des films ou des séries, ceux que tu matais un peu plus jeune, quand tu passais ton temps sur ton lit, avec ton ordinateur et ton casque sur les oreilles. Cette fois, c’est un peu plus vrai, et ça ressemble un peu trop à ce que tu voyais dans les productions cinématographiques. Pourtant, on t’a toujours dit que t’étais pas dans un film, Rom. Tu te détaches de la vision un peu trop étrange à ton goût, et ton regard s’arrête sur la machine, face à laquelle s’est installée ta nouvelle camarade. L’air de rien, tu glisses l’une de ces quelques pièces que l’on offre à l’entrée —rien qu’une invitation au jeu abusif et à la consommation— et elle l’actionne. Les symboles se mettent à défiler, chaque rouleau selon une vitesse différente de son voisin. T’es clairement fasciné, tant le mouvement paraît infini.

Si t’avais pu, sans doute n’aurais-tu jamais bougé de là, jamais détaché ton regard de ce cycle sans fin et hypnotisant au possible. Seulement, tu reviens à la réalité par la force des choses, parce qu’une voix annonce une défaite, quelques machines plus loin. Tu te penches en direction de Setsuna, et lâches un « Appuie sur le bouton et croise les doigts » en lui indiquant ledit bouton, au centre du panneau de commandes. T’attends qu’elle se décide, réponde à son instinct, à son envie ; un instant, t’espères presque, parce que tu vois les symboles qui ralentissent, menacent de tracer des lignes de trois. Finalement, c’est une suite, un bar, une colonne de deux, une de trois ; ton regard court sur la liste des gains sur la droite de l’écran, et t’entends les pièces qui tombent dans le petit réservoir. Cinq. C’est le tableau qui le dit. T’esquisses un sourire face à cette petite —clairement minuscule— victoire, et puis tu relèves les yeux vers elle. « Pour fêter ça, je te paye un verre ? Enfin, ne le prends pas comme une tentative désespérée de te draguer, hein. » Tu ris doucement, et y’a un peu de cette malice dans ton regard, qui te donne l’air d’un gosse pris en faute et pourtant incapable d’être désolé.

Tu lui laisses le soin de récupérer les pièces récoltées, et puis tu lui tends à nouveau ton bras. Tes yeux, soudainement, sont partis à la recherches du visage de celui sur lequel on t’a demandé de mettre la main. Tu le trouveras bien, s’il n’a pas déjà décampé. Cela dit, et même si l’idée te dégoûte d’avance, tu sais bien que les chances ne seront que multipliées, si tu te rapproches des zones plus fréquentées encore que celles-ci. Alors, si elle le veut bien… Direction, le bar.
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MessageSujet: Re: Les jeux sont faits, rien ne va plus. Pour nous ! ; Setsuna   Lun 7 Aoû - 10:57

Je m’étais peut-être laisser un peu emporté. Je ne m’en rendais pas compte, toute petite dans cette salle immense, poupée de chiffon parmi les plus luxueuses Barbie. Peut-être même tâche au milieu de la lumière. Après tout, il ne tenait qu’à un fil que je ne m’emballe trop et qu’en réponse à cette sollicitude mon corps ne repende une partie de mon sang sur le marbre. Raison pour laquelle un flacon de pilule avait sa place dans mon sac. Ma ceinture de sécurité. Mon garde-fou. Mon assurance vie. Ce bonbon blanc sans sucre, sans goût qui me dit que je vivrais un peu plus longtemps tout en me rappelant que mes jours sont comptés. Et j’essayais, en vain, de ne pas y penser. Sans doute étais-je à la recherche de quelque chose d’anodin pour m’étourdir ? Mon sac était léger comme une plume à mon bras, et pourtant je le trainais comme un boulet.

J’étais là, assise devant une machine à sous parmi tant d’autre, ne sachant trop comment m’y prendre exactement et pourtant excité comme une petite fille. Et le sang battait dans mes veines alors que j’actionnais la machine infernale. Les cylindres tournaient à vive allure, ne laissant rien deviner des symboles qui les recouvraient jusqu’à la toute dernière seconde. Une légère mélodie s’élève anonymement dans le brouhaha ambiant. J’ai perdu. Je ne perdais en rien mon sourire, m’y étant attendu. Quand on venait dans un casino pour la toute première fois, sans aucune expérience de jeux, il fallait s’attendre à tout perdre. Et cette défaite ne représentait rien en vérité. J’étais de toute façon destinée à perdre le plus important. Je m’apprêtais à rejouer, après tout, rien ne m’empêchais d’être un peu plus chanceuse cette fois-ci, lorsqu’une voix m’interrompit un instant.
« Appuie sur le bouton et croise les doigts. »
Je levais les yeux vers Romeo, curieuse, mais j’obtempérais docilement. Qu’avais-je à perdre de toute manière. Et je voulais savoir ce qu’il pouvait bien se passer. Je m’amusais, j’étais presque réellement insouciante pour une fois. J’appuyais sur le bouton qu’il m’avait désigné et attendit de voir ce qu’il allait se passer avec des yeux de petites filles. Je devais sans doute ressembler d’avantage à une enfant qu’à une jeune femme de bonne famille, mais je n’en n’avais cure. A nouveau, les rouleaux se remirent à tourner à toute vitesse, à nouveau, une musiqué s’élève pour se perdre aussitôt. Mais cette fois s’ajouta le tintement de pièce contre le réservoir de fer. Je baissais les yeux pour voir quelques pièces qui étaient tombé de la machine. Et je souriais, comme une enfant le soir de noël, comme si s’était la plus belle chose du monde. Ce n’était rien en vérité, mais peu importe pour l’heure je me laissais emporté par cette excitation toute enfantine pour un jeu pourtant réservé aux adultes.
« Pour fêter ça, je te paye un verre ? Enfin, ne le prends pas comme une tentative désespérée de te draguer, hein. »
Mon sourire se troubla un instant alors que je récupérais les pièces. Cinq. Ce n’était rien, mais qu’importe. Je m’interrogeais un bref instant avant d’accepter. Cela ne me ferait pas de mal, quoi que je puisse en penser. Le premier verre facilite le travail du cœur, le second le complique. Je me levais du siège sur lequel je m’étais installé avant d’aller prendre le bras qui m’étais galamment offert.
« Ce sera avec plaisir, mais es-tu sûr de ne pas vouloir jouer également ? »
J’étais plutôt soucieuse de ce fait. Il était certes rester tout à côté de moi alors que je jouais, mais ce n’était pas comme jouer soi-même. Alors que j’attendais une réponse, je ne pouvais empêcher mon regard d’errer sur les personnes présentes ici. Je ne cherchais rien en particulier, si ce n’était à la rigueur un point où fixer mon regard.  Mes yeux accrochèrent un visage familier, je me tendis un instant avant de détourner brusquement le regard, sans doute trop pour que cela passe inaperçu mais qu’importe. J’essayais de me détendre de nouveau, de ne pas y penser comme tout ce à quoi je ne voulais pas penser. Je n’avais rien contre les amis et relations de mes parents. Je n’avais simplement pas envie de m’y mêler ce soir. Sans compter toutes les questions que cela pouvaient engendrer et auxquelles je ne voulais pas répondre.
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MessageSujet: Re: Les jeux sont faits, rien ne va plus. Pour nous ! ; Setsuna   Lun 7 Aoû - 10:57

Son bras, pris en un étau léger au creux de ton coude ; une chaleur, moins étouffante que celle ambiante qui pèse presque sur ton estomac, entre tes côtes, peu importe : respirer en devient difficile. Mais c’est dans ta tête, Romeo. Tout, tout, tout est dans ta tête, Romeo. Tes dents se serrent, ta mâchoire se crispe, tes ongles entament ta propre chair, marquent la paume de ta main d’accrocs si peu douloureux face à tout ce que tu t’infliges quotidiennement —ça brûle encore sous tes manches— que tu n’en tiens même pas compte. Tu t’en fous, d’avoir mal. Au pire des cas, c’est ta façon à toi d’être vivant. Souffrir, pour exister à tes propres yeux, quand bien même tu ne seras jamais rien à ceux du monde. Rien d’autre qu’un abruti pour certains, un sale type pour d’autres —ces filles que tu abandonnes à la froideur de leurs draps, le matin—, au mieux un gagne pain pour ceux —celui— qui t’échangent volontiers argent —le tien— contre neige onirique ou pilule colorée —les leurs. T’es rien, Romeo, rien d’autre que cet imbécile qui s’auto-détruit ; rien d’autre que ce type qui s’est vendu au crime pour quelques billets qui brûlent comme brûlent tes veines sous l’essence doucereuse qui t’envoie à dix mille —t’es tellement loin, si souvent. T’es rien, Romeo, rien d’autre que le type qui tuera, peut-être, ce soir ; rien d’autre que celui qui prendra une vie en l’échange d’un peu de monnaie, d’un rictus mauvais et d’un accomplissement pitoyable —t’as jamais aimé ça, dans le fond. Pourtant, ce type, tu le cherches encore, et encore, alors même que l’idée de l’après te file la nausée. Mais t’oublieras, t’oublies toujours après tout.

« Ce sera avec plaisir, mais es-tu sûr de ne pas vouloir jouer également ? » Tu réprimes —difficilement, vainement peut-être— un sursaut, tout à coup arraché à tes pensées, à ta colère, à ta douleur ; tu reprends pied avec la réalité, et c’est presque aussi douloureux que ce à quoi tu songeais un instant plus tôt. C’est la même sensation que celle de tes réveils les plus difficiles, les lendemains de soirée. Celles dont tu ne te souviens de rien, à peine ton nom, surtout pas comment est-ce que tu as fini dans cet état, encore moins ce que tu as fait au profit des heures de trouble qui ne te reviendront jamais à l’esprit. C’est aussi la même sensation qu’au réveil de ces soirées qui ont si mal tournées que c’est un plafond trop blanc qui brûle tes prunelles tiraillées comme à l’acide qui te fait face. Accident, ils disent, mais tu n’en es pas certain ; t’es partant pour crever dans un songe éveillé, dans un orgasme pourquoi pas, alors pitié, que l’on cesse de te sauver.
Tu fermes les yeux, inspires profondément —tu n’es pas certain que ton trouble passera inaperçu, mais c’est bien là le cadet de te soucis. Et puis, c’est le sourire revenu que tu lances un regard dans la direction de Setsuna —comme si de rien était. « J’ai jamais trop compris l’intérêt d’jouer à des jeux où gagner c'est quasi-impossible. » Peut-être que toi, le jeu de la vie, de la mort, tu peux l’emporter ? Bien sûr que non, tu le sais, tu n’es pas si con. Mais alors, pourquoi joues-tu encore ? « J’aime pas vraiment ces endroits, c’pas ma came. » Toi, ta came, c’est la neige qui te glace le sang, ce sont les sourires gravés au dos des pilules trop colorées pour avoir l’air vraiment mortelles. Elles te tuent, pourtant. Il te tue, le froid, ils te tuent, les bonbons des grands. Ils te tuent, et t’attends plus que ça, au fond.

C’est elle qui se trouble, tout à coup, et ton regard s’assombrit. Tu lèves la tête, tu jettes un oeil dans la direction que ses yeux ont emprunté avant de s’en détourner, et tes ambres se heurtent à des traits qui te font grimacer, l’espace d’un instant, d’une seconde. Merde. Il vient de se détourner, et le doute s’est immiscé jusque dans ton esprit. C’est lui ? Situation louche, on t’a dit ; c’est de lui que tout dépend ? Tu presses le pas, sans trop savoir t’en empêcher, pour mettre de la distance entre lui et toi —vous, puisqu’il y a Setsuna à ton bras. Tout à la fois, alors que sa silhouette se fait moins distincte, tu as un plus large champ de vue, d’ici, à deux pas du comptoir vers lequel tu t’avances. Tu luttes pour ne pas te retourner sur lui, pour demeurer uniquement concentré sur le bar, jusqu’à t’installer enfin sur l’un des sièges. « White Russian » tu lances sans hésiter, lorsque le barman s’avance dans votre direction. Et puis, tu coules un regard en direction de ta camarade pour la soirée, tête penchée, l’éclat lointain dans les yeux mais les lèvres fendues en un sourire maladroit. « Prends ce que tu veux, c’est moi qui invite. » Comme si tu pouvais te le permettre.

Tu ne tiens plus : tu observes par dessus ton épaule, et entre les mèches qui te tombent devant les yeux ; tu vois ce dos trop droit, ces épaules trop carrées, cette chemise trop bien repassée. Tu lâches un sifflement méprisant, avant d’en revenir à vos commandes, qui n’attendant qu’une petite minute avant d’être posée devant vous. Ton verre, tu t’en saisis sans attendre, et les glaçons s’entrechoquent sous ta main tremblante —de colère, de peur, de rage ? quels sont donc les soucis de l’âme qui te rendent si pitoyable ce soir, Romeo ? Tu bois, une longue gorgée qui te brûle la trachée ; la chaleur te vrille en un instant, te traverse et picote jusqu’au bout de tes doigts, et tu savoures la sensation, le goût —que tu n’aimes pas tant, au fond— avant de daigner adresser à nouveau la moindre attention à Setsuna —pour autant, tu n’oublies jamais qu’elle est là, non loin de toi, qu’elle existe à tes côtés, qu’elle te fait exister, ce soir, d’une certaine façon. « Tu le connais ? Ce type sur lequel t’as louché, tout à l’heure ? » Ta voix, même basse pour que les mots ne soient entendus par nul autre qu’elle, est raillée, brisée —et ça n’est même pas la faute à l’alcool. Alors quoi ? Tu tousses, doucement, tu bois à nouveau, grimaces sous la bouffée de chaleur soudaine. Tu n’aimes pas la vodka. « Pardon, ça m’regarde pas. » En effet. Pourtant, tu crèves d’envie de savoir. Ne serait-ce que pour mettre un nom sur celui qui ne verra peut-être pas le jour se lever, pour une fois.
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MessageSujet: Re: Les jeux sont faits, rien ne va plus. Pour nous ! ; Setsuna   Lun 7 Aoû - 10:58

Je fis de mon mieux pour oublier la fâcheuse rencontre entre mon regard et celui d’un autre. Un visage que je connaissais pour l’avoir vu à plusieurs reprises lorsque je vivais encore chez mes parents. Maintenant, je peux juste croiser les doigts et espérant que trop de temps était passé et que j’avais suffisamment changé pour ne pas être reconnu. Cela pouvait m’attirer quelques problèmes comme absolument rien du tout, mais autant j’étais prête à jouer ce soir, autant je désirais assez peu tenter le diable. Et je préférais largement prendre trop de précautions que pas assez. J’hochais distraitement la tête en entendant la réponse de Romeo. C’était compréhensible, et normal en fait. Qui joue lorsque l’on sait que l’on ne gagnera pas, à part peut-être les idiots et les désespérés ?

Etais-je idiote ou désespérée ?

Je sursautais un peu lorsque mon partenaire pressa le pas en direction du bar sans que je n’en comprenne la raison. Je me remis rapidement à son niveau, ne désirant pas vraiment être trainée ainsi très longtemps. Atteindre le comptoir n’est ni long ni bien compliqué et je me retrouvais très vite assise à côté de Romeo.
« White Russian. Prends ce que tu veux, c’est moi qui invite. »
Je restais silencieuse un instant, adressant un sourire de remerciement à mon compagnon et réfléchissant à la commande que je pourrais passer alors que mon regard passait sur les différentes bouteilles exposées à titre décoratif ou non. Je n’y avais pas vraiment pensé et je me retrouvais légèrement prise au dépourvu alors que j’étais pourtant censé m’y attendre. Je restais bête quelques secondes avant de me décider.
« Dans ce cas je prendrais un Red Moon s’il vous plait. »
Ma voix était basse et douce, et je gardais mon visage résolument tourné vers les rangées de bouteilles. Bouteilles de vin, bouteilles d’alcool, bouteilles de sirop. Bouteilles décoratives au contenu aussi psychédélique que toxique. Je n’en détachais les yeux que lorsque le verre que j’ai commandé fut déposé devant moi. Je plongeais mon regard dans la boisson rouge avant de finalement y plonger les lèvres. Je n’étais pas friande des boissons alcoolisées en général, mais j’adorais le goût du fruit dans celle-là. Je jetais un regard curieux à celle de Romeo, très claire mais peu tentant pour moi.
« Tu le connais ? Ce type sur lequel t’as louché, tout à l’heure ? »
Je le regardais, surprise. Il avait remarqué ? Certes, je ne pouvais pas dire que j’avais été très discrète, mais je ne m’attendais pas à ce qu’il remarque ce que je regardais. Ou qui je regardais. Je replongeais la tête la première dans mon verre, légèrement gênée. Quand ses excuses me parvinrent, je secouais la tête. Il n’y avait aucune raison de s’excuser, il n’avait rien fait de mal.
« Non, c’est… »
Je m’interrompis brutalement, ne sachant pas trop comment poursuivre. Ni s’il était vraiment sage de poursuivre en fait.
« C’est…un partenaire d’affaire de mes parents ? Je crois que je peux dire ça comme ça. Je ne le connais pas personnellement. Je me doutais qu'en venant ici, j'allais certainement croiser des personnes que je connais, mais je n'ai pas vraiment envie d'être reconnue... »
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MessageSujet: Re: Les jeux sont faits, rien ne va plus. Pour nous ! ; Setsuna   Lun 7 Aoû - 10:59

Le verre s’agite entre tes doigts, sans que tu n’y prennes véritablement garde. Geste nerveux, tic inconscient, traître de ta nervosité. Pendant un instant, presque, avant de reconnaître sur les traits de l’homme ceux que l’on t’avait montrés auparavant — t’es quand même tenté de vérifier la pièce jointe sur ton téléphone, mais tu n’oses pas, avec Setsuna à tes côtés —, t’as entr'aperçu la possibilité d’une soirée paisible. Surveiller, s’assurer que rien ne détonnait — c’était si simple, sur le papier. Pourquoi faut-il qu’il soit là ? Une tête pensante parmi tant d’autres, l’un de ces êtres puissants, qui ont la malchance d’être du mauvais côté de la balance. Celle que tu n’es pas censé défendre, celle des héros, des bons samaritains. C’est plutôt comique, d’y songer, qu’un type aux mains plongées dans les affaires les plus obscures et sans doute malhonnêtes puisse investir autant dans une cause aussi juste que celle de tes ennemis. Ennemis qui n’en sont pas vraiment, pas à tes yeux du moins — sur le terrain, peut-être ; mais même toi t’es capable de sympathiser avec l’un de ces héros en collants, en toute connaissance de cause, suffisamment pour déjouer les ordres de ton propre sponsor un jour ou l’autre. T’as jamais vraiment soutenu la cause de Carvel and Son, mais t’as couru après l’argent. C’était ça, ou les rues pour ce qu’il restait de l’hiver de tes dix-huit ans.

« Non, c’est… » Tu relèves les yeux vers elle, quand bien même ton regard s’en retourne vite par delà son épaule, là où l’homme est en grande conversation avec d’autres types qui sont à son image ; mêmes fringues repassées, même visage arrogant — tu ne le connais même pas et, pourtant, une part de toi le déteste déjà. Parce qu’il est l’un de ces individus à qui tout réussi, qui ont du pouvoir et en usent à tort et à travers — un peu comme tes supérieurs, tes employeurs, que tu ne portes pas non plus dans ton cœur —, un de ces lascars à cause de qui, ce soir, t’auras un autre sang que le tien à noyer dans les substances psychotropes. « C’est…un partenaire d’affaire de mes parents ? Je crois que je peux dire ça comme ça. Je ne le connais pas personnellement. Je me doutais qu'en venant ici, j'allais certainement croiser des personnes que je connais, mais je n'ai pas vraiment envie d'être reconnue... » Ombre d’un sourire sur les lèvres, railleur, roublard. Pour essayer, hein ? Le milieu des vices, il faut croire, ne lui est pas tout à fait inconnu, malgré ce dont elle a l’air.
Tes prunelles dardent dans sa direction, et tu la fixes un long moment sans laisser le moindre des mots s’échapper, comme à la recherche des plus justes à prononcer. Ceux qui t’aideront dans ta mission, ou ceux qui satisferont ta curiosité ? Le dilemme est grand, la nuance est faible. Tu avales une nouvelle gorgée d’alcool, comme si t’émécher ne serait-ce qu’un peu t’aiderait — ça n’est sans doute pas si faux. « Donc, tes parents traînent dans des affaires miteuses ? Ç’a du charme, dis-moi... » Tu ricanes, d’une voix toujours quelque peu enrouée. « Faut pas être très sain, pour côtoyer des types comme celui-là. Ça t’plante un couteau dans le dos et ça t’arrache un œil pendant ton agonie pour jouer avec et qu’tu puisses y voir faire avec celui qu’il te reste. » Comme si toi, t’étais mieux ; tu traînes dans la drogue, avec des êtres tout aussi peu consciencieux que peuvent l’être ceux qui peuplent le casino, affublés d’accoutrements bien trop chers pour que l’argent dépensé en haute couture ait été acquis de façon honnête.

Verre dans une main, de ton bras libre tu t’accoudes au comptoir, et tu poses ta joue au creux de ta paume. Tu parviens à ne pas ramener ton attention à ta cible, à te concentrer plutôt sur la jolie brune qui te fait face. Tu t’es trouvé une occupation, quand bien même paraît-elle ne pas savoir tant de choses sur les activités de ce milieu — sûrement parce qu’elle s’en tient à l’écart, toute intelligente qu’elle est d’avoir assez de raison pour ne pas empiéter dans ce monde de rapaces avides. « Tu ne connais pas son nom, par hasard, ni pour quoi précisément tes parents marchandent avec lui ? » Sourire aux lèvres, tu essaies quand même d’obtenir des informations, sans même prendre garde à ne pas perdre la confiance de ton interlocutrice — t’es tout à coup beaucoup trop détendu, comme si tout n’était plus rien d’autre qu’un jeu aux règles macabres que tu détournes sournoisement. « A ton avis, dis-moi, (tu indiques vaguement l’intéressé, derrière elle, de cette main qui tient le verre, celui-là même que tu portes à tes lèvres avant de poursuivre.) si ce type crève, combien pleureront la perte d’un homme d’honneur et combien se réjouiront d’y gagner de nouveaux investissements majeurs ? » Tu laisses s’écouler à peine une seconde — la réponse est bien trop évidente, et elle est répugnante. « Et donc, à ton avis, ce sera une grande perte s’il tombe ? » T'as ce rictus en coin, amusé, l'air presque enfantin, comme si parler de la mort d'un homme n'était rien d'autre qu'une banalité — et ça s'en rapproche dangereusement, te concernant.

Tu tends ton verre dans sa direction, comme en l’attente qu’elle vienne faire tinter le sien en un heurt symbolique, alors même qu’il est à moitié vide. En quel honneur trinques-tu donc, Romeo ? La misère du monde, la pourriture des hommes, ton crime à venir ou le désespoir qui te fait de nouveau trembler, qui fait vaciller l’éclat d’assurance de ton regard ? A quoi trinques-tu, Romeo, si ce n’est à la chute prochaine de cet homme ; serait-ce à la tienne, plutôt ?
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