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 Retrouvailles à Lavanville ; Kazuko

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Yûki
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MessageSujet: Retrouvailles à Lavanville ; Kazuko   Dim 30 Juil - 1:35

Il existait des pourritures, dans le monde, des types peu loyaux qui tournaient le dos pour des questions d’intérêts personnels. Oswald était sans doute de ceux là, il faisait des coups bas mais détestait qu’on lui en face. Aujourd’hui, c’était l’un des partenaires de Chronos qui avait mis les nerfs du jeune chef à vif. S’il y en avait des fidèles, comme les Valentini et l’armée, d’autres, heureusement bien moins importants, n’en était pas moins des lâches que l’argent suffisait trop souvent à appâter. Un bâton, une carotte un peu plus juteuse qu’une autre, et ils s’agenouillaient devant leur maître en hurlant amen, prêts à endurer tous les vices pour quelques pièces d’or. Le pire, c’est que ce type n’avait pas hésité un seul instant à mentir, sans manquer de regarder Oswald dans le blanc de l’oeil en débitant ses balivernes. Il prétendait avoir perdu la moitié de ses revenues depuis que c’était le Phoenix qui dirigeait Chronos et ses affaires obscures. Le blond ne s’était pas démonté pour autant, il lui avait calmement prouvé qu’au contraire, les rentrées étaient bien plus importantes de leur côté à présent, alors qu’un autre partenaire les lui avait diminuées, le bougre n’avait rien voulu entendre. Aucun doute qu’un concurrent lui avait proposé une somme faramineuse et trop belle pour être vraie afin qu’il raille l’entreprise du blond de ses associés. Qui était assez fou pour ça ? Sûrement pas Oswald ; il n’était pas du genre à enchérir sur la tête d’un imbécile qui se vend si aisément. Il avait besoin d’hommes forts à ses côtés, de piliers solides sur lesquels il pouvait compter, pas de traîtres qui retournaient leur veste comme bon leur semblait. Alors, évidemment, furieux de cette entrevue écourtée avant que les décibels ne commencent à s’élever, il avait envoyé ses sbires soucieux sur les roses, et s’en était allé sans même leur adresser un regard, sans leur dire où est-ce qu’il se rendait. De toute façon, il n’y avait pas dix mille lieux à proximité dans lesquels il pouvait avoir envie de se rendre. 

A deux pas de là, il n’y avait que Lavanville, Lavanville et ses légendes lugubres qui faisaient frissonner les enfants. Lui-même, gamin, craignait les esprits qui, d’après les nombreuses histoires, hantaient les allées de la petite ville paisible. Aujourd’hui, Oswald ne croyait plus en tout ça, les contes effrayants ne suffisaient plus à le faire trembler, et les fantômes ne l’inquiétaient plus ; les spectres n’étaient rien d’autres que fantasmes de l’esprit. Pour autant, Lavanville était un endroit qu’il appréciait, il reconnaissait que le calme de l’endroit avait quelque chose de doux, d’apaisant, on pouvait y passer des heures pour se ressourcer. C’était différent de Janusia ou de Volucité, qui étaient agitées en permanence. C’étaient toutes deux des villes qui ne dormaient jamais, sans cesse illuminées à tous les coins de rue, même au beau milieu de la nuit. Mais ici, dans ce petit coin à la réputation quelque peu sinistre sous certains aspect, l’obscurité nocturne avalait tout, sans rien laisser. Une fois les éclats du jours disparus, tout semblait mort, un peu triste peut-être. Mais c’était aussi quelque chose d’appréciable ; le silence avait du bon parfois. 

Lorsqu’il atteignit Lavanville, le soleil déclinait déjà à l’horizon, et les quelques rares habitants profitaient des derniers rayons à l’extérieur. Il y avait un couple, plutôt âgé, assis sur le perron de leur maison. Il ne s’attarda pas sur eux, mais il sentit leur regard lui chatouiller la nuque. Sans doute l’avaient-ils reconnu, il n’était pas difficile de faire le lien entre cette tête blonde et celui que l’on savait être le chef de Chronos, cette organisation réputée, souvent crainte et méprisée tout à la fois, rarement appréciée sinon par ceux qui partageaient ses idéaux ; détestée, en tout cas, par tous les hybrides. Ce n’était pas surprenant, quand on connaissait leur objectif, et la façon dont été traités les Pokémons, là-bas. Les pires traitements étaient gardés secrets, mais il y avait toujours des fuites, des bruits qui courraient, choquaient, dégoûtaient, effrayaient. Oswald n’était pas dupe, il savait tous ces sentiments qu’il faisait naître chez ceux qu’il croisait, mais qu’elle importance qu’on le haïsse puisqu’au moins, on parlait de lui ? C’était en soufflant son nom à voix basse dans les quartiers d’Unys et des autres régions qu’on lui donnait le plus de pouvoir. Mais, seulement pour aujourd’hui, il n’était pas venu chercher des ennuis à de quelconques carpettes. Il avait d’autres Chaffreux à fouetter, de toute façon.

Sans trop savoir pourquoi, il n’avait pu s’empêcher de ralentir en approchant de la Tour Pokémon qui se dressait, fière et imposante, à tout juste quelques mètres de lui. Immobile, il leva la tête vers le sommet, observant les fenêtres qui se détachaient du gris uniforme des pierres qui façonnaient le bâtiment. Après un très léger instant d’hésitation, il réduisit à néant la distance qui le séparait encore de l’entrée, posant un pied à l’intérieur de ce monument qu’il ne s’était encore jamais permis de visiter, bien qu’il ait déjà plusieurs fois traversé Lavanville. Ça lui avait bien traversé l’esprit, mais il n’avait jamais trouvé d’excuse suffisamment bonne pour que lui-même trouve une raison d’entrer. Aujourd’hui, il n’avait pas besoin de se justifier, c’était une envie soudaine, incompréhensible même pour lui-même. On l’y avait poussé, tout simplement ; du moins quelque chose comme ça. Beaucoup auraient été outrés, en colère ou écoeurés qu’un type de son genre ose profaner un lieu où l’on pleurait sur les Pokémons que la mort avait emportés. Pendant longtemps, lorsqu’il était enfant, il avait cru que les Pokémons ne mourraient jamais, que ce n’était un sort réservé qu’aux humains, puisque les humains étaient mauvais. Il était surprenant de songer que, petit, Oswald avait aimé les hybrides. Les rares qu’il avait eu la chance de côtoyer, il les avait sincèrement aimés, même s’ils n’avaient fait qu’un passage très fugace dans sa vie. Il n’y en avait qu’une qui avait été autre chose qu’un simple mirage d’un instant ; et c’était assez ironique de songer que c’était pourtant le surnom qui lui fut donné par le commun des mortels, fût un temps. Il n’y en avait qu’une, et il avait été assez stupide pour tout gâcher ; mais elle avait aussi été assez stupide pour faire ce qu’il avait toujours considéré comme une trahison. Au jour d’aujourd’hui, il s’efforçait constamment de ne plus penser à ce qui s’était brisé, ce jour là. Il ne voulait pas se souvenir de cette Pokéball qu’il avait laissé rouler à ses pieds lorsqu’elle était partie ; blanche, comme si elle n’avait jamais servi. C’était trop douloureux d’y songer, sans doute. 

De toute façon, qu’importait qu’il soit là, puisqu’on ne l’en aurait pas chassé. Lorsque l’on dirige, on ne se voit rien imposé. Bien sûr, il croisa quelques regards, surpris puis réprobateurs, mais ne s’en offusqua pas. Plutôt que de s’attarder sur tous ceux qui jugeaient sa présence en ce lieu sacré, lui préférait laisser courir son attention sur les noms et espèces gravées dans les plaques de marbre, les observant sans vraiment les voir en vérité. Quand bien même il tentait d’étouffer ses questionnements, il ne pouvait s’empêcher de se demander si son tortionnaire d’antan avait finalement été retrouvé, gisant dans son lit, allongé dans une marre de son propre sang, une plaie béante traversant sa gorge. Etait-il enterré là, lui aussi ? Oswald déglutit difficilement et, de crainte sans doute que sous ses yeux ne se dessine le nom d’un Spectrum, se détourna des tombes. Ce ne fut qu’une fois qu’il eut gravi les marches qui menaient au premier étage qu’il s’autorisa à reprendre son observation, même si l’inquiétude quand à l’idée de trouver ici la sépulture de celui qui avait fait de sa vie un Enfer ne le quittait plus vraiment. Une nouvelle question s’imposa à son esprit, tenta de chasser la précédente : y avait-il certaines de ses propres victimes, ici ? Ou bien celles de son prédécesseur, peut-être ? Il y avait suffisamment d’étages sans doute pour qu’il puisse recenser quelques morts qui étaient de sa main, ce ne serait pas surprenant finalement.

Il y eut un nom, là sur une plaque, qui attira son attention, suffisamment pour qu’il s’arrête, au beau milieu de l’allée. Le regard baissé vers ce petit assemblage de cinq lettres, il sentit quelque chose s’agiter en lui. Un Pichu. Enfin, plutôt une, à en juger par le prénom inscrit juste au dessus. Il ne tergiversa qu’un instant avant de s’accroupir, et ses doigts vinrent effleurer les gravures dorées du nom, pendant qu’il réfléchissait sur les dates inscrites. Un soupir inaudible s’échappa d’entre ses lèvres quand il réalisa qu’elle était bien trop jeune pour être celle qu’il avait connu ; l’époque non plus ne correspondait pas. L’idée que  Célia ait pu n’être qu’un surnom donné par un dresseur désireux d’être proche de la jeune Pokémon était envisageable, aussi. De quoi était-elle décédée ? Maladie, peut-être ? Accident ? Ce n’était en tout cas pas l’une de ses victimes, c’était certain ; mais qu’en était-il de celui qui l’avait précédé à son poste ? Un léger frisson parcouru l’échine d’Oswald, lorsqu’il se demanda si la jeune Pichu de son enfance de souviendrait de lui, en le recroisant aujourd’hui. Que penserait-elle de ce qu’était à devenu ce petit garçon, vêtu de fringues sales mais prêt à rire de tout et n’importe quoi, qui avait joué le papa d’une petite famille pendant quelques heures ? Peut-être serait-elle déçue, en colère, comme l’avait été son étoile lorsqu’il avait voulu qu’elle tue, lorsqu’il avait finalement tué lui-même. Peut-être bien qu’il était écrit quelque part qu’il devrait haïr les hybrides, quels qu’ils soient. Ça n’avait pas manqué, quoiqu’il en soit. Personne ne pouvait en douter, aujourd’hui. 

Avec moult difficultés, il s’arracha à sa rêverie lorsqu’il se rendit compte que l’endroit était baigné des teintes vives et orangées du soleil qui faisait ses adieux au monde jusqu’au lendemain, et que tout s’assombrissait, peu à peu. Il ne faudrait pas longtemps avant qu’il fasse nuit, et il ne voulait pas s’attarder ; il préférait rejoindre ses sbires et rentrer rapidement à Janusia, plutôt que d’être forcé de trouver un Motel pour y dormir. Alors, il voulu se relever, mais n’en eut pas l’occasion : il se heurta à quelque chose -quelqu’un- et resta donc au sol, son équilibre en ayant pris un sacré coup. Il passa une main dans ses cheveux, passablement agacé, quand bien même il tenta de ne pas être trop venimeux lorsqu’un sifflement mauvais fila entre ses dents. « Vous pourriez au moins faire att-» Il avait relevé la tête, et s’était figé. La phrase demeura en suspens, les mots moururent sur ses lèvres avant même qu’il n’ait eu l’occasion de les prononcer. Dans sa tête, mille pensées contradictoires s’agitaient, son esprit réfléchissait bien trop vite pour lui permettre de trouver une explication logique et rationnelle à sa présence, ici, en même temps que lui. Tout était trop parfait, trop bien joué pour que ce ne soit que le fruit du hasard. Mais alors quoi ? Et puis, était-ce véritablement elle ? C’était impossible. 

Et pourtant… Pourtant, ce regard, cet océan infini dans lequel il s’était déjà noyé mille fois, ces cheveux, si longs, si beaux, et sans doute toujours aussi doux qu’autrefois au toucher, qui avaient la couleur des nuages sous les derniers rayons du soleil couchant… A cet instant même, illuminés des éclats mourants de l’astre diurne, sa crinière était presque flamboyante, un incendie dans lequel une part de lui aurait volontiers glissé la main, comme il avait toujours adoré le faire, plus jeune. Il n’y avait aucun doute possible sur l’identité de celle qui se tenait en face de lui et, malgré tout, il continuait à douter. Jusqu’à ce que la voix de la jeune femme s’élève et prononce son nom. Rien que ça avait suffit à faire vaciller une part d’Oswald, une ruine du passé qu’il avait enterré du mieux possible au plus profond de lui. Pourquoi ? La question lui brûlait les lèvres ; ce seul mot aurait suffit pour qu’elle comprenne de quoi il voulait parler, sans doute, mais il ne parvint pas à poser la question. Le mot restait obstinément coincé au fond de sa gorge, c’était frustrant et ça avait quelque chose d’on ne peut plus dérangeant, aussi. Dans la voix de l’éternelle aux airs d’adolescente, il y avait quelque chose de terriblement douloureux et, ça, plus que tout le reste, blessa Oswald, lui qui s’était fait inatteignable pendant tant d’années.

« ...Kazuko. » Ce n’était qu’un simple murmure, parce qu’il était incapable de plus. C’était stupide sans doute, mais il avait peur en vérité que sa voix ne se brise sur ce prénom qu’il n’avait plus prononcé depuis qu’elle s’en était allée en le laissant derrière elle. Il craignait de faillir, parce qu’elle réveillait en lui tant de souvenirs et de sentiments étouffés que c’en était perturbant au possible. Quelques secondes à peine qu’elle se tenait là, et elle lui faisait déjà perdre les pédales et tourner la tête ; cette fille n’avait jamais été normale, jamais comme les autres. Elle n’était pas raccord avec ce qui l’entourait ; le monde ne la méritait pas. Il ne la méritait sans doute pas non plus, d’ailleurs. Dans les yeux d’Oswald, il n’y avait qu’un tumulte d’émotions complémentaires et contradictoires qui se heurtaient les unes aux autres : douleur oui, mais aussi colère et rancune, mêlées à une vague de tristesse et de nostalgie qui n’en finissaient pas de lui ronger l’âme depuis si longtemps. Et puis, quelque part au fond de son regard, si elle n’avait pas été noyée dans tout le reste, on aurait sans doute pu lire un peu de cette tendresse qu’il avait toujours eu à l’égard de la légendaire. Si seulement. Si seulement.

Réalisant qu’il était toujours au sol, il secoua la tête et se releva, prenant soin d’épousseter ses vêtements, le tout dans le plus grand des silences. Il aurait pu fuir, tourner les talons et s’en aller sans plus de cérémonie, ç’aurait sans doute eu le mérite d’être plus intelligent et moins douloureux, mais pas moins lâche. L’ombre du gamin qu’il était autrefois le retint, le raccrochant à ce passé et à cette chance qu’il avait de la croiser aujourd’hui ; s’il partait, peut-être n’aurait-il plus jamais l’occasion de la recroiser à nouveau. Peut-être que si, finalement, mais jamais dans les mêmes circonstances. Il n’était pas stupide, il savait pertinemment qu’elle écrivait, et pas n’importe quoi, elle faisait parler d’elle dans le milieu avec ses best-seller, elle avait bon nombre de fans, jusqu’à Unys même. Mais la voir à une séance de dédicaces à laquelle il ne prendrait même pas part, ce n’était pas la même chose que la croiser de façon totalement hasardeuse dans un lieu pareil, alors qu’il n’y était absolument pas préparé. Alors il ne bougea pas, parfaitement immobile en face d’elle, sans l’observer pour autant. Son regard demeurait sur les tombes, parce que c’était moins douloureux à regarder, aussi il ne vit pas le sourire qu’elle affichait à ce moment là, alors que lui-même hésitait entre lui cracher mille reproches la figure, lui poser des questions ou… ou quoi, d’abord ? Il était incapable de savoir ce qu'il voulait, ce dont il avait besoin lorsque ça la concernait. Il aurait dû avoir mille choses à lui dire, sans doute, mais seul le silence s'imposait.

Il ne put pas fuir son regard bien longtemps cependant. Contraint de relever la tête s’il ne voulait pas rester planté là dans un silence absolu pendant des heures, il affronta les deux prunelles emplies d’un azur infini de la belle qui avait fait chavirer son coeur, autrefois, tentant de ne pas s’y laisser emporter cette fois-ci. « Depuis quand une femme de ton ra- » Il s’interrompit à nouveau, alors que ses sourcils se fronçaient, de façon imperceptible. « Tu as pleuré ? » Encore et toujours cette inquiétude qui prenait le pas sur tout le reste. En fronçant légèrement le nez, il regarda autour d’eux ; ce n’était pas difficile de comprendre pourquoi elle avait pleuré, lorsqu’on la connaissait comme lui l’avait connue. « Tu n’as pas changé, n’est-ce pas ? » C’était une banale question rhétorique, un murmure plein d’une amertume non camouflée qu’il avait lancé dans l’air. S’il lui en voulait ? Enormément. Plus qu’à quiconque. Mais il n’était pas encore certain de vouloir la blesser en le lui avouant.
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MessageSujet: Re: Retrouvailles à Lavanville ; Kazuko   Dim 30 Juil - 1:36

Pourquoi ? Pourquoi était-il donc là ? Cela n’avait aucun sens. Lui qui haïssait tant les hybrides à présent n’avait aucune raison de venir se recueillir sur leurs tombes. Et pourtant... C’était bien ce qu’il faisait quelques minutes auparavant. Y avait-il encore de l’espoir ? Avait-elle raison de continuer à croire ? Avait-elle raison de refuser de l’abandonner ? 

Combien de fois avait-elle senti son cœur se serrer en le voyant faire tant de mal autour de lui. Combien de fois avait-elle voulu se saisir de son bras et le sommer d’arrêter. Combien de fois avait-elle regretté de l’avoir abandonné. Combien de fois avait-elle culpabilisé. Elle ne les comptait plus.  Et pour ne pas devenir folle, elle avait continué à croire en lui malgré ce dont elle avait été témoin. Comme elle aurait aimé qu’il croie en elle malgré ses erreurs. 

En ce moment, il semblait aussi surpris qu’elle de la voir ici. Pourtant, elle avait plus de raisons que lui d’être étonnée. C’était inattendu de voir le chef de Chronos dans un lieu qui rendait hommage aux pokemon. Mais cela l’était clairement moins de la voir dans cette tour, elle qui avait toujours été dotée de compassion et d’empathie pour les autres. 

Cependant, elle pouvait comprendre sa réaction. Elle devait faire parti de son passé. Lui ne l’avait pas observé en cachette, lui ne l’avait pas cherché, lui n’avait pas cherché à la retrouver... Son cœur se serra douloureusement une énième fois. 

Cette culpabilité qui enserrait son cœur la déchirait de l’intérieur. Cette douleur qu’elle avait ressenti en brisant le pacte, en partant sans se retourner, en le laissant avec ce sinistre individu ne s’était jamais effacé. 

Pourquoi n’avait-elle donc pas obéi ? Pourquoi avait-elle estimé que ce Spectrum méritait de vivre ? Un hybride, certes,  mais avant tout un monstre pour être capable de maltraiter un tel ange. Un ange qui était devenu un monstre par leur faute à tous les deux... 

Car elle était autant responsable que ce Spectrum pour ce qu’était devenu Oswald. Elle en était parfaitement consciente et, comme le reste, cela faisait mal. Le fardeau de l’immortalité n’en était que plus pesant. Car elle n’oublierait jamais. La mort ne la soulagerait jamais. Elle était condamnée à se souvenir pour l’éternité. 

Lui aussi ne prononça que son prénom. L’envie de le taquiner comme elle l’aurait fait autrefois quand il s’amusait à imiter ses gestes la saisit avant de disparaître aussi soudainement qu’elle était venue. C’était stupide. Ce n’était plus la même époque, elle n’avait plus ce droit.

Ce murmure qui rendait ce prince des ténèbres si vulnérable lui donna envie de le prendre dans ses bras, de le cajoler, comme elle l’avait fait tant de fois quand il n’était qu’un gosse. Mais ça non plus elle n’en avait plus le droit...

Elle s’efforçait de rester droite, de le regarder dans les yeux alors que  lui s’y refusait visiblement. Il avait tant changé et en même temps elle reconnaissait tellement le petit garçon qu’elle avait connu dans ce bel homme qu’il était devenu. 

Elle recula d’un pas quand il se releva. Elle ne put s’empêcher de ressentir une pointe de fierté tout en l’observant. Il était si grand, si fort... Son petit prince avait bien grandi, était devenu un homme. Et elle regrettait tellement de ne pas avoir été là pour le guider dans la lumière...

Enfin, il rencontra son regard. Le temps sembla s’arrêter, se suspendre. Kazuko avait envie de sourire, de pleurer, de s’excuser, de le prendre dans ses bras, de lui crier dessus pour lui faire comprendre son désaccord, de rire... Tant de sentiments contradictoires qu’elle en devenait presque folle.

Il commença à parler avant de s’interrompre. Elle haussa légèrement un sourcil, surprise par la phrase qu’elle devinait. Une femme... de son rang ? Parlait-il de son statut de légendaire ? L’estimait-il malgré sa haine pour les pokemon et sa rancœur ?

Elle fut tentée de poser la question, mais la suite ne lui en laissa guère l’occasion. Un frisson la traversa et elle s’empressa d’essuyer les traces de larmes autour de ses yeux et sur ses joues sans cesser de sourire. C’était plus fort qu’elle, elle ne voulait pas l’inquiéter. Comme une amie... Comme une maman.

- Ce n’est rien. Juste... l’émotion.

La question suivante lui serra encore plus si possible la gorge. Elle n’avait pas changé, pourtant elle n’était plus la même. Une sensation étrange. Comme si le même poids se trouvait de chaque côté de la balance...

- Oui et non, Oswald. Le temps a passé alors ce serait mentir de dire que je n’ai pas changé. Mais je suppose que je change moins que vous autres mortels... Le temps est long pour moi, après tout. Si je changeais à chaque fois, je ne serais plus du tout la même. Et ce serait dommage, tu ne crois pas ?

Elle lui adressa un sourire triste. Elle avait tant de choses à dire. Tant de choses à faire. Et elle ignorait par quoi commencer. S’excuser ? Le supplier de lui pardonner ? Lui demander de donner une autre chance aux hybrides ? S’efforcer de lui faire comprendre que ce qu’il faisait n’était pas bien ? 

Non... Elle n’avait certainement pas le droit de lui faire la leçon. Pas après tout ce temps. Elle l’avait abandonné, elle l’avait laissé seul et il avait fait ce qu’il avait pu pour survivre. Sans elle. Elle n’avait donc pas le droit de faire sa donneuse de leçon. Et s’excuser... paraissait bien futile. 

Pourtant, il fallait bien qu’elle dise quelque chose. Si elle restait silencieuse rien ne changerait. C’était l’occasion de changer les choses. S’il y avait un espoir de le sauver elle ne devait pas fuir. Elle ne devait pas l’abandonner une deuxième fois. Elle n’en avait certainement pas le droit. Ni l’envie.

Elle se tourna vers la fenêtre et contempla les derniers rayons du soleil couchant avec tristesse. Elle avait presque l’impression que le ciel pleurait pour eux. Il n’y avait sans doute que les légendaires pour penser ainsi. A force de vivre, ils devenaient un peu philosophes, probablement. 

Un sourire s’étira doucement sur ses lèvres, mais il n’était pas joyeux. Il reflétait tant de regret, de tristesse et de souffrance... Elle n’était pas parfaite, loin de là. Ce n’était pas parce qu’elle était éternelle, légendaire qu’elle n’avait pas de défauts ou qu’elle ne faisait jamais d’erreurs. Sa vie en était un bel exemple. 

Elle se retourna enfin vers lui et s’appuya contre le mur. Son regard azur posé sur celui qui comptait tellement. Celui qui faisait trembler tant d’hybrides et de nations. Celui dont la puissance était à présent colossal. Celui qui, pourtant, dormait sur ses genoux quelques années auparavant...

- Tu as très certainement le droit de m’en vouloir, Oswald. Après tout, si je ne t’avais pas abandonné ce jour-là, tu ne ferais peut-être pas tant souffrir les miens aujourd’hui.

Son regard était clairement triste à présent. Pourtant, elle ne lui en voulait pas. Elle ne lui en voulait pas malgré le nombre de vies prises par Chronos depuis qu’il avait accédé au pouvoir. Elle ne lui en voulait pas malgré le nombre de tortures, de cris, de larmes qu’il avait engendrés. Non... Si elle en voulait à quelqu’un, c’était uniquement à elle. Une larme coula sur sa joue, silencieuse et humide.

- Je suis tellement désolée.

Au moins, il n’avait pas été seul. Elle l’avait vu, entouré de certaines personnes qui semblaient compter pour lui un minimum. Comme ce garçon qui était à présent lieutenant et qui semblait faire parti de sa garde rapprochée. Cela n’allégeait qu’une part du fardeau, mais c’était déjà ça. Du moins, il fallait s’en convaincre pour ne pas devenir folle.
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MessageSujet: Re: Retrouvailles à Lavanville ; Kazuko   Dim 30 Juil - 1:36

Elle était là, face à lui, tant d'années plus tard. Était-ce surprenant ? Peut-être pas tant que ça. Les confrontations n'auraient, de toute façon, pas pu être éternellement évitées. Oswald aurait sans doute voulu qu'elles ne se produisent jamais, mais il était trop tard à présent : elle se tenait à quelques pas de là, au moins aussi hésitante que lui ; quoiqu'elle n'avait, elle, pas détourné le regard. Comment pouvait-il soutenir la vue de ces deux joyaux luisants face à lui, ceux qu'il avait chéris, enfant encore, puis qu'il avait haïs lorsqu'elle s'était détournée de lui ? Elle l'avait laissé seul, pauvre gamin abandonné entre les mains d'un sale type, alcoolique sûrement et sans valeurs aucunes. C'était ironique au fond, de savoir qu'un marmot qui avait aimé les Pokémon comme personne pouvait aujourd'hui les mépriser, les faire souffrir, alors que lui-même savait pourtant bien ce que c'était, que d'avoir mal. Ce n'était pas cette douleur que l'on ressent lorsque l'on s'écorche le genou en tombant de bicyclette, pas non plus celle qui nous déchire après une simple rupture amoureuse ; c'était pire que ça. C'était la douleur d'être seul, celle de n'être rien. Rien qu'un objet, un jouet cassé, une poupée abîmée, un simple gosse au cœur brisé de n'avoir pas suffisamment compté aux yeux de quiconque pour être sauvé, à l'époque où il en avait besoin. A l'époque où c'était encore possible.

En un instant, elle sembla reprendre vie. Elle débarrassa ses yeux et ses joues des larmes qui y restaient, mais il restait toujours ses rougeurs qui témoignait des pleurs et ornaient son visage de teintes qui lui étaient presque douloureuses. Avait-elle déjà pleuré par sa faute ? Il tendit la main vers elle, mais se ravisa ; son geste resta en suspens, le temps de quelques secondes incertaines et puis, sa main retomba le long de son corps. Ne pas la toucher. C'était primordial, il ne voulait plus sentir la chaleur de sa peau contre laquelle il aimait se blottir la nuit, le corps souffrant sous les hématomes infligés par son geôlier ; il ne voulait pas non plus reconnaître la douceur de ses doigts qui caressaient ses cheveux blonds pendant qu'il trouvait le sommeil sur ses genoux. Il aurait voulu, aussi, ne plus sentir ce parfum qui restait toujours dans la pièce à son réveil, à l'époque, même quand elle partait à l'aube pour profiter du soleil levant et du calme apaisant de la matinée. Et pourtant, malheur, c'était toujours cette même fragrance sauvage et indéterminée, mais ô combien envoûtante, qui lui parvenait. Il y avait peut-être une pointe de lavande, ou de fleur sauvage, il avait toujours été incapable de le dire et, aujourd'hui encore, l'arôme lui restait totalement inconnu. « Ce n’est rien. Juste... l’émotion. » Il resta muet, immobile. L'émotion... N'y avait-il de toute façon pas que ça, à l'heure actuelle ? Oswald même était incapable de dire qu'il restait indifférent à la voir là, ici, en face de lui, elle qui l'avait tant blessé, à sa façon. 

« Oui et non, Oswald. Le temps a passé alors ce serait mentir de dire que je n’ai pas changé. Mais je suppose que je change moins que vous autres mortels... Le temps est long pour moi, après tout. Si je changeais à chaque fois, je ne serais plus du tout la même. Et ce serait dommage, tu ne crois pas ? » Aux yeux d'Oswald, elle n'avait pourtant pas changé. Toujours si sensible à la détresse des autres, à la mort qui les touchait tous, inévitablement ; tous sauf elle et ses pairs légendaires. Légendaire.Souvent, à chaque fois, si on ne le lui rappelait pas, il oubliait qu'elle ne vieillissait pas, que le temps n'avait pas d'emprise sur elle, n'en avait jamais eu et n'en aurait jamais. Qu'était donc une vie dans laquelle s'attacher à un mortel est synonyme de souffrance ? Qu'était donc une vie dans laquelle la mort ne venait jamais nous soulager de mille déceptions, de mille lassitudes ? Elle ne pouvait pas mourir, elle lui survivrait alors qu'il ne serait qu'un bref instant dans son existence qui ne connaissait pas de limites temporelles. Se souviendrait-elle de lui, dans quelques siècles, dans quelques millénaires ? Qui sait ; ces quelques fois où ce Spectrum était trop ivre pour se lever de sa chaise et violenter Oswald, il déblatérait des phrases à la limite de l'incompréhensible. « Les femmes n'sont qu'des tue-le-cœur qui t'oublient quand elles sont lassées d'jouer » qu'il avait marmonné, un jour, avant de terminer une énième bouteille. Quelques mois plus tard, elle s'en allait.

Elle souriait, mais Oswald n'y parvenait pas. Lui qui, pourtant, riait de tous et de tout, à commencer par le malheur d'autrui, était à présent incapable d'esquisser l'ombre d'un rictus, aussi mauvais puisse-t-il être. Sans doute aurait-il pu profiter du silence de Kazuko, du sien aussi, pour tourner les talons et s'en aller sans demander son reste, sans attendre la moindre explication de la part de cette femme qu'il avait cherché à oublier, du mieux qu'il pouvait. Mais il ne le fit pas, fasciné par la silhouette de l'hybride tournée vers la fenêtre, les derniers rayons du soleil teintant tout l'étage d'un rose orange à la fois tragique, ironique, touchant et attendrissant. Ses longs cheveux se fondaient à ce qui les entourait, comme faits à partir de l'univers lui-même -ce qui n'était peut-être pas tellement faux, si l'on y pensait. Une seconde, il se surprit à penser qu'elle était belle sous le crépuscule mais, l'instant d'après, il refoula cette idée, loin dans un coin de son esprit qui demeurait dans l'ombre depuis si longtemps. Comment pouvait-il décemment trouver cette femme belle, alors qu'elle était de ceux qu'il méprisait plus que tout au monde ? Il serra les dents, pour ne rien montrer de son trouble, et détacha son regard d'elle, y préférant mille fois la vue de la nuit qui s'invitait peu à peu sur Lavanville. 

Quand elle s'agita pour se tourner et s'appuyer contre le mur en l'observant à nouveau, il n'eut pas d'autre choix que de reporter son attention sur elle, quand bien même le geste fut on ne peut plus douloureux. Pourquoi revenir dans ma vie, vingt ans plus tard ? Vingt ans. Vingt années qui l'avaient rendu plus grand, plus fort, tant physiquement que psychologiquement, vingt années qui l'avaient aussi rendu plus cruel, moins indulgent, plus froid et moins concerné par ce qui l'entourait. Et pourtant, elle parvenait à l'ébranler, comme personne d'autre n'en était capable. Parce qu'elle, elle avait connu le Oswald d'avant, le petit garçon au père inconnu et orphelin de sa mère, fils unique d'un taudis qu'il avait quitté pour la rue, enfant blessé par la vie avant même de la connaître vraiment ; parce qu'elle, elle savait qu'il avait été un enfant souriant, rieur et aux grands rêves encore innocents à l'époque, avant que la haine ne vienne tout ravager dans l'âme de ce gamin à la bouille d'ange. La haine. Sans aucun doute l'arme la plus destructrice de ce monde, celle qui conduit les Hommes à commettre leurs pires erreurs et à anéantir tout ce qu'ils construisent à la seule force de leurs bras. Par haine, Oswald avait détruit ce qu'il avait de plus précieux à l'époque : ce lien qui les liait, Kazuko et lui, envers et contre tout. Un lien, bien différent de ceux qu'il concluait aujourd'hui avec des hybrides tels que Matthew, qu'Eden, un lien qui fut basé sur la confiance et une affection réciproque qu'ils se portaient l'un à l'autre. Mais c'était passé, c'était lointain, c'étaient des cendres enterrées sous un amoncellement de choses auxquelles il ne voulait pas penser.

« Tu as très certainement le droit de m’en vouloir, Oswald. Après tout, si je ne t’avais pas abandonné ce jour-là, tu ne ferais peut-être pas tant souffrir les miens aujourd’hui. » Il recula d'un demi-pas, sourcil froncés, bras croisés et poings serrés à s'en faire blanchir les jointures, pas certain de vouloir entendre ce qu'elle avait à lui dire. Tais-toi. Les mots moururent avant de n'avoir pu être prononcés, peut-être parce que le sourire de la Légendaire avait disparu et, qu'étrangement, Oswald en fut plus affecté qu'il ne le pensait. Il aimait la voir sourire, c'était déplacé aujourd'hui, mais il avait toujours chéri son sourire à elle comme aucun autre, parce qu'il était le plus beau que l'on puisse voir sur un visage. Kazuko était belle, son sourire la sublimait et Oswald était incapable de le nier, même s'il essayait. Mais elle ne souriait pas ; une larme même s'invita, coula sur la joue de l'hybride, et le chef de Chronos ne su deviner s'il était blessé qu'elle pleure, ou si, au contraire, il ne la détestait qu'un peu plus de lui infliger la vue de cette perle salée qui, jamais, n'aurait dû courir sous l’œil de la jeune femme. Heureusement, les paroles qui suivirent cette larme solitaire réduisirent à rien le poids des hésitations, confortant le blond dans la solution qui, finalement, était sans doute la plus douloureuse de toutes. « Je suis tellement désolée. » Il ne trouva alors qu'à rire, d'un rire amer et sans joie, qui aurait brisé les cœurs les plus fragiles. Cette fois-ci, il n'hésita pas à fixer Kazuko, de ses prunelles vermeil emplies d'un mélange de haine et de douleur. « Allons donc... Tu ne crois pas qu'il est un peu tard pour ça ? » Vingt ans. Vingts longues années de retard pour des excuses qui, si elles auraient peut-être suffit à tout régler ou presque, autrefois, ne valaient aujourd'hui plus rien aux yeux d'Oswald. 

« La lâcheté, c'est un art que tu maîtrises plutôt bien, n'est-ce pas ? Quelle belle démonstration que tu m'as faîte, à l'époque... » Il s'approcha d'elle cette fois-ci, renonçant à ses idées de fuite sans un regard en arrière. Elle venait de se condamner à affronter Oswald, sa colère, son sarcasme et toute la cruauté dont elle était, peut-être, sans doute, en partie coupable. Elle n'avait pas été l'élément déclencheur, mais elle lui avait gravé dans l'esprit que les hybrides n'étaient rien d'autre que des lâches. En inventant la Pokéball dont use Chronos, son prédécesseur avait trouvé une solution au problème. Au détail près que les Légendaires restaient toujours maîtres d'eux et des pactes qu'ils faisaient ; même les Pokéballs de Chronos ne pouvaient les maintenir captifs s'ils ne le souhaitaient pas. Aurait-il, le cas contraire, forcé un nouveau contrat avec Kazuko ? Jamais. Il n'aurait jamais voulu, même aujourd'hui, qu'elle ne reste prêt de lui que parce qu'elle y était obligée. Elle était bien la seule, mais elle était spéciale, différente, elle avait ce quelque chose que les autres n'ont pas et n'auront jamais. Il n'y avait peut-être qu'une seule personne pour qui Oswald éprouvait quelque chose de semblable, mais c'était encore très différent ; Kazuko était unique. Et c'était bien là le soucis : elle était unique, détestable, et pourtant il ne parvenait pas à la haïr tout à fait. Il la surplombait, de toute sa hauteur, de cette vingtaine de centimètres qui les séparaient tout comme les avaient séparées vingt années de culpabilité. 

Plongé dans les iris céruléens de la Mew, il baissa le ton, peu désireux que tous puissent entendre ce qui ne concernait qu'eux. « Sais-tu seulement ce qu'il s'est passé, après que tu aies brisé le pacte ? J'ai plongé mes mains dans le sang. Tu sais, ce sang que tu n'as pas voulu verser... Moi, gamin, j'ai tué ce type. Je l'ai égorgé dans son lit, une nuit. J'ai pris tout ce qu'il avait et j'ai laissé son corps pourrir dans ce taudis. » Le ton venimeux, il ricana, mauvais, haineux. « Allez, imagine-moi arracher la vie à cette enflure, qu'est-ce que ça te fait ? Mal, j'espère ? » Sa main s'appuya contre le mur, à quelques centimètres à peine du visage de la jeune femme, puis son coude sembla céder, se plia, heurta le mur en rapprochant encore Oswald, au plus près de Kazuko. Le souffle chargé d'un reste de café, il resta silencieux l'espace de quelques instants, occupé à respirer le parfum de la jeune femme. Et puis, son autre main se leva, et ses doigts vinrent se glisser dans les cheveux de la belle ; lui qui ne voulait pas la toucher auparavant venait de briser son serment. « Je ne pouvais pas te forcer à le tuer. Evidemment. Tu as toujours eu le cœur trop grand pour ça... Mais pas assez grand cependant pour protéger ton soi-disant petit prince, il faut croire. » Après tout, c'était facile pour elle, n'est-ce pas ? Elle était éternelle. Elle avait peut-être eu bien des humains avant lui, elle en aurait sûrement d'autres après. Quelle importance au final ? Il n'aurait, dans tous les cas, fait qu'un bien trop bref passage dans la vie de l'hybride. Elle n'en serait pas affectée, il en était certain, elle vivrait sans lui quoiqu'il en soit, toujours aussi bien que quand il n'était pas encore venu chambouler son existence. 

Il regarda la mèche rose qui coulait entre ses doigts pendant qu'il laissait retomber sa main, un peu absent. Il aurait pu rester comme ça pendant des heures en vérité, mais il ne voulait pas, ne voulait plus. C'était trop difficile de se dire qu'il était si proche d'elle à cet instant, et qu'elle serait bien loin de lui d'ici quelques minutes certainement. Il ne voulait plus ressentir ce manque qui l'avait rongé pendant des jours, des mois, des années avant qu'il ne parvienne à tirer un trait sur elle, persuadé qu'elle ne reviendrait pas. Pourquoi ? A contre-cœur, et comme si c'était la chose la plus difficile qu'il n'ait jamais eue à faire, il se détacha d'elle, reculant d'un pas, puis d'un autre. Remettre de la distance entre eux, c'était tout ce qui comptait à présent. Sourcils froncés, muscles tendus à l'extrême, il secoua la tête pour reprendre ses esprits. « Ne m'oblige pas à dire plus de choses que tu ne peux en supporter. » Peut-être qu'il ne voulait pas vraiment la blesser, finalement. Peut-être qu'il tenait encore trop à elle pour vouloir la briser, comme elle l'avait brisé, à l'époque. Et pourtant, il la haïssait, ô combien il la détestait ; l'amour l'emportait cette fois-ci, il fallait croire. Il fit un signe en direction des escaliers. « Va-t'en. Ce ne sera pas la première fois, après tout. » Oh non, il ne voulait pas lui faire mal ; pas trop, un peu quand même. Jusqu'à quel point en était-il capable en vérité ? Pars, pars et ne reviens pas. Et pourtant, il savait que si elle esquissait un geste vers la sortie, il la retiendrait. Mais sans jamais être capable de lui dire ce qu'il aurait voulu lui dire, quand elle était partie la première fois : reste avec moi.
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MessageSujet: Re: Retrouvailles à Lavanville ; Kazuko   Dim 30 Juil - 1:36

Le destin était parfois bien cruel. Il s’amusait aux dépends des humains et des pokemon sans penser aux conséquences. Kazuko n’avait jamais vraiment cru au hasard et à la chance. On pouvait être maître de son propre destin, bien sûr, mais tout arrivait pour de bonnes raisons. Qu’on les décide ou non. C’était ainsi qu’elle pensait, depuis bien longtemps maintenant. 

Sa rencontre dans ce cimetière avec celui qu’elle aimait presque comme un fils n’était pas le fruit du hasard. Elle s’était permise de le surveiller à son insu pendant tout ce temps, il fallait maintenant qu’elle ose lui faire face. Et inversement. Tôt ou tard, ils auraient dû se revoir et s’affronter. Aussi bien en présence qu’en paroles. Fuir toute leur vie, la sienne étant bien plus longue que celle éphémère de l’humain, n’était pas la solution. 

Mais l’hybride ne pouvait mentir sur le fait que cela faisait mal... Mal de voir à quel point Oswald avait souffert de sa décision passée. Mal de découvrir à quel point il avait changé. Mal de constater qu’elle ne l’entendrait peut-être plus jamais éclater de ce rire cristallin et sincèrement heureux. Mal de voir qu’elle était impuissante et ce malgré tous les pouvoirs en sa possession. 

Immortelle, légendaire, puissante, sage et savante, mais oh combien faible. Car elle n’avait pas pu sauver cet enfant innocent. Parce qu’elle avait préféré épargner un membre de sa propre espèce pourtant bien coupable au lieu de tendre la main à une vie fragile et humaine, mais innocente qui avait tant besoin d’elle. 

Elle ne se le pardonnerait jamais. Même dans plusieurs millénaires, elle se souviendrait de cette erreur. Erreur qui la faisait autant souffrir qu’une plaie à vif. Douleur presque inscrite dans sa peau, dans son âme. 

Si seulement. Si seulement, elle avait attrapé cette petite main tendue. Si seulement, elle n’était pas partie. Si seulement, elle s’était retournée à temps. Tant de choses qu’elle aurait aimer changer. Tant de fois où elle aurait aimé posséder les pouvoirs de Dialga. Même si c’était mal. Même si on ne pouvait pas revenir en arrière. Même si on n’avait pas ce droit, effacer ce passé pourtant si douloureux. 

Elle qui respectait tant les règles, elle qui veillait tant à l’équilibre de ce monde, était prête à tout briser pour le bonheur d’une seule personne. Pendant toutes ces années, ces décennies, elle n’avait jamais connu un tel besoin d’égoïsme. 

Une nouvelle larme coula sur son visage, sur sa joue, pour enfin tomber par terre. Une larme unique, mais qui contenait toute sa souffrance, son amertume et ses regrets. Une larme plus douloureuse que toutes les autres qu’elle avait déjà versé. Pour ce monde, pour ses amis, pour elle-même, pour des inconnus, pour l’avenir. Elle en avait versé, des larmes, elle qu’on croyait si forte, mais qui se sentait parfois si fragile et impuissante. 

Ce rire amer qui ne correspondait aucunement au petit garçon souriant et joueur qu’elle avait connu fut un vrai couteau dans le cœur de la belle légendaire. Je ne pourrais jamai me pardonner ce que je t’ai fait. Cette pensée qui ne réussit pas à sortir de ses lèvres infligea une autre douleur au coeur de Kazuko.

Tant de mots cruels prononcés par celui qui comptait pourtant plus que tout à ses yeux bleus. Des mots impitoyables, mais vrais. D’une vérité douloureuse et pesante. Elle ne pouvait revenir en arrière, il était trop tard pour annuler le mal qu’elle avait causé. Elle avait été lâche, effectivement. Elle avait eu peur, elle n’avait pas su agir comme elle aurait dû le faire. Toute légendaire qu’elle était, Kazuko n’avait jamais été infaillible...

Elle ne savait pas quoi répondre, elle ne savait pas quoi lui répondre. Elle esquissa un sourire d’une tristesse infinie. Il avait raison. Ce petit garçon devenu si grand avait toujours eu raison. Elle ne pouvait pas revenir en arrière, elle ne pouvait pas effacer ses fautes. Ce serait trop simple. Une simple phrase ne pouvait effacer des années de souffrances et d’abandon. 

Elle avait ressenti le besoin de s’excuser. Ce n’était pas pour lui, il fallait arrêter de se mentir. Ce soulagement fugace qu’elle avait ressenti, c’était le sien. A elle et à personne d’autre. C’était égoïste de penser qu’elle le faisait pour lui. Plus facile, mais incroyablement égoïste et elle se le refusait. Elle regrettait déjà ses paroles.

Souvent, on pensait les légendaires invulnérables et parfaits, mais combien de fois l’étaient-ils vraiment ? Ils ressentaient les mêmes émotions, ils vivaient les mêmes choses, ils souffraient tout autant que les mortels et faisaient les mêmes erreurs qu’eux.. Alors oui, ils ne pouvaient mourir de cause naturelle et vivaient une vie infinie, mais c’était souvent plus un fardeau qu’autre chose. Et pour tout avouer, la Mew aurait aimé pouvoir vieillir et mourir un jour. 

Car laisser ses proches derrière elle à chaque fois était bien trop douloureux. Et on ne s’y habituait hélas jamais. Penser qu’un jour Oswald disparaîtrait, lui aussi, lui était inconcevable et ce malgré l’affreuse vérité. Car cela arriverait tôt ou tard. La vie n’était éternelle que pour ceux qui avaient eu la chance - ou la malchance - d’être créés par Arceus. 

Elle qui aimait tant les humains et les hybrides ne pouvait s’empêcher de s’attacher à eux. Ne pas ressentir d’émotion et ne pas créer de liens aurait peut-être été préférable pour ne jamais souffrir. Mais elle en était bien incapable. Elle était parfois bien trop humaine malgré son statut d’immortelle.

- Tu as raison. J’ai été lâche. Je ne vais pas prétendre le contraire. J’ai eu peur. Peur de voir de quoi tu étais capable même si je savais que c’était uniquement parce que tu souffrais... Peur de tuer, chose que je n’ai jamais fait dans ma longue vie. Peur de voir une vie s’éteindre malgré tous ses pêchés... Je n’ai pas les pouvoirs de Dialga, je ne peux revenir en arrière. Et tu as le droit de ne pas vouloir me pardonner pour ce que je t’ai fait... Les choses auraient été différentes si je ne t’avais pas trahi. Je t’ai fait du mal et je t’ai abandonné au pire moment...


Elle le regarda avec tristesse et sentit son coeur se serrer encore davantage si c’était possible quand le chef de Chronos continua sur sa lancée. Il avait visiblement décidé de la blesser jusqu’au bout. Comme elle l’avait blessé par le passé. Elle ne pouvait pas lui en vouloir pour ça. Même si une part d’elle avait envie de lui apprendre les bonnes manières. Comme elle le faisait parfois autrefois.

La légendaire immortelle soutint les prunelles écarlates qu’elle comparait souvent à des rubis, ces pierres précieuses rouges si belles. Maintenant, elle savait qu’elles ressemblaient plus, hélas, au sang qu’il avait versé probablement tant de fois... 

En parlant de sang, le récit du blond lui donna la nausée. A la seule pensée que l’enfant innocent qu’elle avait connu, cet enfant plus victime que bourreau, ait égorgé quelqu’un, même coupable, lui était insupportable. Elle aurait préféré s’en charger elle-même... Malgré ce que lui aurait coûté d’éliminer une vie de ce monde. 

Et elle mentirait si elle n’avait jamais connu la haine. Quand ses yeux se posaient à l’époque sur le corps fracassé de son petit-prince, quand il lui racontait ce que ce Spectrum lui avait fait, quand elle le voyait pleurer et faire des cauchemars, une forte envie de lui faire payer lui parvenait. Mais, pourtant, elle n’avait rien fait. Elle n’avait rien fait de concret pour sauver l’enfant qu’elle aimait tant. Si seulement.

- Je... 


Les mots restèrent coincés dans la gorge de la rose. Aucun mot ne pouvait de toute façon être plus fort que ceux que venait de prononcer Oswald. Ce ton venimeux, mauvais et haineux déchirait encore plus si c’était possible l’immortelle. Elle ne pouvait imaginer ce qu’il avait ressenti, en effet. 

Même si sa douleur, à elle, quand le lien avait été brisé avait été incomparable cela avait dû être pire pour lui. Après tout, elle était déjà âgée en quelque sorte, elle avait déjà connu la trahison et la perte d’être chers. Mais lui, petit enfant qu’il était, cela avait dû être sa première fois... 

Sa respiration s’arrêta presque quand il s’approcha encore plus d’elle. Elle sentit son souffle sur son visage, huma cette odeur de café qui prouvait qu’il était adulte à présent et tâcha de garder son sang-froid. Il était probablement le seul à lui faire un tel effet. Son souffle se coupa encore plus quand elle sentit ses doigts dans ses cheveux rose. La nostalgie la prit de plein fouet, douloureusement. A l’époque c’était elle qui faisait ce geste. Les rôles s’inversaient...

Encore ces mots si douloureux à entendre. A croire qu’il prenait un malin plaisir à faire souffrir. Ce qui était peut-être le cas. Il avait peut-être envie de lui faire payer. De lui faire ressentir cette souffrance qu’il avait lui-même ressenti. Il en avait le droit... Pourtant, elle fronça les sourcils et ressentit un peu de colère.

Pourtant, elle ne dit rien. Elle en était incapable pour le moment. Elle n’avait pas peur, elle n’était pas lâche. Simplement, aucune parole ne pourrait répondre vraiment à ces questions qui n’en étaient peut-être pas au final. Elle ne pouvait revenir en arrière pour effacer ce qu’elle avait fait. Mais elle pouvait aller de l’avant et tenter de réparer. Car elle avait déjà pris sa décision.

Elle le suivit du regard alors qu’il s’éloignait et haussa un sourcil, retenant un sourire. Tiens donc. Tentait-il de l’épargner au final ? Il y avait peut-être un peu d’espoir, finalement. Elle se retint de réduire à nouveau la distance entre eux malgré son envie. Mais, une chose était sûre, elle ne le laisserait pas repartir de sa vie...

Quand il désigna les escaliers en lui sommant de partir, elle ne broncha pas. Immobile, elle posa ses yeux bleus dans les siens et esquissa un sourire triste et doux à la fois. Elle secoua la tête doucement. 

- Non, Oswald. Je ne commettrais pas la même erreur deux fois... Tu vas devoir supporter ma présence. Je ne t’abandonnerai plus jamais. Que tu le veuilles ou non. Laisse-moi réparer mon erreur... Je ne peux probablement pas effacer vingt années de solitude, mais je peux au moins essayer. Que tu sois le chef de Chronos en ce moment n’y changera rien...


Egoïsme. C’était probablement le mot qui convenait le mieux. Car elle ne lui demanderait pas son avis, car elle souhaitait rester près de celui qui faisait tant de mal aux siens, car elle ne se comportait pas comme une légendaire. Mais... C’était bien le cadet de ses soucis. Car elle l’aimait. D’un amour unique, d’un amour spécial, à mi-chemin entre celui qu’on éprouvait pour un fils et celui qu’on éprouvait pour quelqu’un d’encore plus important.

Elle lui sourit et passa une main dans ses cheveux roses.

- Je suis là, désormais. Tu ne te débarrasseras pas de moi aussi facilement. Je n’ai pas encore abandonné.

Abandonner quoi ? Peut-être l’idée de le sauver. Peut-être l’idée de le sortir du cycle de haine dans lequel il était entré. Peut-être l’idée de sauver les siens. Peut-être l’idée de rendre ce monde meilleur. Qui sait. En tout cas, elle ne partirait plus. Elle serait toujours là...
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MessageSujet: Re: Retrouvailles à Lavanville ; Kazuko   Dim 30 Juil - 1:37

Elle admettait sa lâcheté, elle admettait sa peur d’antan et son erreur. Mais serait-ce jamais suffisant ? Il y avait quelque chose de douloureux à lire dans son regard et dans le son de sa voix. Des regrets, mille pardons. Oswald n’avait pas envie de savoir qu’elle s’en voulait ; c’était rendre les choses plus difficiles encore. Il aurait sans doute préféré qu’elle… parte. Qu’elle le déteste pour ce qu’il était devenu. Qu’elle le fuit, l’évite, sans chercher à l’expliquer. Il ne l’aurait pas poursuivie ; il n’avait jamais cherché sa trace —mais il savait où elle était, parfois, selon où est-ce qu’elle se rendait lors de la sortie de ses romans ; on en parlait à la radio, à la télévision, et il écoutait toujours, l’air de rien— et il n’aurait pas commencé aujourd’hui. Il aurait voulu qu’elle lui tourne le dos, l’oublie, après l’avoir forcé à sortir de ce lieu de paix au nom des Pokémon où il n’aurait pas dû être à cet instant précis. Il n’aurait jamais dû venir ; sa place n’était pas ici. S’il s’en était tenu à ce qu’il était, il ne l’aurait pas croisée. Les choses auraient été rendues moins compliquées. Cette rencontre, ces retrouvailles, c’était un nœud coulant qui se resserrait sur la gorge d’Oswald, l’étouffait, lui faisait perdre pied. Elle avait toujours été différente des autres. La seule à l’aimer, la seule à le faire rire ; mais aussi la seule à l’avoir blessé comme on ne blesserait jamais.

Et ce sourire, ce sourire si triste qui se dessinait sur ses lèvres. Pourquoi se donnait-elle cette peine ? Il ne voulait pas, il ne voulait pas qu’elle lui expose la douleur qu’elle ressentait, même s’il en était coupable cette fois-ci. C’était paradoxal, il désirait lui faire mal, mais refusait la simple idée de savoir qu’il le faisait. Revenir en arrière… Oswald n’était pas certain de le vouloir. A quoi bon ; son premier choix avait été de l’abandonner, changer les choses ne serait que rempiler les morceaux tranchants les uns sur les autres pour se donner bonne conscience cette fois-ci. Et rien, non, rien, jamais, ne réparerait son cœur brisé d’enfant, lui qui avait dû endurer la rupture d’un lien si fort qu’était le sien, qu’était le leur. Il avait senti quelque chose se fendre dans son cœur, au moment même où la Pokéball, qui avait pris des teintes marines et magentas quelques semaines, quelques mois auparavant, avait roulé à leurs pieds, fissurée en son centre, ternie et irréparable. Comme leur âme. Et puis, bien plus encore que ce lien qui s’était consumé en une larme et des cris, des supplications et des sanglots étouffants, il y avait eu l’absence. Combien, ô combien de fois s’était-il retourné dans une allée, persuadé qu’elle apparaîtrait et viendrait le prendre dans ses bras, comme avant ? Combien, ô combien de fois, avait-il cru sentir dans ses cheveux les doigts fins de l’éternelle ? Combien, ô combien de fois avait-il appelé son nom, dans la terreur de ses nuits et le vide de ses jours ? 

Quand il marchait pour la capitale, tout jeune encore et rêvant d’une vie meilleure, il espérait encore croiser Kazuko, au détour d’un chemin, qui l’attendait pour le guider, tout reprendre du début. Il lui aurait pardonné, de ce temps-là. Quand il s’était retrouvé enfermé au sein d’un orphelinat où ses yeux rouges impressionnaient, et où il refusait d’être approché, touché par les autres, il avait espéré, encore, la voir arriver, la voir l’adopter, reprendre sa vie avec lui, comme avant, comme c’aurait dû être. Il lui aurait pardonné, encore. Mais il ne l’a jamais croisée, et elle n’est jamais venue. Alors, peu à peu, il a oublié l’idée de la revoir ; l’idée de la pardonner. Cette peur infantile, cette haine dévorante, qu’elle seule aurait pu apaiser, avaient donc, sans elle, eu le temps de prendre leurs marques, de s’ancrer au plus profond de son corps, de son cœur, de tout ravager pour en faire celui qu’il était devenu à présent. Terrifiant pour certains, détesté et détestable pour la plupart. Il n’y avait que les fous et les semblables pour trouver encore quelque chose de plaisant et d’agréable à demeurer en sa compagnie. Kazuko, elle, aurait dû le détester. Pourquoi ne fuyait-elle pas ?

Il venait de la blesser, il venait de la chasser ; elle ne partait pas. Elle demeurait là, tout près de lui, là où il aurait voulu qu’elle ne soit pas, là où elle lui avait manqué pendant tant d’années, là où était sa place quand il était jeune, là où elle l’avait finalement perdue au profit du vide quand elle était partie. Elle était là, et c’était pire que tout. Non, pire, il y aurait peut-être encore son absence, si elle s’exécutait et qu’elle partait finalement. Il ne savait pas, en vérité, ce qui était le plus douloureux entre la perdre à nouveau ou la garder à ses côtés. Mais elle restait là, et la voir lui tenir tête avait quelque chose de… dérangeant, de perturbant. Il ne s’était pas attendu à ce qu’elle lève vers lui un regard tout à la fois triste et tendre, plutôt que de partir comme il l’avait invitée à le faire, comme il lui avait ordonné de le faire. Il se retint d’esquisser un pas en arrière, se força à l’écouter alors qu’il aurait voulu la laisser là, derrière lui, l’abandonner à son tour comme elle l’avait fait. Elle avait eu mal ? Mais pas suffisamment. « Non, Oswald. » Non, Oswald. Non, Oswald. C’était étrange. Déphasant. Pourquoi tu ne pars pas ? « Je ne t’abandonnerai plus jamais. » Tu l’as déjà fait. Il retint difficilement les mots qui avaient manqué franchir ses lèvres. Va-t’en.

« Que tu sois le chef de Chronos n’y changera rien... » Il n’osa rien dire, la gorge serré, le regard plongé dans l’océan paisible qui baignait les prunelles de la jeune femme en face de lui. La faute à qui ? Si elle l’avait tué, ce type, son geôlier… Jamais. Jamais il ne serait devenu ce qu’il était aujourd’hui. N’est-ce pas ? C’était sa faute. Sa faute, sa faute de n’avoir pas eu la force de protéger un enfant qu’elle disait aimait, un tant soit peu, et qu’elle avait juré de protéger. Elle avait failli à son rôle ; ses pairs en payaient le prix. Allons, ça ne lui faisait donc rien de savoir qu’il tuait ses frères sans vergogne ? « Je n’ai pas encore abandonné. » Mais lui, si. Il avait abandonné ce qu’il était en ne la voyant pas revenir vers lui, revenir à ses côtés et lui prendre la main dans ses heures sombres. Elle n’avait pas encore abandonné, mais elle l’avait abandonné, lui. Et c’était suffisant pour qu’il ne veuille plus la voir face à lui. A nouveau, avide de lui faire mal, il rit, froid, amer. « Comme si c’était aussi simple… Tu rêves toujours trop, Kazuko. » Il leva les yeux vers une fenêtre, là, derrière elle ; le soleil qui mourrait par delà l’horizon vint l’éblouir. Il cilla à peine, reposa son regard sur elle, la vue brouillée de tâches de couleurs grésillantes qui disparurent bientôt.

« Que je sois le chef de Chronos n’y change rien ? Allons... » Il leva la tête, fixa le plafond un long moment, silencieux. Le sourire qui s’étirait sur ses lèvres en aurait fait frissonner plus d’un ; il n’avait plus rien de l’enfant innocent et rieur qu’il eut été, il y a bien longtemps à présent. « As-tu la moindre idée de combien de tes pairs j’ai fait tuer ? As-tu la moindre idée d’à combien de tes pairs j’ai moi-même ôté la vie ? A combien je l’ôterai encore ? » Il ferma les yeux, baissa la tête, se rapprocha d’elle pour glisser ses doigts sur le menton de la belle. Son regard parcourait son visage, si doux, si beau, ses iris dans lesquels il pouvait se noyer, ou ses lèvres qu’il avait, longtemps, rêvé d’embrasser. « Que tu sois là ou non, je n’arrêterai pas… Jamais, tu m’entends ? Et tu n’as pas envie de voir ça. » Il se pencha vers elle, lentement, tant que l’on aurait pu croire que ce rapprochement conduirait à un baiser, que leurs lèvres se toucheraient, en une union interdite par ce qu’ils étaient ; c’était Roméo et Juliette, en plus tragique encore peut-être —Shakespeare lui-même aurait pu écrire sur eux. Mais leurs bouches ne s’effleurèrent même pas, Oswald avait dévié sa course pour que son souffle vienne s’égarer contre l’oreille de la légendaire. Sa main avait quitté son menton, avait coulé sur sa joue et puis dans son cou, cou qu’elle ne quittait plus pour le moment. « Combien de temps encore espères-tu me hanter, Kazuko ? » Jusqu’à sa mort, peut-être. Une vie humaine ne durait que le temps d’un souffle pour ceux qui avaient l’éternité à se repentir, mais le souffle de l’existence d’Oswald était douloureux depuis que Kazuko s’était rayée de son monde.

Il devait s’éloigner, se détacher d’elle, rompre tout contact, comme il l’avait fait un instant avant. Mais il en revenait toujours à la toucher, à effleurer sa peau de nacre, à se maudire de n’être pas encore capable de tourner les talons, de lui dire adieu pour de bon. A se maudire de n’être pas capable de l’oublier ; comment en serait-il capable alors qu’il possédait, conservait toujours leur Pokéball brisée, depuis tant d’années ? La fissure, causée par la rupture, s’était élargie au fil du temps et des coups qu’un Oswald adolescent y avait donnés, dans ses accès de rage et de douleur dont il avait dû se défaire lui-même, sans aide aucune, à la seule force de sa volonté et du temps qui avait passé, à la force de l’habitude qui s’était éprise de notre homme. On n’oublie jamais rien, on apprend juste à vivre avec, disent tous les poètes, tous les penseurs ; c’est là une vérité que l’on ne peut nier. Ce qui vous blesse ne s’oublie jamais, se tolère, se pardonne difficilement, s’accepte à contre-cœur parce que le temps passe, tout passe, et si l’on n’avance pas la vie passe aussi, sans nous à son bord. Alors on lève la tête, on met un pied devant l’autre, puis on laisse la pluie et les intempéries laver les peaux blafardes du sang et des échecs, des remords, des regrets et de tout ce qui ne changera plus. Oswald avait fait ainsi, fait comme tous les autres. Il n’avait pas eu le choix ; on ne l’avait jamais vraiment dans ces cas-là. 

Mais aujourd’hui… Aujourd’hui, l’avait-il seulement ? Il tentait de s’en persuader, de se dire que tout pouvait encore changer. Mais en quel sens ? Ce fut le silence qui répondit à ses interrogations silencieuses, à ses questions à jamais sans réponse. Il retint un soupir, ses doigts vinrent à se serrer légèrement sur le tissus du vêtement de la Mew, là, sur son épaule, comme s’ils ne voulaient pas s’en défaire, pas s’éloigner, pas la quitter. Pourtant, les mots qui s’échappèrent d’entre ses lèvres, venant contredire tout ce que son corps lui dictait, lui donnèrent finalement la force de s’écarter. C’était juste un « Je ne veux plus te voir, Kazuko. » soufflé à son oreille, mais c’était suffisant pour le persuader qu’il ne voulait plus de tout ça, que c’était trop, et qu’il valait mieux s’éloigner. S’éloigner et l’oublier —même s’il était incapable d’effacer de ses souvenirs la moindre seconde passée auprès d’elle— pour ne plus s’infliger tant de violence, pour ne plus lui infliger pareille douleur. Il ne voulait plus. Alors, lentement, la gorge nouée, il se détourna d’elle, se détourna des fenêtres et de la nuit qui étendait son drap au dehors, et puis s’éloigna en direction des escaliers, posa son pied sur la première des marches sans un regard en arrière. Descendre, sortir, ne plus revoir ; c’était tout ce qui comptait à présent.
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MessageSujet: Re: Retrouvailles à Lavanville ; Kazuko   Dim 30 Juil - 1:37

Il avait tant changé. Elle ne cessait de le constater. L’enfant qu’elle avait connu n’existait plus et elle avait beau le savoir depuis longtemps, cela continuait de faire mal. Elle refusait d’admettre qu’il n’y avait plus aucun espoir, qu’ils ne pouvaient plus effacer le passé pour vivre le futur. Chacun était maître de son destin et s’ils le voulaient vraiment ils pouvaient vraiment changer les choses. Mais... Peut-être que Oswald ne le voulait pas ? Peut-être qu’il avait raison. 

Peut-être bien qu’elle rêvait trop. Qu’elle se berçait d’illusion. Pourtant, elle voulait continuer à croire. Qu’est-ce qui était mal dans la rêverie ? Que faisait-elle de mal en espérant qu’elle avait encore une chance ? Qu’il en avait aussi encore une. Elle ne fuyait pas pour autant la réalité, elle voulait juste croire. C’était quelque chose de tellement important et qui pourtant était souvent oublié, autant par les siens que par les hommes.... 

La Mew se refusait d’être défaitiste, d’abandonner, de baisser simplement les bras ou encore de fuir. Elle en avait marre de fuir. Elle l’avait bien trop souvent fait dans sa vie. Pour ne pas souffrir et soi-disant pour ne pas faire souffrir les autres... Mensonge. C’était elle seulement qu’elle voulait protéger. Les légendaires étaient des dieux, parfaits ? Ah ! La belle connerie. Elle n’avait strictement rien de parfait. Elle était au contraire bien faible et insignifiante. 

Certes, elle ne pouvait pas mourir de mort naturelle, mais elle ne maîtrisait pas pour autant les choses... L’histoire d’Oswald le prouvait bien. Elle le prouvait même tellement bien. Donc c’était fini. Elle voulait rêver, elle voulait espérer, elle voulait protéger ce bout d’homme qu’elle n’avait pas su protéger autrefois. Elle ne reniait pas le Oswald d’aujourd’hui. Mais elle était persuadée qu’il pouvait changer. Il l’avait bien fait une première fois dans le mauvais sens alors pourquoi ne pourrait-il pas le faire dans le bon ? Et tant pis si cela faisait d’elle quelqu’un d’égoïste. 

- Qu’y a-t-il de mal à rêver, Oswald ? Rêver ne veut pas dire fuir la réalité. Je suis bien consciente de cette dernière, crois-moi... Mais si je peux apporter un peu de bonheur dans ce monde avec mes rêves et mes ambitions folles, je n’hésiterais pas. 


Elle lui adressa un de ses pâles sourires et fit un pas en avant. Depuis tout à l’heure, il la touchait, mais ne se laissait pas toucher en retour. Ce n’était pas juste. Elle avait envie de passer ses doigts dans ses cheveux blonds comme autrefois, elle avait envie d’effleurer sa joue, de le prendre dans ses bras... Même si aujourd’hui c’était lui le plus grand des deux. 

Si des hybrides voir ses amis légendaires la voyait en ce moment, ils ne comprendraient sans doute pas. Après tout, il y avait de quoi. Oswald faisait souffrir les hybrides depuis longtemps maintenant. Kazuko savait ce dont Chronos était capable. Elle surveillait depuis toujours l’organisation de loin. Et probablement encore plus depuis que son protégé était à sa tête... 

Donc oui elle savait que c’était stupide voir égoïste de sa part de tant apprécier le bourreau des siens, de ses amis. Mais elle n’y pouvait rien. Cette histoire avait commencé bien avant que Oswald soit à la tête de l’organisation criminelle. Et elle ne pouvait pas faire comme si elle ne le connaissait pas. Elle espérait en plus changer les choses, le voir renoncer à son titre, de le voir aimer et respecter à nouveau les pokemon... Naïveté, folie, aveuglement ou vain espoir ? Même elle ne le savait pas vraiment. 

Cependant, ses sourcils se froncèrent quand Oswald reprit la parole. Pour la seconde fois depuis leurs retrouvailles, la tristesse laissa place à la colère. Il jouait vraiment avec ses nerfs, n’est-ce pas ? Il prenait du plaisir à la faire souffrir et à se venger de ce qu’elle lui avait fait. Il croyait vraiment qu’elle ignorait tout ça ? Qu’elle ne savait pas à quel point les siens souffraient à cause de lui ? Elle était parfaitement conscience des vies détruites, des vies arrachées, des souffrances que subissaient les hybrides sous le contrôle impitoyable et cruel de Chronos. Elle le savait parfaitement. Alors à quoi bon retourner le couteau dans la plaie ? 

Ses poings se serrèrent et pourtant elle se laissa faire quand il la toucha à nouveau. Elle ne fit rien même si l’envie était tentante. Elle avait suffisamment de self-control pour rester tranquille. Mais l’envie de le frapper était bien présente... Car il le méritait probablement aujourd’hui. Le cœur de la rose battait fort sans qu’elle puisse mettre le doigt sur la raison qui le poussait à avoir autant de puissance aujourd’hui. De petits frissons la saisissaient tant les tendresses si étranges d’Oswald étaient étranges. 

Une larme menaça à nouveau de couler, mais cette fois la rose réussit à se contrôler assez pour ne pas la laisser couler. C’était une bonne question. Jusqu’à quand continuerait-elle à y croire ? Même elle l’ignorait. Hanter... Ce mot était cruel, Oswald croyait-il vraiment qu’elle n’était qu’un fantôme du passé ? 

- Je l’ignore, Oswald. Je l’ignore vraiment... Est-ce si mal de vouloir être à tes côtés ? 

Cette fois, la larme coula sans qu’elle puisse la retenir. Elle ne voulait pas le faire souffrir encore plus. Elle ne voulait pas lui montrer qu’elle était aussi faible, aussi fragile. Mais on ne pouvait pas toujours avoir ce qu’on voulait, n’est-ce pas ? La prise sur son vêtement par le blond fut un espoir cruel. Ne pars pas. Ne me quitte pas. Elle aurait aimé le dire à haute-voix. Elle aurait aimé en avoir la force. Elle voulait qu’il reste auprès d’elle et rester auprès de lui. Mais, hélas, elle n’avait pas la force de le retenir plus longtemps. 

Les mots firent mal. Encore plus que les autres. C’était douloureux de l’entendre dire qu’il ne voulait plus la voir. Car elle, voulait tant continuer à le voir. Cette fois, ses lèvres restèrent closes et silencieuses. Ses yeux fixaient ce dos si familier qui continuait à s’éloigner. Il avait presque disparu dans l’ombre des escaliers.

Non. Non. Non. Ne pars pas. Ne me laisse pas. Ne fais pas la même erreur que moi autrefois. Je t’en prie. Ne t’en va pas. 

Sans vraiment s’en rendre compte, ses pieds se mirent en marche. Les pas rapides, en train de courir, retentirent dans le silence du cimetière. Ce dos si familier et si précieux se rapprochait de plus en plus. Puis, soudain, ce fut le choc. Un choc doux et parfaitement contrôlé. Les bras de la belle femme se refermèrent sur la taille de l’homme et sa tête se posa sur ce dos si fort et si fragile à la fois. 

-Reste... 


Les doigts de la Mew se refermèrent sur le tissu, refusant de le lâcher. Autrefois, c’était Oswald qui se jetait sur elle de cette manière. Les rôles s’inversaient désormais. Des larmes coulèrent encore et la légendaire immortelle ne put que supplier cet humain mortel. 

- Je t’en prie, Oswald. Donne-moi une deuxième chance. Nous ne sommes pas obligés de nous détester et de faire comme si l’autre n’existait pas... S’il te plaît, pense-y. 


La légendaire était peut-être ridicule de supplier un humain ainsi, mais elle n’en avait que faire. Elle n’était pas Mew en cet instant, mais juste Kazuko la femme qui aimait Oswald Willheim Phoenix comme il était. C’était peut-être sordide vu qu’elle l’avait connu enfant, c’était peut-être dangereux vu ce dont il était capable envers son espèce, mais les sentiments ne se contrôlaient jamais vraiment, vous ne croyez pas ?
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MessageSujet: Re: Retrouvailles à Lavanville ; Kazuko   Dim 30 Juil - 1:37

Il voulait partir. Il avait la sensation d'étouffer là où il était, dans ce bâtiment porteur de mille morts et pourtant paisible. Il se sentait mal, perdu entre deux, et c'était sa faute, la faute de celle qui n'aurait pas dû recroiser sa route après tant de temps, la faute de celle qui aurait dû se tenir loin de lui pour qu'il ne lui fasse pas de mal, pour que lui non plus n'ait pas mal. Oh, il avait été bien stupide, bien imprudent de s'avancer dans ce lieu qui n'était pas fait pour quelqu'un comme lui, pas fait pour quelqu'un qui méprisait la vie des hybrides, leur existence même, comme lui pouvait le faire. Mais c'était comme retrouver un peu l'enfant qu'il avait été, et qui s'était égaré au fil du temps, malgré lui. C'était comme faire face à nouveau à tout ce à quoi il avait renoncé en grandissant, en façonnant de nouveaux objectifs sans doute peu louables à la seule force de ses bras et de ces idées que l'on gravait dans son esprit. Oh, oui, s'il s'était engagé à Chronos dés qu'il eut atteint sa majorité, c'est qu'il s'était retrouvé dans leurs idées, parce qu'il était guidé par la haine seule, par la rage au ventre et le désir brûlant de vengeance qui coulait dans ses veines. Mais, maintenant ? Y avait-il vraiment encore raison de haïr quand, de toute façon, celui qui l'avait cassé à coups de poings et d'humiliations était mort ; quand, de toute façon, il avait déjà tellement tué que ça ne pouvait plus relever de la vulgaire vendetta à laquelle il aspirait, enfant ? Peut-être pas. Sûrement pas. Mais il y avait tous ces idéaux qui s'étaient ancrés en lui au fil des années où il avait fréquenté l'organisation, tous ces idéaux qui avaient fini par le porter jusque là où il se trouvait à présent. C'avait été un simple massacre dans son esprit ; on avait tué ce qu'il y restait de bon, et on y avait laissé infusé de bien sombres réflexions à l'égard de ceux qu'il brisait lui-même aujourd'hui. Et elle, elle... Elle n'avait que le malheur d'être née ainsi, Pokémon, hybride. Les choses auraient-elles été différentes si jamais Arceus n'avait choisi de les métamorphoser, eux, tous ses pairs ? Sans doute. Mais le mal était fait, et on ne changeait pas le passé. 

On pouvait avancer. Prendre un nouveau départ n'était jamais interdit, il suffisait de bien peu au fond. Mais Oswald n'en avait pas envie. Non, il ne voulait plus, même si une part de son cœur, sans doute, n'y trouverait rien à redire s'il abandonnait dés aujourd'hui ce qu'il avait été, ces dernières années. Mais tout, tout ou presque tout lui sommait de rester tel qu'il était. Elle t'a trahi, quoiqu'il en soit elle recommencera. Et ça tournait en boucle dans sa tête, ça chantonnait, ça minaudait, ça narguait, et Oswald endurait, le cœur lourd, l'esprit tourmenté. Il n'avait jamais pensé la revoir. Aussi, tout doucement, il s'était habitué à son absence, et avait oublié ce que c'était que d'être à ses côtés. Il avait oublié cette sensation palpitante dans sa poitrine, cette douce chaleur qu'il ressentait et ne rejetait pas tout à fait, bien malgré lui. C'était cruel d'avoir à s'infliger ça, mais il ne pouvait plus y échapper. Il n'était même pas certain que s'éloigner d'elle apaiserait le tumulte actuel de son être, mais il l'espérait ; il l'espérait même s'il n'y croyait pas vraiment. Il ne voulait plus se confronter à ses yeux bleus, à son regard céruléen et empreint de sagesse et tout à la fois d'insouciance, ces deux prunelles dans lesquelles, enfant déjà, il voyait briller un monde parfait. C'était stupide, c'était puéril, mais il avait vu miroiter tant de rêves à l'horizon quand il était à ses côtés, qu'il ne s'en était sans doute jamais véritablement défait. Aujourd'hui encore, Kazuko lui évoquait une existence différente, un monde auquel il n'avait pas accès mais qu'il désirait ardemment découvrir, quand bien même c'était à présent impossible. Il n'était plus le même, il n'était plus l'enfant de huit, ni même de douze ans, qu'elle avait connu. Et ça changeait la donne. Ou, du moins, ça aurait dû la changer.

Oh, oui, ça aurait dû la changer, mais Kazuko était toujours là et, même alors qu'il s'en allait et la laissait derrière lui, elle ne l'entendait pas ainsi. Elle aurait dû ne pas bouger, se tenir là où elle était, le regarder s'effacer et attendre qu'il soit bien loin avant de songer à s'évader elle aussi et de faire en sorte qu'ils ne se croisent plus jamais. Ô combien elle aurait dû. Mais elle n'avait rien fait de tout ça ; au contraire même, elle venait de se jeter contre le dos d'Oswald, l'enlaçant avec une force moindre mais qui suffit à immobiliser l'homme. Il était pris au dépourvu, ébranlé par cette étreinte soudaine, inattendue et des plus... douloureuses, sans doute. Elle était là, elle était là et ne le lâchait plus. Elle s'agrippait à lui comme à la dernière chose qu'il lui restait sur terre, et c'était sans doute ce qui faisait le plus mal. « Reste... » Oswald ferma les yeux. Ce simple mot venait de lui faire la violence qu'aurait eu un poignard que l'on aurait enfoncé dans son ventre. Un poignard, dont la lame aurait été plongée avant dans un poison, qui se diffusait à présent dans tout le corps du blond. C'était violent, c'était douloureux, et ça lui donnait toutes les raisons du monde de vouloir être loin d'elle, n'importe où sauf ici. Parce que c'était la pire des souffrances qu'il n'ait jamais connu que d'être ici, à mi-chemin entre deux étages, avec cette femme qui le torturait tant dans son dos, accrochée à lui comme à rien d'autre. Peut-être que c'est ce qu'il aurait dû faire, lui-même, enfant. Peut-être bien qu'il aurait dû s'élancer vers elle et la serrer contre lui, la retenir de ses petits bras sans force, de ses petites mains fragiles, et lui demander de rester, la supplier jusqu'à ce qu'elle cède. Mais il y avait eu ce lien qui s'était rompu, et qui avait laissé Oswald plié de douleur, les yeux débordants de larmes. Il n'avait pas eu la force, pas eu le courage de lui demander de ne pas s'en aller. Aujourd'hui non plus, il ne trouvait pas les mots, et c'était elle qui osait le faire, qui osait lâcher ce simple mot, ces cinq petites lettres qui auraient pu tout changer, peut-être, à l'époque.

« Je t’en prie, Oswald. Donne-moi une deuxième chance. Nous ne sommes pas obligés de nous détester et de faire comme si l’autre n’existait pas... S’il te plaît, pense-y. » Sans même réfléchir, Oswald vint à poser sa main sur celle de la légendaire. Elles étaient chaudes, peut-être même légèrement plus que celles de l'homme. C'était doux et presque rassurant, ce contact, et ça avait un goût d'antan, une petite saveur douce-amère qu'il tolérait, pour cette fois-ci. Il ne s'en rendit pas compte aussitôt, mais il venait de glisser ses doigts entre ceux de Kazuko, les serrant tout doucement, comme pour l'emprisonner et l'empêcher de se détacher de lui. Ne pars pas, avait-il envie de lui souffler. Et, pourtant, c'était lui qui désirait s'en aller à présent, lui qui était prêt à l'abandonner derrière lui sans même se retourner. Fuis-moi je te suis, suis-moi je te fuis, c'était cette course à l'amour qui poursuivait les amants dans les tragédies, dans certaines comédies, dans les romans et les films à l'eau de rose, quels qu'ils soient. C'était un jeu cruel dont Oswald ne voulait pas, mais il se savait pas y échapper. C'était sans doute ça, le pire, finalement. Être piégé au cœur même de ce qui nous rongeait, sans issue possible, sans autre finalité qu'une fin qui n'a plus de suite. Jamais. C'était ça le pire, mais il s'y adonnait, à contre-cœur, à contre-sens parce qu'il s'agissait d'elle. D'elle, et de personne d'autre. « Arrête ça, Kazuko. » Arrêter quoi ? De supplier, de lui faire du mal, d'insister, de... de quoi, au fond ? Le passé les rattraperait toujours, de toute façon, et c'était peine perdue de chercher à s'en défaire. Même lui le comprenait, sans vouloir l'avouer. « Tu ne comprends pas... Tu n'as jamais compris, n'est-ce pas ?» Savait-elle ? Savait-elle à quel point il brûlait pour elle, depuis toujours, et plus encore aujourd'hui, à présent qu'il était un adulte capable de comprendre ce qu'il ressentait, ce qu'il éprouvait, tout ce qui s'agitait en lui et qu'il ne réalisait pas vraiment, enfant, alors même que ça n'avait pourtant jamais changé ? 

Précautionneusement, il la força à le lâcher, mais ne s'avisa jamais de séparer leurs mains qu'il avait liées l'une à l'autre. Il se tourna, fit un pas sur le côté et l'attira à lui, sur la même marche. Doucement, il la plaqua contre le mur, et passa à nouveau une main dans ses cheveux. Cette fois-ci, il ne se dérobait pas non plus à son toucher à elle. Quiconque les aurait vus les aurait pris pour un couple amouraché, et c'était au fond si loin de la vérité —quoique peut-être pas tant que ça, si l'on y réfléchissait. Ils n'étaient pas un couple, ils n'en avaient jamais été un, et c'était une utopie interdite, qui se devait être bannie avant qu'elle ne soit découverte. C'était cruel. C'était tellement cruel. Et, pourtant, c'était la fatalité, c'était ce genre de choses auxquelles on n'échappait pas, même si on le désirait plus que tout. C'était immuable, inéluctable. Mais ça demeurait cruel. « Tu m'as demandé... Si c'était si mal de vouloir rester à mes côtés. Je te réponds oui. Oui, c'est si mal. » Il esquissa un maigre sourire. Il n'était pas sarcastique cette fois, ce n'était pas un rictus mauvais, ni même empreint de colère, de rage. Ce n'était rien d'autre qu'un sourire vague, un peu triste, mais sincère. Sincère, comme il ne l'était que rarement. « Tu ne devrais pas rester, Kazuko. Tu ne devrais pas non plus pleurer pour moi. Tu l'as déjà fait quand tu es partie, quand j'étais enfant. C'est suffisant, tu ne crois pas ? » Mais tu as toujours été si fragile, au fond. Et c'était ce qui touchait le plus Oswald, sans doute. Elle était fragile, et pourtant elle témoignait de tant de détermination face à lui en le retenant, que c'en était perturbant. Après une légère hésitation à peine notable, il se pencha vers elle, et vint poser son front contre celui de la belle. 

« Je t'en prie... Ne me demande pas d'avoir la force de rester, quand toi tu ne l'as pas eue, il y a vingt ans. » Il n'essayait pas d'être venimeux, cette fois-ci, ni de la blesser. Il était sincère, et on distinguait peut-être un peu du Oswald enfant qu'il avait totalement abandonné dans l'ombre au profit de ce qu'il était à présent au grand jour ; un peu de ce gosse faiblard qui avait tant eu besoin de soutient et qui l'avait perdu par sottise. Et qui, aujourd'hui, la retrouvait un peu, sans pouvoir l'accepter vraiment. Il soupira, détachant son front de celui de la légendaire. Il lui en coûtait d'être aussi près d'elle, de tenir sa main dans la sienne comme il l'avait si souvent fait, quand il était encore un jeune oisillon pas encore capable de prendre seul son envol, mais il ne parvenait pas à reculer. Il ne voulait pas la lâcher, alors même que ses paroles étaient en opposition totale avec tout ce qu'il faisait. Il ne voulait pas, ne pouvait pas la lâcher. C'était au dessus de ses forces. « Tu n'as pas le droit de me vouloir encore dans ta vie, de vouloir demeurer à mes côtés. Et tu le sais. » Oh, lui, elle le savait. Et lui aussi, sans doute. Mais il y avait quelque chose de plus fort encore que les devoirs, que les lois, que les interdits. Il y avait encore plus fort que la nature, que le sang, que la vengeance, que la haine même. Il y avait plus fort, il y avait l'amour. Et Oswald l'aimait. Oswald aimait Kazuko, même s'il ne l'avouerait sans doute jamais. Et c'était ça, le pire dans toute l'histoire.
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MessageSujet: Re: Retrouvailles à Lavanville ; Kazuko   Dim 30 Juil - 1:38

Kazuko savait qu’elle n’était pas du tout rationnelle en ce moment. Mais pouvait-on vraiment le lui reprocher ? Malgré son immortalité, elle n’était dans le fond qu’une hybride comme les autres. Elle pouvait bien avoir des moments de faiblesse de temps en temps. Et vouloir rester près de quelqu’un qui nous était aussi cher n’était à ses yeux pas un si gros pêché. 

Même si Oswald avait fait des erreurs et continuait à en faire, elle n’était pas là pour le juger. Elle n’était pas Dieu, elle n’était pas parfaite. Alors certes son statut de pokemon légendaire lui donnait peut-être plus ce droit que si elle avait été un simple pokemon, mais elle n’en voulait pas de ce droit. Elle ne voulait pas de cette responsabilité si c’était pour souffrir et abandonner ceux qu’elle aimait. 

Ce jour-là, elle avait été déchirée entre deux choix cornéliens. Tuer un de ses enfants hybrides, étant donné qu’elle était à l’origine l’ancêtre de toutes les créatures sur Terre en dehors des premiers légendaires comme elle, et abandonner cet enfant pour refuser de commettre ce crime. Mais n’avait-elle pas commis un autre crime en refusant de saisir cette main tendue désespérément vers elle ? Abandonner un enfant était dans un sens bien pire que d’ôter une vie qui le méritait qui plus est... 

Mais il était trop tard. Elle ne pouvait plus revenir en arrière. Son pêché était gravé dans la pierre. Immuable. Tout ce qu’elle pouvait faire était de tenter de réparer... Même si rien n’effacerait pour de bon son crime passé. Pourrait-elle seulement se le pardonner un jour ? Pourrait-il seulement lui pardonner un jour ? 

Ses bras enlacés si forts autour d’Oswald étaient une bouée de sauvetage. Si leur lien se brisait, elle ne s’en relèverait jamais complètement. Mais, en même temps, n’était-ce pas mal de le forcer ? De le retenir contre sa volonté ? La vie était bien difficile, qu’on soit mortel ou immortel...

La légendaire avait été rarement aussi perdue. Elle ne savait vraiment pas quoi faire. Ecouter sa raison ou écouter son cœur ? Le deuxième prenait visiblement plus de place que la première actuellement. Elle était si fragile en vrai. Bien loin de la force qu’on lui attribuait... Pourquoi donc ? Pourquoi Arceus ?! Pourquoi devaient-ils tous les deux continuer à souffrir ?! Ce n’était pas juste. Cela ne l’avait jamais été.

Elle n’était pas naïve au point de croire que son Père décidait de tout. Oswald et elle avaient  leur part de responsabilité dans leur passé, dans leur histoire, mais si seulement Arceus avait pu décider à leur place... Si le Destin avait pu les guider... Cela aurait été tellement plus simple. Car cela n’aurait pas été tant sa faute dans ce cas-là. Mais, Kazuko, tu n’as plus le droit de fuir désormais. Et elle n’en avait de toute façon plus envie.

Un frisson saisit la désormais jeune femme à l’apparence si humaine quand elle sentit la main de son Prince se poser sur la sienne. Cette main devenue si grande. Cette main qui n’avait pas changé, mais qui était pourtant si différente. Cette étreinte entre leurs doigts était si agréable et pourtant si douloureuse. Elle rappelait tout, leur passé, leur douleur, leur amour, leur lien... Tout... La légendaire ferma un instant les yeux et un sourire difficile à déchiffrer naquit sur ses lèvres rose.

- Je ne sais pas ce qu’on va bien pouvoir faire maintenant, Oswald, souffla-t-elle dans un souffle.


Son sourire devint encore plus amer. Arrêter, hein ? Mais elle en était bien incapable. Elle avait pu rester loin de lui pendant toutes ces années, mais continuer était au dessus de ses forces à présent. Elle ne pouvait plus se contenter de rester à distance, de le regarder de loin vivre sa vie sans en faire parti. Elle ne pouvait plus le laisser gâcher sa vie sans rien faire pour le faire sourire et essayer de le faire changer.

- Si seulement c’était aussi simple... Non, je ne comprends pas, Oswald. J’ai fait une immense erreur, mais je ne vais pas continuer à la commettre plus longtemps. Essaie de comprendre, toi.

Elle ne pensait pas qu’il était plus coupable qu’elle. Ils l’étaient tous les deux, dans un sens, et cela ne servait à rien de rejeter faute sur autrui. Elle assumait parfaitement ses erreurs. Mais elle ne voulait pas qu’on lui reproche de ne pas comprendre alors qu’elle ne comprenait justement que trop bien. 

C’était parce qu’elle comprenait qu’elle rejetait la vérité. Elle n’en voulait pas. Alors oui, elle était peut-être égoïste, mais qui ne l’était pas à un moment dans sa vie sur cette Terre ? Pas elle en tout cas. Elle avait besoin d’Oswald et il avait probablement besoin d’elle dans le fond... Même si se croire indispensable était mal également.

Elle se laissa détacher de lui, ne voulant pas se battre inutilement. Cette main qui restait dans la sienne suffisait. Du moment qu’il ne partait pas, c’était le principal. Il ne devait pas partir. Elle ferait toujours le pas qu’il n’osait pas faire. Car leurs destins s’étaient liés il y a bien longtemps et personne ne pouvait changer ça. Pas même eux, pas même Arceus.

Sa gorge se serra en sentant ces doigts si familiers dans ses cheveux. Comment voulait-il qu’elle l’abandonne alors qu’il continuait à maintenir ce lien ? Cela sonnait peut-être presque comme un adieu, mais c’était aussi une manière de la retenir. Et elle ne voulait pas, non elle ne voulait pas, qu’il s’en aille. Elle ne voulait pas qu’il l’abandonne comme elle l’avait elle-même abandonné il y a bien longtemps.

Pourquoi devait-elle souffrir jour après jour ? Pourquoi devait-il souffrir jour après jour ? Pourquoi ce monde souffrait ? Il y avait tellement de choses injustes dans ce monde... De choses magnifiques, mais également de choses cruelles... Les rouages tournaient depuis toujours et ne changeraient pas si facilement.

Son cœur rata un battement. Arrête. C’était trop cruel. Elle était trop consciente de ses pêchés, de ses erreurs, du mal qu’elle faisait. Elle n’avait pas besoin qu’on le lui rappelle et elle n’avait surtout pas besoin qu’il le lui rappelle... Et pourtant, il semblait bien décidé à lui faire comprendre. Monde cruel.

Ce sourire qui n’avait cette fois rien de sarcastique ou d’amer lui déchira le cœur autant qu’il la soulagea. Cette sincérité était étrangement douloureuse à contempler. Elle n’avait pas le droit...  N’est-ce pas ? Ses poings se serrèrent malgré elle. La Mew ne voulait pas de cette réalité ! 

Elle aurait fait tout ce qui était en son pouvoir pour la changer. Mais, hélas, il semblait que même elle n’en avait pas le pouvoir. A quoi servaient ses pouvoirs et son immortalité si elle ne pouvait pas choisir sa destinée ? Une larme coula à nouveau sur son visage, emportant ses sentiments malgré elle au loin.

Elle savait qu’il avait raison, mais elle ne voulait pas de cette vérité. Pourquoi n’aurait-elle pas le droit de pleurer ou de rester ? Elle était assez grande, assez vieille pour prendre ses propres décisions si égoïstes soient-elles. Elle releva ses grands yeux bleus vers lui et fixa ses prunelles écarlates. Que devait-elle donc choisir ? Son cœur ou sa raison ?

Un autre battement raté. Son front contre le sien... Il était si proche. Et si loin en même temps. Cela faisait si mal de l’entendre dire cette vérité. Elle n’avait pas pu rester alors pouvait-elle vraiment lui demander d’en faire de même ? Oh, Arceus, pourquoi es-tu si cruel avec tes enfants ?

La scène qui se déroulait devant les yeux de Kazuko lui prouvait à quel point le vrai Oswald, celui qu’elle avait connu, l’enfant innocent qui souffrait juste, était encore présent. Cela ne rachèterait jamais ses crimes, cela ne rachèterait jamais ses actes, mais il y avait peut-être encore de l’espoir. Mais à cause d’elle et de sa lâcheté cet espoir était fragile et peut-être même éphémère. Si seulement, Kazuko, si seulement...

Les sourcils de la belle se froncèrent légèrement. Elle n’avait pas le droit ? Elle n’avait pas le droit de l’aimer, de rester à ses côtés, de vouloir le sauver ou de racheter ses erreurs ? Elle n’avait pas le droit de le vouloir dans sa vie car elle l’avait fait souffrir ? Mais qu’y avait-il donc de si mal à vouloir réparer ce qu’on avait brisé ? Elle ne comprenait pas. Et ne comprendrait jamais. 

Un tourbillon d’émotions régnait dans son esprit. Elle était incapable d’y mettre des mots, incapable de savoir vraiment ce qu’elle pensait. Incapable de prendre la parole pour lui répondre. Elle voulait avoir le droit. Elle voulait avoir le droit de décider pour elle-même. Pourquoi ne pourrait-elle pas être égoïste au moins une fois dans sa vie ? Parce qu’elle était parfaite, parce qu’elle devait montrer l’exemple vu son statut ? Ah ! Douce et amère illusion que voilà. Elle avait un cœur comme n’importe qui d’autre...

- Je crois... qu’il est possible de changer son destin, Oswald. Et personne ne me fera changer d’avis sur cela.


Un sourire amer se dessina sur ses lèvres alors qu’elle fermait les yeux. Tout oublier et profiter de cet instant. Elle ne voulait pas que ce soit le dernier. Elle ne voulait pas que ce moment se brise. Elle ne voulait pas le perdre. Et elle était aussi triste que soulagée. Aussi contente qu’en colère... 

- Je suis peut-être mal placé pour rester à tes côtés, mais tu es aussi mal placé que moi pour me dire que je n’en ai pas le droit... Je suis maîtresse de mon propre destin depuis toujours, Oswald.


Elle releva la tête à nouveau et le regarda avec un sourire des plus tristes avant de le pousser à contrecoeur, dégageant en même temps sa main de la sienne. Elle recula ensuite de quelques pas et le regarda avec cette tristesse à déchirer leurs deux cœurs.

- Si tu ne veux pas de moi dans ta vie, soit... Mais je veux de toi dans la mienne. Et je n’ai jamais prétendu être parfaite alors... Je n’ai pas l’intention de t’abandonner à nouveau. Je ne veux pas commettre deux fois la même erreur... Je suis désolée d’être aussi égoïste, mais je ne suis pas la seule à l’être... 


La Mew ne prononça pas les mots derrière cette dernière phrase. Elle ne voulait pas briser encore plus cet instant. Elle ne voulait pas lui dire qu’elle n’oubliait pas à quel point il faisait souffrir les siens pour un simple caprice d’enfant. Sa main remonta à ses yeux et elle essuya ses larmes pour la dernière fois.

- Au revoir, Oswald, nous nous reverrons sans doute... Je ferais tout ce que je peux poru cela, en tout cas...


Elle lui tourna le dos sans passer même par les escaliers. Elle ne voulait pas qu’on la voit sortir du même endroit que lui. La fenêtre était assez grande pour qu’elle y passe et son pouvoir assez puissant pour qu’elle puisse léviter de suite. C’était également égoïste, mais elle voulait que leur lien n’appartienne qu’à eux deux...

Alors qu’elle s’apprêtait à sortir par l’ouverture sur le ciel, son pied atteignit quelque chose dans un tintement et ses yeux se baissèrent dessus. Ils clignèrent légèrement, aussi surpris qu’elle. Un objet rond caractéristique, fané comme une fleur morte, se trouvait à ses pieds. Son cœur rata un énième battement. Cette masterball... Non...

Elle se baissa et la ramassa, les mains tremblantes.

- Tu... Tu l’as gardé ? Depuis... tout ce temps ?


Sa voix se brisa alors qu’elle se retournait vers son prince, le regard fragile comme jamais. Ses doigts refermés de manière incertaine sur l’objet qui les avait unis il y a bien longtemps, d’un lien immuable et incassable. Du moins, c’était ce qu’ils avaient crus alors qu’ils étaient encore tous les deux innocents...
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MessageSujet: Re: Retrouvailles à Lavanville ; Kazuko   Dim 30 Juil - 1:38

Ce qu’ils allaient bien pouvoir faire. Oswald non plus ne savait pas, et il n’était pas certain de vouloir une quelconque réponse. L’ignorance lui convenait pour cette fois-ci, si ça signifiait pouvoir braver les interdits en prétendant n’y rien connaître, si c’était retrouver un bout de cette insouciance qu’il avait laissé s’éteindre il y a bien longtemps déjà. Essaie de comprendre, essaie de comprendre. Elle aussi était insouciante, elle n’avait pas compris, elle ne savait pas. Et lui-même était incapable de dire si c’était mieux ainsi, ou s’il aurait voulu qu’elle sache, qu’elle se soit rendue compte de ce qu’il ressentait pour elle. Mais c’aurait sans doute été compliquer les choses, les rendre plus douloureuses encore qu’elles ne l’étaient déjà ; qu’est-ce que c’était que d’aimer, ou de se savoir aimée par celui qui blessait, tuait vos pairs ? Quand bien même Oswald était d’une cruauté sans nom, il ne voulait pas imposer cette charge aux épaules de Kazuko, qui paraissaient si frêles, prêtes à céder à un poids trop lourd. Il craignait que c’en soit trop pour elle, que de savoir la vérité. Cette vérité qui n’est pas toujours bonne à dire. De son pouce, Oswald vint cueillir cette larme qui coulait sur la joue de la belle, et qui n’aurait jamais dû être. Elle ne devait pas pleurer. Et, pourtant, il se savait coupable, pour cette fois-ci. Non, vraiment, il n’aurait jamais dû croiser à nouveau sa route. Dans ses yeux, il lisait tout ce qu’il aurait voulu ne plus jamais voir, tout ce qui, en même temps, lui avait manqué. Elle était là, et lui avait mille choses à lui dire, mille aveux à faire, mais il en était incapable. C’était un émoi sur lequel il ne pouvait mettre de mots, c’était un interdit qu’il n’avait pas le droit d’outrepasser, et pourtant, et pourtant... Oh combien ça lui brûlait les lèvres à cet instant-là.

« Je crois... qu’il est possible de changer son destin, Oswald. Et personne ne me fera changer d’avis sur cela. » Il esquissa un sourire amer, semblable à celui qu’affichait la légendaire face à lui. « Ton destin à toi, peut-être. » Il avait murmuré, à peine, alors qu’elle enchaînait, le coupant presque dans son élan. « Je suis peut-être mal placé pour rester à tes côtés, mais tu es aussi mal placé que moi pour me dire que je n’en ai pas le droit... Je suis maîtresse de mon propre destin depuis toujours, Oswald.» Ça n’était pas lui, ça n’était pas lui qui interdisait Kazuko d’être à ses côtés, c’était sa nature, c’était Arceus. C’était Arceus, leur dieu tout puissant qu’ils vénéraient tant, eux, les hybrides. Les choses auraient peut-être été différentes, s’il n’avait pas changé ceux à son image en être un peu trop humains. Il n’aurait pas haït, il n’aurait pas aimé ; une vie sans Kazuko aurait peut-être été plus facile à vivre. Et pourtant, et pourtant… Une part de lui refusait de songer à ce qu’aurait été une existence sans la connaître. Et pourtant, et pourtant… Il n’aurait pas tant souffert, enfant, et peut-être aujourd’hui serait-il aux côtés d’une femme qui ne lui ferait pas tant de mal, à qui il ne ferait pas tant de mal. Mais, non, vraiment, il ne voulait pas imaginer : c’était Kazuko qui le hantait, comme un spectre, une ruine du passé un peu trop présente. « Si tu ne veux pas de moi dans ta vie, soit... Mais je veux de toi dans la mienne. » Et elle l’avait poussé, et il s’était figé, sa main rendue glaciale à présent que les doigts de la belle n’enlaçaient plus les siens. Et il fixait cette main, cette main qui avait fait couler le sang mais qui espérait peut-être un pardon au creux de celle de Kazuko. Il la referma, sur le vide, sur l’absence, sur le silence, alors qu’elle parlait. Il l’écoutait, n’en donnait pas l’impression. Je veux de toi dans la mienne, je veux de toi dans la mienne.Alors pourquoi ne l’avait-elle pas cherché, avant ? Elle avait l’air heureuse, à présent qu’elle n’était plus du même monde qu’Oswald. Auteur, reconnue, aimée, adulée même. Alors… Pourquoi ?

Égoïste. C’était le mot. Interdit l’était aussi, mais elle semblait n’en avoir que faire. Il ne savait qu’en penser, que penser de tout ce à quoi elle s’opposait pour pouvoir être avec lui, alors qu’il ne méritait sans doute pas l’intérêt d’une hybride ; encore moins d’une légendaire telle qu’elle l’était, mère de tous les autres. Il recula d’un pas, et d’un autre, et il sentit bientôt le mur contre son dos, qui l’empêchait de s’enfuir plus loin. Il lui suffisait de n’en faire que quelques uns en avant pour rattraper Kazuko, la reprendre contre lui, l’empêcher de s’en aller. Mais il n’osa pas. « Au revoir, Oswald, - » Elle se détourna, et son coeur se serra, quand bien même il essaya de l’ignorer. Il se revoyait, des années auparavant, sur une allée terreuse aux bords fleuris. Elle s’éloignait de lui, ne le regardait pas encore. Il voyait ses poings serrés, il y avait des larmes qui coulaient sur son visage, des hoquets qui l’empêchaient de parler. Reste, le mot demeurait coincé dans sa gorge, incapable de s’élever dans l’air. Chaque pas l’éloignait un peu plus du jeune garçon, abandonné à son sort, abandonné à la douleur, abandonné à la solitude. C’est qu’il était si sale après tout, plein de maladies peut-être, les vêtements tachés de terre et d’un peu de sang, là où des pansements soigneusement faits par Kazuko s’étendaient, affreusement blancs au milieu de la souillure des coups et de la poussière. Reste, reste. Il n’avait pas trouvé la force de le dire, pas trouvé la force d’être égoïste. « - nous nous reverrons sans doute... » Le mirage se brisa, à cet instant précis. Se revoir… Pourquoi ne trouvait-il pas le courage de lui dire non, de refuser, de lui tourner le dos à son tour ? Pourquoi ne la brisait-il pas une bonne fois pour toutes, pour qu’elle le haïsse et oublie ses idées saugrenues de revenir dans sa vie ? Parce qu’il ne désirait pas tant avancer sans elle, sans doute, à présent que tout en lui s’était à nouveau agité en croisant son regard. Comme au premier jour, quand elle n’était qu’une jolie madame à qui il offrait des pâquerettes cueillies sur le bord d’un chemin.

« Kazuko... » Il s’interrompit en la voyant s’arrêter, en entendant un son dont il ne réalisa pas tout à fait la provenance, un petit bruit sourd causé par un heurt léger. Son regard s’abaissa vers le sol, vers cette petite chose sphérique, ternie, abîmée, éraflée et même fissurée quelque part en son centre. Depuis longtemps, le sang mêlé, qui les avait unis l’un à l’autre autrefois, s’était écoulé par cette brèche à jamais irréparable. C’était comme leurs deux êtres, au fond : deux formes cassées, brisées, disloquées parce qu’elles s’étaient trop aimées et tout à contresens. Mis à part qu’en eux, l’estafilade ne se distinguait pas, camouflée au milieu de sourires et de cruauté, noyée par les cendres collantes mêlées aux larmes passés, aux sanglots tus avec le temps. Vivement —un peu trop—, Oswald tâtait les poches de sa veste, celle de son pantalon, sa ceinture même. Les deux prisons de son Absol et de son Démolosse étaient là, l’une à côté de l’autre, invisibles si l’on ne savait pas leur présence, de part la fonction capsule qui les rendait moins bien discernables. Il n’y avait que celle, fendue, qui l’avait lié à Kazuko, qui était tombée, sans doute lorsqu’elle l’avait poussé, et qui s’était déployé dans sa chute. Il ne s’en était pas rendu compte, obsédé par cette présence, par ce regard, par cette odeur qui, jusqu’alors, n’étaient pourtant plus rien que des souvenirs. Mais un vent tiède avait soufflé sur la braise, ravivé la flamme. Oswald ne parvenait pas très bien à décider si c’était pour le meilleur ou si, cette fois encore, ça ne rimerait avec rien d’autre que le pire. Ils avaient déjà donné, une fois ; pourquoi en irait-il autrement désormais ? Les secondes chances. Le Phoenix, infidèle à son nom sans doute, n’y croyait pas vraiment. On ne se consumait qu’une fois et, dés lors que les cendres étaient balayées, fonder à nouveau ce qui avait brûlé était impossible. Et combien, ô combien elle l’avait brûlé, lui.

Elle tremblait quand elle se tourna vers lui, mais jamais son regard ne se détacha de la ball qu’elle tenait. Ses mains, parties en quête d’une faille qui l’avait laissée tomber, retombèrent, ballantes. Qu’importe comment c’était arrivé, le résultat était finalement le même. « Tu… Tu l’as gardée ? Depuis… tout ce temps ? » Sa gorge se serra ; ce n’était pas une sensation dont il avait l’habitude, lui, si froid, si cruel, si cynique, qui se riait du mal, à commencer de celui qu’il infligeait. Alors pourquoi… Pourquoi ? Parce que c’était elle, peut-être. Elle, et personne d’autre. Parce qu’elle était Kazuko, et pas une femme quelconque qui s’invitait dans ses draps pour obtenir ses faveurs et puis roucouler qu’elle avait passé la nuit avec le chef de Chronos, quand bien même elle ne fut aucunement la seule ; rien qu’un nom de plus sur un tableau de chasse déjà bien rempli. C’était parce que la belle n’était pas un trophée, parce qu’elle lui témoignait encore aujourd’hui d’une affection qu’il devinait désintéressée. Elle n’avait que faire de sa gloire, de sa richesse, et elle était prête à fermer les yeux sur le pire pour ne garder que le meilleur de ce qu’il était, de ce qu’elle avait connu et désirait, on le devine, retrouver. C’était parce qu’elle était elle, modeste, humble, sincère et le coeur pur de tout vice trop humain tels que l’étaient l’ambition financière et le désir de reconnaissance qui possède chaque être, un jour ou l’autre. C’était parce qu’elle était différente qu’elle n’était pas qu’un passe-temps, qu’elle l’avait hanté, qu’il l’avait aimée. Qu’il l’aimait, encore, toujours, désespérément.« Tu le vois bien. » Il avait répondu, d’un ton peut-être un peu trop dur. Ça lui avait échappé. Il s’avança alors vers elle, mais sans jamais affronter son regard —et elle était bien la seule à savoir le lui faire détourner. Il avança sa main, dans un geste qui voulait reprendre possession de son bien, mais demeura en suspens. Enfin, il osa la poser sur la sphère, et daigna relever les yeux vers les deux perles azurées de son ancienne liée. « Que voulais-tu que j’en fasse ? Tu t’en serais débarrassée, toi ? » Il esquissa un sourire narquois, blessé ; c’était comme une mise au défi, une question piège où chaque réponse était risquée car lourde de sens. 

Il récupéra l’objet et, d’une pression, la fit retrouver sa plus petite taille. Même ainsi, la fissure demeurait des plus visibles, comme pour mieux narguer les deux êtres qui furent liés mais se déchirèrent à coups de paroles blessantes. Oswald ferma les yeux, prit une profonde inspiration. « C’est ce que j’aurais peut-être dû faire. » Et pourtant… « Je ne sais pas si j’aurais pu. » Il n’avait rien à gagner, non, à exposer une part de ses sentiments de la sorte. Mais l’amour n’a jamais de vainqueur, de toute façon. Il ne lui dirait pas, il ne lui dirait jamais, mais c’étaient des aveux à demi-mots qu’il se permettait. Même si elle ne comprendrait sans doute pas, et ça valait mieux ainsi. Il enfonça la ball dans l’ombre de sa poche, l’arrachant à la vue de Kazuko, et à la sienne aussi. Ça faisait mal d’être réuni autour d’une ruine qui n’était plus, autour d’une ruine tant aimée. Ses doigts le picotaient, le brûlaient presque d’avoir tenu leur relique si longtemps. Ce n’étaient que quelques secondes, mais c’était déjà trop pour un coeur blessé. « Kazuko… Ne crains-tu pas les foudres de tes pairs, celles de ton Dieu, s’ils apprennent que tu cherches à me revoir ? » Tu sais que tu ne devrais pas. Il aurait pu se répéter, mais il su aussi que c’était inutile. Elle avait toujours su ce qu’elle voulait, bien malgré elle, et étrangement ça semblait avoir toujours trait avec Oswald, de près ou de loin. Peut-être parce qu’il comptait plus pour elle qu’il ne l’aurait cru. Cette pensée lui fit serrer les poings et, dans un élan désespéré, il s’approcha d’elle. Dans un geste qu'il ne pu s'empêcher d'empreindre de tendresse, il vint prendre son visage entre ses mains, pour déposer ses lèvres sur le front de la belle. Et puis, un murmure lui échappa, faible, à peine audible, il n’appartenait qu’à eux deux. « Mais si tu y tiens tant, alors je t’attendrai. Toute ma vie s’il le faut, et si tu ne mets pas trop longtemps à venir. » Parce que lui n’était pas immortel, alors qu’il l’aurait voulu ; ô combien il l’aurait voulu, pour elle.
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MessageSujet: Re: Retrouvailles à Lavanville ; Kazuko   Dim 30 Juil - 1:38

Kazuko n’avait aucune honte d’assumer ses sentiments. Ce qui l’unissait à Oswald était plus fort que tout et peu de personnes pouvaient le comprendre. Qu’il soit chef de Chronos et assassin ne changeait rien à ce qu’il était pour elle. Une part d’elle ne voyait que l’enfant innocent qu’elle avait abandonné autrefois. Une autre voyait l’adulte tel qu’il était maintenant, mais refusait de croire que cette part d’innocence qu’elle avait connu avait complètement disparu. Oui, Oswald avait tué. Oui, Oswald avait fait couler le sang des siens. Oui, Oswald capturait encore et encore des hybrides innocents pour en faire des machines de guerre. Mais pouvait-on lui demander de leur faire confiance alors que deux d’entre eux l’avaient trahi par le passé ? Deux contre des centaines, des milliers et probablement davantage. Mais pouvait-on vraiment lui reprocher de voir tout en noir alors qu’il avait été profondément blessé dans sa chair et dans son âme ? 

Kazuko s’en voulait d’autant plus qu’elle faisait parti d’un des deux responsables. Si seulement l’autre n’avait jamais existé... Mais elle n’avait pas le droit de rejeter la faute sur autrui alors que la sienne était tout aussi grave. On n’abandonne pas un enfant qui vous tend la main désespérément. On n’abandonne pas un enfant qui dormait encore sur vos genoux la veille. On n’abandonne pas un enfant que vous arrivez à faire sourire et rire tandis que sa souffrance physique le dévore pourtant avec lenteur.

Irresponsable. Lâche. Egoïste. Sans cœur. Kazuko se traitait silencieusement de tous les noms depuis cette nuit-là. Pourquoi ne s’était-elle pas retournée ?! Pourquoi s’était-elle accroché à ses principes pour en abandonner d’autres ?! Elle ne s’était jamais comprise là-dessus et ne se comprendrait jamais. Tout comme elle n’effacerait pas ses fautes malgré ce qu’elle voulait tant espérer. Son destin à elle... Oswald avait raison, au fond. Quel destin voulait-elle tant changer ? Celui de son protégé ou le sien ? Répondre les deux serait beaucoup trop facile, mais elle n’était pas assez forte pour admettre la vérité. Contrairement à ce que beaucoup pensaient d’elle. Décidément, elle ne méritait pas son titre de légendaire.

A présent, ses yeux étaient tantôt rivés sur Oswald et tantôt sur la sphère grisâtre et fendue qui se trouvait au creux de ses paumes. Elle n’arrivait pas à y croire. Jamais elle n’aurait pensé que... qu’il l’aurait gardé. Elle l’avait tant de fois imaginé la jeter dans un accès de rage, d’amertume ou de chagrin. Vu le mal qu’elle lui avait fait, jamais elle n’aurait cru qu’il... Sa gorge se serra douloureusement. Autant de tristesse que d’émotion. Elle n’avait pas cru en lui. Et cela faisait peut-être bien plus mal que tout le reste de s’en rendre compte. Pourquoi, Arceus, mais pourquoi ? Pourquoi n’avait-elle pas cru croire que la lumière qui avait toujours résidé en lui avait été plus forte que les ténèbres ? Cette masterball brisée était tout ce qui représentait leur lien d’autrefois et qu’il ait voulu le conserver d’une façon ou d’une autre touchait beaucoup la Mew qui ne put qu’esquisser un triste sourire. 

Elle le vit tâter ses habits, probablement pour vérifier l’absence de ce qu’elle tenait, et elle aperçut fugacement deux petites sphères familières. Elles étaient petites, mais Kazuko avait une assez bonne vue pour les deviner. Son regard s’assombrit un instant. Elle ne se doutait que trop bien de l’identité de ces pokeballs et de leurs propriétaires. Les fameuses prisons et les fameux esclaves de Chronos. Bien sûr, le chef en possédait. C’était évident. Elle n’avait jamais tenu à le croire, mais maintenant elle ne pouvait que regarder la vérité en face. 

Elle se demanda brièvement quels hybrides Oswald pouvait bien avoir... De ce qu’elle se rappelait il avait toujours aimé les pokemon de type ténèbres alors peut-être que... Mais elle ne tenait pas vraiment à le découvrir pour être tout à fait honnête. C’était probablement égoïste, mais elle préférait mille fois en savoir le moins possible. Elle aurait dû essayer de sauver les siens, mais hélas elle était trop faible pour se fâcher une nouvelle fois avec son protégé. Et trop faible pour risquer de le perdre à nouveau. 

Les paroles d’Oswald lui serrèrent encore plus la gorge si c’était possible. Comme un fil de fer qui essayait de l’étouffer à petits feu. La douleur morale pouvait être aussi forte que la douleur physique parfois. Et encore plus dangereuse. Que pouvait-elle donc répondre à ça ? 

- Non... Bien sûr que non... Je... Je l’aurais gardé aussi...


Une nouvelle déglutition. S’imaginer à la place de l’humaine et imaginer la douleur qu’avait dû ressentir Oswald était insupportable. Aurait-elle souffert autant que lui ? Aurait-elle préféré oublier ou se souvenir ? Aurait-elle gardé ou non ce souvenir ? Elle n’arrivait pas à le savoir parfaitement. Mais elle voulait croire que oui. Elle voulait croire qu’elle aurait préféré se rappeler et garder ce précieux objet. Sans aucune certitude, juste des suppositions. Elle ne se connaissait pas par cœur et parfois c’était énervant au possible. Elle aurait voulu effacer les plus noirs des sentiments d’Oswald avec une magie qu’elle ne possédait hélas pas malgré tous ses pouvoirs. Comme elle aurait voulu effacer les siens.

Elle le laissa s’emparer de la ball qu’elle ne pouvait de toute façon retenir. Elle n’en avait plus la force, elle se sentait plus fragile que jamais. Elle ne put que le regarder avec des yeux vides ranger la master revenue minuscule dans sa poche. L’objet disparut aussi brusquement qu’il était réapparu. Les souvenirs défilèrent, plus douloureux les uns que les autres. Elle aurait été incapable de se débarrasser de cet objet, elle le savait avec certitude. Et elle était contente que Oswald n’en ait pas eu non plus le courage. Auraient-ils dû ? Elle ne pouvait répondre à cette question.

- Je suis contente que tu ne l’aies pas fait...


Les mots lui échappèrent et elle esquissa un sourire aussi triste que résolu. Ce qui était fait était fait, ils ne pouvaient changer le passé, mais ils pouvaient choisir leur avenir, n’est-ce pas ? La question de Oswald la fit soudain tressaillir et lever son regard bleu vers lui. Ses bras tombèrent sans vie le long de son corps et ses poings se crispèrent alors que tout son corps se tendait. La réaction des autres, elle y avait déjà souvent pensé... Celle des autres légendaires, celle de Père, celle des humains et celle des hybrides ordinaires. Que penseraient-ils d’elle ? De lui ? Que se passerait-il ? Elle ne pouvait que trop bien le deviner. Elle ne voulait pas se battre contre ses frères et ses sœurs, elle ne voulait pas choisir entre eux et lui. Et pourtant... Elle serait peut-être obligé de le faire. En aurait-elle la force ? Une énième larme coula sur sa joue qu’elle essuya lentement avant d’esquisser un sourire amer.

- Bien sûr que j’ai peur, Oswald. Mais je n’ai jamais laissé quiconque décider à ma place de mes choix. Et je ne suis pas prête à commencer... Je ne veux pas me battre contre eux, mais je ne veux pas me battre non plus contre toi.

C’était égoïste, mais après tout, elle n’était pas parfaite. Et l’amour pouvait parfois nous conduire sur un chemin qu’on n’aurait pas choisi en temps normal. Personne ne pouvait échapper à son destin et le sien était déjà bien en marche. Elle n’avait pas le droit, elle le savait que trop bien, mais elle ne laisserait personne lui dicter sa conduite. Elle seule pouvait choisir pour elle-même. Et qui sait le chemin qu’elle choisira ne sera peut-être pas le mauvais. Son cœur rata un battement quand Oswald prit son visage dans ses mains douces pour embrasser son front. Une telle tendresse, une telle douceur montraient bien qu’il restait en lui une part d’humanité, non ? 

Ses mots lui serrèrent le cœur davantage. Elle aurait aimé lui promettre qu’elle pouvait le rejoindre tout de suite et que ce serait facile. Mais elle ne pouvait pas lui mentir. Aujourd’hui plus que jamais. Elle ne put que se coller contre lui et fermer les yeux. Sentir sa chaleur sous ses vêtements et sa peau était plus agréable encore que dans ses souvenirs. Il était adulte maintenant. Cela avait un sens bien différent désormais. Ses doigts se refermèrent sur ses vêtements doucement.

- Merci... Tu ne m’attendras pas en vain. Je viendrais. Attends-moi, Oswald, souffla-t-elle d’une voix rendue rauque par l’émotion.

Si seulement ils pouvaient rester comme ça pour toujours. Si seulement...
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Retrouvailles à Lavanville ; Kazuko
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