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 Cette nuit où les étoiles m'ont guidé jusqu'à toi ; Noa

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Yûki
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random: ici petit poney

MessageSujet: Re: Cette nuit où les étoiles m'ont guidé jusqu'à toi ; Noa   Dim 30 Juil - 2:18

C’est une quinte de toux violente qui me tire du sommeil. J’ouvre à peine les yeux, les referme aussitôt, pour atténuer la sensation de sable qui s’y trouve. Ça faisait longtemps qu’un réveil n’avait pas été aussi paisible. Cette nuit, c’était comme lorsque Soliste se glissait sous mes couvertures et se faufilait entre mes bras pour venir y dormir. Cependant, cette nuit, ça n’était pas elle… Qui ? Je rouvre les yeux, et me redresse soudainement, l’air perdu et incapable de me souvenir d’où est ce que je suis. Il me faut un moment, pour que je reconnaisse l’odeur qui flotte tout autour de moi. Noa. Ce qui aurait pu n’être qu’un rêve un peu étrange causé par une quelconque fièvre, chopée à traîner sous une pluie battante et glaciale, est apparemment bien réel. Je me laisse retomber sur le matelas. La place à côté de moi est déjà froide ; quand est-il parti ? Il m’a laissé ? Je m’inquiète un peu, soucieux de n’être pas certain de savoir retrouver ma route par moi-même. Et puis, je réfléchis un peu, et je soupire. Il n’est pas du genre à laisser un inconnu vaquer indéfiniment à ses petites affaires sur son… territoire ? Ce doit être ça. 

Je roule sur le côté, pour tendre la main hors du lit. Je sens mon pantalon toujours humide sous mes doigts, et je grimace. La sensation des fringues mouillés et gelés qui collent à la peau… Miam. Je vais me régaler, sur le retour. Peut-être bien que mon camarade Noctali a trouvé la parade. Pas de fringues, pas de désagréments causés par leur faute. J’esquisse un sourire, et puis me décide à sortir des draps. Il fait un peu moins froid qu’avant, ou c’est juste de ne plus être sous la pluie et d’avoir un peu dormi qui m’a réchauffé. J’ai toujours le nez pris, ceci dit, et c’est agaçant de renifler constamment. Je passe une main dans mes cheveux en bataille, et puis je m’avance vers la porte. Dehors, le jour n’est pas encore levé, et on voit le ciel qui commence à peine à s’éclaircir à l’horizon. Je sens mon coeur qui se serre dans ma poitrine, et je ne peux m’empêcher de penser avec nostalgie à ces fois où Belt venait frapper au carreau de la baie de ma chambre, pour me réveiller et m’entraîner avec lui sur une colline, rien que pour admirer le lever du soleil ensemble. Le crépuscule est plus merveilleux encore, mais l’aube a cette note d’antan qui me touche bien plus encore.

Tout en jetant des coups d’oeil alentours, je me décide à mettre le pied dehors, toujours en caleçon. Traîner pieds nus dans l’herbe mouillé, je l’ai souvent fait dans la clairière, mais jamais vêtu avec moins qu’un short, en plein été. Ça n’en est pas bien loin, au fond, alors ça ne me gêne pas tant. Il n’y a que la fraîcheur matinale, qui m’arrache quelques frissons, mais rien de dramatique au moins. Il y a ce petit bassin d’eau claire qui me fait de l’oeil, je m’en approche et m’accroupis, y plonge les mains pour en recueillir. Elle est glaciale, mais ça fait du bien à ma gorge endolorie d’avoir, j'imagine, tousser bien des fois dans la nuit. Ai-je dérangé Noa ?Je suppose qu’il m’aurait poussé, voire frappé, ne serait-ce qu’un peu, si c’avait été le cas. 

Autour de moi, une douce brise agite les feuilles des arbres. La pluie s’en est allée, et le ciel s’est complètement dégagé. Le déluge est bel et bien passé, et c’est tant mieux. Je me redresse, et m’en retourne vers la cabane. Je n’ai toujours pas le coeur à enfiler ce jean sans doute collant au possible, alors je m’assois à l’entrée de la cabane, juste comme ça, et puis j’observe le ciel qui, minute après minute, se pare de toutes les nuances de rose et d’orange. Au dessus de ma tête, c’est encore le bleu le plus sombre. Mais à l’horizon, c’est toute une palette de couleurs chaudes qui s’offre à ma vue. J’en ai rarement vus d’aussi sublimes que celui-ci, je crois ; celui-ci qui a une allure différente, sans que je puisse en déterminer la cause. Peut-être que l’idée de ne plus être tout à fait… seul, change ma perception de la chose. Je ne sais pas tout à fait. Seul, pas seul, est-ce que la nuit passé a véritablement fait tourner la roue dans un autre sens ? Je ne suis pas sûr. Mais il y a quelque chose en moi qui a bougé, qui a vacillé. C’est infime, mais savoir que je ne me suis pas réveillé en cris et en larmes me chamboule, me perturbe. Ça n’est pas normal. Et pourtant, ça fait du bien.

J’esquisse un sourire face au ciel, si beau en cette matinée, et puis je distingue un mouvement, légèrement en contrebas. D’un coup d’oeil, je m’assure que je n’ai affaire à personne d’autre qu’à Noa, et puis je retourne à ma contemplation. Il me manque. Qu’est-ce qui, dans une vie, peut bien remplacer la présence d’un meilleur ami, lorsqu’il est parti sans pouvoir revenir ? Pas grand chose, je pense. En se donnant la mort, je crois qu’il a condamné plus de personnes qu’il ne le pensait. C’était égoïste. Et pourtant, j’ai déjà songé mille fois à cette solution, moi aussi, depuis. Solution ? Peut-être pas. Et si finalement, c’était une réponse que cette nuit se devait de m’apporter ? Je cligne des yeux. C’est la solitude qui arrache au bonheur. Mon regard coule à nouveau sur celui qui me ressemble tant. Solitaire… Je soupire, secoue la tête, chasse tout cet amas de pensées dans un coin de ma tête. Peut-être bien que ce que je pensais être la solution finale n’est qu’une mauvaise idée, qu’on veut me le faire comprendre, qu’on veut changer les choses… Je ne sais pas. Le soleil renaît, revis chaque matin. Est-ce possible pour nous autres, mortels, d’en faire de même ? Je refoule un sifflement, lorsqu’un premier rayon vient m’éblouir. 

Noa s’est approché, vient de me passer à côté. Je n’ai pas bougé. Je regarde les rosés et les orangés du ciel se ternir pour laisser place, tout doucement, au bleu grisonnant des premières heures de la matinée. Je me relève alors, doucement, en étirant mes muscles endoloris. « Tu es réveillé depuis longtemps ? » Je tourne la tête vers Noa, surpris qu’il brise si soudainement le silence. « Hm ? » Et puis, je comprends sa question, avec un temps de retard. « Ah, euh. Juste avant les premières lueurs chaudes, dans le ciel. » Je détourne le regard vers l’extérieur, avec une légère hésitation quant à une question qui me trotte dans la tête. Vais-je me faire rire au nez ? Je réprime un soupir, en le regardant à nouveau. « Je… Je ne t’ai pas dérangé, au moins ? Je veux dire, en dormant... » Toujours plus clair, Rhap.Comme si j’allais balancer de but en blanc un truc comme « ça va, je t’ai pas trop gêné à me coller à moitié à poil à toi comme un marmot à sa mère ? » La pensée m’arrache un sourire, et je me détourne pour aller récupérer mon pantalon et, bien à contre-coeur, l’enfiler. Comme prévu, c’est l’une des sensations les plus affreuses qui soient.

J’ébouriffe à nouveau mes cheveux. Ne pas savoir de quoi ils ont l’air, tout en ayant conscience que ça ne doit pas être bien faramineux, ça a quelque chose d’un peu frustrant. Que doit-être le calvaire des filles qui n’ont pas les moyens de se regarder dans un miroir au réveil… Las de la cause perdue qu’est ma coiffure encore gravement atteinte par la pluie de la veille, je coule un regard en direction de mon compagnon de fortune. « Faudrait peut-être que je rentre. Ceci dit... j’avoue ne pas trop bien connaître ce coin-là de la forêt, voire pas du tout. Du coup… Ça te dérangerait de me guider, au moins jusqu’à l’endroit où on s’est... croisés ? » Croisés. Quel bel euphémisme pour parler d’une Ball’Ombre dans la tronche et d’une chute fort peu glorieuse...
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Yûki
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MessageSujet: Re: Cette nuit où les étoiles m'ont guidé jusqu'à toi ; Noa   Dim 30 Juil - 2:19

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ne baie Mangou. Noa l'observe, puis hausse les épaules. Réputée pour être appréciée de tout hybride, elle trouve donc grâce auprès de l'adolescent qui caresse un peu sa surface lisse et soyeuse avant de croquer dedans. Le goût du fruit est indescriptible : tout semble parfaitement équilibré, dosé à merveille. Bien qu'elle soit assez ferme, elle reste très agréable en bouche. Noa sait que cette baie est rare, tout comme la baie Lomne. Elle pousse surtout à Unys, dont elle apprécie beaucoup le climat. Pourtant, le verger naturel de Cimetronelle peut se vanter d'en voir pousser des plants de temps en temps. Puisqu'elle est grandement appréciée, les arbres fruitiers sont souvent saccagés par les visiteurs trop pressés d'en cueillir une. De ce fait, Noa a prit l'habitude de procéder à la cueillette dès qu'il en aperçoit sur les branches, histoire d'épargner les autres arbres à baie. Le plus souvent, il les mange lui-même mais il lui arrive de les porter à ses parents, parfois. Sa mère en fait une confiture exquise, dont il est certain de pouvoir profiter à sa guise en rendant visite à ses géniteurs.

Tout en mâchonnant ses morceaux de baie, Noa observe Rhapsodie du coin de l'oeil. Sûrement s'est-il donc réveillé quelques minutes seulement après son départ. Un lève-tôt, comme lui. Décidément, plus ils parlent, et plus ils se découvrent des points communs. L'hybride chromatique ne sait d'ailleurs pas quoi en penser. D'un côté, ça l'agace, énormément. Mais de l'autre, ça le rassure. Et cette dualité dans ses sentiments commence à lui prendre la tête. Rhapsodie remet en doute tellement de choses que Noa a toujours cru vraies le concernant qu'il ne sait plus du tout où il est est, dans sa tête comme dans ses sentiments. Ce type, il l'énerve franchement. Et pourtant, il l'intéresse aussi. Énormément. Il a envie d'en savoir plus à son sujet. De découvrir jusqu'à quel point ils peuvent bien se ressembler. Ce qu'ils pourraient partager ensembles. Quelle relation pourrait aboutir s'ils se côtoyaient davantage. S'ils se découvraient davantage.

La voix de son faux-jumeau retentis de nouveau. Noa hésite sur sa réponse. Être honnête ou lui lancer une pique ? La deuxième solution lui ressemble davantage. Comme s'il allait avouer qu'il n'avait jamais dormi aussi bien depuis des années ! Plutôt se tuer que de l'avouer. Et surtout à Rhapsodie. Alors tant pis, il va lui mentir, encore une fois. De toute façon, il n'a aucun compte à lui rendre. Ce serait même plutôt le contraire. Rhapsodie a plutôt intérêt à lui être redevable. Oui, c'est Noa qui l'a attaqué le premier, certes. Mais il aurait très bien pu le laisser sous la pluie et rentrer. Rhapsodie a donc une dette envers lui. Et Noa compte bien en profiter. Pas maintenant, peut-être pas demain, mais dans un futur plus ou moins proche. Quand il en aura besoin, en somme. Parce qu'il ne risque pas de l'oublier, lui. Il serait même plutôt difficile de ne pas s'en souvenir, étant donné tout ce que cette rencontre a chamboulé dans sa tête.

▬ Tu es plus collant qu'un Apitrini sur un pot de miel.
Marmonne-t-il après avoir avaler son dernier morceau de baie. C'est faux, il l'a à peine senti, mais il se garde bien de le dire. Tandis qu'il se lèche les doigts, Rhapsodie se glisse dans les cabanes, récupérant son pantalon pour l'enfiler. Noa devine que le vêtement est encore humide et que la sensation ne doit pas être agréable. Un petit sourire narquois se dessine sur ses lèvres. Lui, il ne rencontre plus ce genre de souci depuis bien longtemps. L'avantage de vivre nu. Il n'a plus à vivre ce genre de moment extrêmement désagréable. Même si le fait de demeurer en tenue d'Adam apporte bien plus que cela, ça demeure une chose dont il se passe avec grande joie. Bien sûr, il possède quelques vêtements rangés – ou pas – dans sa cabane, pour les fois où il doit se rendre en ville. Sa mère s'occupe souvent de venir les récupérer pour les remplacer par des vêtements neufs et propres. Histoire que son fils ne remette pas indéfiniment les mêmes fringues sales.

Noa s'étire, entend quelques craquements dans son dos et ses épaules. Malgré sa petite patrouille matinale, il sent encore quelques muscles ankylosés. Merci l'humidité. Le temps ne cessant de se dégrader de jour en jour, l'hybride a conscience que les nuits allaient refroidir et que son corps allait moins apprécié sa nudité totale. Selon la rudesse de l'hiver, il allait sûrement devoir s'embarrasser de vêtements s'il ne voulait pas finir geler. Car il tient à sa vie bien plus qu'à ses désirs. Il ne veut pas se mettre en danger inutilement. Il est conscient de la faiblesse de son corps par rapport à ses ancêtres. Eux possédaient de la fourrure partout sur leur corps. Mais quand bien même Noa est capable d'en faire pousser tout autant, cela lui demande bien trop d'énergie pour revêtir son manteau de poils hybride pendant toute la durée de l'hiver. Il a déjà essayé. Il n'a pas pu tenir la journée entière sans finir totalement vider de ses forces. Or, s'il veut garder un œil sur la forêt même pendant la mauvaise saison, il se doit de rester en forme. Même si, pour cela, il doit se résoudre à s'habiller chaudement. 

▬ Faudrait peut-être que je rentre. Ceci dit... j’avoue ne pas trop bien connaître ce coin-là de la forêt, voire pas du tout. Du coup… Ça te dérangerait de me guider, au moins jusqu’à l’endroit où on s’est... croisés ?
Ah. Noa n'y avait pas encore pensé, à ça. A la séparation. Aussitôt, il fronce les sourcils. Il se tente à refuser. Mais il sait que Rhapsodie cherchera tout de même à rejoindre Cimetronelle, dusse-t-il passer des heures à tenter de se retrouver dans la forêt. Et Noa n'apprécie pas que l'on demeure trop longtemps sur son territoire. Même s'il sait que Rhapsodie n'y causerait pas le moindre dégâts, il demeure méfiant, car un accident arrive vite. Le plus prudent est donc de le ramener sur les lieux de leur rencontre. Ou plutôt de leur altercation. Bien qu'il puisse simplement le ramener jusqu'à la lisière du bois : ainsi, il s'assurait que Rhapsodie ait bien trouvé la sortie des bois. Mais pour cela, il doit d'habiller. Ah, le dilemme. D'un côté, il n'a vraiment pas envie d'enfiler le moindre vêtement. De l'autre, il préfère raccompagner son faux-jumeau jusqu'à l'entrée du village. Il soupire, pivote et s'enfonce dans la cabane. Il tire un pantalon de jogging gris, un caleçon noir et un tshirt blanc d'un tiroir d'une vieille étagère en bois. Il les enfile sans cacher son agacement, avant de rejoindre Rhapsodie dehors.

▬ Je te raccompagne jusqu'à l'entrée de Cimetronelle. Tu serais encore capable de te perdre dans les bois.
D'un geste sûrement un peu trop rude, Noa lui donne une petite bourrade à l'épaule, pour l'inviter à avancer. Puisqu'il doit guider Rhapsodie, il ne peut pas grimper dans les arbres comme il en a l'habitude. Il va devoir se contenter du sol détrempé, voir boueux. Loin de lui l'idée de faire sa petite précieuse, mais l'idée de plonger ses pieds nus dans la boue ne l'enchante guère. Heureusement, il connaît énormément de petits détours et moyens d'éviter les flaques les plus larges. A moins que Rhapsodie ne soit à l'aise dans les arbres, et là ça réglerait le souci. Noa lui jette un regard par dessus son épaule. Bah, il serait encore capable de se casser la figure, doué comme il est. De plus, la pluie a rendu l'écorce vraiment glissante. Il est donc plus avisé de demeurer au sol, même si cela enchante guère l'adolescent sauvage. Au point où il en est de toute façon, ça ne peut pas être pire. Alors autant se résoudre à agir un peu plus « normalement ». Habillé, progressant au sol dans sa forêt … Voilà quelque chose qu'il n'a pas fait depuis des lustres.

Le chemin du retour, Noa le connaît par cœur. Il peut le faire les yeux fermés. Il reconnaît la moindre fougère, la moindre pierre jonchant le sol. Cette partie-là de la forêt est celle qu'il connaît le mieux. Elle n'a plus la moindre secret pour lui. Et ce, depuis qu'il est tout petit. Il l'empruntait tout le temps avec son père, lorsqu'ils allaient à la cabane tous les deux. Ayant prit l'habitude de le faire dans les arbres, il avait presque oublié la vue d'en bas. Des vieux souvenirs s'imposent à sa mémoire, du temps où il n'était qu'un jeune Evoli insouciant et curieux, qui gambadait entre les troncs en essayant en vain d'évaluer leur taille, d'apercevoir leurs têtes à travers l'épais feuillage. Comme dans un réflexe, le voilà qui lève les yeux vers la voûte feuillue. Elle est toujours aussi haute au dessus de sa tête. Il n'est toujours pas capable de voir la cime des arbres. Un léger sourire se dessine lentement sur ses lèvres. Au bout du compte, malgré le temps qui passe, il demeure un enfant dans ces bois. 
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MessageSujet: Re: Cette nuit où les étoiles m'ont guidé jusqu'à toi ; Noa   Dim 30 Juil - 2:19

Plus collant qu’un Apitrini sur un pot de miel. Je ne m’attendais pas à autre chose que ça, venant de lui. Aussi, après l’avoir fixé quelques instants, je me détourne, l’ombre d’un sourire amusé accroché aux lèvres. Je ne veux pas qu’il devine ma quasi-hilarité. Aussi, je ne ris pas ; enfin, c’est une sorte de rire silencieux qui agite légèrement mes épaules. J’avais presque oublié que c’était : cette petite vague chaleureuse qui part de la poitrine et envahit tout le reste, les lèvres qui s’étirent sans que l’on n’y puisse rien, cette sensation de ne pas être seul, celle d’être compris, rien qu’un peu. Longtemps, j’ai cru ne plus jamais connaître ça. Depuis que Soliste s’est retrouvée entre les griffes en Chronos, en vérité. Avant… Avant, c’était plus simple. Avant, elle était là, elle me souriait, se blottissait contre moi dans mon lit, agitait ses oreilles pelucheuses avec une malice qu’elle ne camouflait jamais. Et puis, surtout, elle avait les mots ; ceux qui rassurent, ceux qui amusent, ceux qui touchent, ceux qui divertissent. Elle avait les mots qui apaisaient mon coeur et me détournait des idées noires. Elle avait les mots, mais ils se sont tus lorsque je l’ai laissée m’échapper. Comme un lâche. 

Je déglutis, frémis légèrement. En un instant, ma petite joie éphémère s’est dissipée, et je devine mon regard assombri. Je secoue la tête, je fais le vide ; je repense à cette nuit, à ce matin, à l’Apitrini. Ce petit rien suffit à m’éclaircir un peu les idées, à nouveau. C’est ce sentiment, étrange et perturbant, d’avoir retrouvé un petit morceau de quelque chose qui m’a été arraché il y a longtemps. Et c’est lui, Noa, qui fait remonter un peu de tout ça. Ça me perturbe, tout en même temps que je ne parviens pas à faire autre chose que m’y abandonner, rien qu’un peu. Depuis qu’elle n’est plus là, je n’ai plus passé une aussi bonne nuit que celle que j’ai passée avec mon double. Jamais, ô grand jamais je ne l’avouerai, mais je sais que ça n’est pas donné à tous de savoir m’apaiser suffisamment pour que je ne me réveille pas, que je ne me débatte pas, que je ne pleure pas. Pourquoi lui ? C’est qu’il me ressemble tant, mais qu’il a un regard plus vif que le mien. Il est entier, ici, dans la forêt. Moi pas. Pas complètement. J’ai espéré que ça me suffirait ; ça me suffisait autrefois. Mais aujourd’hui, c’est différent.

Chaussures détrempées enfilées -et c’est pire encore comme sensation que le pantalon- devant l’entrée de la cabane, je me tourne vers Noa qui vient de revenir. Je cligne des yeux, quelque peu surpris de le voir habillé. Ce n’est pas la tenue la mieux portée qui soit, surtout pas la plus élégante -c’est sûr que niveau classe, ça ne vaut pas l’ensemble chemise-veston que ma mère insiste pour que je porte lorsque je me rends à l’école de musique- mais je ne parviens pas à retenir l’idée que ça lui va bien, aussi, d’être habillé, simplement et en civil. Même si lui n’a pas l’air de cet avis, sans doute bien plus habitué à se promener sans rien sur le dos. « Je te raccompagne jusqu'à l'entrée de Cimetronelle. Tu serais encore capable de te perdre dans les bois. » Sitôt après, il me bouscule l’épaule, et je grommelle un « Trop aimable. » mi-grognon, mi-reconnaissant, avant de lui emboîter le pas.

Il y a là un nombre incalculable de flaques d’eau, logées dans les creux du sol irrégulier, parfois accidenté. Un sol que l’homme n’a pas encore employé à construire ses routes et ses grands bâtiments grisonnants, bruyants, envahissants, étouffants. Ces constructions qui s’étendent et privent le monde de ses forêts et de ses couleurs changeantes au fil des saisons ; c’est triste et ça crève le coeur. Je ne me souviens que trop de l’immense bâtiment de cette organisation immonde. Ça aussi, c’est triste et ça crève le coeur. Je lui préfère les petites bâtisses teintées de pastel et ornées de fleurs aux balcons, à Lavandia. Ou, mieux encore, les maisonnettes de bois aux airs de cabanes, à Cimetronelle. Ma ville, que j’aimerais ne jamais avoir à quitter. Marcher sous le couvert des arbres, même au lendemain d’une soirée pluvieuse, orageuse, c’est quelque chose d’inestimable à mes yeux, c’est un peu de cette liberté que je chéris et que je chérirai toujours, quel qu’en soit le prix. J’aime cette liberté. Plus que ma propre vie, peut-être. 

J’inspire profondément, et toutes les effluves des bois m’emplissent les poumons, me montent à la tête. L’odeur de la forêt… Une drogue saine ; ma drogue en tout cas. Mon air quand je manque de souffle, mes rêves quand je manque d’avenir, mes pansements quand j’ai trop de bleus au coeur. J’aime cette forêt. J’aime à me dire que rien ni personne ne saura jamais m’en arracher. C’est chez moi, c’est mon monde, mon centre de gravité. J’y reviendrai toujours, même s’il me fallait partir. J’ai fermé les yeux, j’avance à l’aveugle le temps de quelques pas, mais sans même manquer une seule chute. Je les rouvre, et je les pose sur Noa à mes côtés. Il a la tête levée vers les arbres, peut-être vers les cimes invisibles que seuls les oiseaux côtoient à chaque battement d’ailes. Il a un sourire sur les lèvres ; un sourire qui n’est pas moqueur, pas narquois, rien qu’un sourire léger et sincère, dirigé vers… Vers quoi ? La forêt, peut-être ? Un souvenir ? Je ne sais pas.

Sans rien dire, je lève à mon tour les yeux vers les feuillages rougeoyants. A quand les premières neiges ? Le ciel est si clair qu’il est difficile de croire qu’il a fait si mauvais temps, cette nuit, et que d’autres, pires encore sans doute, arriveront bientôt. Même en plein hiver, Noa continue-t-il de traîner dehors comme il a l’air de le faire régulièrement, plus souvent encore que moi-même ? Je sors un peu moins, une fois que le grand manteau blanc s’est installé sur la région, mais ça n’est que parce que maman s’évertue à me consigner dans la maison, au coin du feu, là où elle peut veiller sur moi, s’assurer que je ne disparais pas, et que je n’attrape pas non plus la mort dans le froid. Mes protestations ? Elle n’en a que faire… A mon plus grand dam.

Mes prunelles courent le long d’un arbre à quelques mètres de là, repèrent aisément les prises sûres pour y grimper sans trop risquer la chute, malgré l’écorce sans doute rendue glissante par l’eau qui s’y est écoulée. J’hésite un instant, et puis je hausse les épaules avant de m’élancer. J’ai moins de soucis que j’ai pu en avoir cette nuit pour escalader, sans doute parce que je ne tremble plus de froid, cette fois. Accroupi, stable sur ma branche, la main sur une autre juste au dessus de moi, je baisse les yeux vers mon camarade, et sans doute peut-il y voir une lueur de malice quelque peu moqueuse. « Tu devrais sourire plus souvent, Noa. Ça te va bien, de ne pas faire la gueule. » Je ne lui dirai jamais que je suis sincère. Je préfère mille fois cacher cette vérité derrière le ton de l’humour, voire du cynisme, plutôt que de lui dire que je ne me moque pas de lui. « Puisque tu reluques les arbres avec tant d’amour, rejoins-moi. » Je hausse un sourcil, l’air de le défier. Et puis, je me redresse pour me déplacer sur une autre branche, qui m’éloigne de lui. De là, j’évalue la distance jusqu’à celle d’un arbre voisin, et je bondis. Je crois glisser, mais mes mains m’aident à me réceptionner sans finir au sol. Rapidement, je trouve mon équilibre, et lance un regard par dessus mon épaule. 

Alors, suivra, suivra pas ?
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MessageSujet: Re: Cette nuit où les étoiles m'ont guidé jusqu'à toi ; Noa   Dim 30 Juil - 2:19

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longé de nouveau dans ses souvenirs d'antan, Noa oublie la présence de Rhapsodie pour la énième fois depuis leur rencontre. Le fréquenter fait remonter de vieilles bribes de passé qu'il pensait oubliées à tout jamais. Des moments de sa vie qu'il ne se souvient pourtant pas avoir vécu resurgissent dans sa mémoire, flash-backs défilant devant ses yeux comme un vieux film. Des débris d'existence flottant en apesanteur dans la galaxie de son esprit. Ces fragments oubliés s'amoncellent et forment une pile de souvenirs qui semblent appartenir à quelqu'un d'autre. Les années l'ont forgés, l'ont changés. Comment cet enfant jovial et souriant peut être cet adolescent rustre et borné qu'il est désormais ? Noa ne sait plus vraiment quand il a commencé à changer. A se refermer sur lui-même. Sûrement a-t-il cherché à se protéger. A se protéger d'un monde ne lui convenant pas. D'un monde dont il ne voulait pas. Ou alors était-ce le monde qui n'a pas voulu de lui et de ses différences ? Ses souvenirs ne peuvent lui fournir une réponse à cette question. Ils se contentent de lui rappeler des souvenirs joyeux ou malheureux de son enfance pourtant pas si lointaine.

L'adolescent n'a pas conscience du sourire qui orne ses lèvres. Les yeux perdus dans l'immensité du ciel feuillu, il laisse sa mémoire faire son travail, le noyer sous des épisodes de sa vie. Il se rappelle alors de froides soirées dans les bras de sa mère, pelotonné comme un petit chat contre elle à la recherche de son amour et de sa chaleur. Il renvoie les sorties en forêt avec son père, à découvrir le monde sauvage, loin de la ville et de son agitation. Et entre deux souvenirs heureux, des fragments de disputes avec Liam resurgissent. Son aîné ne l'a jamais considéré comme un petit frère à aimer et à protéger. Plus comme un nuisible, un nid-de-poule sur sa route. Une tâche sur une toile d'artiste, qu'il n'est pourtant pas en mesure de retirer. Aucune bribe ne lui rappelle un moment doux et agréable passé avec son aîné, un moment de complicité qu'ils auraient pu partager. S'il en existe ne serait-ce qu'un seul, il est bien trop vieux et fugace pour s'être amoncelé avec les autres. Sûrement est-il perdu à jamais. Peut-être n'existe-t-il tout simplement pas

Une goutte d'eau atterrit soudainement sur le nez de Noa, explosant en milliers de petites particules gelées. Le brouillard de ses souvenirs disparaît alors, laissant la cime des arbres réapparaître doucement. Ses pensées sont encore embuées, comme lorsque l'on sort d'un long rêve. Combien de temps est-il demeuré ainsi, les yeux levés vers l'horizon, silencieux ? Il n'a même pas cessé de marcher malgré son détournement d'attention. Son corps n'a pas besoin d'être en liaison avec sa tête pour traverser les bois. Cheminer entre les troncs et les bosquets est un réflexe, désormais. C'est aussi naturel que de respirer ou de cligner des yeux. Et pour preuve. Il ne trébuche pas. N'hésite pas. Ne s'arrête pas. Ses jambes évitent d'elles-même les inégalités du terrain, les obstacles sur le chemin. Ses bras demeurent ballants le long de son corps, n'intervenant que pour maîtriser son équilibre ou effleurer le tronc glissant de certains arbres, caresser les frondes de quelques fougères ou recueillir dans la paume de sa main quelques particules d'eau glissant des feuilles tout là haut perchées. 

Un mouvement à sa droite l'interpelle alors. Rhapsodie vient de grimper à un arbre et l'observe de sa hauteur. Ses yeux brillent d'une malice agaçante mais adorable, sincère. Noa fronce les sourcils, s'immobilisant pour l'écouter déblatérer ses bêtises. Le bougre, il l'a vu sourire et s'en moque, désormais. L'adolescent se demande alors ce qui le retient de venir lui arracher son cynisme de la gorge. Et en plus, il se permet de le défier dans un domaine où il excelle. Ce gamin a finalement un peu de courage derrière son écran de lâcheté. Ou ne cherche-t-il qu'à l'agacer une fois de plus. Ce qui ne serait même pas étonnant, d'ailleurs. Depuis leur rencontre la nuit dernière, ils ne peuvent s'empêcher de s'envoyer tour à tour des crasses et des défis à la figure, comme s'ils cherchent à définir ce que l'autre vaut réellement, à découvrir jusqu'où vont leurs propres limites. Et plus que d'éprouver de l'agacement, Noa se sent grisé par cet énième challenge. Il n'est pas dans une tenue adéquate, il sera handicapé. Mais qu'importe. Rhapsodie s'éloigne déjà. Il doit le rattraper.

L'adrénaline le claque de plein fouet alors qu'il s'élance tel un Galopa au galop. Il court, sprinte, accélère puis saute. Ses mains s'accrochent à une large branche basse sur laquelle il se hisse d'une pirouette élégante, parfaite. Rhapsodie est déjà dans l'arbre d'en face. Noa agrippe une branche au dessus de sa tête puis produit un effet de balancier avec ses jambes. Il prend de la vitesse puis lâche tout, voltigeant tel un artiste de cirque jusqu'au rameau suivant. On pourrait lui soupçonner des gènes de Capumain, à le voir si à l'aise dans les arbres. Pourtant, le sang qui circule dans ses veines est pur, provient de ses ancêtres ayant connu l'époque des vrais Pokémon. Il n'y a toujours eu que des evolitions dans la famille. Ou parfois des humaines, comme la femme de Kuro, le frère de Seht. Noa peut se venter d'avoir un sang inaltéré, sain, contrairement à ses cousins germains. Et il est fier, de cette richesse, de cet héritage dans ses veines. Pourtant, contrairement à ces ancêtres, il évolue tout aussi rapidement dans les arbres que sur la terre. Il ne doit cependant cela qu'à lui-même : cette habilité, il l'a acquis au fil du temps, à force d'entraînement. Il n'est pas né avec cette facilité, il l'a forgé de lui-même, à coup de chutes douloureuses et de réussites parfois improbables. Un Noctali ne naît pas acrobate. Il le devient.

Noa rattrape Rhapsodie. Ce dernier est juché sur une branche en contrebas, tandis que son double est perché bien plus haut. Il n'a pas peur de la hauteur, il l'apprécie même. Il aime la vue qu'elle lui offre. Ses yeux bleus balaient les environs, observent les alentours. De sa position, il voit Cimetronelle. Ou du moins, les petites cabanes dans les plus hauts arbres. Il reconnaît facilement celle de ses parents, celle où il a grandit. Mais Noa ne s'attarde pas plus longtemps. Il bondit comme un fauve sur les ramures de l'arbre voisin, s'agrippant aux feuilles qui cèdent sous son poids. Elles lui permettent de glisser le long de la cime jusqu'aux branches plus larges, plus épaisses. Il jette un regard par dessus son épaule. Rhapsodie est encore sur sa branche. La distance qui le sépare du prochain arbre est trop importante pour qu'il tente un saut. D'où l'importance de grimper plus haut pour se servir des feuilles et des ramilles. Un sourire moqueur aux lèvres, Noa s'accroupit sur sa branche, une main contre le tronc détrempé. Son accompagnateur va-t-il être assez fou et tenter le saut ? Ou va-t-il rejoindre le sol pour regrimper ensuite ? Peut-être même va-t-il tenter un saut des hauteurs ? Ignorant les capacités en accrobranche de Rhapsodie, Noa ne peut dire s'il maîtrise ce genre de chose ou pas. Un seul faux mouvement et c'est la chute assurée.

▬ Si tu sautes d'ici, tu vas atterrir dans cette grosse flaque. Ce serait marrant à voir, alors loupe-toi, ok ?
Lui ronronne-t-il d'une voix mielleuse. Il sait pertinemment que l'autre ne sera pas assez bête pour tenter quoi que ce soit de stupide ou d'insensé – quoi que … – mais il se complait tellement à le taquiner qu'il ne peut pas s'en empêcher. Voir son visage se tordre dans des émotions différentes l'amuse trop pour qu'il puisse s'en passer. Rhapsodie est bien plus expressif qu'il ne semble lui-même le croire. Cependant, l'heure n'est pas à faire une thèse sur ce sujet. Cimetronelle n'est plus très loin, désormais. Ils sont presque arrivés. Rhapsodie ne peut pas jeter l'éponge maintenant, Noa en serait déçu. S'il est parvenu à arriver jusqu'ici, il doit continuer. Il suffit de se servir de sa tête et rien n'est impossible. S'il ne peut pas sauter directement ni le faire des hauteurs, il peut tout aussi bien se glisser sur les arbres alentours pour rejoindre celui de Noa. Même si ce dernier préférerait le voir piquer une tête dans cette large flaque d'eau stagnante, à la surface de laquelle noisettes, mousses et feuilles flottent telles des nénuphars à la surface d'un étang – mais d'une façon et d'une apparence bien moins agréable à regarder. Ses vêtements sont déjà trempés et, lui, déjà malade. Alors au point où il en est, il peut bien faire ce plaisir à Noa, non ? ♥
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MessageSujet: Re: Cette nuit où les étoiles m'ont guidé jusqu'à toi ; Noa   Dim 30 Juil - 2:20

J’ai touché une corde sensible, sans aucun doute ; le défi, la mise à l’épreuve, l’esprit de compétition. Le désir de me faire ravaler mes moqueries, aussi, sans doute. La fierté, de ce fait. Tant de choses qui luisent dans son regard, alors que je les attise d’un sourire proche d’être hautain, pourtant pas mauvais. C’est qu’il m’amuse de l’amener à concourir, même dans un domaine où, sans aucun doute, il me bat à plate couture. Les arbres, j’y grimpe régulièrement, j’y suis bien forcé ne serait-ce que pour rallier le cabanon, construit avec mon père dans les hauteurs ; je n’y crapahute pas mes jours entiers cependant. Le sol. Le sol est là où je me débrouille le mieux, où je suis le plus rapide, là où il m’est naturel d’avancer sans même regarder ma route. Les arbres, c’est plus compliqué ; c’est haut, ça glisse aisément, ça cède parfois. L’agilité qu’il semble avoir dans les branches, je ne l’ai que sur la terre ferme. Je le sais ; ça ne me dérange pas. Mais ça m’amuse de le voir répondre à mes provocations, puériles sûrement, en un sens. 

Il prend son élan, s’élance, se saisit d’une branche et s’y hisse sans même forcer. J’avoue n’avoir jamais assisté avant à un tel spectacle, encore moins venant d’un être dont la nature même ne devrait pas lui permettre de telles acrobaties. Les Noctali n’ont pas ce talent inné qu’ont d’autres de grimper dans les arbres de la sorte. On dirait qu’il l’a fait toute sa vie et, à en croire ce qu’il m’a affirmé cette nuit, ça n’est pas bien loin de la vérité. Je lève les yeux, à présent qu’il s’est stabilisé au dessus de moi. Même habillé, on devine ses muscles bandés, préparés à un nouveau saut. Mon regard coule sur l’arbre d’en face, et puis à nouveau sur lui. Inconsciemment, lorsqu’il s’élance, je ne peux m’empêcher de retenir mon souffle. A cette hauteur, je ne suis pas certain qu’une chute pardonnerait vraiment. Mais il parvient sain et sauf de l’autre côté, et je peux me remettre à respirer. 

Je crois avoir déjà vu la mort d’un peu trop près, devant cet immense -du moins, sans mon souvenir rendu flou par l’obscurité, la peur, le dégoût, il l’était, immense- bâtiment tout de gris. Quand ils s’écroulaient… Je frissonne, chasse ces images loin de moi, dans un coin de ma tête dont elles ne ressortiront pas tout de suite. Je les ai vus, et je ne veux pas voir mon clone tomber et se rompre le cou. Vraiment pas. « Si tu sautes d'ici, tu vas atterrir dans cette grosse flaque. Ce serait marrant à voir, alors loupe-toi, ok ? » Cependant, tout à coup, l’idée d’une chute qui lui ferait ravaler son cynisme ne me déplaît pas. Allez, Noa, tu ne veux pas me faire le plaisir de glisser, de la fermer aussi, par la même occasion ?

J’observe les branches de l’arbre où il se trouve, j’en repère des stables, des épaisses, suffisamment fortes pour me réceptionner si je m’élance. Mais la distance… Aussi agaçant mon étrange reflet puisse-t-il être, je devine qu’il a raison. Sauter d’ici, à moins d’avoir la même détente qu’un Léopardus, c’est un plongeon assuré dans cette flaque à l’air bien peu accueillante, au sol. L’eau, sans doute, y est glacée, et certainement pas la plus propre qui soit. Autant l’avouer, rien à voir avec le bel étang de notre petite clairière, à la maison. J’étouffe un grognement, laisse mon regard courir aux alentours. Descendre ? Plutôt crever. Ça n’est pas une option à mes yeux.

Sans vraiment y réfléchir, je lève la tête et, d’une impulsion, j’attrape la branche la plus accessible au dessus de moi, et m’y hisse à la force de mes bras. Quasiment parvenu à m’y asseoir, un éternuement m’agite, me donne l’impression de glisser de mon perchoir. Je ne me laisse pas le temps de vérifier mon hypothèse, je me glisse sur une branche à côté, et puis une autre. De la sorte, je contourne le tronc, grâce à une espère d’escaliers en colimaçon naturel, formé par la seule pousse des rameaux qui s’entremêlent. 

Pour sûr, je ne parviens pas aussi haut que Noa. Quelque chose attire mon regard bien avant : un autre arbre, un peu plus loin. Une seule souche qui, au fil du temps, s’est scindée, divisée en deux troncs distincts. Certaines branches, certaines épaisses, d’autres plus ou moins fines, relient les deux parts l’une à l’autre. A vue d’oeil, elles paraissent suffisamment solides pour supporter mon poids. Un instant de réflexion plus tard, je m’avance sur celle sur laquelle je me trouve, tout en cherchant à déterminer quel serait le meilleur endroit où me réceptionner, pour ne pas risquer un raté, une blessure, une chute. Je la repère bientôt, et je n’attends qu’une seconde avant de bondir. J’atterris sans mal, quelques peu grisé. Comme la veille, je sens mes oreilles hybrides tout à coup apparues sur mon crâne mais, cette fois-ci, je ne suis pas certain que ça ait vraiment été volontaire. Je ne m’en formalise pas, je me baisse pour couler le long des branchages qui mènent d’un tronc à un autre, comme un pont entre deux extrémités d’un ravin. 

Je parviens à m’approcher suffisamment de celui où se trouve Noa, pour n’avoir plus qu’un petit mètre à franchir d’un seul bond lorsque je me redresse. Je saute, mais avec sans doute trop d’élan. C’est quasiment contre le tronc que je me retrouve, m’épargnant une rencontre douloureuse grâce à mes mains. Je soupire, et puis je grimpe sur la branche voisine, qui me permet de lancer un coup d’oeil à mon camarade, de l’autre côté du tronc. Un sourire amusé aux lèvres, j’agite mes oreilles pour me réhabituer à leur présence au dessus de moi.

Une nouvelle hésitation, et puis je m’élance pour le rejoindre sur sa branche. Cette fois-ci, je me rattrape de justesse ; je me suis senti partir mais j’ai su retrouver mon équilibre avant la catastrophe. C’aurait été stupide d’échouer dans la flaque, alors que j’ai fait tout mon possible pour l’éviter jusqu’à présent. Je m’écarte légèrement de Noa, de sorte à ne pas risquer d’être envoyé au sol. Même si, à cette hauteur, je ne sais pas s’il essaierait vraiment de me faire tomber ; n’est-ce pas bien plus dangereux après tout ? Rien que de songer à la chute provoquée d’hier soir, je sens les mille piqûres du buisson d’épines qui me reviennent. 

Mon regard, par delà les feuillages, rencontre Cimetronelle, qui n’est sans doute pas encore éveillée à cette heure-ci, et puis se glisse sur la gauche, là où, après les cimes, il n’y a plus rien que du vide, et puis de nouvelles lignes d’arbres. Je ne m’en étais pas rendu compte avant mais, à partir d’ici, je connais. Je suis revenu en terrain familier. Aussitôt que cette pensée fuse dans mon esprit, des picotements remontent le longs de mon échine, redescendent jusque dans mes jambes, désireuses d’adrénaline. Sans même adresser un regard à Noa, j’esquisse un geste en direction du vide parmi les arbres. « Par là. Enfin, si tu veux me suivre jusqu’à la lisière. Montre-moi si t’es aussi agile au sol qu’au milieu des branches. » L’instant d’après, je plonge en contrebas. 

Juste avant la chute qui se serait conclue par un atterrissage douloureux, mes mains attrapent la branche la plus basse d’un arbre. Ça me permet d’assurer mes premiers pas sur le sol, tout à la fois que ça me confère l’impulsion nécessaire pour m’élancer presque aussitôt à pleine vitesse. Sans même m’assurer d’être suivi ou non, je m’enfonce dans les bois. 

Au sol, qu’il fusse sec et adhérant ou bien glissant car jonché de feuilles mouillés, j’ai toujours su être plus agile et rapide. L’allure vive me sied toujours, m’enivre suffisamment pour que mon corps réagisse d’instinct aux inégalités, aux obstacles. Mes oreilles sont rabattues sur mon crâne, pour échapper au vent froid de la course, lorsque j’esquive, à la dernière seconde, troncs et buissons, si je ne saute pas par dessus. Parfois, je me saisis d’une branche à ma hauteur pour franchir un obstacle, j’escalade les rochers qui barrent ma route, et puis me laisse glisser de l’autre côté pour repartir, comme si je n’avais jamais été ralenti. Je file, sans m’inquiéter des barrages que la nature pose sur ma route. Il n’y a que les artifices de l’homme pour m’effrayer, en pleine forêt. 

Peu à peu, les contours de l’orée se dessine, j’entr’aperçois la clairière à présent ensoleillée qui prend forme entre les derniers arbres, à une vingtaine de mètres de là, peut-être à peine moins. Je ralentis, graduellement, et puis m’immobilise totalement, essoufflé, mais grisé et ravi, malgré le froid que je sens soudain brûlant sur mes joues. Une quinte de toux me secoue, sans doute mes poumons n’ont-ils pas aimé cette course folle dans l’air glacial. Je m’en contrefous, j’ai un sourire sur les lèvres et je me permets même de fermer les yeux un instant. 

Sauf que, bientôt, la réalité me rattrape. Une pensée trace son petit bout de chemin dans mon esprit, parvient à m’ôter le sourire et à me faire froncer les sourcils. La séparation. Mon estomac se tort quelque peu ; je sais que mon prochain sommeil ne sera pas aussi paisible que le fut le dernier, parce que la solitude reprendra le pas, parce que je ne suis pas sûr de revoir un jour cet être qui me ressemble tant que c’en est une des choses les plus perturbantes qui soient. Je réprime un frisson, retrouve lentement mon souffle. Sur mon crâne, mes oreilles se remettent lentement du vent qui les a rabattues. « Je… suppose que c’est là qu’on se dit au revoir, hein. T’as sans doute pas envie d’approcher plus que ça. » 

Je jette un regard vers Noa, et tout esprit de compétition m’a déserté, alors que quelques minutes avant, c’est moi qui le défiait. Quand j’ouvre à nouveau la bouche, il y a comme une hésitation dans ma voix. « Si jamais tu… Fin… Hmpf. » Je secoue la tête, détourne le regard. Changement de tactique. « Te crois pas débarrassé de moi. J’compte bien revenir t’emmerder un peu, un d’ces quatre. » Il y a l’ombre d’un sourire mesquin sur mes lèvres, alors que j’ose à nouveau un regard en coin. Une part de moi espère qu’il ne me crachera pas à la figure quelque chose qui tient du non désir de me revoir traîner sur son territoire ; une autre sait que, même s’il me l’interdisait, j’y reviendrai encore. Mon attention se reporte sur la clairière plus loin, et j’avoue n’avoir pas envie de la rejoindre aujourd’hui. 

C’était beau, ces heures de liberté à ne plus penser. 
Mais pourquoi si beau avec lui, plutôt qu’avec Mère Solitude que j’aime tant ?
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MessageSujet: Re: Cette nuit où les étoiles m'ont guidé jusqu'à toi ; Noa   Dim 30 Juil - 2:20

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es orbes céruléennes de Noa suivent avec attention le chemin que se fraie Rhapsodie parmi les branches et le feuillage. Il n'a pas tenté le saut, tant mieux. Même si l'adolescent se plaît à charrier son double, il ne lui souhaite pas de tomber. Car de cette hauteur, il aurait pu se faire vraiment mal. Et Noa aurait été obligé de ramener son cadavre à Cimetronelle … Une poisse qu'il est bien content d'éviter. De sa position, il peut suivre la progression de Rhapsodie sans difficultés. Visiblement, l'autre Noctali a des notions d’accrobranche, car il choisit ses prises avec soin. Il n'avance pas à l'aveuglette, sans réflexions. Noa se redresse un peu, s'appuie contre le tronc afin de le voir franchir le pont naturel et s'élancer sur la branche voisine à la sienne. L'instant d'après, il se glisse à ses côtés, non sans manquer de glisser. L'hybride s'écarte, lui laisse de la place. Il ne veut pas prendre le risque que Rhapsodie glisse et l'emporte dans sa chute. S'il a à tomber, qu'il le fasse tout seul. Mais il n'en fait rien, il a réussi à se stabiliser. Il se débrouille mieux que Noa ne l'aurait cru. Cette constatation lui arrache un petit sourire ravi.

Mais soudain, le voilà qui disparaît en contrebas. Un nouveau défi est lancé. Après son agilité dans les arbres, Rhapsodie veut vérifier sa vivacité sur la terre ferme. Noa n'hésite pas une seconde. Il s'élance de sa branche, terminant son saut par une roulade pour amortir sa chute et file à travers les arbres. L'adrénaline le secoue, il se sent vivant. Ses pieds nus caressent la tourbe, les feuilles, l'herbe, les rochers tandis qu'ils les évitent, les escalade, saute par dessus. Il n'a pas besoin de vérifier où il doit poser les poser, car ils le savent naturellement. La terre épouse ses foulées, l'encourage à accélérer. Les frondes caressent ses jambes, les branches basses giflent ses bras. Mais il ne sent rien. Que la morsure du vent sur ses joues, ses oreilles. Mais il n'a pas mal. Il est habitué à ça. Il ignore les épines et les petits cailloux pointus qui se plantent dans ses pieds. Il les apprécie, même. Ils lui rappellent qu'il est vivant, qu'il ressent les choses, les vit. Son cœur tambourine dans sa poitrine. Plus que jamais, il lui rappelle sa présence.

Cette course folle le renvoie quelques jours en arrière, lorsqu'il avait rencontré Andrea. Avec le Voltali venu de par delà les mers, ils avaient couru dans la forêt, également. Exactement comme maintenant. Et pourtant, ce n'était pas le même sentiment que ressent actuellement l'adolescent. Il se sent libre, plus que jamais. Et même si ces vêtements qu'ils portent le handicapent, c'est à peine s'il s'en rend compte. S'il se rappelle qu'il les a sur le dos. Il se fiche bien de savoir si Rhapsodie est plus rapide que lui sur la terre ferme. D'ailleurs, il a déjà oublié le défi lancé par ce faux jumeau. Tout ce qu'il ressent, c'est une incroyable et folle sensation de liberté, de délivrance, d'appartenance. Il sent que le souffle qui caresse son visage peut le suivre jusqu'au bout du monde. Que ses jambes ne se déroberons jamais sous lui. Qu'elles l'accompagnerons jusqu'à la fin, jusqu'à ce que l'air lui manque et que son cœur ne puisse plus en supporter. Il se sent pourtant capable de courir jusqu'au bout du monde, plus loin qu'il ne puisse l'imaginer. Lorsqu'il saute par dessus ce buisson d'épineux, il a la sensation de s'envoler comme un Gueriaigle.

L'orée de la forêt apparaît alors. Noa se force à ralentir. Ses foulées rétrécissent, son adrénaline retombe petit à petit. C'est le souffle court et les joues rougies par la course qu'il s'immobilise enfin, le corps encore tremblant, son cœur palpitant comme jamais dans sa cage thoracique. Rhapsodie se tient à quelques pas devant lui. Il semble tout aussi essoufflé mais étrangement ravi. A-t-il ressenti la même sensation que lui lors de son galop effréné dans la forêt ? L'adolescent remarque alors les oreilles présentes sur le crâne de son acolyte. Il se retient de les toucher, comme pour s'assurer qu'elles sont réelles, qu'ils partagent bel et bien le même gène qui les rend si différent de leurs paires. Ses anneaux bleus l'envoûtent presque. Noa s'arrache à sa contemplation, à son envie de sentir les poils noirs, doux et lisses glisser dans la paume de sa main, entre ses doigts, le long de son bras. Il préfère serrer les poings et les enfoncer profondément dans les poches de son pantalon. Il ne veut rien commettre de suspect à l'égard de ce reflet vivant. Il est trop stupide pour comprendre.

▬ Je… suppose que c’est là qu’on se dit au revoir, hein. T’as sans doute pas envie d’approcher plus que ça.
Noa glisse les yeux vers la ville qui apparaît entre les hauts arbres. Contrairement à ce que certains veulent bien le croire, il aime Cimetronelle. Énormément. Sa relation profonde et millénaire avec la forêt est la preuve qu'une harmonie est possible entre les êtres vivants évolués et les végétaux. Ce n'est pas la ville en elle-même qu'il fuit en vivant reclus dans la forêt voisine. Ce sont ses habitants. Ces idiots qui ne comprennent rien, qui ne veulent pas l'accepter comme il est. Qui préfèrent le catégoriser comme un être bizarre, prisonnier d'un passé qu'il n'a jamais connu plutôt qu'essayer de le comprendre. Pointer du doigt est plus facile que tendre la main. C'est leur monde, leurs à priori, leurs jugements faussés, leurs profil idéal qu'il fuit, qu'il évite. Noa préfère demeurer seul dans les bois pour toujours plutôt que devenir comme eux, crétins et irrespectueux de leur nature profonde. La queue de Noa s'agite doucement dans son dos. Il n'en a pas honte. Ni d'elle, ni de ces oreilles dressées sur son crâne. Elles sont l'héritage d'un passé glorieux et sauvage. D'une époque où les forêts, les villes, les champs, les océans grouillaient de Pokémon en tout genre.

▬ Si jamais tu… Fin… Hmpf. Te crois pas débarrassé de moi. J’compte bien revenir t’emmerder un peu, un d’ces quatre.
▬ Si j'te croise, je te réduis en charpie. Tu es prévenu.
Bougonne-t-il, les sourcils froncés. Ce petit merdeux compte donc revenir se promener sur son territoire ? Quel emmerdeur … A l'horizon, Cimetronelle commence à s'éveiller. Noa reconnaît les grincements des portes, les salutations polies, les rires des enfants. Ses oreilles se couchent sur son crâne. Sa mère est sûrement réveillée. Il l'imagine enfiler son petit chandail et se rendre au marché, à la recherche de fruits et légumes pour le dîner de ce soir. Dîner qu'elle ne prépare que pour deux depuis que ses oisillons ont quittés le nid. Et si l'un demeure tout près d'elle, l'autre a migré vers un autre continent. Noa réalise alors la douleur qu'elle doit ressentir, lorsqu'elle met le couvert ou trie le linge. Ses enfants ont quittés la maison bien trop tôt. Sûrement aurait-elle préféré voir ses garçons grandir encore un peu à ses côtés avant de s'en aller. Pour la première fois, Noa sent le poids de la culpabilité lui peser sur le cœur. Il glisse un regard vers Rhapsodie : il aime la forêt, mais il aime encore plus sa famille. Et c'est elle qu'il va retrouver à présent, après une nuit loin d'eux. En laissant Noa replonger dans sa solitude.

Discrètement, le voilà qui se coule entre les arbres, s'échappe à la ville qui s'éveille devant ses yeux. Il n'a même pas dit au revoir à Rhapsodie. Mais tant pis. Le poids sur son cœur est trop difficile à supporter pour qu'il s'attarde davantage. Il a besoin de s'isoler, de retrouver cette solitude qui lui sied tant, qui ne fait remonter ni questionnement ni remise en question dans son esprit torturé. En une nuit, ce crétin a chamboulé son monde intérieur, a fissuré la carapace qu'il a mit des années à construire. Il a fait remonter dans sa mémoire des souvenirs qu'il pensait enfouit, disparus à tout jamais. Il lui a arraché des sourires, des frissons, des sensations étranges qu'il ne saurait nommer. Il lui a fait reprendre goût à la présence d'un corps chaud, d'une présence physique à ses côtés. Ce mec est une plaie. Noa le déteste. Le maudit. Il ne veut plus jamais le revoir. Que ce soit dans sa forêt comme en ville. Il veut l'oublier, le rayer de sa mémoire à tout jamais.

Alors que Noa grimpe sur l'arbre soutenant sa vieille cabane lui servant de logis, son regard se perd à l'horizon.

Je t'attendrai. 
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MessageSujet: Re: Cette nuit où les étoiles m'ont guidé jusqu'à toi ; Noa   Dim 30 Juil - 2:21

J’entends les volets qui claquent contre les murs des premières maisons qui s’éveillent, plus haut, dans les arbres et plus à l’est. D’ici, je vois les carreaux éclairés de la cuisine, chez moi. Mes parents sont sans doute à peine réveillés que ma mère est déjà occupée à préparer le petit déjeuner. Pour trois, en espérant que je reviendrai suffisamment tôt pour en profiter. Mon père, lui, est sans doute assis à la table, à lui faire la conversation pendant qu’elle s’active. Ils sont un couple heureux, malgré les fêlures dans notre petit bonheur. Je fronce le nez, soudainement j’ai presque peur de faire tâche dans leur amour, si simple avant que nous n’arrivions, nous, leurs enfants, leurs soucis, nos secrets. Un long frisson remonte le long de mon échine, et je me tourne vers Noa. « Si j'te croise, je te réduis en charpie. Tu es prévenu. » Je ne peux réprimer le sourire qui se dessine sur mes lèvres : n’était-il pas déjà censé le faire dés les premières minutes de notre rencontre ?

Il ne m’effraie pas et je sais que, quoiqu’il m’en dise, j’y retournerai. Cette fois prochaine, ce sera le fruit de ma volonté, et non pas du simple hasard, d’une énième fuite qui m’enfonce dans les recoins encore inconnus de la forêt. Ce sera désiré, et qu’importe qu’il ne le veuille pas. Je n’ai jamais véritablement écouté les autres, après tout… Nest-ce pas ?

Alors que mon regard se perd à nouveau en direction de mon logis familial, j’entends quelques bruissements près de moi. C’est Noa qui s’enfonce entre les arbres et disparaît, sans un regard en arrière, sans un mot, sans rien pour me dire que faire à présent. Longtemps, j’observe dans la direction qu’il a prise, même lorsque sa silhouette a déjà disparu. Une part de moi aimerait se lancer à sa poursuite, le rattraper, oublier qu’il me faut rentrer et l’ennuyer encore quelque temps, mais je sais que c’est impossible. Est-on jamais vraiment libre, à quinze ans ?Je soupire, et puis je quitte le couvert des bois pour trottiner dans la clairière. Déjà, de petites bêtes s’affairent tout autour de l’étang, et je me surprends à les observer un moment, fasciné par leurs allées et venues à la surface et sur les berges. Tout pour ne pas rentrer.

Mais je m’y force, sans toutefois opter pour la porte d’entrée : je me coule sur le côté de la maison, et je pousse la fenêtre laissée au préalable entrouverte. Je me glisse par l’ouverture et, au même moment, mes oreilles s’évanouissent sur mon crâne, disparaissent et font de moi un adolescent banal, aux yeux sans doute plus bleus qu’aucun autre. Mis à part les siens.

Je retire mes chaussures et, pieds nus et à pas de Grahyena, je me faufile dans le couloir, jusqu’à passer ma tête à l’entrée de la cuisine. « Je suis rentré. » Mes parents sursautent, se tournent vers moi, et ma mère se précipite dans ma direction. Elle veut prendre mon visage entre ses mains, et je lui échappe. Je ne sais pas de quoi j’ai l’air, après cette pluie, ces chutes, mon rhume et ma course folle ; mais elle a l’habitude d’avoir un petit sauvageon pour fils. « Tu es tout pâle, Rhapsy... Ne me dis pas que tu couves quelque chose ? » Elle fronce les sourcils, et je surprends l’air amusé de mon père, dans son dos. Aucun soutient. « M’man, ça va, c’est juste un rhume, ça va pas me tuer... » Elle secoue la tête, consternée. « File à la douche et bon dieu enfile des vêtements propres ! Je vais t’apporter un cachet. » Je grimace, rien qu’à me souvenir du goût de ses affreuses pilules aux plantes. « M’man... » Elle fronce les sourcils. « Pas de discussion ! » Je lance un regard plein de supplications à mon père, mais il ne me répond que par un haussement d’épaules, hilare. Et la solidarité masculine, alors ? Maugréant, inaudible, j’obtempère. Dans mon dos, il lance un « Bon retour, champion ! »

Lorsque ma mère vient m’apporter la bille aux plantes, apparemment efficaces contre les débuts de rhumes et autres coups de froid —et, je l’avoue, elles le sont—, je suis affalé sur mon lit, sur le ventre, un bras dans le vide et le regard tourné vers l’extérieur, par delà la vitre qui me sépare du grand air. Qui me sépare de la liberté.C’était tellement bon, de courir les bois, d’avoir la sensation que rien ne pouvait plus m’atteindre, que j’étais libéré, des douleurs, des chaînes à mes chevilles. C’était tellement bon… que maintenant, je me sens vide, sans savoir me l'expliquer véritablement. C'est différent de toutes les autres fois où je m'arrache à ma forêt pour rejoindre ma famille. Je fronce le nez : c'est de sa faute. Pourtant, ça ne me donne que plus envie encore de m'évader, de le retrouver. Je réprime un soupir, pour ne pas interpeller ma mère, qui s’assoit au pied de mon lit. Je me redresse et, à contrecœur, j'avale son ignoble cachet. Ma grimace lui arrache un rire, et elle ébouriffe mes cheveux encore humides de la douche. 

Dés qu’elle ferme la porte, je m’arrache à mon matelas pour ouvrir la fenêtre, et m’y installer. Les rayons du soleil, déjà bien haut dans le ciel désormais, vient caresser mon visage. Les yeux plissés pour échapper à la lumière trop vive, j’observe la forêt, ma forêt, notre forêt. Celle que l’on aime, qui nous aime, qui est notre, celle que l’on connaît par coeur et que l’on a élu pour domicile et meilleure compagne. J’y retournerai. 

Il me réduira en charpie, a-t-il dit.
En ce cas, je prends le risque.

Je reviendrai.
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Cette nuit où les étoiles m'ont guidé jusqu'à toi ; Noa
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