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 Tout est dans les détails ; Fuyuki

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Yûki
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random: ici petit poney

MessageSujet: Tout est dans les détails ; Fuyuki   Dim 30 Juil - 2:32

Avant de sortir, je n'ai eu de cesse de m'assurer que la date inscrite sur le calendrier accroché au mur de la cuisine était bien celle qui m'avait été communiquée. J'étais nerveux, je le suis toujours. J'ai crains de m'être confondu les jours, trompé d'heure. J'avais préparé une excuse béton pour rassurer mes parents quant à mon absence, je n'avais pas envie que mon plan tombe à l'eau parce que j'étais trop stressé pour prêter attention aux détails qui font tout. C'est finalement encore incertain que je suis sorti au grand jour, en cette claire matinée d'automne un peu fraîche, une veste sur les épaules et un croissant tartiné de beurre et de confiture de baie Fraive entre les dents. J'avais, de toute façon, l'estomac trop noué pour oser me risquer à avaler autre chose. Ce croissant, c'était juste de quoi ne pas avoir le ventre vide, et aussi histoire que maman ne fasse pas tout un scandale parce que je n'avais rien mangé. C'était peu, mais c'était tout ce que je pouvais me permettre, bien qu'il me fallait pourtant marcher jusqu'à Lavandia. Papa m'a dit qu'il m'achèterai une bicyclette, un jour... Pourquoi pas.

Le trajet était sans encombre, mais j'ai eu peur de me perdre à Lavandia. Je connaissais la route jusqu'à l'école de musique, jusqu'à la mairie aussi, mais le reste m'était plus ou moins inconnu. Je me suis retrouvé, planté comme un con devant un plan de la ville, affiché sur un panneau devant l'hôtel de ville. Incapable de déchiffrer quelle rue menait à quel endroit. J'ai finalement abandonné l'idée de lire cette carte et, passant outre mes appréhensions, j'ai approché les passants qui m'avaient l'air d'être des hybrides plutôt que des humains —humains qui, s'ils étaient rares car mal vus dans la région, n'en étaient pour autant pas inexistants— pour leur demander de m'indiquer la route de ce petit bar-café qu'il me fallait rejoindre. J'ai cru arriver en retard, et j'ai eu peur que celui que je devais rencontrer ne s'en aille avant que je ne sois arrivé mais, heureusement, le bâtiment se dresse à quelques dizaines de mètres devant moi, et je suis tout juste dans les temps. A peine quelques minutes d'avance, juste de quoi observer un peu ce qui m'entoure. Mais c'est bien plus que je ne l'espérais. 

Au Rendez-Vous. Ironiquement, le nom du café m'arrache un sourire, tant il est adapté à la situation actuelle. Situation dangereuse, ceci dit, qui me vaudra d'être enfermé à la maison, barreaux aux fenêtres et puce électronique dans le cou si mes parents viennent à apprendre où est-ce que je me trouve à cet instant précis et, surtout, pourquoi j'y suis. Je déglutis, n'osant imaginer ce qu'il m'en coûtera s'ils savent un jour. Mais j'essaie de ne pas y penser, et je laisse mon regard vagabonder sur la devanture de l'espace, on dirait un patio de belle maison en périphérie de villes. J'en ai déjà vues des comme ça à Hoenn, et je leur trouve toujours un charme superbe —qui ne vaut pourtant pas celui de nos maisonnettes naturelles dans les bois. L'intérieur paraît clair, spacieux, mais je n'ose pas y entrer. Je me contente d'un coup d’œil, comme pour m'assurer qu'il ne m'attend pas à l'intérieur. Mais personne ne m'interpelle, personne n'attire plus particulièrement mon attention, plus que quelqu'un d'autre. Alors, je me retourne et, cette fois-ci, une tignasse arborant la couleur d'un ciel clair de plein été accroche mon regard.

Je croise son regard, l'espace d'une seconde, mais c'est suffisant pour comprendre que c'est lui. Le plus discrètement possible, je prends une profonde inspiration, et j'essaie de paraître détendu. Et puis, d'un pas qui se veut paisible et assuré, je m'avance vers la table où il s'est installé, répétant mentalement mes quelques paroles à venir. Aucune fioritures, aller droit à l'essentiel et ne pas avoir l'air de jouer un rôle... C'est ce qu'il faut. Je crois. La main sur le dossier de la chaise libre, je m'arrête, me penche légèrement vers lui, et entame à voix basse. « C'est toi ? Pour le recrutement ? » Rien de plus, comme la discrétion le veut. Si Chronos est mal vu à bien des endroits, l'organisation l'est encore plus ici. Diantre, j'en viens presque à regretter de m'être embarqué dans une telle affaire. Je tire la chaise, m'y assois. Ne plus avoir à être debout me permet de me détendre un peu, ne serait-ce qu'un instant. « Flynn Miller. » J'annonce, de but en blanc, à peine plus fort qu'auparavant, cette fausse identité qui, pourtant, me sert bien plus souvent encore que la véritable. Triste monde tissé de mensonges.
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Yûki
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MessageSujet: Re: Tout est dans les détails ; Fuyuki   Dim 30 Juil - 2:33

Fuyuki ne se rendait pas souvent dans la région de Hoenn. Il fallait dire que les sbires de Chronos n’y étaient pas vraiment les bienvenus. Euphémisme, n’est-ce pas ? Cette région appartenait principalement aux pokemon même si des humains y vivaient aussi. Mais il valait mieux ne pas être pour l’esclavage et ne pas détester les hybrides si on voulait y être tranquille. Sauf si on savait se faire discret et éviter ainsi de se faire remarquer par la population. 

Chose pour laquelle justement Fuyuki était très doué. C’était peut-être pour cette raison que ses supérieurs l’avaient envoyé faire cette mission dangereuse à Lavandia. Un recrutement. Une des spécialités du Givrali. Même s’il en avait plusieurs à son palmarès... 

A vrai dire, sans vouloir se vanter, enfin si c’est fun de se vanter, il était doué pour beaucoup de choses. Même s’il excellait surtout dans la tromperie. Mais ça, bien sûr, Chronos ne le savait pas. Qui se serait imaginé qu’un hybride comme lui parviendrait à se faire passer pour un humain aussi longtemps, avec un tel talent, sans se faire démasquer ? Et Fuyuki n’en était pas peu fier. 

Un sourire moqueur apparut sur ses lèvres alors qu’il entrait dans le café. Qui avait dit que les humains étaient plus forts que les hybrides ? Il prouvait le contraire, je crois. Il s’installa à une table libre sans attendre que les serveurs viennent le voir. Posant sa veste bleue foncée sur le dossier de sa chaise, il s’y assit ensuite. Son regard azur observa les autres personnes sur la terrasse et à l’intérieur du restaurant qu’il pouvait voir de sa position. 

Personne ne correspondait à la description qu’on lui avait donné. Et, de toute façon, il savait reconnaître ses « proies » à des kilomètres. Il était en avance donc il n’avait pas à s’en faire. Attrapant la carte, il y jeta un coup d’oeil et commanda ensuite de l’eau plate. Il aurait pu prendre un milke-shake vanille, chose dont il raffolait, mais il valait mieux rester sérieux dans ce genre de mission. De l’eau, c’était parfait. 

Les minutes passèrent, puis quelqu’un pénétra enfin sur la terrasse. Le regard de Fuyuki se posa immédiatement sur le nouveau venu. Son instinct s’était réveillé. Le jeune garçon fut scruté sans le savoir par le regard ardent du Givrali infiltré. Ce dernier n’en était pas à son premier recrutement et il avait appris au fil du temps à juger ceux qu’il recrutait. 

Il lui était déjà arrivé de conclure qu’on se moquait de Chronos et de congédier des personnes qui ne prenaient pas au sérieux l’organisation au lieu de recruter n’importe qui. Peut-être pour cela que ses supérieurs l’envoyaient aussi souvent sur ce genre de missions. Il savait s’y faire et grâce à lui il y avait peut-être moins d’abrutis dans l’organisation. 

L’adolescent semblait bien jeune. Toujours discrètement, Fuyuki fit la moue, n’appréciant pas de recruter des gamins. Ils avaient autre chose à faire de leur vie, non ? Oh, lui n’était sans doute pas bien plus âgé, mais c’était différent. Il avait une mission à accomplir et il ne prenait pas à la légère l’organisation, contrairement à certains. 

Il n’interpella pas le gosse, mauvaise foi quand tu nous tiens car il était lui-même pas si vieux que ça, estimant que c’était à lui de le trouver et de venir à lui. Fuyuki était persuadé de ne pas se tromper, il se trompait rarement. Cette confiance en lui n’était pas nouvelle et on pourrait facilement l’envier si elle ne se transformait pas si souvent en arrogance... 


Mais, en même temps, vu qui il fréquentait au quotidien on pouvait le comprendre, n’est-ce pas ? Le garçon finit par s’approcher et Fuyuki se redressa avant de boire une gorgée d’eau en l’ignorant presque. Il releva cependant les yeux et fixa celui qui s’intéressait de si près à Chronos. Il y avait peut-être de quoi être déstabilisé par ce regard qui ne vous quittait pas des yeux. 

Mais, quelque chose disait à Fuyuki que ce gamin ne se ferait pas avoir. Un sourire en coin apparut sur ses lèvres alors qu’il s’appuyait nonchalamment contre le dossier. 

- Peut-être bien. Assieds-toi. Et je te trouve bien sûr de toi pour tutoyer directement ton recruteur. 

Il ne pouvait vraiment pas s’en empêcher, après tout. Comme s’il en avait à faire qu’on le vouvoie ou qu’on le tutoie. Il n’avait jamais respecté les règles de l’étiquette, il appelait même souvent Oswald par son prénom, alors que quelqu’un en fasse de même, franchement il s’en fichait bien. 

Mais il aimait bien faire croire le contraire et toujours s’amuser aux dépends des autres. Même si lui avait quand même des limites. Il était peut-être même plus humain que son boss qui l’était pourtant physiquement. Ironie quand tu nous tiens. 

- Ouais, je sais. J’ai les informations que tu as donnés à mon collègue en tête. Fuyuki Nishimura, ton nouveau recruteur.
 

Il esquissa un autre de ses fameux sourires sarcastiques avant de croiser les jambes et de fixer le gamin assis en face de lui. Quelque chose le chiffonnait depuis l’arrivée de l’autre, mais il n’arrivait pas encore à mettre la main dessus. Cependant, il gardait son impression en tête. Il finirait bien par découvrir le pot aux roses. Ce n’était pas à lui qu’on allait apprendre à tromper les gens, après tout...
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MessageSujet: Re: Tout est dans les détails ; Fuyuki   Dim 30 Juil - 2:33

Il y a quelque chose de perturbant concernant le type qui me fait face. Son sourire en coin me dérange, son regard aussi, et pourtant je ne cille pas. Je le regarde, droit dans les yeux, en tâchant de ne pas laisser trop d'indices traverser mes prunelles. Le vide. Le vide et rien d'autre. « Peut-être bien. Assieds-toi. Et je te trouve bien sûr de toi pour tutoyer directement ton recruteur. » Je me suis exécuté. Bien sagement. J'essaie de ne pas effectuer de gestes trop mécaniques, trop réfléchis. Être naturel ; c'est compliqué lorsque je suis en face d'un type qui pourrait réduire ma vie à néant s'il apprenait qui je suis, s'il avait vent ensuite de l'affaire concernant la double tentative de capture ratée à mon encontre. C'est on ne peut plus risqué. Je m'en rends compte maintenant qu'il m'est impossible de fuir sans paraître louche. Félicitations, Rhapsodie, roi des conneries. « Ce n'est pas ce que vous cherchez ? Des types sûrs d'eux. » Et j'esquisse un sourire. Entrer dans son jeu, mais ne pas en faire trop. C'est difficile de surveiller le moindre de mes mouvements, de réfléchir à la moindre de mes paroles, de veiller à la moindre de mes intonations. C'est difficile de jouer un rôle.

Quand il se présente, je ne peux m'empêcher de passer une main dans mes cheveux. Ça cache mes yeux, l'espace d'une seconde ; juste assez pour les fermer un instant, juste assez pour songer à faire ralentir un peu la cavalcade de ce cœur qui bat un peu trop fort dans ma poitrine, et résonne jusqu'à mes tympans. J'essaie de ne pas avoir peur. Ils doivent sentir ces choses-là. Est-il quelqu'un de haut-placé dans l'organisation ? Il a l'air à peine plus vieux que moi. A peine majeur, peut-être, pas plus de vingt ans en tout cas. Il a des restes de traits adolescents, mais empreints de quelque chose que je ne parviens pas à discerner. On le croirait plus adulte et plus expérimenté que la quasi-totalité sans doute de tous ceux réunis dans ce bar. Le serveur s'approche, pour prendre ma commande. Je suis déstabilisé ; j'avais oublié que l'on viendrait me demander ça. J'ai de l'argent ? Je porte ma main à ma poche. Ça cliquette. Ouf. « Juste une menthe, s'il-vous-plaît. » Il s'en va, je repose mon regard sur... comment a-t-il dit qu'il s'appelait, déjà ? Fuyuki. Fuyuki Nishimura. Je fronce les sourcils, avant de me reprendre aussitôt. Nishimura. J'ai la sensation que ce nom m'est familier. Ce n'est pas mon père qui en parlait, un jour ? Je ne sais plus. Un homonyme, sans doute. Papa n'aime pas les humains.

Je profite de l'instant où le serveur m'apporte ma commande pour me détendre légèrement. La saveur fraîche et piquante m'arrache un frisson, me remet les idées en place, aussi. J'essaie de ne pas trop boire. Mais j'ai la gorge sèche. C'est la nervosité. Il ne doit pas s'en rendre compte. Je repose mon verre sur la table et, distraitement, du pouce, j'efface la condensation qui s'est formée dessus. Tout à la fois, je relève les yeux vers mon recruteur. Combien de temps la mascarade durera-t-elle ? Suffisamment longtemps pour que j'ai le temps de fuir avant qu'il ne se mette en tête de m'embarquer et de me faire enfermer dans leur QG, j'ose espérer. Il faut que je parle. Je m'éclaircis la gorge, et puis je m'élance, un peu à l'aveuglette, et en essayant de paraître crédible. « Je sais que je suis jeune —un gamin, sans doute, à tes yeux— et ça doit bien faire rire. Mais il est des choses qui m'ont poussé à... » Je baisse d'un ton, comme pour ne pas être entendu des potentiels hybrides alentours. Je me penche légèrement par dessus la table, toujours dans ce souci d'échapper aux oreilles indiscrètes. « ... à mépriser ces hybrides. Sans pouvoir toutefois y échapper... Je suis toujours sous couvert de mes parents, et ils aiment cette région. » J'espère que cette information ne leur coûtera jamais.

Je me recule dans ma chaise, me retiens de me saisir à nouveau de mon verre avec empressement. Je n'y touche pas. J'ai les bras sur les accoudoirs, et j'essaie de ne pas avoir à m'occuper les mains. C'est trop significatif, trop indicateur, trop traître. Je ne serai plus crédible si je me mets à m'agiter dans tous les sens. Je déglutis, à défaut de pouvoir me racler la gorge à nouveau. Il faut que j'ajoute quelque chose. C'est trop peu, ce n'est pas suffisant. Montre un peu d'intérêt pour la cause que tu défends. J'incline la tête, je hausse vaguement les épaules. J'ai peur de ne pas avoir l'air suffisamment sûr de moi. Il mettra peut-être ça sur le fait que je suis un gamin un peu intimidé par un aîné ? J'ose espérer. « En vérité, c'est juste que je retrouve totalement ma façon de voir les choses dans la politique de Chronos. » Je me mords la langue après cette phrase, tellement cruelle, qu'il m'en coûte de prononcer. Je mords, je mords violemment jusqu'à sentir le goût du sang envahir ma bouche. Comment ? Comment puis-je seulement affirmer un truc pareil, même pour de faux, après ce qu'ils ont fait ? Comment, comment ose-je lancer ça, aussi simplement, après qu'ils m'aient privé de ma sœur ? Comment, alors que je ne sais même pas ce qu'elle subit, dans quel état elle se trouve à ce jour ? J'ai peur. J'ai mal de faire semblant.
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MessageSujet: Re: Tout est dans les détails ; Fuyuki   Dim 30 Juil - 2:33

Un sourire apparut au coin des lèvres de Fuyuki. Le gamin cherchait à faire son intéressant, hein ? Il se retrouvait presque en lui pour le coup. Lui aussi était souvent insolent avec ses supérieurs, il tutoyait même le chef de Chronos lui-même, et cette confiance en soi il l’avait probablement plus que quiconque. Certaines personnes la prenaient pour de l’arrogance, mais cela n’en était pas vraiment. Il y avait une limite faible entre les deux, mais elle était bien là et les gens la confondaient souvent. Fuyuki, lui, savait faire la différence. 

Franchement amusé, il porta son verre à sa bouche et sirota avec l’aide de sa paille son soda. Et oui, un recruteur de Chronos qui buvait un soda à la paille. Crédible, hein ? Nul doute que ses méthodes pouvaient surprendre. Mais ne vous fiez pas aux apparences, Fuyuki avait beau se comporter parfois comme un gamin, il était loin de l’être quand il le voulait. Et malgré les apparences il était toujours sérieux dans ses missions. Il ne les négligeait jamais par caprice. Je vous le répète, ne vous fiez pas aux apparences.

- Si, on recherche bien des types sûrs d’eux. Mais il ne faut pas confondre la confiance en soi et l’impertinence, petit.


Regardez qui était en train de parler. C’était presque du foutage de gueule venant de sa part, mais c’était justement ce qui faisait son charme. Il en aurait presque éclaté de rire s’il n’avait pas été du genre à retenir ses émotions par prudence naturelle. Cela ne l’empêchait cependant pas de s’en amuser beaucoup intérieurement. Que c’était drôle.

Le regard azur du bleuté se posa avec nonchalance et discrétion sur les passants. Un moyen sûr de vérifier que tout allait bien. Il savait être discret, il savait repérer les nautres sans se faire lui-même repérer. S’il n’avait pas autant déprécié le lieutenant qui dirigeait la faction d’espionnage et d’assassinat de Chronos, il l’aurait sans doute rejoint. 

Mais il n’aurait certainement pas été retenu malgré ses capacités dans ces domaines, étant donné que son supérieur le détestait autant que lui-même le détestait. Heureusement que Oswald ne les convoquait jamais en même temps dans son bureau, d’ailleurs.

Le Givrali infiltré revint à celui qui lui faisait face. Quelque chose le dérangeait vraiment dans ce gamin, sans qu’il parvienne à mettre la patte dessus. Peut-être était-ce justement le fait qu’il soit un gamin. Sans arriver à mettre un âge parfaitement exact sur sa tête, il était trop jeune de l’avis de Fuyuki.

Il n’était probablement pas plus jeune de quelques années, mais c’était quand même dérangeant. Cependant, le Givrali se doutait que c’était pas la seule chose qui le titillait autant. Son instinct avait repéré quelque chose d’autre et il devait mettre la patte dessus avant qu’il ne soit trop tard.

En tout cas, il était trop nerveux. Fuyuki n’avait pas besoin qu’il lui fasse un dessin pour s’en rendre compte. C’était sans doute normal, il était jeune et ce n’était pas rien d’approcher une organisation criminelle comme Chronos. Lui-même avait l’air souvent de le prendre à la rigolade, avec désinvolture, mais ce serait mentir que de prétendre qu’il n’était pas au courant de la vérité. Il en était même que trop conscient. Entrer dans une organisation criminelle pour l’aider à commettre ses méfaits plus vils les uns que les autres, pour devenir le jouet de Oswald n’avait rien de plaisant. 

Et Fuyuki avait presque envie de prévenir ce gamin, de lui dire de fuir. Sauf qu’il ne pouvait pas le faire. Il avait une mission à accomplir, une mission bien plus importante que le bonheur et la vie d’un homme, même un gamin comme lui. Un gamin sans doute innocent qui serait loin de l’être après avoir franchi la limite interdite. Triste destinée. Et égoïsme sans faille.

Sirotant à nouveau une gorgée, le Givrali lâcha d’une voix calme et parfaitement maîtrisée. Il ne l’avouerait jamais, mais une part de lui avait envie de rassurer ce gosse qui ne savait pas où il mettait les pieds. Comme une vaine tentative de rattraper le pêché qu’il allait commettre en le recrutant.

- Calme-toi. A force de vouloir être calme, tu ne l’es pas du tout. Tu n’es pas discret pour un sou. Personne ne peut nous entendre si tu parles normalement vu le monde autour, mais si tu continues à te comporter comme ça, tu vas nous faire repérer. 


Il adressa un sourire charmeur à une demoiselle qui s’était arrêté dans la rue pour regarder le café et qui s’était concentrée sur eux l’espace d’un instant, probablement plus parce qu’elle les trouvait mignons qu’autre chose, et la regarda décamper, les joues rouges, avec amusement.

- Comporte-toi avec le plus de naturel possible, mais n’y pense pas trop, c’est le piège dans lequel il est le plus facile de tomber.

Haussant les épaules comme pour répondre qu’il donnait ces conseils sans raison apparente, il reposa son verre et observa à nouveau l’adolescent avec son éternel sourire.

- Alors comme ça tu détestes les hybrides ? Etrange, tu n’es pas très convaincant pour quelqu’un qui est censé les détester. N’est-ce pas, monsieur l’hybride ?

Fuyuki avait enfin mis la main sur ce qui le dérangeait. Non, sérieusement, tu croyais vraiment avoir trompé le maître en matière d’infiltration et de déguisement ? Si quelqu’un savait réellement se faire passer pour un humain, c’était bien le Givrali, alors dénoncer les faux, c’était ce qu’il savait faire de mieux... Mais, étrangement, il n’avait pas envie de dénoncer celui-là. En tout cas, pas avant d’avoir joué un peu avec lui.

Il s’étira de manière complètement absurde dans le contexte présent, vu le sérieux de la situation, et posant sa joue contre sa main il adressa un sourire en coin au pauvre gamin qui n’avait vraiment pas de chance.

- Estime-toi heureux, si un de mes collègues m’avait remplacé, tu étais fichu. Moi, je suis surtout curieux. Ah, et à ta place je ferais attention. Tu risques de te faire repérer encore plus si tu t’enfuis ou si tu tentes quoique ce soit. Je ne suis peut-être pas tout seul ici.
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MessageSujet: Re: Tout est dans les détails ; Fuyuki   Dim 30 Juil - 2:33

La confiance en soi. L'impertinence. La nuance est faible entre ces deux notions. Moi-même, je ne sais pas véritablement faire la différence entre l'une et l'autre, mais je sais au moins qu'aucune ne dépend forcément de sa camarade. Ai-je été impertinent ? Pour sûr, je n'ai aucune confiance en moi à cet instant précis. Et la nervosité m'a fait perdre mes moyens : mon tutoiement s'est imposé naturellement, alors que ça n'aurait pas dû être le cas. Après ce... reproche ? ponctué d'une sorte de... mépris ? moquerie ? —je ne sais pas— à l'égard de mon jeune âge, je décide de ne pas répondre. Mon regard parcourt continuellement la distance entre mon verre et le garçon d'en face. Toujours, j'esquive ses yeux, ses deux prunelles qui me scrutent et me mettent mal à l'aise, comme si je craignais qu'il ne puisse lire en moi cette vérité que je m'efforce à lui chercher. Et c'est le cas. Je ne veux pas qu'il découvre ce que je peine à dissimuler. J'ai peur. Mon attention peine à se concentrer sur un point fixe, et pourtant je distingue tout avec une précision décuplée. Je déglutis ; la sensation est perturbante. Je me retiens de taper des doigts sur la table, je suis toujours occupé à effacer la condensation sur mon verre, entreprise soudainement des plus fascinantes il faut dire. 

Et puis, tout d'un coup, sa voix s'élève à nouveau, me ramène à lui comme on se réveille d'un cauchemar ; comme je m'en réveille presque toutes les nuits —est-ce que l'on discerne ma fatigue sur mes traits ? « Calme-toi. » Je frémis. Je baisse les yeux, comme un enfant pris en faute —et c'est un peu le cas. « A force de vouloir être calme, tu ne l’es pas du tout. Tu n’es pas discret pour un sou. Personne ne peut nous entendre si tu parles normalement vu le monde autour, mais si tu continues à te comporter comme ça, tu vas nous faire repérer. » Je jette des coups d’œil autour de nous. Il est vrai que personne ne regarde dans notre direction, rien de louche, rien de suspect. Je reporte mon attention sur Fuyuki, et je remarque qu'il sourit à quelqu'un dans l'allée. Je tourne la tête. Une demoiselle, assez mignonne, assez jeune aussi, les joues rouges. Je crois qu'un sourire m'échappe, face à la scène. Juste un petit de rien du tout, en coin, mais bien présent. C'est que c'était assez adorable —et puis un peu flatteur, aussi, peut-être. « Comporte-toi avec le plus de naturel possible, mais n’y pense pas trop, c’est le piège dans lequel il est le plus facile de tomber. » A nouveau, j'observe Fuyuki. Cette fois, mes ongles font du bruit contre la table, dans un rythme régulier. Bordel. Ses conseils ne me rassurent pas. Ils me rapprochent de mon erreur, chaque fois un peu plus. 

Je me saisis de mon verre, plus pour m'occuper les mains qu'autre chose, et puis je le porte à mes lèvres. « Alors comme ça tu détestes les hybrides ? Etrange, tu n’es pas très convaincant pour quelqu’un qui est censé les détester. N’est-ce pas, monsieur l’hybride ? » Je me fige. Je tousse. J'ai oublié de respirer, et j'ai avalé de travers. J'essaie de me calmer, mais mes sens sont en alerte, mes muscles tendus au possible, et j'ai le souffle court sans même avoir fourni le moindre effort. Tout d'un coup, j'ai le sang qui bat à mes tempes, et ma vue qui paraît comme brouillée. J'ai la tête qui tourne. Non. C'est psychique. Psychique. Rien qu'une sensation, rien que la surprise, rien que... rien que la peur ? la terreur, peut-être, même ? Je serre mon verre tellement fort qu'il pourrait bien éclater entre mes doigts, si je forçais encore un peu. Est-ce que ça me permettrait de fuir, si l'on me regardait ? Je ne m'y risque pas. « Comment... » Ma voix s'est cassée, alors que ce n'était qu'un murmure qui m'a échappé. Alors, je me tais. Je n'ajoute rien. A quoi bon ?

Il me regarde, avec un sourire qui m'effraie bien plus encore que tout le reste. Pourquoi n'est-il pas en colère ? Je l'ai pourtant trompé —du moins, j'ai essayé—, lui, un membre de Chronos, alors... Pourquoi ? Je frissonne. C'est comme un chat qui s'amuse avec une souris avant de la tuer. « Estime-toi heureux, si un de mes collègues m’avait remplacé, tu étais fichu. Moi, je suis surtout curieux. Ah, et à ta place je ferais attention. Tu risques de te faire repérer encore plus si tu t’enfuis ou si tu tentes quoique ce soit. Je ne suis peut-être pas tout seul ici. » Je me fige. Aussitôt, mes yeux parcourent l'ensemble du bar —tout ce que j'en vois, du moins. Je ne crains qu'une seule chose : croiser ce regard améthyste que je redoute tant. Mais rien. Sinon une jolie serveuse, dont les oreilles de Laporeille sont dévoilées et, plus loin, assis sur un siège en face de l'entrée, un homme, dont je distingue deux formes arrondies sur sa tête, sans savoir en deviner la couleur. Je ne suis pas seul non plus. Étrangement, quand je reprends la parole, ma voix ne tremble pas —presque pas. Mon assurance me surprend moi-même, mais je la remercie de ne pas m'avoir abandonné face à l'une des pires situations qui soient. « Rien à foutre. Ici, je suis chez moi. On n'est pas à Unys. » Et oh, Arceus merci : je ne veux plus jamais voir cette région. Sauf pour elle.

Je siffle les mots qui suivent, venimeux. Mon agressivité aussi me surprend —mais je suis comme un animal piégé, qui grogne pour effrayer son ennemi, queue entre les pattes. « On règne en maîtres à Hoenn, pas vous, pourritures... On ne se cache pas, et l'on n'hésitera pas à se débarrasser d'un putain humain qui oserait toucher à un Noctali de quinze piges dans un lieu public. » ... Oups ? Je me recule dans ma chaise. Pourvu qu'il n'ait jamais eu vent de cette histoire, pourvu que... Pourvu que ce type aux yeux violets, et l'autre blond aux yeux sanguins n'aient pas mis tous leurs rangs au courant. Pitié. A vitesse grand V, je cherche quelque chose, n'importe quoi, qui puisse détourner la conversation —sans m'enfoncer encore plus dans ce que je ne dois pas dire, si possible. Ce sont ses cheveux qui accrochent mon regard, clairement moins passe-partout que les miens. Dans une autre situation, ça aurait pu m'amuser. Mais pas là, pas aujourd'hui, pas maintenant. Pas lorsque ma liberté, ma vie même, sont peut-être en jeu. « Depuis quand les humains ont des tifs qui rappellent ceux des hybrides, hein ? » Je renifle avec mépris, le regard noir. Ils sont rares, les humains aux tignasses colorées, et ils m'agacent encore plus que les autres, je crois. Je tiens toujours mon verre, et j'ai à peine desserré ma prise. En essayant de ne pas trop le montrer, je me tiens près à jeter une Onde Folie, et à partir en courant à la première seconde. Tiens, du sirop de menthe, c'est une arme aussi ?
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MessageSujet: Re: Tout est dans les détails ; Fuyuki   Dim 30 Juil - 2:34

Fuyuki était conscient qu’il allait sans doute faire paniquer ce gamin en lui révélant qu’il l’avait pris en flagrant délit. Mais contrairement à ce que vous pensez, ce n’était pas par sadisme que le Givrali le faisait. Oh, ce serait mentir que de prétendre qu’il ne s’amusait pas de la situation, mais c’était avant tout pour l’aider qu’il le dénonçait. Si l’hybride continuait à être aussi mauvais dans son rôle, il ne sortirait pas indemne de Chronos. 

C’était louable de vouloir infiltrer l‘organisation et, en tant qu’espion, Fuyuki ne pouvait être qu’admiratif. Mais le vouloir et le réussir étaient deux choses complètement différentes qu’il ne fallait pas confondre. Et, étrangement, le membre officiel de Chronos ne voulait pas que son camarade se fasse avoir. Peut-être était-il simplement plus sensible que ce qu’il voulait croire.

A le voir paniquer comme cela, Fuyuki se serait presque senti coupable. Mais vous vous en doutez, cela n’était pas le cas. Il se sentait rarement coupable de quelque chose, à vrai dire. Il agita sa main d’une manière qui se voulait rassurante. Allons, allons, il ne fallait pas avoir peur du gentil Givrali... 

Sourire aux lèvres, Fuyuki se dit qu’il était vraiment facile de lire dans les pensées de ce gamin. Ses doigts serrés sur son verre, sa voix cassée, ses regards à droite et à gauche... Tout montrait qu’il était en train de sérieusement paniquer. Le pauvre. Fuyuki en aurait ri s’il n’avait pas eu un minimum de conscience.

Mais, visiblement, le gamin sembla prendre conscience de quelque chose justement. Son regard se fit plus assuré et quand il reprit la parole, sa voix ne se brisa pas cette fois. Il semblait être une toute autre personne.

Fuyuki l’écouta, sourire aux lèvres, son visage toujours posé sur sa main et Rhap eut juste le temps de terminer sa phrase que le Givrali se plia en deux. Son rire très discret, mais bien présent envahit les environs, se camouflant étrangement bien pour qui n’était pas à leur table. Plié en deux, le véritable espion eut du mal à se reprendre et son rire dur de longues secondes. Cela faisait longtemps qu’il n’avait pas ressenti d’émotions aussi intenses... Et encore plus longtemps qu’il s’était laissé aller autant.

Il finit par se redresser néanmoins, des larmes de rire au coin des yeux et la poitrine douloureuse à force. Il s’essuya les yeux d’un revers de manche furtif avant de sourire, le regard toujours rieur. 

- Excuse-moi. Vraiment. C’était juste... trop marrant. Désolé. Je ne voulais pas me moquer de toi.


En fait, probablement que si, inconsciemment, mais ce n’était pas le sujet. Que cet hybride affirme avec autant de fermeté qu’il était chez lui à Hoenn et qu’ils n’étaient pas à Unys l’amusait beaucoup. Fuyuki n’était chez lui dans aucune de ces deux régions. A vrai dire, une région était-elle vraiment un chez soi ? Le Givrali avait appris depuis longtemps qu’un simple endroit pouvait être considéré comme un chez soi. Tout un continent était trop grand à ses yeux pour être considéré comme une maison. C’était presque prétentieux, vous ne trouvez pas ? 

Et puis même si Unys était le territoire de Chronos, ce serait bête de croire que l’organisation ne pouvait pas prendre le pouvoir ailleurs. Quiconque sous-estimait les ambitions démesurées d’Oswald finissait par le regretter... Et Fuyuki n’était pas plus chez lui à Unys qu’à Hoenn... Sans compter qu’il n’avait pas peur de tous les hybrides qui les entouraient. Vu qu’il en était un lui-même et qu’il savait parfaitement se défendre. Mais ça, bien sûr, Flynn ne pouvait pas le savoir. Et ça rendait la chose encore plus drôle.

Le natif de Johto faillit rire à nouveau, mais il se reprit avant cette fois. Ah, il n’aurait jamais cru que cela lui ferait autant de bien de se laisser aller de cette manière. Il ne pouvait pas se le permettre sur le territoire de son organisation... Question de sécurité élémentaire. Et même dans les autres régions, il se le permettait rarement. Paranoïa quand tu nous tiens. Mais une fois, cela ne pouvait pas faire du mal.

Surtout qu’il était venu seul, contrairement à ce qu’il avait prétendu. Il travaillait par ses propres moyens la plupart du temps, il n’avait besoin de personne d’autre que lui-même pour réussir ses missions. Ses supérieurs l’avaient vite compris et là où la plupart des sbires faisaient leurs missions en groupe, lui les faisait en solo. La plupart du temps car cela pouvait arriver qu’il rejoigne une équipe l’espace d’une mission. Et, en général, il prenait le commandement quand Oswald et les lieutenants n’étaient pas impliqués. Se sentir supérieur était toujours aussi agréable et il ne s’en lasserait jamais.

Flynn continuait à parler et Fuyuki ne put qu’agrandir son sourire. Ah, vraiment, il allait finir par rire à nouveau si l’hybride s’avérait toujours aussi amusant. Voilà qu’il venait de se croire supérieur, l’insulter et révéler son identité en une seule phrase. Il était doué. Ou pas. Parce que révéler son identité aussi facilement, c’était vraiment l’œuvre d’un débutant. Et pour le coup, Fuyuki n’avait presque plus envie de rire... 

- Waouh, tu as d’autres insultes en réserve ? Parce que tu viens d’en balancer de belles là. Pauvres humains, je les plains. Ah, et chapeau pour m’avoir révélé ton identité. Tu as battu le record de raté d’infiltration, je crois.


Sarcastique, amusé et détendu, Fuyuki s’appuya contre sa chaise et croisa les jambes en plantant son regard dans celui du Noctali qui tentait vainement de faire diversion. Ah, le Givrali s’était rarement senti l’âme d’un professeur, mais il allait faire une exception pour ce petit. Sens-toi flatté, Flynn.

- Oui, c’est normal. A toi de deviner pourquoi. Je ne vais pas te mâcher tout le travail.

Enfin... A sa façon, bien sûr. On ne refaisait pas un Fuyuki sarcastique aussi facilement, après tout. Malgré les apparences, le Givrali était sur ses gardes maintenant qu’il savait mieux à qui il avait affaire. Un Noctali shiny, hein... Pas mal. Les yeux bleus observaient discrètement le garçon et surent qu’il n’avait pas menti. Intéressant. Oswald le louerait probablement plus s’il lui livrait un pokemon aussi rare. Mais son chouchou n’allait pas lui faire cette faveur aujourd’hui. 

Le Givrali avait tendance à se sentir plus proche des Evoli et de leurs évolutions, même quand ils ne faisaient pas parti directement de sa famille. Et il ne put s’empêcher d’avoir une pensée pour un de ses cousins, qu’il connaissait vaguement et qui se trouvait être un Noctali shiny justement. Mais Flynn n’était pas lui. Ce qui ne l’empêcherait pas de le protéger.

- Du calme. Que tu me croies ou non, je ne suis pas ton ennemi.


Il bailla ouvertement, sans chercher à se retenir. Il se sentait étrangement fatigué tout d’un coup. Trop pour se battre, même s’il resterait sur ses gardes et cela ne l’empêcherait pas de se défendre en cas de besoin.

- J’ai pas envie de me battre aujourd’hui alors détends-toi, hein ? Cherche plutôt qui je suis pour t’exercer au lieu de chercher un moyen de te débarrasser de moi.


Amusé, il continua à le regarder, se demandant bien ce qu’il allait faire. Avoir confiance en le Givrali n’était pas donné à tout le monde vu son sale caractère. Il fallait savoir faire avec et tout le monde n’en était hélas pas capable. Pourtant, il ne mordait pas... Enfin, presque pas.
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MessageSujet: Re: Tout est dans les détails ; Fuyuki   Dim 30 Juil - 2:34

Il rit. Pire : il est carrément mort de rire. J’écarquille les yeux ; je suis mortifié. Ce type… Il rit alors que j’angoisse, et je n’arrive pas véritablement à savoir ce qui l’a mis dans cet état —ma naïveté, ma stupidité ? Je suis choqué, ou du moins quelque chose qui s’en rapproche grandement. Mes doigts ont trouvé le moyen de se serrer un peu plus autour de mon verre, et j’ai peur qu’il ne finisse vraiment par se fissurer —mais le croire serait peut-être me surestimer. Je jette des coups d’oeil alentours, on ne nous prête que bien peu d’attention. Peut-être n’avons-nous l’air que de deux camarades en pleine discussion animée. J’ai du mal à imaginer quel ridicule portrait nous devons offrir, vus de l’extérieur. Je baisse la tête, bien plus mal à l'aise encore quand il s'excuse ; je ne parviens pas à savoir s'il est sincère, ou s'il ne s'agit là que d'un sarcasme mesuré avec une justesse inouïe. S'il est de Chronos... Pensent-ils vraiment être capables de dominer toutes les régions, les plus éloignées d'Unys comprises ? Je frissonne. Quelque part, je ne doute pas qu'ils puissent en être capables. Mais je ne veux pas l'envisager. Une seconde, un sourire encadré par deux couettes brunes s'impose à mon esprit, mais je l'en chasse aussitôt. Elle est omniprésente, et pourtant j'essaie encore d'oublier sa présence irréelle, son absence un peu trop mordante.

Ma colère, mon assurance soudaine, Fuyuki envoie tout valser. C'est comme s'il balayait tout, d'un revers de main, et qu'il achevait de les piétiner au sol, face à mon impuissance. Je suis désarmé, et je me sens un peu stupide, aussi. Juste un peu. Raté d'infiltration, qu'il dit. Je serre les dents, lâche un sifflement agacé. « J'voulais pas m'infiltrer. Juste... te faire parler. » Et c'est tout aussi raté, au passage.Me glisser incognito dans les rangs de l'organisation criminelle par excellence, je n'y ai jamais pensé ; je crois que je les hais trop pour ça, de toute façon. Il n'y a qu'Avalon pour s'attirer mes faveurs, mais je crois aussi que je ne suis pas suffisamment répugné des humains pour y trouver mon compte. Alors je les laisse à leurs affaires, je me mêle des miennes —ou presque. Et je m'attire des ennuis. J'ai la sensation qu'il s'amuse avec moi, et c'est frustrant. Je joue de la cheville, ma jambe s'agite, et je me doute que c'est le genre de détails qui n'échappent pas à sa vue ; ces mouvements réguliers et nerveux qui m'agitent —c'est tout ce qui m'a trahi auprès de lui. Je lève mon verre, boit un peu ; la moitié du contenu disparaît, et pourtant j'ai toujours la gorge aussi sèche, serrée, presque douloureuse. Mais c'est dans la tête, tout ça, Rhap.

« Du calme. Que tu me croies ou non, je ne suis pas ton ennemi. » Je retiens à grand peine un grognement, qui n'aurait pas eu grand chose d'humain, qui aurait sans doute était trop bestial pour venir d'un être civilisé. Mais je ne leur ressemble pas tant. Instinctivement, je porte ma main aux deux petits diamants qui percent le cartilage de mon oreille ; c'est trop humain sans doute, et pourtant c'est ce qui, ça parmi tout le reste, m'a permis de rester moi-même, autant que je l'ai pu. Je laisse ma main retomber sur ma cuisse, et mes cheveux reviennent prendre leurs droits pour cacher les bijoux, et sans doute un peu mes yeux, aussi. Je n'essaie même pas de les chasser, peut-être par peur de croiser le regard du type en face de moi. Il bâille, et je dois me retenir de ne pas faire la même. C'est comme s'il me mettait ma fatigue sous le nez, me narguait avec cette irrépressible envie de dormir que je ne peux jamais véritablement satisfaire —à cause des terreurs, qui m'épuisent d'autant plus en vérité. « J’ai pas envie de me battre aujourd’hui alors détends-toi, hein ? Cherche plutôt qui je suis pour t’exercer au lieu de chercher un moyen de te débarrasser de moi. » Aujourd'hui. Et si l'on se recroise ? Je me retiens de le demander ; je me rends compte que j'ai peur de le provoquer, peur de ce qu'il pourrait faire si j'allais trop loin dans mes mots. C'est stupide.

Je prends une profonde inspiration, même pas certain de vouloir lui répondre. J'ai toujours envie de fuir, mais j'ai peur qu'il soit accompagné, comme l'a laissé sous-entendre sa menace. Agirait-il ainsi, s'il l'était ? Je daigne enfin lâcher mon verre, en remarquant les jointures blanchies de mes doigts, et puis m'enfonce un peu sur ma chaise. J'essaie de me détendre, mais c'est difficile. Je n'arrive pas à lire dans ses yeux s'il dit vrai, lorsqu'il affirme qu'il ne se battra pas, qu'il n'est pas mon ennemi. J'ai presque envie de ne pas le croire, mais j'ai l'impression qu'il ne me laisse pas vraiment le choix. « Tss... » Je secoue la tête, et puis je plonge mon regard dans le sien, en tâchant de ne pas ciller. Chercher qui il est. Mes sourcils se froncent ; parce qu'il n'est pas ce qu'il prétend être ? J'essaie de trouver un fil rouge, quelque chose qui rendrait logique ses mots. Normal. Hein ? Pauvres humains. Non ? Je les plains.Il... Pas mon ennemi. Je me fige. « Essaie pas de m'entourlouper... On dirait limite un humain qui essaie de se faire passer pour un hyb- » Je m'interromps, sursaute. Je sens ma chaise qui fait un écart, menace presque de s'échapper sans moi. Dans ma surprise, un geste brusque a finalement renversé mon verre, dont le contenu vient se répandre sur la table et sur le sol.

Avec un temps de retard, je rattrape le verre pour qu'il ne vienne pas s'exploser par terre. Un serveur, qui passait par là, arrive aussitôt vers nous, torchon au bras. « Pardon, je-excusez-moi ! » Je me confonds en excuses auprès de l'homme, mais pas un seul instant mon regard ne quitte Fuyuki, ses yeux océan, ses cheveux céruléens. Non ! « Attends, tu... » Je me tais, jette un coup d’œil au serveur, qui s'en va déjà. Rapide, efficace, il n'y a plus de trace de menthe —sauf au sol—, ni de mon verre. Je crois pourtant que le piquant m'aurait aidé à reprendre mes esprits. J'ai peur de comprendre. Je ris, sans vraie joie, mais avec amertume. De quel côté suis-je berné ? « T'es pas un hybride, hein ? Dis-moi qu't'en es pas un... » Je renifle, avec un semblant de mépris. « M'dis pas qu'il en existe de suffisamment cons pour se faire passer pour des types de Chronos ? » Je frémis, déglutis. Attendez... C'est vraiment possible, ça, déjà ?
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MessageSujet: Re: Tout est dans les détails ; Fuyuki   Dim 30 Juil - 2:34

Fuyuki avait beaucoup de mal à ne pas sourire. Non, en fait, c’était impossible qu’il ne sourit pas ne serait-ce qu’un peu. Il n’aurait su dire pourquoi, mais il était de bonne humeur actuellement. Peut-être à cause de ce gamin qui lui faisait bonne impression malgré son sale caractère apparent. Enfin, il n’était pas pire que le sien. Le Givrali n’était pas un modèle de politesse et de maturité, c’était bien connu. Ce gamin était peut-être même mieux que lui si cela se trouvait. C’était peut-être pour ça que le Givrali essayait de le protéger. Pour ne pas qu’il tombe aussi bas que lui. Et il le faisait peut-être parce qu’inconsciemment, il avait senti depuis le début qu’il avait affaire à un camarade. Les Noctali et les Givrali appartenaient à la même famille et le bleuté s’était toujours senti plus proche des évolitions que des autres hybrides. Son père était un Noctali, sa sœur était une Nymphali, son frère un Pyroli et lui un Givrali, mais il y avait aussi un autre Noctali et un Phyllali dans la famille. Leur cousin, plus jeune qu’eux de trois ans, Noa. Il ressemblait étrangement à ce Noctali d’ailleurs, on aurait presque cru des jumeaux. Mais Fuyuki savait que ce n’était pas le cas, Noa n’avait qu’un grand-frère, le Phyllali mentionné plus haut. 

Mais cette ressemblance avec son petit cousin qu’il connaissait pourtant que très peu influençait peut-être inconsciemment l’adolescent de dix-huit ans, qui sait. En tout cas, il l’aimait bien, c’était une certitude. Il avait toujours été doué pour cerner les gens, pour lire en eux dès la première rencontre. Et les premières impressions étaient capitales de son avis. Flynn lui faisait bonne impression et ce n’était pas donné à  tout le monde de se faire apprécier par le sale gamin bientôt adulte qu’était le Givrali. Un sourire en coin apparut sur ses lèvres tandis qu’il reposait encore une fois son verre et qu’il regardait sa montre avec détachement. Il avait encore du temps devant lui avant de rentrer faire son rapport. 

Il réfléchissait déjà à ce qu’il allait dire, d’ailleurs, même si personne n’aurait pu le deviner. Ses pensées, il était le seul à les connaître. Il n’y avait que ses parents, sa sœur et ses frères pour réussir à lire en lui parfaitement et ce depuis toujours. Les liens du sang semblaient parfois plus forts que tout. Les paroles de Flynn faillirent lui arracher un nouveau rire, mais il sut se contenir cette fois. Son sourire s’agrandit juste alors qu’il s’adossait encore plus contre sa chaise, se couchant presque dessus, les bras croisés derrière sa nuque, parfaitement à son aise, je vous dis.

- Me faire parler ? Et bien, tu as de l’ambition. Les membres de Chronos ne donnent pas aussi facilement leurs informations, tu sais. A force d’être trop insistant, tu te serais fait démasquer même si tu avais eu affaire à un de mes collègues et non à moi. Je te conseille d’être plus prudent à l’avenir. Je comprends que tu puisses avoir tes raisons, on en a tous je pense, mais de là à courir des risques inutiles... Tu n’as qu’une seule vie, ne l’oublie pas, ça vaut mieux.


Le regard de Fuyuki se durcit. Il ne voulait pas effrayer ce mioche encore plus jeune que lui, mais il était à Chronos depuis assez longtemps pour savoir à quel point l’organisation était dangereuse. On ne se frottait pas à elle impunément et même lui risquait sa vie tous les jours. Malgré sa confiance et son assurance visibles, Fuyuki n’était pas complètement dupe. Il se ferait probablement arrêter un jour par ses camarades  humains. Mais il restait à savoir s’il aurait le temps de faire ce qu’il voulait ou s’il chuterait avant. L’espion ne quitta pas des yeux son congénère, le laissant réfléchir à ce qu’il venait de dire. 

Il était vraiment trop gentil aujourd’hui. Ce n’était pas parce qu’il se trouvait à Hoenn qu’il pouvait faire confiance à n’importe qui. Même ici les informations pouvaient remonter jusqu’à Unys, puis à Janusia, à Chronos et enfin à Oswald. Il devait être aussi prudent que d’habitude et il mettait sur la voie ce gamin qui était venu chercher des informations sur son organisation. Fuyuki grimaça l’espace d’un instant, cela ne lui ressemblait pas. Il savait depuis longtemps qu’il devait être plus prudent que n’importe qui d’autre et choisir avec soin les personnes à qui il se confiait. En temps normal, il choisissait des adultes fiables et pas des gamins téméraires... Qu’est-ce qu’il lui prenait, bon sang ? 

Les dents serrées, Fuyuki eut envie de lui dire de crier pendant qu’il y était, soudainement en colère. Contre lui-même, en réalité. Et c’était plus facile de prendre un autre sale gosse comme cible de sa colère que de l’avouer. Heureusement, personne ne semblait s’être rendu compte des paroles de Flynn à part lui. Il ne répondit pas tout de suite, se contentant de le fixer, après s’être redressé pour avoir meilleure allure. Il ne pouvait pas balancer comme ça qui il était, il devait réfléchir un minimum avant d’agir cette fois. Ricaner et prétendre qu’il était bel et bien humain ? Avouer la vérité ? Il n’arrivait pas à se décider et c’était franchement agaçant.

La réaction exagérée du jeune Noctali le fit soupirer alors qu’il le regardait se lever d’un bond et renverser son verre. Allons, s’il voulait se faire remarquer, c’était la meilleure solution. Même à ses débuts, Fuyuki n’était pas aussi mauvais en infiltration. A croire qu’il avait ça dans le sang, sauf qu’à sa connaissance aucun membre de sa famille ne l’égalait dans ce domaine. L’hybride de type glace attendit que le serveur s’éloigne et que Flynn se calme un peu avant de reprendre la conversation.

- Evite d’attirer l’attention sur nous, s’il te plaît. Je n’ai pas envie de déménager pour l’instant, je suis bien assis. Bon. Tu as été honnête avec moi, même si tu ne le voulais sans doute pas vraiment, ironisa-t-il avec un sourire amusé. Je vais être franc donc, mais ne t’avise pas de me traiter de con une deuxième fois, tu risques de le regretter.


Fuyuki fit une pause avant de planter ses yeux acier qui avaient pourtant la couleur de la glace dans ceux du Noctali. Il le jaugea une dernière fois, estimant le pour et le contra rapidement, mais en fait, il avait déjà fait son choix. Soupirant, il passa une main dans ses cheveux bleus.

- Tu l’auras peut-être remarqué, je me débrouille dans tout ce qui est camouflage et espionnage. C’est simplement parce que je suis bien un hybride qui a infiltré l’organisation qu’est Chronos. Je suis un Givrali, on est donc en partie cousins, je pense.

Bien sûr la deuxième partie de la dernière phrase avait été dite avec un sarcasme éloquent. Les yeux du Givrali brillaient de malice, mais aussi de tension. Maintenant que Flynn savait la vérité, il devrait le surveiller de très près. Pour éviter des complications éventuelles.

- Libre à toi de me croire ou non. Je peux te montrer une preuve si tu y tiens, mais pas ici, c’est trop dangereux. Enfin, c’est toi qui voit. C’est si difficile à croire que je sois comme toi ?


Un sourire amer se forma sur les lèvres du Givrali alors qu’il finissait son verre d’un trait sec. Parfois, il avait l’impression que son humanité prenait de plus en plus le dessus au fur et à mesure qu’il cachait sa part d’hybride.
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MessageSujet: Re: Tout est dans les détails ; Fuyuki   Dim 30 Juil - 2:35

Tu n’as qu’une seule vie, ne l’oublie pas. Ça tourne et retourne dans ma caboche. Une seule vie. Une seule vie. Je n’ai qu’une seule vie, mais qu’est-ce qu’elle vaut, au fond ? Pas grand chose à mon sens. Je déglutis avec peine, pour ravaler ce noeud qui se forme dans ma gorge. Et puis, je détourne le regard, pour ne pas avoir à affronter celui de Fuyuki. Il paraît qu’on lit en mes yeux comme en un livre, laissé ouvert à la page où se passe tout l’enjeu du roman. Je ne veux pas qu’il lise en moi, qu’il sache à quel point tout ça, ma jeunesse, la vie toute entière qui s’étend devant moi, ces histoires d’avenir, je m’en fous. Je m’en fous comme je me fous de rien d’autre. C’est moche. C’est triste aussi, paraît-il. Suffit d’écouter un peu les infos à la télé. Dans la bouche des adultes, c’est toujours la même rengaine finalement, puis dans celle des psychologues aussi. « Tss. » Rien d’autre. Juste ce petit sifflement, qui signifie bien plus encore que tous ces mots que je ne dirai jamais, je crois.

Je me rassieds correctement, même s’il m’est difficile de rester tranquille et immobile, désormais. Je n’ai même plus mon verre contre lequel me décharger de ma nervosité, de ma frustration aussi. Alors, j’ai envie de taper du pied, de taper des ongles, n’importe quoi. Je me retiens, j’enfouis mes mains dans les poches de ma veste, pour en camoufler les mouvements nerveux. « Evite d’attirer l’attention sur nous, s’il te plaît. Je n’ai pas envie de déménager pour l’instant, je suis bien assis. Bon. Tu as été honnête avec moi, même si tu ne le voulais sans doute pas vraiment.» Ma réaction est immédiate : je relève les yeux vers lui, avec l’envie de l’égorger, ici et maintenant, d’une attaque morsure soudaine. Mais sa menace trotte encore dans ma tête, alors je me ravise. J’étouffe même le « ta gueule » qui a manqué m’échapper. Calme, Rhap, calme. Il n’perd rien pour attendre, mais ça ira. « Je vais être franc donc, mais ne t’avise pas de me traiter de con une deuxième fois, tu risques de le regretter. » Je frémis, esquisse l’ombre d’un sourire qui n’a rien de vraiment sympathique. Alors, ne me donne pas de raisons de le faire.

Et pourtant je me tais. Une part de moi-même m’intime au silence, s’intéresse à ce qu’il dit, même si mon envie de lui faire bouffer sa langue ne me quitte pas. « Tu l’auras peut-être remarqué, je me débrouille dans tout ce qui est camouflage et espionnage. C’est simplement parce que je suis bien un hybride qui a infiltré l’organisation qu’est Chronos. » Sbam. « Je suis un Givrali, on est donc en partie cousins, je pense. » Double sbam. J’en ai carrément oublié de respirer, et reprendre une inspiration en est presque douloureux. Bordel. Bordel, mais c’est pas vrai ? C’est pas possible ? Mais sérieux, ça existe genre vraiment, les types comme lui ? « T’es pas sérieux... » C’est juste un souffle, à peine audible. S’il a dû parvenir à de quelconques oreilles, ce n’est qu’aux siennes. Aux siennes. Celles de ce… de ce… de ce quoi, d’abord ? « Libre à toi de me croire ou non. Je peux te montrer une preuve si tu y tiens, mais pas ici, c’est trop dangereux. Enfin, c’est toi qui voit. C’est si difficile à croire que je sois comme toi ? » Je cligne des yeux, comme sonné.

Je baisse la tête, ferme les yeux un instant. Bordel. Je les rouvre, me lève, et puis tire de ma poche de quoi payer nos deux consommations. Quelques Pokédollars de plus ou de moins ne feront pas ma ruine, encore moins mon malheur. J’abandonne la monnaie là, dans le petit récipient au coin de la table, prévu à cet effet. Ceci fait, je me décide enfin à affronter les prunelles de Fuyuki. Du Givrali. « Viens, on bouge ? » Une question, paraît-il. Une sommation en vérité, en un certain sens du moins. Je ne pense pas être en position de lui ordonner quoique ce soit, mais je suis plus assuré et j’ai l’impression d’en être capable. Avouer ce… ce secret ? comme il l’a fait, voilà la belle preuve qu’il est seul, et qu’il n’y a pratiquement aucun risque à nous en aller d’ici. Même si je voudrais presque que ce qu’il m’ait dit soit faux, je ne parviens pas à mettre sa parole en doute. Il y a ce quelque chose, dans son regard… qui m’en empêche. 

En m’avançant vers la sortie de la terrasse, de l’autre côté que celui par lequel je suis arrivé, je prends bien soin de passer suffisamment près de mon cousin éloigné pour pouvoir lui souffler un « Sale con. » qui ne lui aura sûrement pas échappé. Ne pas l’insulter une deuxième fois ? C’était perdu d’avance. Si je vais le regretter ? Je crois que j’aurai tout le loisir de le savoir, une fois partis d’ici et isolés. La direction ? Là où il voudra. Je m’en fous, de ça aussi. J’ai juste l’impression d’étouffer, ici. Et, si je suis forcé à l’immobilité une minute de plus, je sens que je vais craquer, exploser, lui cracher à la figure, faire voler en éclats sa couverture aux yeux de tous les présents. En un sens, j'en crève d'envie. Pourtant, je ne parviens pas à m'y résoudre, les mots restent coincés dans ma gorge, je me contente de serrer les poings. Putain, mais dans quoi je me suis foutu, encore une fois ?
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MessageSujet: Re: Tout est dans les détails ; Fuyuki   Dim 30 Juil - 2:35

Fuyuki était conscient des risques qu’il prenait en révélant son identité. Et il s’étonnait lui-même d’être aussi imprudent. Cela ne lui ressemblait pas. Vraiment pas. Même avant d’être chez Chronos, il avait toujours fait attention à ses paroles, son comportement, comme si le monde dans lequel il vivait était dangereux. Il cachait peut-être moins le fait qu’il était Givrali que maintenant, mais sa prudence ne datait pas d’hier. Hors, aujourd’hui, il venait de tout dévoiler à un gamin qu’il ne connaissait même pas. Non, vraiment, cela ne lui ressemblait pas du tout. Etait-ce à cause de la race de Flynn ? Le Givrali s’était après toujours senti plus à l’aise avec ses pairs qu’avec les humains ou même les autres hybrides. Et il y avait plusieurs Noctali, normaux ou shiny, dans sa famille. Mais cela suffisait-il pour expliquer sa confiance ? Pouvait-on d’ailleurs vraiment parler de confiance ? Fuyuki ne savait vraiment pas quoi penser de lui-même en cet instant. Il aimait tout comprendre, tout analyser et quand justement il ne comprenait pas, cela l’agaçait au plus haut point. Etre aussi impulsif et irréfléchi ne lui ressemblait pas ! Il n’était pas monté aussi haut dans l’estime de Oswald en commettant des erreurs aussi grossières. 

Car que pouvait-il faire maintenant ? Nier ? Continuer sur sa lancée ? Si cela se trouvait le gamin était un espion d’Avalon. C’était dangereux de dévoiler ce genre d’information à n’importe qui. Si cela remontait d’une manière ou d’une autre à ses supérieurs humains ou même à sa famille, oui je vous assure que c’est tout aussi dangereux, il était dans de beaux draps. Parano ? Probablement, oui. Fuyuki ne le niait même pas. A force de se faire passer pour ce qu’il n’était pas, à force de jouer les espions dans une organisation si dangereuse, on finissait par voir le mal partout. Même dans un gamin de quinze ans. Fuyuki préférait voir toutes les options, même les plus improbables, pour pouvoir se préparer au cas où elles se révèleraient vraies. Cela lui avait sauvé la mise et la vie beaucoup de fois dans le passé. Mais là, il avait beau analyser les options, il ne parvenait pas à savoir ce qui allait se passer. Il prenait le risque, ce serait à lui d’assumer les conséquences de la vérité. En espérant qu’elles n’aillent pas trop loin... Il ne tenait pas vraiment à avoir d’ennuis avec Chronos maintenant. Pas après tant d’efforts et de sacrifices.

Le Givrali observait en biais le Noctali shiny pour voir ses réactions à cette annonce qui devait être des plus inattendues. Fuyuki se doutait de ce qu’il devait penser de lui. De l’estime qu’il devait avoir de lui. Mais il s’en fichait bien de ce que les autres pouvaient penser de sa personne. Depuis toujours, il avait appris à ignorer le mépris, la haine et la colère qu’on pouvait avoir à son égard. C’était plus facile de vivre quand seule sa propre opinion comptait vraiment. Cela faisait moins mal aussi. Flynn semblait choqué par la vérité. En tout cas, vu ses réactions, cela y ressemblait fortement. Et Fuyuki en était amusé. Allons, il jouait si bien la comédie ? Fallait croire que oui. C’était agréable pour son ego en tout cas. La phrase soufflée faillit lui arracher un rire étranglé. Allons, allons, qui plaisanterait avec ça ? Lui ? Oh, il en aurait été capable, de prétendre qu’il était un pokemon pour ensuite affirmer à nouveau qu’il était humain. Oh que oui, il en était capable. Mais il n’avait pas envie. Autant aller jusqu’au bout. 

- Je suis parfaitement sérieux. Je te fournirai une preuve plus tard. Tu verras, tu seras bien obligé de me croire. Ah, et je me doute de ce que tu penses de moi. Un sale traître à son espèce, un fou suicidaire... Pense ce que tu veux, cela ne m’empêchera pas de dormir la nuit.

Le Givrali se leva et déposa quelques pièces sur la table avant de regarder avec un sourire presque sarcastique son cadet. Il avait bien compris l’ordre informulé, mais s’il bougeait, ce n’était pas pour faire plaisir au shiny, mais juste parce qu’il commençait à avoir envie de bouger. Il n’aimait pas rester au même endroit très longtemps. Surtout dans sa région natale qui lui rappelait tant de souvenirs... La culpabilité lui serrait toujours plus la gorge à Hoenn qu’ailleurs. Parce qu’ici, les hybrides étaient légions et ils lui rappelaient à quel point il était infâme. Un sale traître. Assurément. Et ce malgré tout ce qu’il se prétendait à lui-même. Un sauveur, mon œil. Pourquoi au juste s’était-il infiltré dans l’organisation humaine ? Même lui ne le savait pas vraiment dans le fond. Et c’était probablement ça le plus grave. Ce n’était pas un jeu. C’était loin d’être un jeu vu les enjeux. Mais pourtant il semblait le prendre avec une telle insouciance... De mauvaise humeur, soudainement, il partit devant sans se retourner. 

Les mains enfouies à présent dans ses poches de pantalon, il n’attendit même pas le plus jeune. Lavandia était bien animée, des hybrides partout, vaquant à leurs occupations et ce spectacle était effroyablement douloureux. Sauf que malgré ses regrets, il ne pouvait pas revenir en arrière. Même s’il désertait et partait en exil quelque part, loin d’Hoenn et de sa famille pour ne pas les mettre en danger, Chronos le retrouverait. Oswald le retrouverait. On ne quittait pas si facilement l’organisation. Pas en vie, en tout cas. Soupirant, il leva ses yeux de la même teinte que le ciel vers ce dernier et le fixa. Il aurait aimé être un pokemon vol, pour le coup. Cela aurait peut-être été plus facile pour s’enfuir. Sauf que sa maudite fierté lui disait qu’il ne serait de toute manière pas parti. Il n’était pas un lâche. Juste un traître de la pire espèce. Un sourire amer apparut sur ses lèvres. Le sale con venait de se faire entendre près de lui. Il ne nia même pas. La vérité faisait toujours mal,  mais elle sonnait toujours plus juste. Fuyuki avait promis à son cadet de le lui faire regretter s’il osait le dire une nouvelle fois, mais il n’en fit rien. A quoi bon. Du moins, pour le moment. Sans savoir où le menaient ses pattes, il partit en direction d’une petite ruelle sans se demander s’il était suivi. Il s’appuya contre un mur et leva encore une fois les yeux vers le ciel.

- Ne deviens jamais comme moi, gamin.


Piètre estime de soi-même. Espoir vain de trouver un jour une raison de vivre un peu plus noble et moins égoïste. Son regard se posa sur le gamin qui avait réussi à réveiller quelque chose en lui. Et il espérait qu’il n’aurait jamais affaire à Oswald et sa clique... La réalité pouvait être bien cruelle parfois.
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Tout est dans les détails ; Fuyuki
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