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 Tout est dans les détails ; Fuyuki

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Yûki
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random: ici petit poney

MessageSujet: Re: Tout est dans les détails ; Fuyuki   Dim 30 Juil - 2:36

Un sale traître. Un fou suicidaire. La première proposition, surtout, à mes yeux : quel hybride normalement constitué peut agir de la sorte, à l’encontre de ses pairs, à l’encontre même de ce qu’il est dans sa nature profonde, à l’encontre de lui-même et de tout ce qui le fait tel qu’il est si folie prenait de lui retirer tout factice et superficiel qu’il possède ? Je sens mes mains qui tremblent de ne pas comprendre, j’entends le sang qui bat furieusement à mes tempes qu’un type pareil vive, respire, discute, rit, qu’un type pareil existe. Comment, comment est-ce possible ? Un Givrali. Un putain de Givrali. Une Evolition, un cousin comme il s’est amusé à le dire. Mais non. Non, je n’ai rien à voir avec lui. Comment peut-il paraître si détendu, alors qu’il… qu’il…

J’étouffe un grognement et, dans un geste presque mécanique, je viens rabattre la capuche de ma veste. Comme si m’y cacher pouvait me protéger, de Fuyuki, de ce qu’il est, du monde qui m’entoure. J’enfonce mes mains dans les poches, pour étouffer leurs tremblements rageurs, venus d’une colère que je ne comprends pas véritablement. Mais ça n’est pas suffisant pour que le trouble se dissipe dans mon esprit. Alors, je serre les poings, comme si ça pouvait apaiser cette colère qui les agite et qui pulse dans chaque veine, jusqu’au bout de mes doigts. Je réprime cette envie de lui hurler dessus, de le plaquer contre un mur, au sol, n’importe où et de le frapper jusqu’à ne plus avoir de force, jusqu’à ce que la rancœur s’éteigne, devienne braise fumante plutôt que brasier dévorant. Je me vois lui cracher des horreurs à la figure, laisser libre cours à cette haine que je sens me serrer le cœur ; et pourtant je ne fais rien. Comme si ça n’en valait pas la peine, au fond.

Frapper, frapper. Pas Fuyuki. Un mur, alors, peut-être ? Ils sont en briques rougeoyantes, ou parfois repeints en teintes plus claires, pastelles, florales, aux airs printaniers que semblent aimer les résidents de Lavandia. Pas de gris, ici. Ma gorge se serre, je grince des dents et je me tais. Taper, frapper, cogner ; déchiqueter, déchirer, surtout blesser Mais les briques… Mes mains souffriraient encore. Je sens comme si les cicatrices se ranimaient, me chatouillaient, me picotaient pour me rappeler à quel point je ne fais que m’autodétruire lorsque ce sont d’autres que je voudrais voir souffrir. Pauvre lâche que t’es, Rhap. Je demeure muet, silencieux comme une tombe, comme une ombre ; silencieux comme la nuit. Silencieux, comme je préfère l’être plutôt que de parler, que de me crever le coeur à ouvrir ma gueule, à dire les mots qui claquent, qui tranchent, qui blessent, qui tuent, ces mots qui ouvrent des plaies béantes qui ne se referment jamais vraiment. Ferme-la, Rhap ; ferme-la. Je la ferme.

Il s’est arrêté, et je fais de même, non loin de lui, contre le mur opposé. La ruelle claire est suffisamment étroite pour que seuls quelques pas nous séparent l’un de l’autre, et qu’il n’y ait pas à hausser la voix pour se faire entendre. Pas non plus de résonance d’aucune sorte, et pourtant, sa phrase retentit en mille échos. « Ne deviens jamais comme moi, gamin. » Ça se répercute, sur les murs, sur le tuiles qui débordent des toits, sur les dalles de la rue pavée. Je crois que ça n’est que dans ma tête. 

Un sifflement s’échappe d’entre mes lèvres, tout à la fois agacé et méprisant. Ne jamais devenir comme lui ? Une seconde, et je réduis à néant la distance qui nous sépare l’un de l’autre. Il n’est pas bien plus grand que moi, alors que j’ai pas de mal à venir le saisir par le col, dans un geste stupide, guidé par ma seule agressivité, ma seule impulsivité, ma seule envie d’improviser une rencontre entre mon poing serré et sa putain de gueule d’ange. Tout de faux, tout de toc quand on sait qu’il est à la botte de ces enfoirés. Je sens son souffle sur ma peau ; je m’en fous d’être si près de lui, trop pour deux inconnus en tout cas. « Crois-moi, ça, ça risque pas. Tu m’files la gerbe. Perso j’trahis pas délibérément mes pairs. » Je me fige, parce qu’un visage semblable au mien mais encadré d’une cascade brune s’est imposé à mon esprit. Derrière, il y en a un autre, aux traits moins enfantins, à la tignasse verdoyante ; plus indistincte encore, les vagues silhouettes que je devine être celles de mes amis d’antan. Je recule. « Peut-être… que... » Et je me tais.

Je déglutis, je l’ai lâché en reculant, jusqu’à heurter le mur dans mon dos. Ma rage s’est faite plus sourde, mais je crois que mes yeux n’ont toujours pas cessé de lancer des éclairs lorsque je les pose sur Fuyuki. C’est peut-être même pire encore. Ma main crochète l’extrémité de ma manche, l’autre est agrippée à ma propre épaule, dans un geste de retrait, de renfermement ; j’en ai trop dit et je sens que ça brûle à l’intérieur. Un instant, je détourne le regard. Quand je me décide à lui prêter à nouveau attention, il n’y a plus véritablement de colère en moi. Rien qu’une intense et profonde lassitude, mêlée à une incompréhension, étendue à perte de vue sous mes pieds. « T’as pas une famille ? Des amis ? J’sais pas, t’as un parent humain, il t’a infiltré ? On t’a menacé ? C’est ton choix ? Ils savent ? Ils sont d’accord ? Pourquoi tu sers de recruteur ? » Je m’interromps tout à coup, et je déglutis, difficilement. Une nouvelle idée a lentement pris place dans un coin de ma tête, et puis s’est précisée, amplifiée, jusqu’à prendre une trop grande importance pour que je puisse la taire. 

Alors, lentement, j’inspire.
Traîtresse de ma peur, ma voix se casse dans un aigu que je n’ai pas su retenir.
« T’as… T’as déjà… tué ? »
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Yûki
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MessageSujet: Re: Tout est dans les détails ; Fuyuki   Dim 30 Juil - 2:36

Fuyuki se demandait bien pourquoi il se souciait tant de Flynn. Ce n’était qu’un gamin parmi tant d’autres. Un gamin impertinent et insolent qui plus est. Et le Givrali n’était pas du genre à jouer les baby-sitters. Donc, en toute logique, on pouvait effectivement se poser des questions. Pourquoi au juste le Givrali perdait-il son temps avec lui ? Il aurait pu partir sans se retourner, sans se soucier de ce gamin assez fou pour essayer de tromper Chronos. Le fait que cette remarque soit culottée à la vue de la situation de Fuyuki n’est pas le sujet actuel, merci de ne pas l’oublier. Mais il n’avait pas pu partir. Il ne pouvait pas, tout simplement. Il ne savait pas vraiment pourquoi. Peut-être parce qu’au fond, il se retrouvait dans l’âme du jeune Noctali shiny. Lui non plus n’était pas vraiment un modèle de politesse et de retenue. Peut-être qu’aussi il le trouvait attachant au fond, ce gosse qui n’était pas si jeune comparé à lui en réalité. Lui aussi était perdu quand on y regardait de plus près. Perdu où, ça nul ne le savait vraiment. Mais il ne fallait pas être devin pour s’apercevoir qu’au fond certaines personnes comme Flynn et Fuyuki ne savaient pas si bien trouver leur place dans ce monde. Le Givrali avait appris à lire l’âme des gens, à les déchiffrer, à lire en eux comme dans un livre ouvert. Mais il n’avait jamais été doué pour le faire avec son propre esprit. Il ne savait pas qui il était vraiment. Oh, il était beaucoup de choses. Un fils, un frère, un hybride, un Givrali, un faux humain, un traître, un espion, un adolescent. Mais, dans le fond, n’était-il que ça ? Qui se cachait derrière les apparences qu’il offrait toujours aux gens ? Même lui ne le savait pas. Il n’avait jamais su. Peut-être qu’il essayait juste de fuir ce qu’il était de peur d’être déçu le jour où il le découvrirait. Il était possible que ce soit la vraie raison derrière ses mensonges, ses sourires hypocrites, ses déguisements. Triste, n’est-ce pas. Peut-être avait-il besoin que quelqu’un lui apprenne à s’aimer comme il était vraiment. Mais, ni vous ni moi ne sommes dans sa tête, nous ne pouvons donc pas le juger, ce ne serait pas juste. Enfin, cela ne nous empêche probablement pas d’essayer. Après tout, quel mal y a-t-il à essayer de cerner une personne ? Nous sommes d’accord. Mais revenons à nos moutons. L’aîné des deux adolescents se demandait bien pourquoi une part de son esprit appréciait déjà autant ce sale gamin qu’il connaissait à peine. Peut-être bien qu’il sentait que lui aussi avait souffert dans le passé. De toute manière, quelle que soit la raison, il n’arriverait pas à l’abandonner. Sans en avoir encore pleinement conscience. 

Fuyuki posa son regard céruléen sur son cadet et se rendit compte que ce dernier avait rabattu sa capuche noire sur sa tête. Essayait-il de fuir son regard ? Essayait-il de se cacher ? Ou voulait-il juste rester le plus loin possible du traître que le Givrali était ? Un sourire amer se dessina sur les lèvres de ce dernier. Si c’était ça, et bien il n’avait pas tort. Il faisait même bien. Le Nishimura n’était pas le membre le plus recommandable de sa famille. C’était même tout le contraire. Après tout, il n’était qu’un sale traître à son espèce et à sa famille. Un instant, la nostalgie le frappa douloureusement. Il se demandait bien ce qu’ils devaient penser de lui. Lui qui avait fugué sans prévenir, lui qui avait fui une réalité trop douloureuse au lieu de l’affronter. Lui qui jouait avec sa vie, avec sa liberté, avec la vie des autres. Sûr, ses parents et sa fratrie ne devaient pas être fiers. S’inquiétaient-ils seulement pour lui ? Et si c’était le cas, le méritait-il vraiment ? Probablement pas. Il avait peur de les revoir. D’affronter leurs regards, leur jugement, leur sermons. Peur de les décevoir, peur de se rendre compte qu’il les mettait en danger. Peur de tant de choses en réalité... Heureusement – ou malheureusement suivant le point de vue – il fut ramené à la réalité par Flynn qui avait franchi rapidement l’espace qui les séparait, prenant par surprise le plus vieux qui ne s’était rendu compte de rien, tout à ses pensées. Le sifflement était parvenu à ses oreilles, mais le Givrali n’y avait pas fait plus attention que cela alors qu’il aurait peut-être dû. Cela lui aurait peut-être permis d’esquiver la saisie de son col par le plus jeune qui semblait véritablement furieux. En temps normal, le Givrali aurait esquivé sans aucun problème. Jamais il n’aurait laissé quelqu’un le saisir de la sorte et encore moins un gamin. Il avait été distrait, une erreur de débutant. Mais il pourrait se libérer à tout moment si le Noctali shiny pétait vraiment un câble. Pas question de se faire battre par un gamin.

Fuyuki se doutait pourquoi ce gamin semblait aussi furieux d’ailleurs. Après tout, qui pourrait aimer un traître ? Un traître à son espèce qui plus est ? Un sale traître qui envoyait les siens au bûcher. Car malgré les quelques vies qu’il sauvait de temps en temps, il en gâchait bien d’autres. Que ce soit la liberté ou la vie qu’il leur enlevait, sa vie était bien vaine et mensongère. Un sale traître, vous-dis-je. La proximité avec le plus jeune ne semblait nullement le gêner, ou plutôt il ne ressentait rien. Comme s’il n’était qu’une coquille vide. Après tout, sa vie n’avait aucun sens. Alors comment aurait-il pu ressentir quoique ce soit ? Il ne savait même pas s’il se sentait coupable. Probablement que si, quand même. Mais s’excuser ne changerait rien. Il resterait un raté toute sa vie. Il le laissa dire, laissa échapper un rire des plus amers, un rire presque inaudible. Trahison délibérée. C’était ça, oui. C’était exactement ça. Le regard azur se perdit une fois encore vers les nuages et l’étendue si bleue. Une trahison des plus infâmes. A quoi pensait-il au juste ? Venger les hybrides morts de manière si injuste ? Venger les hybrides esclaves à vie de monstres humains ? Les libérer ? Libérer les hybrides libres, sa famille, du joug de Chronos qui s’étendait de plus en plus ? Devenir un sauveur, un héros pour son espèce ? Mais bien sûr. Il pouvait se bercer d’illusions encore et toujours, mais la vérité était tellement moins glorieuse. Si quelqu’un d’autre qui le connaissait à peine pouvait s’en rendre compte alors comment pouvait-il l’ignorer ? Un nouveau rire encore plus amer sortit de ses lèvres. Quel monstre tu es, Fuyuki. Son regard toujours aussi inexpressif, ressentait-il seulement encore quelque chose, se posa sur le Noctali qui venait de souffler quelque chose. Le gosse le lâcha et Fuyuki s’appuya sans vraiment s’en rendre compte contre le mur, imitant sans le vouloir Flynn. Ce dernier semblait presque choqué par quelque chose d’invisible aux yeux du traître. Ce dernier se demanda vaguement ce qui lui arrivait. Lui-même n’était plus vraiment là. Sa main vint se poser sur sa gorge comme s’il avait senti les mains du Noctali dessus. Ce n’était pourtant pas le cas, on ne l’avait pas touché. Mais peut-être qu’un mauvais souvenir avait été ranimé. Après tout, ni vous ni moi ne connaissons toute la vie de Fuyuki. Le silence s’installa quelques instants, aucun des deux hybrides ne prenant la parole. Le bleuté baissa la tête jusqu’à perdre son regard dans le sol. Sa tête était vide, si vide. Et pourtant une profonde frustration, une profonde amertume montaient petit à petit en lui. Ce fut les paroles de Flynn qui firent le déborder le vase. Une vague de colère enfla, enfla jusqu’à ce qu’il relève les yeux vers lui. Une flamme brûlante dansait dans les yeux du Givrali qui décocha un regard des plus noirs vers le gamin aux cheveux sombres. Que savait-il de lui au juste ? Qu’est-ce qu’il lui donnait le droit de le juger ? Croyait-il qu’il était un monstre ? Croyait-il que toute sa famille l’était ? Monstrueuse ? Croyait-il qu’il était assez faible pour se faire manipuler ? Une colère sourde restait bloquée en Fuyuki qui serra le poing qui était libre. Il n’avait aucune envie de répondre, mais les mots sortirent tous seuls.

- Je n’ai aucune raison de te répondre, mais je vais le faire quand même. Tu ne sais rien de moi, absolument rien de moi. Tu peux me juger si cela te chante, cela m’est complètement égal. Mes proches ne savent rien,  je me suis impliqué seul dans cette histoire. Les raisons ne te regardent absolument pas. Et non, imbécile, s’ils savaient je me retrouverais derrière les barreaux d’une cellule dans le meilleur des cas. Dans le pire, je me ferais probablement troué de balles. A moins que ce soit encore pire de finir mes jours lié de force à un homme que je n’aime pas. Tu te demandes sans doute pourquoi je prends tous ses risques... Figure-toi que même moi je n’en sais rien. Cela te va comme réponse ?

Fuyuki cracha presque cette dernière phrase, partagé entre colère, amertume et frustration. Il était trop tard désormais. Il ne pouvait plus faire machine arrière. Il devait assumer seul les conséquences de ses actes. A vrai dire, c’était surtout contre lui qu’il était le plus furieux. Renversant la tête en arrière, il fixa le ciel sans vraiment le voir. Quel bel imbécile tu fais, Fuyuki. Après un moment de silence pesant, la voix de Flynn s’éleva à nouveau. Le Givrali ne répondit pas tout de suite, mais il finit par le faire, d’une voix des plus lasses, des plus vides. Il ne ressentait de nouveau plus rien.

- Ouais. J’ai déjà tué. Deux fois même. La première pour buter le type qui voulait tuer mon boss et la deuxième pour éliminer celui qui a voulu m’étrangler. J’aurais pu les laisser en vie, ne pas les achever, mais c’est venu tout seul. Tu as le droit d’avoir peur de moi, non tu devrais avoir peur. En plus, j’ai tué pour sauver le plus bel enfoiré de notre monde. Alors oui, je suppose que je mérite d’être méprisé.


Nouveau rire des plus amers et nouveau échange de regard. Si Flynn fuyait, Fuyuki ne le rattraperait pas. Il méritait bien ça, après tout. De perdre tous ceux à qui il s’attachait un jour. Car il n’était qu’un sale traître, un sale tueur, un sale monstre. Le Givrali aurait cependant pu dire à quel point ces meurtres l’avaient affecté, parler du sale état dans lequel il s’était retrouvé après, du fait qu’il ne voulait plus recommencer, ne plus se souvenir de ce jour maudit. Mais il ne dit rien, se contentant de sourire amèrement, car il ne méritait aucune pitié. Absolument aucune.
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MessageSujet: Re: Tout est dans les détails ; Fuyuki   Dim 30 Juil - 2:36

J’ai peur. Je l’avoue : j’ai peur. A-t-il tué ? A-t-il fait couler de sang, d’hommes, pire, de pairs ? Même s’il n’a pas tué, combien de nos confrères a-t-il mener aux portes de la mort, en les abandonnant aux mains de ceux pour qui il travaille ? Je ne comprends pas. Je ne comprends pas. J’ai envie, besoin de savoir, pour ne pas craquer, pour ne pas devenir fou de mon ignorance. Je veux savoir, mais saurai-je jamais vraiment, même s’il me le dit ? « Faut pas avoir peur, grand frère. Y’a que l’orage qui fait peur, tu sais ! » Mon souffle se coupe sous la surprise, sous la douleur ; Soliste ? Mon regard se détache de Fuyuki, et balaie les environs. Rien, personne. Elle n’est pas là. Quelque chose se fend en moi, encore et encore. Combien de fois, déjà, l’ai-je entendue, parfois même vue alors qu’elle absente, loin de moi ? Des bribes de notre passé, ce que nous étions, ce que j’ai gâché. L’orage. Elle n’en avait pas vraiment peur, n’est-ce pas ? « Arrête... » Un souffle, à peine audible, sans doute insaisissable par quelqu’un d’autre que moi-même. 

J’essaie d’oublier, d’ignorer, je lève les yeux vers le Givrali et je regrette. Il y a une telle colère qui brûle dans ses prunelles, que je n’en ai jamais vue aucune semblable. Peut-être seulement dans les miens, d’yeux, lorsque je fuyais les bois après un énième coup de tonnerre dans la maison, et que je croisais mon reflet dans une flaque de la dernière pluie. Les larmes, souvent, finissaient par éclater, brisant la rage au profit d’une souffrance, comme mille aiguilles pleines d’un poison, s’enfonçant encore et encore dans mes chairs, pire, dans mon coeur. Un instant, j’ai envie de fuir, de disparaître, mais sa colère ravive la mienne, peu à peu. « Je n’ai aucune raison de te répondre, mais je vais le faire quand même. » Je ne peux pas m’en empêcher : je ricane. Bien sûr, un gamin le perturbe tant qu’il se décide à tout balancer ? M’fais pas rire, Fuyuki.

« Tu ne sais rien de moi, absolument rien de moi. » Et je ne veux rien savoir, monstre. « Tu peux me juger si cela te chante, cela m’est complètement égal. Mes proches ne savent rien,  je me suis impliqué seul dans cette histoire. Les raisons ne te regardent absolument pas. Et non, imbécile, s’ils savaient je me retrouverais derrière les barreaux d’une cellule dans le meilleur des cas. Dans le pire, je me ferais probablement troué de balles. » Un sifflement m’échappe. N’est-ce pas là le prix à payer pour une si immonde trahison ? « A moins que ce soit encore pire de finir mes jours lié de force à un homme que je n’aime pas. Tu te demandes sans doute pourquoi je prends tous ses risques... Figure-toi que même moi je n’en sais rien. Cela te va comme réponse ? » Absolument pas. Pourtant, je me tais, et je renifle, méprisant. Pourquoi se donner la peine de répondre, alors que j’ai juste envie de lui faire ravaler chacun de ses mots, à coups de poings, de crocs, de paroles qui crèvent. Lui faire regretter d’être un tel traître ; mais je ne suis qu’un gosse. Qu’est-ce qu’il en a à foutre ?

Enfin, la sentence tombe. 
« Ouais. J’ai déjà tué. »
Et je brûle, je brûle de le frapper.

Il parle, il exprime, il justifie, et j’en ai la nausée. Je m’en fous, je m’en fous, je m’en fous de savoir, je ne veux pas. Il a tué, mais au nom de quoi ? Au nom de quel dieu, de quel titre, de quel prix peut-on s’octroyer le droit d’ôter la vie comme il l’a fait ? J’ai envie de vomir, sans savoir si c’est à cause de mon imagination trop fertile qui l’imagine faire couler le sang, ou quelque chose d’autre, plus profond, différent, indiscernable. Je me penche, mains sur les genoux, et je respire, du mieux que je peux. Je tremble, le sang bat à mes tempes : c’est comme si c’était moi qui venais de tuer. Mais je n’ai jamais fait couler le sang, autrement que par des coups échangés dans la cour de récréation, pour défendre Belt ou, plus tard, pour défendre mon honneur, ma soeur, notre nom et, plus encore, notre liberté. Cette dernière fois, je n’y suis pas parvenu.

Tout à coup, je réalise.
« En plus, j’ai tué pour sauver le plus bel enfoiré de notre monde. »
Ça me fait l’effet d’un coup dans l’estomac.
Je tousse, comme à bout de souffle.

« Comment… comment t’as pu… comment t’as pu tuer ? Comment t’as pu, pour… pour ce... » Mes poings se serrent, et je ne parviens pas à regarder Fuyuki. Rien que pour un instant, je lui épargne ce dégoût profond qui m’envahit par vagues et, sans aucun doute, se reflète dans mes yeux. Connard, connard, connard. Ça tourne en boucle dans mon crâne, au milieu de trop de questions, de trop d’incompréhension, de cette colère, de cette rage, de cette douleur brûlante qui me fait vaciller. Mais il y a le mur derrière moi, qui me retient et m’empêche de tomber. Dans un grognement bestial, je plonge mon regard dans celui du traître et, l’instant d’après, je me jette sur lui. 

« Je t’ai trouvé ! »
Elle est là, entre lui et moi. 
Son odeur de cannelle imprègne l’air.

Je l’esquive tout à coup, et puis me fige. Elle s’est dissipée. Je tourne sur moi-même, cherchant à la retrouver. Mais elle n’est plus là. Mon coeur se serre douloureusement dans ma poitrine, et j’y porte ma main. Je grince des dents, en reportant mon attention sur Fuyuki. Je ne suis plus certain d’être en colère. Je ne sais plus vraiment. « Comment t’as pu ? Comment t’as pu sauver sa vie ? COMMENT T’AS PU, PUTAIN ? » Ma voix est montée dans les aigus, je tousse à nouveau. « Il méritait pas que tu le sauves, ce… ce… » Je frappe dans le mur, non loin du Givrali. La douleur provoquée remonte tout le long de mon bras, jusqu’à mon épaule. Je m’en fous.

Inspire. Expire. J’essaie de reprendre mon calme, c’est difficile. J’ai toujours l’impression de sentir l’entêtante effluve de cannelle, qui vient s’égarer jusque sur ma langue. Les biscuits de notre enfance. Maman n’en fait plus, depuis que l’on a perdu Soliste. Par ma faute. A nouveau, mon regard se porte sur Fuyuki, et j’ai du mal à garder mon calme. C’est d’une voix sourde que je reprends. « Cette enflure, ce type qui… qui m’a tout pris, tout volé, tout arraché, comment t’as pu, comment t’as pu… il mérite de crever, comme tous les enfoirés de cette putain d’organisation. Qu’ils crèvent, qu’ils crèvent, qu’ils brûlent, qu’ils souffrent, qu’ils agonisent et qu’ils sachent tout le mal qu’ils ont fait, qu’ils perdent tout, QU’ILS CREVENT PUTAIN ! »

Et je m’écroule.

Là, contre le mur, tenant difficilement debout, poing serré, visage camouflé au creux de mon coude, je me brise. C’est juste une fois de plus. Les larmes ne coulent pas : je les retiens, je ne céderai pas. Je crois aussi que j’ai trop mal pour pleurer, cette fois-ci. « Rhapsy, pourquoi tu pleures ? » Je ne pleure pas. Je ne pleure pas, je ne pleurerai pas. Ça n’en vaut pas la peine. Lentement, je lève les yeux vers lui, la haine dans le cœur. « Sale monstre... » Je crache, venimeux. Cruel et inconscient.
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MessageSujet: Re: Tout est dans les détails ; Fuyuki   Dim 30 Juil - 2:37

Fuyuki ne savait pas pourquoi il racontait sa vie à ce gamin qu’il ne connaissait ni d’Eve ni d’Adam. Et, à vrai dire, il s’en fichait bien. Ce qui était fait était fait, il n’y avait pas à se poser mille questions. On ne pouvait pas revenir en arrière de toute façon. Seul Dialga en était capable et même si le légendaire avait été du genre à réaliser les souhaits des mortels, jamais le Givrali ne serait allé lui demander d’effacer son passé. Et le supplier à genoux de le faire, vu qu’il ne serait en vérité sans doute jamais d’accord d’utiliser ses pouvoirs avec tant d’insouciance, était encore moins envisageable. L’espion avait encore sa fierté. Il ne lui restait plus grand-chose alors autant la conserver jusqu’au bout. Fuyuki n’en avait rien à faire que ce gosse le méprise. Il pouvait bien le détester pour ce qu’il avait fait, ce n’était pas lui qui risquait sa vie dans une organisation criminelle jour après jour. Oh, détrompez-vous, l’hybride glace ne se cherchait pas d’excuses. Rien ne pourrait de toute manière excuser son comportement. Mais c’était parfois plus agréable de faire semblant.... Le manège de Flynn n’échappa pas au regard azur de l’autre évolution d’Evoli. Celui assez froid pour être comparé à un glaçon sur pattes fronça les sourcils, se demandant pourquoi l’autre de type ténèbres regardait partout comme ça, les yeux l’air égarés. Le plus âgé suivit le mouvement, cherchant ce qui aurait pu attirer l’attention de son congénère, mais il n’y avait rien. Strictement rien. Ils étaient seuls et cette ruelle était des plus banales. Un reniflement méprisant sort des lèvres du Givrali sans vraiment qu’il ne s’en rende compte. C’est tellement plus facile de mépriser les autres que de se mépriser soi-même. C’est plus lâche, aussi, certes, mais il n’a jamais prétendu être un ange, bien au contraire. La colère brille encore dans les prunelles glacées, mais on peut se demander si c’est vraiment contre Flynn qu’elle est dirigée, cette colère noire et brûlante. Trop brûlante pour un type glace, sans doute. Visiblement, elle est réciproque. Flynn aussi semble être envahi par de noirs sentiments. Sans doute pense-t-il avoir affaire au pire traître possible. Ce n’est sans doute pas si faux. Et même si cela l’était, quelle importance cela aurait ? Le Givrali en a marre de se trouver des excuses, marre de mentir, marre de se mentir. La vérité est juste là, à portée de main, terrifiante, mais bien réelle. Un ricanement encore une fois bien amer sortit des lèvres du Givrali qui haussa les épaules avec une désinvolture faussement assurée. Ses yeux fixent sans émotion apparente le gosse qui semble en état de choc. C’est compréhensible, après tout. 

La question flotte dans les airs, mais Fuyuki n’y répond pas. Cette question, il se la pose tous les jours depuis cette fameuse mission quelques semaines, mois auparavant. Il ne sait plus trop pour le coup. Comment a-t-il pu ôter une vie pour sauver celle de celui qui brise la vie de tant d’hybrides ? Quelle ironie de sauver celui qu’on veut tuer, quand même. La vérité est sans doute proche, mais trop douloureuse à attraper, à saisir, à regarder. Insensible, Fuyuki observait le jeune Noctali sans le quitter des yeux, par réflexe guerrier ou par curiosité, impossible de le savoir. Le corps entier du Givrali se tend, se redresse et se prépare à l’affrontement. Se jeter comme ça sans prévenir est parfois efficace, mais sans réflexion cela ne sert pas à grand-chose. Surtout contre un combattant aussi expérimenté que le jeune membre de Chronos. Son regard se fait encore plus froid si possible, méprisant à nouveau. Fuyuki ne doute pas un instant maitriser ce jeune écervelé. En plus, son grognement l’a trahi. Quand on n’est pas capable de maîtriser ses émotions, on gagne rarement. C’est quelque chose que Fuyuki a appris sur le tas, à force d’observer ses aînés, les meilleurs éléments de l’organisation, le boss lui-même. L’observation lui a permis bien des fois de se sortir par la suite de problèmes, de combats, de voies sans issues. Apprendre continuellement des autres sans en avoir l’air, tel est son secret. Perplexe, le pokemon observe une nouvelle fois le manège si étrange de son « cousin » aux cheveux sombres. Il aurait pu clairement en profiter pour prendre l’avantage, mais ce ne serait pas drôle. N’est-ce pas ? L’hybride infiltré ne broncha pas au cri accusateur. Ni même au coup porté tout près de lui. Une envie de faire une remarque complètement insensée dans une telle situation, du genre « attention, tu vas te faire mal » le saisit tout d’un coup, mais ne sort pas de ses lèvres pour autant. De toute manière, ce serait trop tard. Pauvre corps maltraité par son propriétaire. A nouveau, l’envie de faire une remarque incongrue arriva jusqu’au Nishimura, mais cette fois non plus ne sort pas. 

Les sourcils du Givrali se froncèrent dangereusement tandis que les paroles de l’autre lui parviennent. Encore une victime ? Et alors. Il y en a des centaines, des milliers, de victimes. Peut-être même davantage depuis la création de Chronos. Le Givrali n’est pas sans cœur, loin de là, mais il n’a pas le temps de toutes les plaindre. C’est peut-être cruel, c’est peut-être égoïste, mais tant que sa famille et ses amis sont en vie et libres, il s’en fiche sans doute un peu quand même. Ce n’est pas très noble, mais il n’a jamais prétendu l’être, après tout. L’agacement prend le dessus sur l’indifférence cette fois. Tout le monde souffre dans ce monde pourri, tout le monde souffre un jour, tout le monde perd un jour quelqu’un de cher, tout le monde finit par mourir de toute manière. Alors au lieu de s’apitoyer sur notre sort, on ferait mieux de vivre tant qu’on le peut encore. C’est ça que Fuyuki essaie d’accomplir jour après jour. La survie. La sienne, celle de ses proches en premier, celle des autres seulement après. Pensez ce que vous voulez, cela ne l’empêchera pas de dormir la nuit, vous savez. Le Givrali se fige alors et pose un regard des plus sombres, des plus glacials, des plus méprisants sur le jeune garçon. Un monstre ? Un monstre ?! Aussitôt dit, aussitôt fait. Avançant à grandes enjambées, le Givrali saisit son congénère par le col et le plaqua contre le mur avec violence, ignorant le bruit sourd du choc. Pour l’empêcher de se débattre, une de ses mains lâche le col et vint se poser fermement sur sa gorge, menaçant de l’étouffer quelque peu s’il tente de bouger. Son regard se pose, froid, implacable, dans les yeux du plus jeune, un avertissement muet à l’intérieur. Il y a quelques temps, il n’aurait pas osé sans doute, mais il n’est plus vraiment un débutant maintenant. Quand un homme comme Oswald s’applique lui-même à vous remettre sur pied après un traumatisme, et bien vous ne restez pas traumatisé bien longtemps justement. Et cela fait bien assez de temps maintenant pour que le Givrali soit meilleur que jamais. Presque effrayant, sans doute, qu’il soit aussi doué à un âge aussi jeune. Surdoué ? Génie ? Précoce ? Qui sait.

- Traite-moi encore une fois de monstre, et crois-moi tu ne reverras plus jamais ceux que Chronos t’as enlevé. Je peux peut-être t’aider, alors ne gâche pas tout, crétin. Tu peux penser de moi ce que tu veux, mais le fait est que j’ai sauvé déjà plusieurs hybrides depuis mon entrée dans l’organisation. Je ne peux pas sauver tout le monde, tu crois que je n’aimerais pas jouer les héros et tous les sortir de là ? J’aimerais beaucoup, mais j’ai pas très envie que ma famille, mes amis, les quelques uns que je sauve et moi on crève pour ça, tu vois. Jouer les héros, c’est bien beau, mais il n’y a que les résultats qui comptent. Je préfère être un enfoiré de première et sauver ceux que je peux sauver quitte à ce qu’ils ne soient qu’une dizaine plutôt que de tout faire merder en en sauvant une centaine. Alors maintenant, ferme-la. Quand on ne sait pas, on se tait.


Le Givrali lâcha enfin le plus jeune et recula avant de soupirer et de le regarder, le regard toujours neutre, mais moins froid qu’auparavant. Il ne le dit pas, mais il imaginait très bien la douleur que pouvait ressentir le plus jeune. Il se mettait facilement à sa place et il devait avouer que si ça avait été Atsue, Akainu, ses parents ou Oz qui avaient souffert à cause de Chronos, lui aussi aurait été dans cet état. Alors s’il pouvait faire quelque chose pour ce gamin, il le ferait sans aucun doute. Car malgré les apparences, il avait un cœur, le monstre.
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MessageSujet: Re: Tout est dans les détails ; Fuyuki   Dim 30 Juil - 2:37

Mon cœur me fait mal. Mes poumons aussi, un peu, parce que mon souffle est court et que je n'arrive pas à le reprendre correctement. Comme si d'avoir trop gueulé, comme si d'avoir la haine finirait par avoir raison de moi. Et ça se pourrait bien, en vérité. Je suis persuadé que la colère, la rage sont un peu comme la folie : elles nous poussent à commettre des choses déraisonnées, illogiques, irréfléchies et souvent dangereuses. Me jeter sur lui, sans doute, était une erreur ; il est de Chronos et, s’il n’a pas encore été découvert, c’est que sa couverture demeure parfaite. Qu’il est doué, même si ça me répugne de l’avouer. Inéluctablement, ça signifie qu’il sait se défendre, bien plus que moi-même je n’en suis capable, du haut de mes quinze ans et d’aucun entraînement. Et ça m’énerve, ça m’agace, ça me dégoûte au plus haut point de n’être capable de rien face à lui. J’ai seulement appris à mes dépends que les mots font souvent mal, et comme les coups sinon pire encore. 

Et je les ai dit, ces mots cruels mais pensés, véridiques dans ma bouche et dans ma tête. Sale monstre, parce que c’est ce qu’il est. Un monstre, un traître ; et j’ose espérer qu’il le paiera. Sans doute pas de ma main, ni dans l’immédiat. Mais qu’il monte, qu’il gravisse la pente, les échelons où que sais-je, qu’il croit en sa victoire, et qu’il échoue. Lamentablement. Qu’il tombe et qu’il souffre, qu’il apprenne, qu’il comprenne. A-t-il seulement jamais perdu quiconque ou quoique ce soit aux mains de Chronos, sinon sa propre dignité, délibérément mise de côté ? J’en doute. On ne pactise pas avec ceux qui vous ont plongé dans le noir en vous privant de votre rayon de soleil, on ne sympathise pas avec ceux qui vous on retiré votre salut en vous prenant votre ange. On ne pardonne pas ceux à cause de qui vous crevez à petit feu, parce qu’ils vous ont arraché votre raison d’être. Je ne suis pas foutu de me pardonner quoique ce soit à moi-même, alors, dis-moi, Arceus, pourquoi pardonnerais-je à d’autres ?

Je n’ai pas fait attention, ni été suffisamment rapide dans mes réflexes. J’ai à peine le temps de remarquer que Fuyuki s’est déplacé qu’il est déjà face à moi, le regard dur. J’essaie de lui échapper, mais il m’a déjà saisi par le col, et le choc du mur dans mon dos et contre mon crâne m’arrache un grognement, énervé et douloureux tout à la fois. Son bras menace de m’étouffer, mais il ne m’empêche pas de me débattre, je tousse mais je n’arrête pas pour autant —pas au début. Jusqu’à ce que ses paroles m’interpellent. 

Contre ma langue, je sens mes crocs se faire plus aiguisés, plus tranchants, il deviennent ceux du prédateur que je suis par nature, capables de déchiqueter la chair offerte et d’égorger quelque proie, quand il s’agit de survie et de défense. Je gronde de plus belle, sans vraiment m’en rendre compte. C’est l’envie de mordre violemment dans la moindre parcelle de peau qui passera à portée qui me saisit ; un bras, une gorge, une épaule, n’importe : je veux lui faire mal, et qu’il ravale chacun de ses mots. « Traite-moi encore une fois de monstre, et crois-moi tu ne reverras plus jamais ceux que Chronos t’as enlevé. » Je feule ; tu me menaces, connard ? « Je peux peut-être t’aider, alors ne gâche pas tout, crétin. » Je ne réprime pas mon sourire mauvais. On ne pactise pas avec l’ennemi. Jamais. « fTu peux penser de moi ce que tu veux, mais le fait est que j’ai sauvé déjà plusieurs hybrides depuis mon entrée dans l’organisation. Je ne peux pas sauver tout le monde, tu crois que je n’aimerais pas jouer les héros et tous les sortir de là ? J’aimerais beaucoup, mais j’ai pas très envie que ma famille, mes amis, les quelques uns que je sauve et moi on crève pour ça, tu vois. » Toi, tu peux crever. Enflure. « Jouer les héros, c’est bien beau, mais il n’y a que les résultats qui comptent. Je préfère être un enfoiré de première et sauver ceux que je peux sauver quitte à ce qu’ils ne soient qu’une dizaine plutôt que de tout faire merder en en sauvant une centaine. Alors maintenant, ferme-la. Quand on ne sait pas, on se tait. » Et toi, putain, tu sais quoi ? Rien. Rien, et c’est bien ça le problème, et ce pourquoi je ne l’écouterai pas. Mes poings se serrent quand il me relâche, et je renifle, méprisant.

Je m’écroule légèrement contre le mur, sans me décider à tomber jusqu’au sol. Je reste là, face à lui qui s’écarte, je le regarde sans le voir et ma colère est comme retombée. Le goût qu’elle me laisse en bouche est plus affreux encore maintenant qu’elle s’est évanouie, pour laisser place au dégoût et au vide de mon coeur. « Rhap, t’as eu peur cette nuit ? » Comme celle d’hier, celle d’avant-hier et celles d’avant, comme celle qui viendra ce soir et les jours suivants. J’ai peur quand elle n’est pas là. Et j’ai peur quand le monde m’apparaît plus hostile encore qu’avant, et indifférent à la douleur de ceux qu’il a fait naître en son sein.

Lentement, je me redresse, et je rabats ma capuche sur mes épaules, pour dégager mon visage de son ombre. Une brise un peu fraîche s’engouffre dans la rue, caresse mon visage et mord mes doigts, que j’ai desserrés mais dont les jointures demeurent blanchies. « Qu’est-ce que tu crois, en me disant ça ? Que ça change ta condition de traître, d’hypocrite, d’imposteur, de menteur ? Tu crois que toutes tes belles paroles de faux héros condamné par sa condition d’trompeur, ça va m’empêcher de t’redire encore et encore que tu n’es qu’un sale monstre ? » Je ricane, et je m’avance, légèrement, juste d’un pas, juste assez pour ne plus sentir le mur derrière moi. « Aussi, tu crois qu’j’ai besoin de toi pour retrouver l’ange qu’on m’a enlevé ? Nan… Nan, parce que cet ange-là t’as même pas intérêt de l’approcher, encore moins d’y poser tes sales pattes. J’ai pas besoin d’toi, j’te connais pas, alors viens pas avec tes menaces, c’est qu’du vent. Tu peux pas m’aider, et j’t’en laisserai même pas l’occasion. » Ne la touche pas, jamais, jamais tu m’entends ? C’est mon trésor, mon combat, c’est ma guerre

Je m’approche encore, un peu plus assuré, mais surtout pas menaçant. A quoi bon, si la rage n’est plus là ? La lassitude, l’ennui, cette envie de fermer les yeux et ne plus les rouvrir. La même rengaine, le même refrain. Ces choses que l’on ne connaît pas, à quinze ans, il paraît. Si seulement. « Allez, va, si on sait pas, on s’tait ? Et toi, alors, tu sais quoi ? Tu sais quoi de moi, avec tes grands mots et tes belles menaces ? » Je ris, mauvais, amer. « Tu fous quoi à Chronos, si c’est pas pour jouer les héros, hein ? Qu’est-ce que t’y fous, qu’est-ce que tu fous à sauver un fils de pute comme ce type qui mérite rien d’moins que la mort la plus douloureuse qui soit ? Si c’est pas pour jouer les héros, alors quoi ? » Je me confonds en grands gestes, de mains, de bras, de tête ; incompréhension, nouvelle vague de colère refoulée. « Tu m’dégoûtes, c’est tout, tu m’dégoûtes et pour moi t’es rien, rien d’autre qu’un monstre, et je n’veux pas d’ton aide, surtout pas. »

Une hésitation soudaine dans mes gestes, et enfin j’arrête de parler. Je ne lui ai rien laissé dire, pas plus qu’il ne m’a laissé en placer une contre le mur. A quoi bon, tout ça, à quoi parler lorsque l’on se sait sur un terrain sans accord possible ? A quoi bon, face à un type qui collabore avec des enfoirés de la même espèce que de type aux yeux d’améthyste ? Simplement songer à ses prunelles me fait frissonner tout entier, et c’est une vague de répulsion et de rage plus forte encore qui m’ébranle. Fuyuki n’est-il pas pire encore, au fond ? 

Mes pas, inconsciemment ou presque, m’ont rapproché de lui, presque à portée de coup. « Un jour je serai forte comme toi, Rhap ! » Mes yeux courent dans le vide, comme à la recherche d’un détail, d’un seul, d’une permission qui lézarde les murs ou file dans les airs. Je la trouve, là : un sourire et deux prunelles caramélisées au milieu des briques. Entre mes derniers mots et ma décision, il n’y a qu’une fraction de seconde qui s’est écoulée. Aussitôt, sans prévenir, je me jette sur la droite de Fuyuki, suffisamment près pour le frôler, usant de Feinte pour rajouter à l’effet de surprise et à la vivacité de l’attaque. Je me retrouve presque dans son dos quand, plutôt que d’aller au bout de ma capacité, je dévoile mes crocs et m’élance sur lui, près à les plonger dans son épaule. Ça va manquer. J’écoute mon instinct, je recule et use à nouveau d’une Feinte pour m’écarter et esquiver le revers d’un coup pas encore donné. J’y suis encore à portée, et mon poing se serre avant que je ne l’envoie en direction de sa mâchoire. Un coup, juste un, et tant pis pour les conséquences.

Et si ça manque ?
Alors laissez-moi renoncer.
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MessageSujet: Re: Tout est dans les détails ; Fuyuki   Dim 30 Juil - 2:37

Fuyuki contemplait le jeune Noctali écroulé contre le mur sans pour autant toucher terre. Comment en étaient-ils arrivés là au juste ? Quand le Givrali infiltré était parti en mission de recrutement à Hoenn, il ne pensait pas avoir affaire à un gamin. Et surtout pas un gamin hybride qui tentait de piéger Chronos. Non, franchement, que croyait-il pouvoir faire tout seul ? C’était peut-être sacrément culotté de la part de Fuyuki de juger Flynn alors qu’il était un peu dans la même situation, mais lui au moins il savait se défendre. Et il n’était pas aussi jeune. Peut-être que seulement quelques années les séparait, mais c’était toujours ça de pris. Le Givrali avait de l’expérience, mine de rien, et cela faisait toute la différence entre lui et ce gamin qui se permettait de le prendre de haut. Lui au moins avait réussi à entrer dans Chronos sans se faire attraper. Et il perdait clairement son temps avec ce gosse. Pourquoi restait-il au lieu de tourner les talons et de l’abandonner là tout de suite sans se retourner ? Par peur de se prendre un coup dans le dos ? Pff, ridicule, Flynn était incapable de le toucher. Alors par désir de le sauver et de l’aider car il s’y était attaché ? Tout aussi ridicule... Comment aurait-il pu s’attacher à un sale gosse dans son genre ? Pourquoi aurait-il envie de l’aider, de le sauver ? De qui, de quoi, d’ailleurs ? Avait-il peur qu’il recommence avec son idée d’entrer à Chronos pour se venger ? Avait-il peur qu’il se fasse tuer ? Fuyuki chassa ces pensées plus absurdes les unes que  les autres de sa tête. Ou, du moins, il essaya. Car, en vérité, elles continuaient à le hanter. 

Les yeux céruléens continuaient de fixer le Noctali shiny qui avait rabattu sa capuche pour découvrir sa tête. Ils en profitèrent pour le scruter, l’observer et essayer d’en apprendre plus sur lui. Celui qui détenait le plus d’informations avait toujours un avantage capital et cela Fuyuki l’avait appris depuis bien longtemps maintenant. C’était presque devenu un réflexe que d’en obtenir toujours plus, toujours en premier. Le poing de Fuyuki se serra légèrement et l’agacement refit une fois de plus surface. Que pensait-il faire en le traitant encore et encore le monstre ? Le faire pleurer, peut-être ? Ah ! Tu peux toujours essayer. Fuyuki le savait depuis longtemps qu’il ne valait pas grand-chose, il n’avait pas besoin qu’on le lui dise. Et à vrai dire, cela ne lui faisait rien de l’entendre dire d’autres bouches. Son esprit le savait depuis bien plus longtemps, après tout. Le Givrali se contenta d’un reniflement méprisant et agacé pour seule réponse. Il n’avait pas envie de gaspiller sa salive pour ce sale gosse qui le cherchait de plus en plus. C’était qui le plus minable des deux, hein ? Il ne broncha pas quand l’autre avança. Il n’avait pas peur, il ne fuirait pas. Ce serait plutôt Flynn qui finirait par fuir, s’il continuait ainsi. 

- Très bien. De toute manière, je ne sais pas qui tu cherches alors je ne vois pas comment je pourrais l’approcher, crétin. Je ne te menaçais pas, je disais juste que t’avais une chance d’avoir un allié. Mais si tu ne veux pas de mon aide, tant pis pour toi. Crois-ce que tu veux, traite-moi de monstre si tu le désires, je m’en contrefiche. Tu crois pouvoir la sauver toute seule ? Tu crois pouvoir battre Chronos et Oswald sans l’aide de personne ? Ah, la bonne blague. 

Fuyuki prit une petite pause avant d’esquisser un sourire dur et sarcastique, un sourire qui faisait aussi mal que le venin des paroles qui suivirent. 

- Ce n’est pas un gamin dans ton genre qui y arrivera. Cela fait un an que j’essaie de trouver une solution pour le tuer et si je ne suis pas encore passé à l’acte, c’est juste parce que je ne veux pas mourir comme un abruti. Tu n’as aucune idée de ce qu’il est, de qui il est. Tu ignores ce que j’ai vu là-bas. Quelles horreurs mes yeux ont observé. Tu crois que ça me fait plaisir de voir des hybrides se faire torturer et tuer des pires manières qui soient ?! Tu crois que ça me fait plaisir d’y assister car je suis dans ses petits papiers ?! Sans pouvoir rien y faire, jour après jour ?! 

Essoufflé, Fuyuki fit une nouvelle pause pour prendre un peu d’oxygène, les poings serrés à s’en blanchir les phalanges. Il se retenait de frapper, d’utiliser ce qu’il savait de l’art du combat pour donner une leçon à ce gamin qui se croyait tellement plus supérieur et blanc comme neige.

- C’est vrai, je ne sais rien de toi. J’ignore ce que Chronos t’a fait et la raison de ton désir de vengeance. Mais si tu fais n’importe quoi, cela n’aidera pas l’ange que tu veux sauver et cela ne t’aidera pas non plus. T’es trop jeune pour mourir, même si je me demande si tu ne le mériterais pas, juste pour te donner une leçon. Tu crois que je suis un monstre ? Très bien, mais moi je crois que tu es juste un crétin fini, Flynn.


Le Givrali avait laissé le gamin s’approcher et finir sa tirade avant de faire la sienne. Maintenant, il se rendait compte que le Noctali était à sa portée. S’il voulait le frapper, il pouvait. Mais il ne le fit pas. Car malgré ses paroles, ce n’était pas son genre de faire du mal à des mioches quand il pouvait l’éviter. Et comme il n’était pas en mission et que sa couverture était déjà brisée il n’avait aucune obligation. Enfin... Du moment que l’autre respectait la trêve, bien entendu. Dans le cas contraire... En une fraction de secondes, l’esprit agacé de Fuyuki devint beaucoup plus concentré, les réflexes reprenant très vite le dessus. Il ne paniqua pas quand l’autre le frôla, il resta parfaitement de marbre quand le gamin utilisa feinte, enregistrant néanmoins l’attaque dans un coin de son esprit et en étant un peu impressionné malgré lui qu’il connaisse une telle attaque. L’effet de surprise est certes là, mais Fuyuki est tellement entraîné au combat que son esprit arrive à garder un minimum de sang-froid et de concentration. 

Son poignard apparaît alors dans sa main, la dureté envahit ses prunelles, cette fois il n’hésitera pas. Quiconque le cherche, gamin ou adulte, finit par le trouver, à un moment ou à un autre. Et la pitié, ce n’est pas vraiment pas son genre. Flynn esquive le coup que Fuyuki tenta de donner avec le manche de son poignard, coup qui l’aurait probablement sonné vu la force utilisée pour l’action. Pas mal. Ne s’y attendant pas complètement, ce fut le poing de Flynn qui toucha le Givrali en premier. Ce dernier ne réagit cependant pas malgré la douleur et en une fraction de secondes fit un croche-patte au Noctali qui s’écrasa par terre. La lame du poignard vint se poser alors sur la gorge du plus jeune tandis que des prunelles céruléennes d’une dureté presque effrayante vinrent se planter dans celles obscures du Hoennien. 

- Tu as fini ? Parce que je commence à en avoir marre. Donne-moi une bonne raison de ne pas te trancher la gorge, là tout de suite.

Bien sûr, au fond de lui, il sait qu’il ne le fera pas. Tuer des gamins, ce n’est pas trop son genre. Mais donner une leçon, ça ça ne le dérange pas. Pas complètement, du moins. Sa main est suffisamment sûre pour ne pas glisser par accident, mais ses prunelles assez effrayantes pour semer le doute.
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MessageSujet: Re: Tout est dans les détails ; Fuyuki   Dim 30 Juil - 2:37

Tous ces mots, ces mots qui se veulent assassins et venimeux, cette tirade qui cherche à me faire taire, ces stupidités dont je me contrefous même si elles se veulent dures, je n’en ai que faire ; je finis même par en sourire. Mauvais, peut-être un peu cruel moi aussi. Parce qu’il a faux, si faux, tellement faux que c’en est risible ; il croit tout savoir et pourtant rien de ce qu’il me dit ne fait écho en moi. Il a l’air si sûr de lui, il paraît lire en moi, me connaître plus encore que quiconque, et pourtant il fait fausse route comme personne. Je pourrais en rire, je pourrais continuer sur ma lancée : m’en foutre et m’en aller, pour cette fois-ci, laisser ce monstre à sa traîtrise mais, tout à coup, ce sont les mots de trop.

Je mériterais de mourir ? Une leçon, qu’il dit ? Je défaille, cette fois-ci. Personne ; personne n’a ce moindre droit sur moi. Connard. Il y croit, à ses palabres débiles. Alors, pour ce coup, je cède, je craque, il me met hors de moi et je plie si facilement que ça aussi, c’en est risible. « Rhapsodie, pourquoi tu fais ça ? » Je tremble tout entier ; elle est partout et nulle part, si froide et sa chaleur me manque. « Rhap, ces marques, ces larmes, Rhap pourquoi t’as les yeux qui brillent d'avoir mal ? » Je l’ignore ; je l’ignore. Fantôme, fantasme de mon esprit, espoir aussi fou que vain.

Et je cède, et je flanche, comme un con.
Au moins, mon coup réussi.

La seconde qui suit ma si petite victoire, je suis au sol, occupé à grogner contre la douleur de ma rencontre imprévue avec le bitume de l’allée. Je ne réalise pas tout de suite l’ombre qui pèse sur moi, ni le froid soudain contre ma gorge. Il me faut quelques instants, quelques secondes pour comprendre, pour saisir le regard de Fuyuki, pour que ses mots se répercutent et prennent sens dans mon esprit. « Tu as fini ? Parce que je commence à en avoir marre. Donne-moi une bonne raison de ne pas te trancher la gorge, là tout de suite. » Je déglutis, je tente de me débattre pour le repousser, mais avec tant de précautions pour ne pas me blesser que le moindre effort se révèle inefficace, que la moindre tentative demeure inachevée. Quelque part, je crois que j’ai peur. Peur qu’il ne mette sa menace à exécution, peur de ce qu’il se passerait, s’il le faisait. Peut-être bien que je mourrais, et que c’est ce qui m’effraie tant ?

Un violent frisson remonte le long de ma colonne vertébrale lorsque l’idée m’effleure l’esprit, et je siffle entre mes dents, avant de céder à un rire amer. Foutu pour foutu, tant qu’à faire « Ça dépend, tu sais cacher un corps ? » Je l’ai soufflé à voix basse, le ton agressif et la voix rauque. « T’façon t’y gagnerais quoi ? Allez, une mort de plus sur la conscience, et moi au mieux j’aurais au moins la paix ? » Et un sommeil paisible, pour cette fois. Ce sommeil paisible qui n’existait plus sans elle, que je retrouve un peu avec lui et qui me manque quand la solitude reprend le pas. Ce sommeil paisible, celui dans lequel on n’a pas si mal

« T’es tellement con, Fuyuki. »
Et je le suis tout autant, sûrement.

Je le vrille du regard, de mes prunelles dont je vois le reflet dans les yeux si clairs de mon, quoi, adversaire ? J’y aperçois les traits tirés, fatigués d’un gosse à l’air au bout de sa vie, j’y vois le teint pâle et maladif d’un gamin instable qui ne sait plus ce que la paix signifie, j’y distingue les topazes quittées de tout éclat, à l’air plus mortes qu’encore vives, qui observent cet autre, ce traître sans plus trop savoir qu’en penser. Plus rien, sans doute. Ça y est, l’enfant se désintéresse, l’adolescent s’en retourne dans ses idées noires, la bête sauvage se laisse acculer sans plus rien tenter d’autre, trop blessée déjà pour oser lutter encore contre plus fort. T’es tellement con, Rhapsodie.

Je ferme les paupières, relâche chacun de mes muscles ; je rends les armes, je lâche l’affaire. Et s’il lui venait à l’esprit de presser plus fort sa lame contre ma gorge, qu’il le fasse, qu’il ose, qu’il tranche, s’il le désire tant. Je suis résigné, rien qu’une énième fois. La combativité n’est pas chez moi, pas de mon côté ; je suis celui qui fuit plutôt qu’affronter, celui qui courbe l’échine sans baisser les yeux et se laisser piétiner en se contentant d’une morsure ou deux sans vraiment mettre de coeur à chercher cette liberté tant voulue, tant attendue et si enviée aux conquérants. Imbécile. Je frémis ; pense pas, Rhap, pense pas.

D’une voix presque inaudible et pourtant brisée, je ris. Je ris sans joie, je ris sans humour, je ris sans éclat ; c’est juste un rire sans fond, qui résonne alors qu’il ne devrait même pas exister, jamais être entendu. « T’as vraiment rien compris, hein. J’pensais que t’étais intelligent, un peu… J’me suis fourvoyé, alors ? » Fourvoyé. Maman rirait, de m’entendre utiliser un des mots que j’ai lu dans les bouquins qui trônent sur ses étagères. Parce que je suis le vulgaire, sans vocabulaire ; moins j’en sais et mieux je me porte. Oui, pour sûr, ça l’amuserait, et sans doute ne se priverait-elle pas de me dire que ça sonne un peu forcé, entre mes lèvres. Et ça l’est peut-être un peu, à dire vrai. « J’en ai rien à foutre, de Chronos, moi. Ça, c’est ton terrain puisque tu l’as décidé, et celui d’Avalon. Perso, tout ça, votre guerre à deux balles qu’aura jamais d’vainqueur, j’m’en fous t’imagines même pas à quel point. » Je ris, à nouveau, et ça sonne encore plus cassé que l’instant d’avant. « Moi tout c’que j’veux, c’est récupérer mon ange. Du reste, le ciel peut bien nous tomber d’ssus, j’m’en carre royalement. »

Et puis, une vague soudaine de courage, de cran un peu, et mon ton reprend ses notes provocantes, jusque là mises de côté. Je rouvre les yeux, je les plonge dans ceux de Fuyuki « Oswald et ton année de vains efforts pour le tuer —et m’fais pas rire, t’as assumé l’avoir sauvé alors que l’monde se porterait bien mieux si tu l’avais laissé crever comme il le mérite— c’pas mon problème. Parce que de lui aussi, j’en ai rien à foutre. »

De lui.
De lui.
Mais pas d’un autre.

Pas de cet autre, dont les prunelles me hantent où que j’aille, ces améthystes qui déchirent l’obscurité de mes cauchemars pour les rendre plus terrifiants encore. Pas cet autre, dont la simple énonciation suffit à me retourner les tripes, et à faire bouillonner un mélange flou de haine, de colère tout autant que de crainte et d’angoisse. Pas cet autre, pas ces prunelles qui me font me sentir sans cesse épié, jamais en paix. « Ouais, non, t’as raison. Y’en a un, un seul que j’veux voir tomber, même si ça veut dire que j’en crèverai. J’m’en fous, j'l'emporterai dans la tombe. » Je frissonne ; c’est con. Ça n’est que dans les histoires épiques que l’on entend le héros prononcer de ces inepties, seulement parce que c’est une histoire, et que dans les histoires, le bien l’emporte toujours. Dans les histoires, le héros peut bien être un idiot effronté, il vaincra le mal avec l’aplomb de ceux qui ne craignent pas pour leur vie. Parce que les histoires sont des conneries d’enfants. 

« Y’a que cette enflure que j’veux voir tomber, ce Sky, j’veux le voir agoniser, j’te jure que j- » Je m’interromps soudainement, le souffle presque coupé, parce que je réalise. Son prénom m’est revenu, tout à coup, alors même que j’étais certain de ne plus jamais le retrouver. Le lieutenant Sky. C’est ce qu’il ont dit, cette nuit-là, les types qui nous ont embarqués ma soeur et moi. N’est-ce pas ? Je me sens trembler, et je ne sais pas vraiment pourquoi ; mais je sais ce que me renvoie mon reflet dans les yeux de Fuyuki : l’image d’un gosse dont la peur est venue remplacer l’insolence qui luisait dans ses prunelles, un enfant perdu en quête de réponses, un ado’ paumé, mal assuré, qui vient tout à coup de perdre pied. Et ça n’est rien qu’une fois de plus.
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MessageSujet: Re: Tout est dans les détails ; Fuyuki   Dim 30 Juil - 2:38

Fuyuki avait la situation en main. On pouvait difficilement dire le contraire vu que c’était lui qui se tenait au dessus de son adversaire, un poignard contre sa gorge. Certains auraient probablement réussi à se dégager sans mourir et à reprendre le dessus, mais quelque chose disait au Givrali que ce n’était pas le cas du Noctali shiny. Il n’avait aucune certitude, mais son instinct le trompait rarement. Ce n’était qu’un gamin, après tout, un gamin qui avait fait une tentative d’infiltration bien maladroite. C’était vrai que Fuyuki lui-même était inexpérimenté quand il s’était fait recruter, mais il s’en était quand même relativement bien tiré. Suffisamment pour qu’on ne devine pas qu’il était ce qu’il était, justement. Et son petit doigt lui disait justement que même si ce n’était pas lui qui avait recruté Flynn, ce dernier se serait fait chopper. Les sbires de Chronos doués n’étaient pas forcément légions, mais il n’était pas non plus le seul à être à la hauteur. Car dans le cas contraire, l’organisation ne tiendrait plus debout depuis le temps. Oswald et sa clique haute-placée ne suffisaient pas à eux seuls à faire tourner la machine. Même si ça aidait sans nul doute à éviter que cette dernière ne rouille... Fuyuki n’aimait pas du tout l’admettre, mais le sommet de sa hiérarchie était doué. Même trop doué. Le fait qu’il n’arrivait pas à trouver une faille pour le détruire, ce sommet, le prouvait mieux que quoique ce soit d’autre. Prétentieux ? Allons, c’est d’un jeune espion solitaire dont on parle. Vous croyez vraiment qu’il est modeste alors qu’il pense détruire une organisation pareille à lui tout seul ? La bonne blague. Bref, revenons à nos chatons. Ou nos renards, comme vous voulez. Le regard planté dans celui de son cadet, Fuyuki attendait patiemment. Il n’avait vraiment pas l’intention de le tuer. Ce n’était qu’un gamin et il avait beau être parfois impitoyable dans ses missions pour donner le genre, il n’était quand même pas un tueur d’enfants. Certaines convictions ne se reniaient jamais, même dans les pires situations. Cela permettait de rester humain. Enfin, dans un sens, bien entendu car le Givrali ne l’était pas complètement. Et, ça, il ne l’oubliait jamais, malgré le plaisir qu’il avait à se faire passer pour tel. Il respectait et appréciait trop ses origines et sa famille pour renier ce qu’il était.

Flynn essayait de se débattre, mais comme prévu, c’était peine perdue. Malgré les apparences, le corps de Fuyuki était musclé et fort, il n’avait donc aucun mal à retenir au sol le Noctali qui à cause du poignard ne bougeait pas aussi bien qu’avant. C’était presque trop facile. Pourtant, Fuyuki n’avait pas son habituel sourire moqueur et prétentieux aux lèvres. Pas cette fois. Pas quand il avait un poignard sur la gorge d’un gamin. Au contraire, son regard était dur, concentré et sérieux. Il ne voulait pas commettre l’irréparable, alors il se concentrait comme rarement pour ne pas laisser ses émotions contrôler ses gestes. Car la colère avait tendance à l’envahir en présence de ce cadet un peu trop insolent et incontrôlable à son goût. Fuyuki avait tendance à oublier qu’il était un peu pareil, dans le fond. Lui non plus ne respectait personne en dehors de sa famille. Lui aussi avait un but. Et lui aussi disait toujours ce qu’il pensait réellement. Mais, bon, lui ne parlait pas dans le vide, ce qui était franchement bizarre si vous voulez mon avis. Fuyuki leva les yeux au ciel quand Flynn posa sa question. Il ne prit même pas la peine de répondre alors qu’il aurait très bien pu s’amuser à effrayer le gamin en répondant par l’affirmative. Mais la vérité était que non, il ne savait pas cacher un corps efficacement et sérieusement il n’avait pas envie d’apprendre un truc pareil. Qui en avait envie, d’ailleurs ? Ne répondez surtout pas à cette question, je n’ai pas envie de le savoir, hein. Le Givrali serra les dents et se retint de frapper son cadet. Qu’est-ce qu’il était insupportable celui-là. Pas besoin de lui rappeler les morts qu’il avait causé, merci bien, elles le hantaient chaque jour malgré les apparences qu’il arrivait à donner de l’extérieur. La morale, il pouvait très bien se la faire toute seule. Il n’avait besoin de personne pour lui dicter sa conduite et surtout pas d’un gamin encore en couche-culotte. Ouille. Désolée, c’était méchant. Enfin. 

Le regard azuré rencontra celui du jeunot avec un manque d’émotions presque impressionnant si cela n’avait pas été aussi effrayant. A croire que l’organisation avait enlevé toute humanité si je puis dire à l’âme du Givrali. Pour quelqu’un qui se faisait passer pour un humain, avouez que c’était franchement comique. Bien sûr, ce n’était pas complètement le cas, heureusement. Mais cela faisait quand même peur de voir un tel regard chez un jeune adulte. En tout cas, Fuyuki était presque blasé qu’on le traite de con. Pas qu’il ait l’habitude, quoique, mais plutôt car dans ces situations sa fierté n’était pas forcément la chose la plus importante au monde. Ben oui, hein, quand on place un poignard sur la gorge d’un gamin, on ne pense pas forcément aux futilités, vous en conviendrez, du moins je l’espère pour vous. 

- Peut-être bien. Qu’est-ce que ça peut me faire de toute manière ?


Sourire amer qui laissait presque penser que Fuyuki avait conscience de sa faiblesse, de son état pitoyable, du ridicule de sa situation, de ce qu’il était devenu. A croire qu’il savait mieux que personne quel misérable il était... Ce qui était sans doute le cas, d’ailleurs. Personne ne nous connaît mieux que soi-même comme on dit. Le Givrali sentit que son adversaire abandonnait. Le désespoir qui sortit de son rire glaça l’aîné, ce qui était plutôt ironique pour un type glace. Mais il avait rarement entendu une telle amertume dans un rire ou une voix autre que la sienne. Et cela faisait peur, dans un certain sens. Fuyuki ne répondit pas, il se contenta d’écouter, presque sans vie, tel une statue de glace, chose qu’il était peut-être au fond. Car pouvait-il être véritablement en vie ? Il en doutait, parfois. Le pire, c’était que Flynn avait raison. Parfois, il savait bien que cette guerre qu’il menait tout seul, ou celle que menait Avalon qui était presque pareille à la sienne ne valait rien. Chronos était trop fort. Oswald était trop fort. Il le voyait, le constatait tous les jours. Les humains étaient bien trop puissants, hors de la portée des hybrides. Et ce malgré tous les pouvoirs de ces derniers. Avec l’aide des légendaires, ce serait peut-être différent, mais ces derniers n’intervenaient jamais, du moins d’après ce que savait Fuyuki. Car c’était probable qu’on lui cachait des choses, tout dans les petits papiers de certains de supérieurs qu’il était, il n’était qu’un sbire, après tout. Enfin. Même si cette guerre était inutile, même si elle n’avait aucun sens, même s’il n’avait aucune chance, il continuerait. Car il ne savait rien faire d’autre, en réalité. Enfin, la façon de penser de Flynn était quand même égoïste. Enfin, il était mal placé pour le lui faire remarquer et il n’en avait plus vraiment la force. 

La tension revint dans les muscles du Givrali quand le Noctali repartit sur sa lancée. L’agacement l’envahit à nouveau et il fit disparaître le poignard aussi vite qu’il était apparu, de peur de commettre l’irréparable. Le contrôle quand il était dans tous ses états, ce n’était pas vraiment ça. Et il était suffisamment fort pour maintenir au sol son cadet sans, enfin normalement. Il ne disait toujours rien, il laissait couler, faisait comme si les mots ne l’atteignaient pas. Alors qu’ils l’atteignaient aussi sûrement que le poignard qu’il venait de ranger. La curiosité l’envahit soudain et il replongea ses orbes azur dans celles de son « cousin ». Avant de se figer complètement. 

Sky... Ne me dites pas que... Vu les tremblements de son cadet, il pensait probablement à la même personne. Un soupir échappa à Fuyuki qui s’écarta enfin, laissant le gamin se relever. Il lui tourna le dos, même si c’était dangereux vu les circonstances. Mais il n’avait pas peur, il se savait plus fort dans tous les cas et de toute manière cela lui égal au fond. Ce gamin ne le tuerait pas, il le savait. Et à part la vie et sa famille qui n’était pas présente dans les parages, le Noctali ne pourrait rien lui enlever de précieux.

- A ta place, je ne le ferais pas. Peut-être que tu connais le lieutenant, car je suis sûr qu’on parle du même, mais cela ne change rien au fait qu’il est trop pour toi. Ou pour moi. Enfin, pour le moment, en tout cas.


Il tourna la tête et adressa un regard à la fois sérieux et moqueur à son cadet avant de faire un signe de main.

- A plus, gamin. Essaie de ne pas te faire tuer, hein. Même si on ne s’entend pas, on est en quelque sorte de la même famille, alors cela me chagrinerait un peu. Enfin, peut-être car t’es quand même vachement agaçant quand tu t’y mets.


Et oui, Fuyuki partait comme ça, comme si de rien n’était Sacrément lunatique ce type vous dites ? Peut-être. Ou alors, peut-être avait-il simplement envie de partir avant de craquer devant un gosse. Car ses mains tremblaient pour une raison obscure en réalité. Tellement qu’il n’était pas sûr de pouvoir se défendre efficacement cette fois... Seul le futur nous le dira.
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MessageSujet: Re: Tout est dans les détails ; Fuyuki   Dim 30 Juil - 2:38

Il vient de retirer la lame de son poignard de sous ma gorge, et je ne peux réprimer le sourire mauvais qui vient s’installer sur mes lèvres. Je ne sais pas, je ne comprends, cette amertume dans ma bouche, ce feu dans mes veines, le désespoir de mon coeur. Peut-être qu’au fond, j’espérais qu’il oserait ? Peut-être qu’en vérité, j’osais espérer qu’il tremblerait, qu’il faillirait, qu’il la commettrait, son irréparable connerie ? Je pourrais bien rire, si je n’avais pas la gorge nouée, pas l’impression de pouvoir céder aux larmes d’un instant à l’autre. Pourtant, mes yeux ne brûlent pas ; mais c’est ce noeud dans ma gorge, ces tremblements dans mes poings fermés, ces grincements dans mes dents serrés. L’envie de gueuler, à m’en casser la voix, comme trop de fois, l’envie de flancher, d’abandonner, comme j’y songe bien trop souvent pour un gamin de quinze ans. C’était la haine, la peur, la lâcheté à son paroxysme ; l’inavouable et l’inéluctable ; ce qui rongeait, plus sûrement que de l’acide, mais dans le secret que ce qui n’atteignait jamais le corps, seulement l’esprit. La culpabilité, la rancoeur, ce que l’on ne dit jamais parce que personne ne comprend, même s’ils essaient. Parce que l’on a ni le même chemin, ni les mêmes douleurs, pas les mêmes hier, encore moins les mêmes lendemains. Parce que l’on trace notre propre route, et c’est ce qui nous rend si faibles et si forts tout à la fois.

Il me relâche, se redresse et, alors qu’il parle, j’observe le ciel entre les toits des bâtisses qui entourent la ruelle. Bleu, quelques nuages qui défilent, peu soucieux de ce qu’il se passe ici bas pour le commun des mortels. Gamin, je voulais toucher les étoiles, chevaucher les nuages, et mes parents me faisaient croire que c’était possible, à grands renforts de rêves et d’espoir. Mais c’est parti, tout ça, parti si loin, avec l’insouciance et les jours paisibles, dans les cris, les larmes et les portes qui claquent. C’est parti, tout ça, disparu, envolé comme a disparu ma soeur. Depuis, ça n’est plus qu’un vieux souvenir que l’on essaie de m’arracher. Un vieux souvenir, qui me garde la tête hors de l’eau ; peut-être qu’un jour, tout ça, on le retrouvera. 

« Enfin, pour le moment, en tout cas. » Je frissonne. « Pour le moment, Rhapsodie. » Je retiens un hoquet, parce qu’il y a son visage de porcelaine penché sur moi, son sourire et ses yeux qui m’observent et m’hypnotisent. « Pour l’instant. » je souffle en tendant la main, mais elle se dissipe comme on s’éveille d’un songe, tout en images floues et fondus obscurs. Je sens comme une chaleur sur ma main, mais ça n’est rien ; rien qu’un rayon de soleil venu s’échouer sur mes doigts marqués de cicatrices. Rien qu’un rayon de soleil, et ça n’est pas le mien. « A plus, gamin. Essaie de ne pas te faire tuer, hein. Même si on ne s’entend pas, on est en quelque sorte de la même famille, alors cela me chagrinerait un peu. Enfin, peut-être car t’es quand même vachement agaçant quand tu t’y mets. » Je me redresse, lentement, et je l’observe qui s’éloigne sans rien dire, sans rien répondre. Qu’y a-t-il à ajouter, alors même que je ne sais plus ce qui en vaut la peine ? « ... Grand frère ? » Son regard est triste, tout à coup, et c’est comme si je sentais le poignard de Fuyuki s’enfoncer au plus profond de mon coeur. C’est douloureux, et ça me glace de l’intérieur.

Je bondis tout à coup, je vacille sur mes jambes mais parviens à ne pas tomber, et je cours ; je cours pour le rattraper avant qu’il ne disparaisse à l’angle d’une allée, je cours pour lui saisir le poignet, je cours à presque m’en effondrer contre lui. Je tiens debout, sans trop savoir par quel maléfice. Je halète, alors même que l’effort n’était rien, rien comparé à ces heures dans les bois, rien comparé à tout le reste. Pourtant, j’ai le souffle court, mes poumons me lancent, je tousse jusqu’à être enfin capable de parler, dans une respiration entrecoupée. « Victoria... » Et j’espère, oh, j’espère, que c’est le nom qu’elle leur a donné, là-bas. J’inspire, profondément, difficilement. « Victoria Miller. C’est… Fais en sorte qu’il ne lui arrive rien. Je… S’il te plaît. »

Et je recule, lentement, pas par pas ; je recule en le lâchant, comme brûlé par sa peau pourtant si froide ; je recule en secouant la tête, rongé de culpabilité, rongé de mille pardons et de mots que je ne prononcerai jamais. « Protège-la... » Ma voix s’est brisée pour de bon ; protège-là, mieux que je n’ai su le faire
Je tourne les talons, comme je l’ai toujours fait face aux difficultés ; je tourne les talons et je fuis, comme je l’ai toujours fait depuis qu’elle est partie ; je cours dans les rues, je m’efface, je disparais. Mettre le plus de distance possible entre lui et moi est devenu ma seule préoccupation. Je m’enfonce dans la foule du centre de Lavandia, je bouscule quelques passants qui me lancent des regards noirs ; je les ignore et je fuis encore. Il me faut longtemps, si longtemps pour cesser de courir, si longtemps pour inspirer enfin, si longtemps avant de prendre le soin de calmer mon coeur qui s’est emballé. J’observe les alentours, le monde qui passe, le monde qui tourne et les nuages qui filent encore au dessus de nous. Ça me donne le vertige, ce monde qui va trop vite

C’est capuche rabattue sur mon crâne et mains dans les poches que je m’enfonce dans l’un des petits commerces qui traînent dans les parages, et c’est avec mes pièces de fond de poche que j’achète une canette de lait à la baie fraive. L’amertume coupée par la douceur du lait parvient à m’apaiser pour de bon, et je tâche d’oublier cette rencontre, ce contact d’un peu trop près avec ce type qui aurait pu me tuer, s’il n’avait pas été lui, un hybride, plutôt qu’un homme. Je n’y parviens pas vraiment ; même là, assis sur ce perron, non loin de l’arrêt de bus et en l’attente de celui qui me ramènera jusqu’à Cimetronelle, je ne peux m’empêcher de lancer des regards alentours. Pourtant, j’en suis certain : Fuyuki doit être déjà bien loin, maintenant. 

Et moi, moi… Moi, je suis ici, assis sur les marches en pierre réchauffées par le soleil automnal, à observer les visages inconnus, les adultes qui vont, ceux qui viennent, les enfants qui jouent au ballon en riant lorsqu’il heurte les murs ou les barrières ; moi je suis là, et j’observe cette liberté que je ne sais plus vraiment éprouver. Moi, je suis là, et je suis malade de ce monde qui tourne sans jamais s’arrêter.
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MessageSujet: Re: Tout est dans les détails ; Fuyuki   Dim 30 Juil - 2:38

Sale gosse. Fuyuki retint ces mots qui menaçaient de sortir de sa bouche. C’était si tentant de le nommer ainsi, ce gosse cassé qui s’amusait à le provoquer et qui était aussi insupportable que son cousin. A croire que les Noctali l’étaient tous. Caractéristique du type ténèbres, peut-être ? Qui sait. Il n’en connaissait pas tant que ça, pas assez pour l’affirmer en tout cas. C’était peut-être juste une caractéristique des Noctali et si c’était le cas il n’avait vraiment pas de chance. Les Givrali étaient moins agaçants, à une exception près. Car celui qui nous intéressait là tout de suite battait tous les records quand il s’agissait d’énerver les gens. Il était donc mal placé pour le reprocher aux autres, mais c’était toujours amusant de le faire. Les mains dans les poches, l’air détendu et même serein, le jeune homme aux cheveux bleus marchait depuis un moment quand il se fit rattraper par l’autre adolescent. 

Adolescent qui s’effondra à moitié contre lui, d’ailleurs, la faute probable à sa course effrénée. Perplexe, Fuyuki l’observa après s’être tourné, se demandant ce qui lui prenait tout d’un coup. Le Givrali aurait très bien pu avoir peur qu’il fasse un malaise dans son état, mais il avait assez joué au baby-sitter pour la journée. Il se contenta donc d’attendre les paroles qui ne manqueraient pas de venir, après tout il l’avait rattrapé pour une raison, en toute logique. Les paroles ne manquèrent pas de venir en effet, surprenantes et inattendues. Fuyuki haussa un sourcil, hautement perplexe. S’il s’était attendu à ça. Il resta muet pendant quelques secondes, presque choqué par la supplique du plus jeune.

Il l’avait cru trop fier pour ça, mais apparemment ce gamin avait compris qu’il n’arriverait pas à sauver celle qui lui était chère tout seul. En même temps, si elle avait été enlevée par le lieutenant le plus loyal d’Oswald – comment expliquer la haine de Flynn à son égard autrement ? - cela n’étonnait pas l’espion. Il avait beau mépriser le haut-gradé, il devait reconnaître qu’il était doué et dangereux. Bien trop pour un simple gamin, aussi motivé et suicidaire soit-il. Le Nishimura soupira et passa une main sur sa nuque. 

Génial. Pourquoi cela tombait sur lui au juste ? Il n’avait vraiment pas de chance. Déjà que c’était dur de garder sa couverture jour après jour, cela le serait encore plus s’il fouillait et mettait son nez là où il ne devait pas. Il aurait très bien pu refuser d’aider Flynn et le laisser se débrouiller seul avec son ange comme il l’avait si bien dit, mais le Givrali n’en avait pas le courage. Qui aurait cru qu’il prendrait pitié de ce gamin ? Qui aurait cru qu’il avait un cœur ? Un vague sourire apparut sur ses lèvres et le Givrali ricana légèrement, plus pour se moquer de lui-même que de son « protégé ». 

- Je ferais ce que je peux.


Il ne pouvait pas promettre. Sa couverture passerait toujours avant le reste, mais il avait quand même l’intention de faire ce qu’il pouvait. Même si ce ne serait sans doute pas grand-chose. Il n’oublierait pas ce nom, il le conserverait dans un coin de sa mémoire et ferait ce qu’il pourrait pour la retrouver. Il n’y avait plus qu’à espérer qu’elle soit tombée sur un dresseur pas trop cruel avec les hybrides, même si à Chronos on ne devait pas rêver non plus. Mais il y avait quand même du mieux parfois, alors autant croiser les doigts. 

Fuyuki n’eut pas le temps d’ajouter quoique ce soit car le gamin partit sans se retourner. Le Givrali le suivit du regard, se demandant bien s’il le reverrait un jour. Il finit par hausser les épaules, le destin déciderait pour eux. L’espion partit à son tour, glissant à nouveau ses mains dans les poches. Il était temps de rentrer au QG. Il avait un rapport et des recherches à faire...
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