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 Plus de vérités à confirmer, aucun mensonge à nier ; Zephiriel

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Yûki
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MessageSujet: Re: Plus de vérités à confirmer, aucun mensonge à nier ; Zephiriel   Dim 30 Juil - 2:55

Ça brûle. Ça brûle, et pourtant j’ai froid. Plus que jamais. Je hoquette, je tousse, je me débats ; il y a des éclats de couleur devant mes yeux, des éclats de rire à mes oreilles. Ça fait comme des flash, comme des coups de tonnerre, c’est comme tomber dans le vide, cette sensation qui me tire du sommeil d’habitude, mais pas cette fois. Est-ce que c’est ça, mourir ? C’est frais sur mon front. Ça m’arrache un violent frisson, et pourtant c’est tellement bon. « Dis, Rhap » c’est elle qui est si froide ? « Dis, Rhap, combien tu m’aimes ? » La douleur irradie de ma main, remonte le long de mon bras, me secoue tout entier. « Rhap » Ne m’appelle plus. « Rhap, combien tu m’aimes ? » C’était quoi, la réponse, déjà ? Je ne sais plus si je l’ai donnée. Comme les cieux, comme les étoiles, les mille constellations que je connais. Est-ce que je l’ai déjà dit ? Comme les printemps, les étés, même les hivers glacials, je t’aime autant que tu m’aimes. Est-ce que c’était ça, est-ce que c’est toujours pareil ? Et toi, Soliste, combien tu m’aimes ?

Son regard me vrille, me transperce, elle se fond dans l’obscurité. « Dis, Rhap » Je ne veux plus rien dire. « Dis, Rhap » Ne me le demande pas. « Pourquoi t’es pas là ?» C’est comme un coup en pleine poitrine, pire, en plein estomac. « Dis, Rhap, tu m’aimes plus ? » Je glapis, comme si l’on venait d’enfoncer un poignard dans mon estomac. Je sais la douleur d’une lame dans les chairs. Et c’est pire encore parce que c’est elle qui me blesse. Mais ça n’est plus tout à fait sa voix que j’entends. Plutôt comme un mélange, un peu de la sienne, un peu de celle de Belt. Il est là, derrière elle, les mains pleines de sang et pleine de feu et la maison brûle et les bâtiments gris brûlent et les gens hurlent, ils hurlent, ils hurlent en tombant, ils hurlent en frappant, ils hurlent en saignant. 

Et puis, je crois que la réalité se mêle à mes songes.
Il y a une chaleur qui m’étreint, 
une chaleur—
qui ne m’abandonnera pas au froid.
Dans la limite entre l’inconscience et le rationnel, deux prunelles—
rougeoyantes.

Au milieu de spasmes fiévreux, je reprends pied. C’est flou, et il y a un bourdonnement dans mes oreilles, du vent qui fouette mon visage. Mais toujours cette chaleur ; elle n’était pas rêvée. Avant même de reconnaître le visage au dessus de moi, c’est la fragrance épicée qui m’incite à me raccrocher à celui qui m’étreint. Zephiriel. Il est là, il est là, il ne m’a pas laissé. J’enfouis mon visage contre lui, tremblant et hoquetant. L’odeur piquante me rassure, même si elle a quelque chose de troublant. Ça n’est pas l’effluve d’un lieu précis, de quelque chose que l’on peut définir, ça n’est pas comme celle de Noa, pleine d’humus et de pluie, ni comme celle d’Heiji, où traîne toujours le fumet des fleurs de Lavandia, mêlé à celui de la peinture. C’est plus indistinct, c’est partout et nulle part à la fois. Le parfum de ceux qui ne s’attardent jamais suffisamment pour s’imprégner d’un endroit.

Tout à coup, je réalise, à quel point j’ai été cruel et injuste, à quel point j’ai causé du mal, à quel point j’ai mal, aussi. Il a raison : les gens s’en foutent, c’est mon fardeau. Alors pourquoi, pourquoi toujours vouloir le faire peser sur les autres ? Pourquoi avoir voulu le faire peser sur ses épaules à lui ? Je serre les dents, je me mords la langue jusqu’à sentir le goût du sang qui me répugne. Mes mains tremblent comme jamais, et l’infirme me lance par à-coups violents. J’ai l’impression que les bandes se font déjà tâchées de carmin. Ou j’hallucine encore ? Instinctivement, mes yeux cherchent Soliste, ne la trouvent pas. Il n’y a que l’arôme de cannelle qui s’immisce jusqu’à moi.

Je tousse, étouffé par l’odeur entêtante. 
La seconde d’après, je fonds en larmes. 

Une fois de plus, alors que je me calmais, alors que je… Quoi ? J’agrippe plus fort le tissu de ses vêtements entre mes mains, j’oublie la douleur qui parcourt mon bras, je serre autant que je peux, comme pour ne pas tomber, pour ne pas sombrer. Pour ne pas me perdre à nouveau. J’ai la tête qui tourne, l’impression de vaciller, pourtant je suis toujours dans ses bras et à même le sol. « Zeph j’ai mal » je lâche tout à coup, entre deux sanglots et la voix entre le trop aigu et le murmure cassé. Mal, mal, mal, mais où ? Au coeur, au ventre, juste à la main ? Je ne sais même plus où est-ce que ça lance le plus. C’est mon corps et pourtant il se dérobe encore à moi-même. Par automatisme gagné au fil des années, je porte la main à mon oreille, rien que pour effleurer les deux bijoux qui s’y trouvent. Mon corps, ma possession, pire, l’oeuvre que je taille à force de coups et blessures.

Je m’effondre un peu plus contre Zephiriel, et j’essaie d’oublier tout ce qui n’est pas lui, ses bras, sa voix. Il passe d’inquiétant à réconfortant, devient terrifiant, se refait rassurant. C’est peut-être lui qui me fait mal, finalement. Mais c’est aussi lui qui me retient, me maintient à la surface, m’empêche de sombrer, là, maintenant, tout de suite. C’est lui qui m’a mis dans cet état, mais c’est lui qui a crevé l’abcès qui me tuait à petit feu. N’est-ce donc pas un mal ? Je ne sais pas. Je crois que ça me bouffe encore. Les ombres dansent tout autour de nous ; je ne les vois pas parce que j’ai les yeux fermés, mais je sens leur souffle chaud sur ma nuque. Je m’agite comme pour les chasser, me réfugie au plus près du Luxray. Pendant un instant, j’en ai oublié de respirer. « Zeph, Zeph, Zephiriel pardon, Zeph... » Je halète, le souffle court, une boule dans la gorge. « Zeph elles sont là » Les ombres. J’en suis persuadé, parce que leurs crocs m’effleurent. 

Des bribes de mon sommeil ressurgissent. 
Du sang, des cris, des cris et du sang—
encore du sang—
leur sang.

Dans un geste soudain, je m’arrache de ses bras et, à quatre pattes, je me détourne, plié en deux par des haut-le-coeur. Pense pas, Rhap, pense pas. Je tousse violemment, et c’est juste la brûlure de la bile qui m’arrache un gémissement douloureux. T’as déjà plus rien dans l’estomac, imbécile. Je ne me rends compte que trop tard que ma main s’en est allée s’accrocher à celle, gelée contre la mienne, de Zephiriel. Comme pour ne pas perdre contact avec la réalité que j’ai du mal à retrouver parfaitement, encore fragile et vacillante face à moi. A chaque spasme douloureux, tremblant et frissonnant, je ne peux m’empêcher de resserrer mes doigts sur les siens, avec une force proche de zéro tant elle semble m’avoir quitté désormais. 

Je crache la bile immonde au sol, essuie mes joues baignées de larmes même si elles n’ont pas encore cessé de couler. J’ai toujours ce bourdonnement sourd à mes oreilles, et je claque des dents malgré la chaleur désagréable qui court dans mes veines. Je n’ose pas le regarder, mais mon attention est toute entière portée sur nos mains liées, seul point de contact qui demeure entre lui et moi. A l’instant précis, je me sens plus faible que jamais, simple môme qui tente de porter seul un poids trop lourd pour lui, et qui cède. Finalement, je crois que j’y suis bel et bien, à genoux. « J’le pensais pas, Zephiriel, je… j’le pensais pas, j’te jure j’le pensais pas, j’le pensais pas, j’voulais pas, je… je... » Je serre les dents, tente de refouler les larmes mais elles coulent quand même, sur ma main blessée et douloureuse et sur le sable. « J’le pensais pas, j’veux pas qu’ils te chopent, j’veux pas et si tu crèves j’les crève et c’est tout et j’veux pas et PUTAIN ÇA FAIT MAL. » Arrête de gueuler, Rhap. 

Ma gorge est en feu, de mes cris et de l’acide, de mes souffles saccadés et incertains, de mes paroles qui n’ont plus aucun sens. Mon regard se perd dans le vague, regarde toujours nos mains sans les voir vraiment. L’odeur de cannelle n’est plus, il n’y a que l’imprécise de Zephiriel. Cette imprécise tellement déstabilisante, et pourtant déjà familière. Je ne sais pas comment, je ne sais pas pourquoi, un sourire s’installe sur mes lèvres. Quasiment imperceptible, mais bien présent. Mes yeux cherchent ses sanguines, s’y perdent presque aussitôt. « Tu m’as pas laissé… tu m’as pas laissé... » Ça n’est qu’un murmure entrecoupé et pourtant, ça signifie tellement. C’est qu’au fond, je n’ai besoin que d’un sauveur, que de quelqu’un qui sache m’arracher à ma peine lorsque je deviens mon propre ennemi. 

Parce qu’il n’y a jamais pire que soi-même pour se détruire.
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Yûki
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MessageSujet: Re: Plus de vérités à confirmer, aucun mensonge à nier ; Zephiriel   Dim 30 Juil - 2:55

Il est là, cassé, contre toi, il tremble, il convulse ; et toi, toi, tu murmures, tu rassures – t'espères -, tu restes là près de lui, tu restes là, la main dans sa chevelure à attendre, juste attendre. T'as le flambeau de ta promesse dans une main et l'esprit aux aguets ; t'es la bête qui veille, le frère qui apaise et attend. Ton regard voyage, de son visage pâle aux joues rougies, en sueur, aux alentours dont on ne discerne plus rien. Les dieux sont déchaînés, les dieux sont sans pitié ; les dieux sont au delà, bien au dessus de simples considérations humaines et pitoyables – comme vous. Quoiqu'Arceus a semblé régler ce problème... Et lui, alors ? Qu'est-il pour laisser ce gosse, là, ce gamin cassé en boule, recroquevillé et qui gémit ? Qu'est-il, lui, au dessus bien au dessus de tout ça ? Tu t'en fous, tu t'es jamais intéressé à ce Dieu que l'on vénère ou l'on exècre ; tu t'en es jamais préoccupé, t'avais pas que ça à faire. Pourtant, ici et maintenant, ça fait mal. Pourtant, ici et maintenant, tu lui en veux. Tu comprends pas, tout ça te dépasse ; toi l'hybride élevé comme un humain, tu comprends pas ces considérations là, tu comprends pas les débats sur son joint de trop et la transformation subite des pokémons, tu comprends pas toute cette merde ; toi, ce que tu comprends, c'est lui : toi, tu vois qu'on a juste trouvé le moyen de faire souffrir plus de gens encore après cela, qu'on a juste trouvé de la chaire à pâté, de nouvelles victimes d'une nouvelle société. Comme ce gamin brisé.

Rhapsodie, ô Rhapsodie, toi enfant de ces malheurs qui secoue ce nouveau monde, t'en penses quoi ?
Rhapsodie, ô Rhapsodie, toi qui est si similaire, toi qui est de l'autre côté ; c'est quoi, « être hybride », de nos jours ?
Rhapsodie, ô Rhapsodie, tu crois que tes blessures peuvent guérir ?


T'inspires. La fatigue, c'est sans doute la fatigue, ça te prend la tête. T'aimerais t'effondrer à ton tour, mais tu restes là, mais tu restes droit ; tu le fixes et t'attends. Puis ses yeux s'ouvrent, soudain, comme ça, et tu réprimes un sursaut ; puis il semble être dans cet état secondaire, entre l'éveil et le rêve, entre l'éveil et le cauchemar, et tu frôles la panique. Ce n'est que grâce à ta nature calme et taciturne que tu réussis à ne pas t'agiter en tous sens et juste murmurer un « je suis là, chhht, je suis là... » hésitant. Ses mains s'agrippent, fermement, paniquées devines-tu, à toi ; c'est avec la force du désespoir, avec la force de la douleur qu'il sert ton haut, et tu continues de murmurer, continuer de lui rappeler ta présence, calmement. « Zeph j’ai mal. » C'est un coup de couteau, un couteau inévitable, un coup qui fait mouche, un coup en pleine poitrine. Tu ravales maladroitement ta salive, passe une main sur son front et murmure un « je sais », rejette ses cheveux en arrière, doucement. « Je suis là » que t'ajoutes. 'Je suis là' ; pour sûr que tu l'es, tu l'es et tu le resteras. C'est un nouvel allié qu'il a gagné, une autre béquille dans un monde d'estropiés, un autre cassé pour essayer de marcher droit, un autre fou pour espérer. Il se blottit plus encore, tremble, est secoué de spasmes ; c'est affreux, tu peux juste assister impuissant à la douleur, tu peux juste la contempler et rester là, silencieux. Oh, t'apprends, Zephiriel ; t'apprends qu'avoir mal, ce n'est pas seulement physique, ce n'est pas seulement de sa douleur, c'est aussi de son impuissance, c'est aussi de la douleur des autres. « Zeph, Zeph, Zephiriel pardon, Zeph... » T'as une boule dans la gorge, ça sert, ça sert et ça fait mal. Il hoquette ; t'aimerais dire quelque chose, mais rien ne sort. « Zeph elles sont là » Et tu comprends pas.

Soudain, c'est fulgurant et violent, tant qu'un sursaut te saisit ; il se pousse, il dégage, il s'éloigne et rampe presque, et instinctivement, tu te redresses. Ta main s'étire dans sa direction, et elle reste là, en suspension dans les airs, à attendre, hésitant, craintif. Puis il tousse, puis il gerbe, et tu ramènes doucement ta main. T'as un souffle, juste un souffle, pas de résigné, pas de désespéré, pas d'ennuyé ; juste un souffle, sans raison valable, un simple souffle. Ton regard se baisse, se baisse jusqu'à tomber sur la main qu'il a laissé sur la tienne, agrippée comme s'il s'agissait là du dernier lien avec la terre ferme, comme s'il s'agissait de sa dernière prise avec la réalité. Tu te mords la lèvres, pensivement, et relèves les yeux, pendant qu'il semble chercher à évacuer ses tripes par la voie buccale. Il est secoué, physiquement et mentalement, et tu peux pas faire grand chose d'autre qu'attendre, encore, alors t'attends, encore. Jusqu'à ce que cela cesse, jusqu'à ce qu'une main tremblante ne vienne essuyer ses larmes, jusqu'à ce que tu sortes un mouchoir de ta poche et le lui tendes. Il a froid, il claque des dents, et tu tournes le regard en direction de la cabane ; faut que tu le ramènes à l'intérieur. T'es si concentré sur la suite des opérations que sa voix te ramène un peu à la réalité, que tu tournes les yeux sur son regard baissé, posé sur vos mains liées. « J’le pensais pas, Zephiriel, je… j’le pensais pas, j’te jure j’le pensais pas, j’le pensais pas, j’voulais pas, je… je... » Tu ne cilles pas. Tu le fixes, détailles son visage, son teint pâle, ses yeux rougis, bouffis, sa mine déconfite et son air abattu, plus que jamais. Toi, tu le pensais. Tu dis rien, t'écoutes ses pardons, t'écoutes ses sanglots et ses hésitations. Tu dis rien, rien de rien, t'attends juste, tu sens que c'est pas fini ; et puis, pour dire quoi... ? Que tu te sens con ? Qu'il a eu raison de s'énerver ? Que t'escon ? Sans doute ; mais plus tard. « J’le pensais pas, j’veux pas qu’ils te chopent, j’veux pas et si tu crèves j’les crève et c’est tout et j’veux pas et PUTAIN ÇA FAIT MAL. » T'ouvres la bouche, la refermes ; fini l'impassibilité, t'écarquilles un peu les yeux, ravales ta salive. Et puis t'as une réaction bizarre, sans logique, une réaction qui n'a jamais été très familière, une réaction que tu ne pensais pas avoir un jour.

Tu te penches, ta main libre vient se perdre à nouveau dans sa chevelure et tu ramènes son front contre ton épaule. Un sourire hésitant, léger, craintif peut être, vient écorcher tes lèvres. « Je sais » que tu murmures, comme un songe, comme une promesse ; « je sais », un peu de chaleur dans cette solitude glacée, une main tendue qui ne se baissera plus jamais. Sa tête est restée baissée, son regard planté sur vos mains, et de nouveau le froid vous dévore quand tu l'écartes un peu. Tu ne cherches plus ses yeux, tu crois qu'il n'osera plus les relever ; pourtant, tes billes dérapent sur deux azures et tu restes muet. « Tu m’as pas laissé… tu m’as pas laissé... » Jamais, que t'as promis. Un nouveau sourire, léger, un nouveau sourire, déterminé et peut être un peu triste. « Après t'avoir sauvé une première fois ? Ç'aurait été con. » Un léger rire, infime et peut être moins douloureux que les autres, et tu te redresses. Il est temps de le ramener. Tu tires très légèrement l'adolescent, songes qu'il va pas pouvoir aller bien loin. Alors tant pis, on a déjà fait dans le ridicule de toute façon ; tu l'attrapes et le cale dans tes bras, lâche un « tu râles pas on a pas le choix » avant de te dire que décidément, t'es un masochiste de première. C'est peut être pas super loin, il n'est peut être pas particulièrement lourd, mais... t'es faible, là. Qu'importe ; t'avances et lui lances un regard. « Au pire je te taxerais un croissant, quand je t'aurais ramené chez toi. Ok ? » Parce que non, il ne se débarrasserait pas aussi vite de toi.
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MessageSujet: Re: Plus de vérités à confirmer, aucun mensonge à nier ; Zephiriel   Dim 30 Juil - 2:56

Je reprends pied, lentement, je respire un peu mieux, je tousse un peu moins et la nausée se dissipe. Le goût de la bile s’attarde encore sur la langue, m’arrache presque quelque grimace répugnée, mais je n’ai pas la force, plus la force de rien sinon celle d’être désolé. Désolé de mes cris, désolé de ma colère, désolé de cette haine qu’il ne méritait pas. C’est toujours pareil, de toute façon, n’est-ce pas ? Je hurle, j’insulte, je fuis ; et puis c’est la culpabilité qui se décide à m’achever. Tu voulais savoir comment un gosse se retrouvait seul, perdu, ici, au milieu de nulle part, Zephiriel ? La voilà, ta réponse ; comme ça, comme je l’ai fait avec toi : j’ai cédé, j’ai blessé et puis j’ai fui. A la différence que mes parents ont cessé de me courir après, parce qu’ils savent que je reviendrai, parce qu’ils savent que si les pardons ne seront jamais dits, mes retours signifient tant d’excuses qu’ils les acceptent sans un mot. Et si un jour, je ne revenais pas ? L’image de cet humain si semblable à ce meilleur ami perdu s’impose à mon esprit, s’agite, vacille. Et si je partais, et si j’acceptais ? Que diraient-ils ce jour-là, privé de leur deuxième enfant parce que l’on aura préféré les silences, les mensonges et les illusions plutôt que l’inéluctable réalité ? Est-ce qu’ils s’en mordraient les doigts, eux aussi ?Tenteraient-ils de me retrouver, ou bien tairaient-ils la douleur, fermeraient-ils leur cœur et leurs souvenirs à double tour comme ils le font si bien lorsqu’il s’agit de ma sœur, de leur fille ? 

L’amertume me prend à la gorge, se plaît à m’écorcher vif, une énième fois. Mon regard se perd, cherche, accroche deux prunelles rougeoyantes, une seconde, avant de revenir sur ces deux mains qui ne se défont pas. Un lien, une promesse ; mille mots qui ne se disent pas mais se ressentent. Comme si, parfois, la force du silence transcendait jusqu’à celle du millier de paroles que l’on ne dira jamais.

Tout à coup, je tremble ; tout à coup, je frémis ; tout à coup il y a sa main dans mes cheveux, et je suis à nouveau contre lui. J’inspire son parfum sauvage, perturbant, je m’en rends ivre si tant est que ce soit possible. Je ferme les yeux dans le creux de son épaule, et il y a ce « Je sais » qui réponds à mes cris, à mes doutes, ce « je sais » qui répond à ma douleur. C’est comme s’il la comprenait, et qu’il la prenait un peu sur lui, c’est comme s’il m’ôtait un peu de ce mal qui pèse sur mon coeur, m’en allégeait tant qu’il le peut. C’est comme s’il savait, et qu’il se sacrifiait, qu’il se risquait à perdre un peu de lui pour sauver un peu de moi —s’il reste seulement quelque chose à sauver, quelque chose à réparer, quelque chose à soigner parmi un trop-plein de blessures faites au coeur d’un gosse de quinze piges.

Dis-moi, Zephiriel, toi qui sais la souffrance, toi qui sais la peur, crois-tu qu’on guérisse jamais des blessures que l’on s’inflige soi-même, par dépit, par rancœur ? Dis-moi, Zephiriel, toi qui as les années, toi qui as l’expérience, guérit-on jamais de ces douleurs qui nous ont fait saigner, qui nous ont fait pleurer ; guérit-on jamais d’avoir tant désiré se rendre plutôt que continuer à lutter ? 

On m’a quelquefois dit qu’il n’y avait jamais pire juge que soi-même, jamais pire culpabilité que celle que l’on est capable de justifier que par nos seuls torts plutôt que ceux de plusieurs, jamais pire rancune que celle que l’on détourne en armes meurtrières qui ne nous blessent que plus encore. Mais comment, comment, ô Arceus, toi qui sais tout, comment peut-on oublier ce qui tue, comment peut-on oublier ce qui détruit ; ô Arceus dis-moi, comment peut-on réapprendre à vivre sans la haine et les blessures si elles sont ce qui nous tiennent debout ? J’ai souvent questionné, j’ai souvent prié ; tu n’as jamais répondu. Tu te fous de nous, Arceus, n’est-ce pas ? Tu te fous de nous, de tes enfants, de tes croyants. J’ai toujours cru qu’avoir la foi suffisait à s’en tirer, à s’en sortir, d’une façon ou d’une autre. Mais il a tout ébranlé, mais il a tout fait tomber, et je suis mis à nu, mes éraflures, mes ecchymoses, et pire encore les plaies à vif qui suintent encore, il y voit clair et presque rien ne lui échappe. Et lui sait, et lui comprend, plus que tu ne comprendras jamais, Arceus.

Et c’est pour ça que s’il faut souffrir pour demeurer à ses côtés, et c’est pour ça que s’il faut tomber encore pour avoir le droit de le revoir, et c’est pour ça que s’il faut courir pour ne jamais me laisser distancer, alors je le ferai. Parce que j’ai un allié, parce que j’ai espoir. Et qu’il est là, tout près, alors qu’importe le reste : s’il me faut lutter pour ne pas le perdre, alors je n’abandonnerai plus. Et c’est pour ça, ces « Tu m’as pas laissé », et c’est pour ça, ce sourire qui se dessine à peine sur mes lèvres, et c’est pour ça, ce calme presque retrouvé. Parce qu’il est là, Zephiriel, un autre soldat, à genoux mais toujours prêt au combat, peut-être juste un rêveur, un croyant aussi, au fond. Quelqu’un qui n’abandonnera pas non plus. « Après t'avoir sauvé une première fois ? Ç'aurait été con. » Ouais. Ouais, c’aurait été con. Mes lèvres ses fendent en un sourire un peu plus prononcé, je le devine, et je crois que le trouble de ces cauchemars à peine quitté en moins, j’aurais pu rire. Mais non, je souris simplement ; c’est mal assuré, un peu hésitant. Au moins, c’est bien réel.

Lui rit, et ça tremble encore, quelque part dans mon bide. 
Lui rit, et moi aussi ; je comprends, je réalise.
Je serai là pour les jours à venir—
ne t’inquiète pas, ne t’inquiète plus.


Je secoue la tête, doucement, alors qu’il se redresse ; j’essaie de faire de même, mais je vacille, le monde tangue et j’ai l’impression de tomber. C’est à lui que je me retiens, et tout à coup je ne touche plus le sol. Par réflexe plus que par réelle nécessité, je m’accroche à lui. Mon vertige ne m’a pas tout à fait quitté, et même tenu j’ai peur de m’écrouler. Pourtant, j’entame une vague tentative de débat, avant que la crainte de tomber ne l’emporte et ne m’incite à la presque immobilité. « tu râles pas on a pas le choix » Je tique ; tu déconnes, hein ? « Au pire je te taxerais un croissant, quand je t'aurais ramené chez toi. Ok ? » Je cligne des yeux, ça met du temps à prendre sens dans mon esprit. Et puis, après quelques secondes d’une réflexion rendue difficile par le tournis, par la fatigue, par mes yeux encore piquants et toujours l’affreux goût dans ma bouche, je finis par comprendre. Oh.L’idée me fait sourire, encore. Il ne m’expédiera pas loin de lui dés qu’il en aura l’occasion. Il restera, au moins un peu. Il restera. 

Un instant de plus passe, je lève les yeux vers le ciel, je soupire. Hors de question que cette situation ne dure plus longtemps. « Si tu tiens tant que ça à ton croissant lâche-moi, je peux marcher » Je n’en suis pas certain, en vérité ; mais la fierté l’emportera toujours sur la raison. « sinon, pas de croissant, mais en plus supplément Onde Folie. » Je lui jette un coup d’oeil, moqueur, narquois un peu, au travers du voile de larmes qui me brouille encore la vue, même alors que je suis à peu près calmé désormais. « un truc qui peut te rendre totalement confus, t’aurais l’air con d’te blesser du même coup, hein ? » Et puis, je grimace, je retiens une plainte ; c’est comme si parler de blessure avait tout à coup ravivé le souvenir de la mienne, que j’ai malmenée, que j’ai sans doute rouverte à faire le con. Et ma main me lance, ça remonte tout le bras et jusqu’à l’épaule, encore. Je renifle, j’hésite ; et puis je me lance, d’une voix plus penaude que je ne l’aurais voulu, mais au fond un peu apeuré à l’idée de tâter à nouveau de l’alcool. « D’ailleurs, je... Zeph, j’crois que… Ehhh… Ma main. Erm. » Très productif, Rhapsodie. Mais, autant le dire : il ne faut pas être un génie pour comprendre le sous-entendu, lorsque l’on est celui qui m’a déjà soigné une première fois.
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Plus de vérités à confirmer, aucun mensonge à nier ; Zephiriel
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